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Lundi 2 février

Lundi 2 février

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L’événement-1

par Serge Plenier

Doubs : les leçons d’un premier tour

Le premier tour de l’élection législative partielle du Doubs ne peut satisfaire personne et c’est peu dire. Le seul parti véritablement victorieux n’a été que celui des abstentionnistes qui a réuni plus de 60% des électeurs. Un tel chiffre en dit long sur la perte de confiance qui frappe l’ensemble de la classe politique.

Le Front national est sans doute en tête avec 32,6% des suffrages exprimés pour sa candidate Sophie Montel, mais on ne peut parler d’une véritable surprise étant donné les résultats frontistes lors des précédents scrutins. Une fois encore, la preuve est faite que la force du FN, sa dynamique propre, est faite de la faiblesse des autres partis. Il y a des succès plus glorieux.

De son côté, les socialistes pavoisent sans doute un peu trop vite. Sans doute ils se qualifient pour le second tour, grâce, pour l’essentiel, au regain de popularité de l’exécutif, mais c’est en perdant plus de 9 000 voix par rapport à la législative de 2012 qui avait vu l’élection triomphale de Pierre Moscovici. De plus, si, comme c’est probable, le candidat socialiste remporte le second tour avec une bonne partie des voix de l’UMP, il faudra expliquer comme on peut se définir comme député de gauche avec des voix de droite. François Hollande devrait y réfléchir avant de rêver pour 2017 à un second tour qui l’opposerait à Marine Le Pen.

L’équation se complique encore plus avec une gauche radicale collée au dessous de la barre des 5%. Visiblement, la vague Syriza n’a pas atteint le Doubs. Seuls les écologistes restent stables… à environ 800 électeurs. La gauche de la gauche peine toujours autant à convaincre et son résultat squelettique ne lui permet guère de peser.

Mais le grand perdant de cette législative partielle reste tout de même l’UMP. Au niveau local, c’est l’échec d’une campagne médiocre menée par un candidat qui n’a réussi qu’à braquer contre lui la droite de son parti. Au niveau national, c’est un désaveu cinglant infligé à Nicolas Sarkozy dont le retour semble prendre des allures de Bérézina. Pire encore, l’UMP se retrouve aujourd’hui piégée entre un front républicain qui ne ferait que donner raison aux diatribes du FN sur l’UMPS et un « ni PS ni FN » encore plus ambigu.
Le premier tour de la législative du Doubs n’est décidément une bonne nouvelle pour personne.


L’événement-2

par Jean Etèvenaux

Comprendre l’islam

Un des problèmes posés par l’islam réside dans sa multipolarité. Non à cause de sa division entre sunnites majoritaires et chiites minoritaires — avec des variantes pour ces derniers — mais surtout parce que n’existent ni autorité suprême ni interlocuteur dûment qualifié, ce qui permet à n’importe qui de se déclarer imam, c’est-à-dire guide pour la prière. Ajoutée à l’impossibilité d’étudier le texte du Coran défini comme la parole de Dieu dictée directement et à la très grande prudence touchant les hadith qui l’explicitent, cette situation bloque toute tentative d’approche rationnelle, d’autant que spirituel et temporel demeurent intimement mêlés, sinon confondus. L’islam, s’il a gardé Jésus comme prophète, n’a pas conservé son message, revenant à la loi juive, à laquelle il a ajouté des décrets d’application pour régler les moindres détails de la vie des fidèles. Cela contribue à en faire autant une société qu’une religion et, là encore, ne facilite pas l’autonomie de la personne, habituée dans l’Occident chrétien à faire la part de Dieu et celle de César.
Voilà pourquoi, aujourd’hui, des groupes musulmans peuvent se constituer de façon tout à fait indépendante autour d’imams définissant leur propre voie, la plus simple étant toujours la plus simpliste, la plus fondamentaliste, la plus rigoriste. Ils ont ainsi réponse à tout, puisqu’il s’agit d’une approche globalisante prenant en compte tous les aspects du quotidien. C’est ce que devraient avant tout développer ceux qui, aujourd’hui, veulent lutter contre l’islamisme : plutôt que de présenter des vidéos avec des slogans contre la guerre et des images quasi subliminales, ils auraient intérêt à vanter les formes de pensée respectant la liberté et la responsabilité.

Cela nécessiterait évidemment une conception de la laïcité plus élaborée que celle qu’on dispense actuellement. Le gouvernement a décidé que l’anniversaire de la loi de 1905 serait célébré le 9 décembre dans tous les établissements scolaires, mais on ne fera pas appel aux représentants des cultes alors qu’ils pourraient distinguer ce qui relève des choix rationnels de chacun et ce qui appartient à sa foi, tout en les accordant. On peut craindre que l’État, seul admis à parler, se glorifie et donne de la laïcité une vision réductrice ne répondant pas aux interrogations existentielles.

On pourrait aussi mettre en avant des propos comme ceux de Tareq Youssef Al-Masri, imam de la mosquée Oulel Albab de Brooklyn. Dans son prêche d’il y a un mois, le vendredi 9 janvier, il n’a pas craint de dire à ses auditeurs : « La majorité d’entre nous, musulmans, haïssons les chrétiens […]. Oui, c’est la vérité. […] Lorsque nous disons qu’il est interdit de souhaiter à un chrétien “Joyeux Noël“, cela ne jette-t-il pas les bases du terrorisme ? »

Enfin, il faudrait rétablir le sens des mots, par exemple en n’employant pas celui de « martyrs » pour désigner les auteurs d’attentats-suicides car les martyrs chrétiens n’ont, eux, jamais voulu imposer quoi que ce soit aux autres et ils souffrirent et moururent en silence. Ce furent, selon l’étymologie du mot, des témoins de l’amour et non des assassins.


Politiques

par Alice Tulle

Haro sur le Sénat

Le président de l’Assemblée nationale souhaite la disparition du Sénat sous sa forme actuelle. Le président du Sénat s’indigne. La dispute remonte à loin.
Claude Bartolone est un vieux routier du Parti socialiste. Il a grandi à l’ombre de Laurent Fabius et préside, par l’effet du jeu complexe des courants et des rétributions de services, l’Assemblée nationale. On murmure qu’il vise, comme tant d’autres, Matignon. Dans cette attente, il aime à se rappeler au bon souvenir des médias. Tel fut le cas fin janvier lorsque Claude Bartolone déclara sur les ondes qu’il était favorable à la disparition du Sénat sous sa forme actuelle et à un « rapprochement » avec le Conseil économique, social et environnemental dans l’esprit du projet gaullien qui avait été rejeté par référendum en avril 1969.

Le président du Sénat, Gérard Larcher, a immédiatement fait part de son refus indigné. Il considère qu’il « ne lui est plus possible » de mener avec le président de l’Assemblée nationale la mission que leur avait confiée le 20 janvier le président de la République et qui portait sur « l’engagement républicain et le sentiment d’appartenance à la nation ». En retour, Claude Bartolone reproche à Gérard Larcher de « fracturer, au bénéfice de petits calculs électoraux, la précieuse unité nationale »… également invoquée par Gérard Larcher pour fustiger l’agression du président de l’Assemblée nationale.

Ce n’est pas une tempête mais une simple bourrasque parlementaire. L’incident a cependant le mérite de poser une nouvelle fois la vieille question de la Chambre haute.  

Le Sénat a été créé comme « grand conseil des communes de France » selon la définition donnée par Léon Gambetta en 1874. Sous la IIIe République, ce fut la Chambre des « élus du seigle et de la châtaigne », représentative du monde rural. Elle fit l’objet de plusieurs propositions de réforme qui visaient à en faire une assemblée représentative des groupes sociaux — idée reprise après la Libération par Charles de Gaulle et Pierre Mendès-France. 

Néanmoins, la Constitution de 1958 établit que le Sénat, élu au suffrage indirect, « assure la représentation des collectivités territoriales de la République ». Onze ans plus tard, le général de Gaulle voulut réformer la Constitution et proposa que le Sénat fusionné avec le Conseil économique et social soit réduit à un rôle consultatif.

On connaît la suite. L’échec du référendum de 1969 permit le maintien du statu quo, aménagé par l’institution de la proportionnelle dans les départements qui ont au moins quatre sénateurs. La composition du Sénat reste cependant contestée car le monde rural est toujours  surreprésenté. L’élection au suffrage indirect continue de poser un sérieux problème car cette assemblée qui n’est pas élue au suffrage universel peut interdire toute réforme de la Constitution puisque le texte doit être adopté par les deux assemblées en termes identiques.

Certains juristes ont proposé d’élire le Sénat au suffrage universel et à la proportionnelle intégrale dans le cadre régional afin de maintenir le principe de la représentation territoriale qui est celui de toutes les chambres hautes. 
L’idée d’une fusion du Sénat et du Conseil économique, reprise par Claude Bartolone, est de temps à autre évoquée quand on cherche des économies à faire. Mais il faudrait de grands bouleversements politiques pour que ces propositions soient mises en œuvre. De droite ou de gauche, les sénateurs sont toujours solidaires lorsqu’on met en cause les règles qui ont permis leur élection. 


Monde

par Yves La Marck

Seul contre tous

En dépit d’une victoire électorale beaucoup plus large que prévue, Tsipras est un homme seul, qui se dit prêt à « verser son sang » pour le peuple grec.
Cette expression lors de la présentation du gouvernement le 28 janvier rappelle que les assassinats politiques, les coups d’État militaires, les guerres civiles… ont ponctué l’histoire grecque récente. 

Alexis Tsipras et ses proches collaborateurs obéissent à des structures de pensée marxistes. Ils ne sont ni sociaux-démocrates ni populistes démagogues. Ils ne sont pas des indignés ni des réformistes. Ils ne sont pas les héritiers de ceux qu’on appelait « euro-communistes » en Italie, puis en Espagne et au Portugal après la chute des dictatures en 1974-1975. Une frange notable du parti se réclame de Che Guevara. Plutôt que de Chavez dont le successeur, Maduro, essuie aujourd’hui les conséquences d’une gestion désastreuse au Venezuela, il faudrait évoquer le spectre de Salvador Allende au Chili. Chavez fait figure de personnage d’opérette face au drame qui s’était joué à Santiago en septembre 1973. 

Tsipras n’a donc pas seulement voulu annoncer comme Churchill « de la sueur, du sang et des larmes » . Il a clairement évoqué l’éventualité d’avoir à « verser son sang ». Pourquoi ? Comment ?

Le parti d’extrême droite Aube dorée est devenu le troisième parti grec, mais il n’a pas progressé (à 6 %). On fait dire qu’il serait le premier bénéficiaire d’un échec du gouvernement Tsipras. Peut-être comme détonateur, mais l’alternative repose sur un électorat conservateur stable : le parti du Premier ministre sortant, Nouvelle Démocratie (ND), n’a concédé que moins de deux points et ne perd que trois sièges (79 à 76 sièges). Certains dirigeants de ce parti sont persuadés de revenir en vainqueurs lors d’élections anticipées provoquées par une expérience catastrophique de gestion par Syriza.
 
La victoire de Syriza a été spectaculaire, mais elle le serait moins sans la prime de cinquante sièges au parti arrivé en tête. Grâce à la prime, il ne lui manquait que deux sièges qui l’ont conduit à faire entrer au gouvernement les « démocrates indépendants », formation de droite dissidente de Nouvelle Démocratie, qui avait pourtant essuyé un recul sensible de 20 à 13 sièges. Il n’y a pas d’autre majorité possible : Syriza est vomi par le parti communiste (qui a gagné trois sièges de 12 à 15) et a déjà bénéficié du glissement des électeurs du Pasok, le parti socialiste (qui perd 20 sièges sur 33). Il ne dispose presque plus de réserve de voix.

Au sein de l’Union européenne, les partis sociaux-démocrates ne lui sont pas favorables puisqu’ils sont directement menacés électoralement par les émules de Syriza. François Hollande, Matteo Renzi, Sigmar Gabriel peuvent bien afficher une certaine compréhension pour Alexis Tsipras. C’est parce qu’ils pensent pouvoir s’en servir pour leurs propres intérêts. Quant à Angela Merkel, elle assimilerait volontiers Syriza à Die Linke, résidu du parti communiste de l’ex-RDA et de la branche radicale du PSD, des demi-traîtres, récemment revenus au pouvoir dans une coalition dans le Land de Thuringe. Les Grecs ont fait un cadeau à Angela Merkel : ils l’ont privée de la figure de bouc émissaire. Désormais, tout ce qui va arriver sera de la faute d’Alexis Tsipras.

Les élections grecques ont changé ceci que désormais la politique grecque et, au sens large, européenne, n’est plus seulement une question économique et financière mais un enjeu de démocratie. 


Environnement

par Fabrice de Chanceuil

Comme un parfum de nature

La maison Guerlain est une société française de parfumerie créée à Paris en 1828 et dont la notoriété s’étend au monde entier, contribuant au renom de la France dans l’industrie du luxe.

Comme beaucoup d’entreprises de ce secteur, elle pratique le mécénat pour associer son nom à une noble cause, en l’occurrence la protection de l’environnement. Il faut dire qu’elle doit son succès, en effet, autant à la nature qu’à la chimie.

En fait, il semble que ce choix soit la conséquence imprévue de l’idée d’un homme, Jean-Pierre Guerlain, président-directeur général de la société entre 1960 et 1980. Grand amateur de chasse, il s’est fait construire en 1960 un pavillon pour pratiquer son activité favorite au bord du lac de Grand-Lieu, en Loire-Atlantique, le plus grand lac français de plaine en hiver, qui recouvre à cette saison plus de 6 000 hectares. Un élevage de canards y est installé afin de satisfaire les invités prestigieux que l’hôte des lieux réunit périodiquement sur son domaine. Il n’est par rare que chaque participant tire deux cents canards dans une journée à tel point qu’il faut prévoir deux fusils par chasseur tant les canons chauffent! Cette pratique peu écologique va pourtant déboucher sur un complet retournement de situation comme l’Histoire en a parfois le secret. Quand il décide de se séparer de sa propriété en 1977, Jean-Pierre Guerlain, se souvenant d’anciens projets allant d’une mine de tourbe à l’assèchement du lac pour y développer la culture des fleurs, décide de faire don de son domaine à l’État, à charge pour celui-ci d’y créer une réserve naturelle où toute pénétration humaine serait interdite, se gardant néanmoins le droit de chasse pour lui-même et son épouse jusqu’à sa mort. C’est ainsi qu’est née, sur 2 000 hectares, la réserve naturelle du lac de Grand-Lieu confiée en gestion à la Société nationale pour la protection de la nature (SNPN) en 1985. Plus tard, en 2005, le Conservatoire de l’espace naturel et des rivages lacustres (CELRL) se rend acquéreur du pavillon de chasse situé juste à la limite de la réserve et plus récemment encore, en 2014, le Conseil général de la Loire-Atlantique ouvre, à l’entrée du site, la Maison du Lac où sont présentées les caractéristiques et les richesses du lac que les promeneurs peuvent ensuite découvrir du balcon du « Pavillon », nom donné à ce que les riverains continuent d’appeler la Maison Guerlain.

Si l’entreprise n’est donc plus concernée par ce site, il en va différemment de l’île d’Ouessant, dans le Finistère, où a été lancée avec succès l’acclimatation de l’abeille noire bretonne. Grâce au soutien de plusieurs acteurs publics et privées dont, depuis 2009, la société Guerlain, a été constitué le Conservatoire de l’abeille noire bretonne afin de préserver l’espèce et de développer l’apiculture. Exempte de virose, maladie apportée par le virus varroa qui menace ailleurs les cheptels, l’abeille noire ouessantine est aujourd’hui répartie en 200 colonies dont les reines viennent parfois renforcer les effectifs décimés sur le continent. Elle bénéficie également d’une alimentation diversifiée et de qualité, sans contact avec des produits phytosanitaires en l’absence de culture intensive sur l’île. Le miel d’Ouessant est ainsi très réputé avec ce qu’il faut bien appeler son parfum de bruyère. Le soutien du parfumeur n’est d’ailleurs pas fortuit puisque 8% de la production de miel est utilisée pour la fabrication de sérum cosmétique.

Si l’argent n’a pas d’odeur, l’odeur, quand elle est subtile, peut procurer de l’argent et parfois, on le voit, dans le meilleur dessein (d’abeilles bien sûr).


BD

par Gihé

Angoulême joue à Charlie

Le Festival international de la bande dessinée d’Angoulême n’a guère réussi à innover, sa 42e édition s’ancrant fortement dans l’aspect convenu qui est devenu le sien. Après avoir longtemps regardé de haut la bd franco-belge tout en snobant les productions étrangères, il s’est tourné vers les formes les moins originales du « bédéistiquement correct » en entraînant cette originale expression littéraire vers le marginal, l’underground et le caricatural, au détriment des travaux à la fois plus aboutis et plus accessibles — pour ne pas dire plus agréables à la vue et à la lecture.

Certes, son Grand Prix a été accordé au Japonais Katsuhiro Otomo, le créateur, il y a une trentaine d’années, d’Akira, reconnaissance à la fois de l’art éminemment asiatique du manga et d’un type différent des succès de la bd européenne. L’auteur a été d’autant plus surpris qu’il n’a pas produit depuis longtemps, ce qui lui a fait déclarer non sans humour : « Je ne dessine pas beaucoup ces derniers temps […]. Ce sera un encouragement et j’ai l’intention de me mettre au travail. » Quant au Fauve d’Or du meilleur album, il est allé à L’Arabe du futur de Riad Sattouf, qui a aussi dessiné pendant dix ans La Vie secrète des jeunes dans Charlie Hebdo.

Cela amène à la véritable folie Charlie qui a régné, accompagnée d’un mode contestataire à l’omniprésence duquel on n’était guère habitué en pays charentais. D’abord, sont apparus un Grand prix spécial et un prix Charlie de la liberté d’expression, le premier magnifiant Charlie Hebdo pour l’ensemble de son œuvre et le second destiné, dans les années à venir, à primer un auteur qui, dans son pays, « lutte contre la censure et risque sa vie pour le dessin ». Passons sur l’inauguration d’une place Charlie en présence d’Alain Juppé et de multiples expositions et pétitions, sans oublier le discours du représentant de la revue « disant au maire d’Angoulême que c’est un con ».

Un collectif d’auteurs avait même réclamé que le Grand Prix soit décerné d’office et exceptionnellement à Charlie Hebdo. Ensuite, de même que, dans le passé, avait été exclu un éditeur soupçonné de connivence avec la « bête immonde » du Front national — alors qu’il y a toujours eu des dessinateurs de droite et d’extrême droite, y compris parmi ceux qui font de la bd —, 110 auteurs ont cosigné une lettre demandant au directeur du Festival de rompre les liens avec la société israélienne Sodastream, coupable d’avoir implanté une usine dans les territoires palestiniens.

À l’appel du Syndicat des auteurs de bande dessinée, les premiers états généraux de la BD ont voulu « donner la parole à ceux qui ne la prennent jamais », d’où un défilé de 600 personnes, bien des auteurs faisant la grève des dédicaces. Ils ont demandé à François Hollande « de négocier avec les véritables partenaires sociaux : les organisations représentatives des auteurs et artistes », car se trouvant « à l’origine d’une richesse économique qui confère à leur secteur la troisième place de contributeur au PIB, devant l’industrie automobile ». On était vraiment en plein Charlie, que le ministre de la Culture Fleur Pellerin a d’ailleurs cité en annonçant l’ouverture d’une concertation.


Humeur

par Erwan Violin

Le banc d’infamie

Le procès de DSK et de treize autres personnes sur fond de proxénétisme s’est donc ouvert à Lille. L’ancien ministre des Finances, président du FMI et ex futur candidat socialiste à la présidence de la République se retrouve donc sur le banc d’infamie, non pas comme un politicien qui a un peu trop tiré sur la corde, mais comme un vulgaire « julot casse-croûte ».

Il y a quatre ans, tous nous présentaient Dominique Strauss-Kahn comme le futur successeur de Nicolas Sarkozy. Le doute n’était pas permis, non plus que la critique. Bien sûr, les salles de rédaction parisienne bruissaient d’échos fâcheux sur la libido échevelée du bonhomme, mais il était de bon ton de laisser le « vulgum pecus » dans l’ignorance. Il aura suffi d’une chambre de Sofitel pour crever la bulle de silence poli.

César ne voulait pas que sa femme soit soupçonnée. Mais ça, c’était avant.


Livres

par Catherine Pauchet

Nouvelles

Etranger dans le mariage

On connaissait le réalisateur Emir Kusturica, deux fois Palme d’or à Cannes pour ses films Papa est en voyage d’affaires et Underground, on découvre à présent l’écrivain. Pour son premier ouvrage, il nous offre six nouvelles. Elles ont pour décor les terres meurtries de Bosnie et de Serbie. Au milieu du chaos, des petites gens, des enfants souvent, tentent de se forger un avenir meilleur. On rit et on pleure, on se dispute et on se réconcilie, on se saoule et on oublie… même dans le malheur, la vie triomphe.

« Etranger dans le mariage », Emir Kusturica, JC Lattès, 280 p, 20 €.

Biographie romancée

George Sand.

Les Carnets secrets d’une insoumise

Nohant, 1876. George Sand vient de décéder. Dans les affaires de la défunte, sa fille Solange découvre trois « Carnets à détruire après ma mort ». Ces livrets racontent les deux grandes passions de l’écrivain : Alfred de Musset d’abord, Frédéric Chopin ensuite. Au fil des pages, toute la vie littéraire et artistique de l’époque défile : Liszt, Delacroix, Flaubert… ainsi que le combat pour l’émancipation de la femme et la liberté de la presse. Catherine Hermary-Vieille, déjà remarquée pour d’autres biographies romancées, livre ici un roman à deux voix : celles d’une mère, George Sand, et de sa fille, Solange, dont les relations n’étaient pas des plus tendres.

« George Sand. Les Carnets secrets d’une insoumise », Catherine Hermary-Vieille, XO éditions, 286 p., 19,90 €.

Revues

Arméniens.

Le premier génocide du XXe siècle

Le XXe siècle restera celui des génocides. Tout a commencé, en 1915, avec le massacre des Arméniens ordonné par le gouvernement des Jeunes-Turcs, qui fit près d’un million et demi de morts. L’Histoire consacre un dossier à ce crime contre l’humanité et décortique les mécanismes et l’idéologie qui ont permis sa réalisation. Au sommaire également : 200 000 ans de transition énergétique, le manuscrit retrouvé de Saint François, rebondissement sur la Saint-Barthélemy…

« Arméniens. Le premier génocide du XXe siècle », L’Histoire, février 2015, 6,40 €. En kiosque.

La pose longue

Clic-clac, c’est dans la boite. Mais il existe une autre façon de faire de la photo : celle qui consiste à prendre son temps, à laisser la lumière percer l’âme des lieux. Le mensuel Réponses Photo dévoile les secrets de la pose longue, celle où il faut prendre un trépied, régler l’appareil, attendre qu’une autre image, parfois surprenante, se révèle. Au sommaire aussi : comment protéger ses images sur le web, les nouveautés (matériel, logiciels), un portfolio de Romain Laurendou…

« La pose longue », Réponses Photo, février 2015, 4,95 €. En kiosque.


Cinéma

par Marie-Christine Renaud d’André

La grande aventure de Maya l’abeille

Maya l’abeille a développé une personnalité atypique, curieuse de tout et refusant toute contrainte. Ce qui n’est pas sans irriter Buzzlina, la terrible conseillère de la Reine, même si cette dernière pose un regard plutôt bienveillant sur cette jeune abeille qui sème la pagaille dans sa ruche. 

C’est ainsi que, avide de liberté, Maya s’aventure seule en dehors de la ruche, et fait la connaissance de Flip, une sauterelle libre et musicienne qui vit dans la prairie. Avec lui, elle va vivre des aventures exaltantes. 

Créé en 1912 par Waldemar Bonsels, le petit personnage de Maya l’abeille a enchanté des générations d’enfants, et fait l’objet d’un superbe dessin animé japonais de Ichirô Nagai, diffusé à la télévision depuis les années 70. Ce joli film, produit par les Allemands, est une sorte de préquel, puisqu’il remonte aux sources, c’est-à-dire aux premiers pas de Maya la rebelle. 

Les dessins sont charmants, avec de jolies couleurs vives et des personnages bien campés, ainsi qu’un rythme soutenu. Les paysages sont superbes, avec une prairie animée et colorée et une multitude d’insectes en tous genres, et l’histoire se suit sans ennui, même si l’on aurait souhaité davantage d’originalité. Il reste que ce film charmant et vif est un régal pour les petits. 

Dans son désir d’indépendance, Maya la rebelle n’oublie pas l’esprit de solidarité et d’entraide, ce qui lui permettra de déjouer un complot diabolique. C’est aussi un bel exemple d’acceptation de l’autre (en l’occurrence d’un frelon !) tel qu’il est, malgré son apparence inquiétante. 

Film d’animation germano-australien en 3D (2013)  de Alexs Stadermann, d’après les personnages de Waldemar Bonsels, avec les voix de Coco Jack Gillies/Jenifer (Maya), Richard Roxburgh/Christophe Mae (Flip), Kodi Smit-McPhee (Willy) (1h25). (Adolescents). Sortie le 4 février 2015.

Papa ou maman

Pour des raisons professionnelles, Vincent et Florence qui divorcent, refusent, l’un et l’autre, la garde de leurs enfants.

Pour son premier film, Martin Bourboulon a bénéficié de la collaboration de Matthieu Delaporte et Alexandre de La Patellière (Le prénom) pour l’écriture du scénario. Avec un point de départ original, deux magnifiques comédiens et un vrai sens du rythme, il aurait pu réussir une comédie réjouissante. Malheureusement, si l’on rit quelques fois, on est, le plus souvent, mal à l’aise devant les outrances et le sujet même du film.

En voyant ces enfants, on comprend que les parents ont raté leur éducation. Mais leur manque de respect pour eux et leur égoïsme finit par devenir très gênant, même si la fin (prévisible) est positive.

Comédie française (2014) de Martin Bourboulon, avec Marina Foïs (Florence Leroy), Laurent Lafitte (Vincent Leroy), Michel Vuillermoz (Coutine), Anne Le Ny (le juge), Alexandre Desrousseaux (Mathias Leroy), Anna Lemarchand (Emma Leroy), Achille Potier (1h25).(Grands adolescents) Sortie le 4 février 2015. 

Pioneer

Des plongeurs qui explorent les fonds marins norvégiens pour y trouver du pétrole, sont victimes d’étranges symptômes.

Cette adaptation d’une histoire vraie est construite comme un véritable suspense, avec des héros de fiction qui incarnent les différents plongeurs affectés par ce drame. L’interprétation est sensationnelle. Entre documentaire et fiction, ce film réussi rend compte d’un long combat pour la justice.
Cette recherche de la vérité est très positive.

Thriller germano-suédo-franco-norvégien (2013) de Erik Skjoldbjaerg, avec Aksel Hennie (Petter), Wes Bentley (Mike), Stephanie Sigman (Maria), Jorgen Langhelle (Leif), Jonathan LaPaglia (Ronald) (1h51). (Adolescents) Sortie le 28 janvier 2015.

La nuit au musée – Le secret des pharaons

Pour réparer une tablette égyptienne qui s’oxyde, ce qui provoque des dysfonctionnements dans les personnages du musée, Larry se rend à Londres avec ses amis de cire.

Après le succès international des deux premiers films, Shawn Levy signe l’ultime épisode des aventures du gardien de nuit et de ses amis de cire. Mais, cette fois, tout le monde se transporte à Londres, ce qui permet d’introduire de nouveaux personnages, dont Lancelot. Le résultat est toujours aussi spectaculaire, avec des effets spéciaux très réussis, en particulier avec un squelette de dinosaure qui bouge comme un chien, et une histoire distrayante. Le problème, c’est que l’on ne rit pas, contrairement aux précédents films, avec ces aventures, finalement assez peu surprenantes. Seule consolation, la présence du regretté Robin Williams, dans son dernier film.

Comédie américaine (2014) de Shawn Levy, avec Ben Stiller (Larry Daley/Laaa), Robin Williams (Teddy Roosevelt), Owen Wilson (Jedediah), Steve Coogan (Octavius), Ricky Gervais, Dan Stevens, Rebel Wilson (1h38).(Adolescents) Sortie le 4 février 2015.


LE CHIFFRE DE LA SEMAINE

157 794

C’est le nombre d’immatriculations pour les voitures et les véhicules utilitaires légers, enregistré en janvier 2015, selon le Comité français des constructeurs d’automobiles. En données brutes, le marché a ainsi augmenté de 3,2%, alors qu’il a augmenté de 8,2% à nombre de jours ouvrables comparable, par rapport à janvier 2014. Dans le détail, 132 824 voitures neuves ont été immatriculées en janvier, soit une augmentation de 5,9% (+ 10,9 % à nombre de jours ouvrables comparable). Les ventes de véhicules utilitaires légers ont enregistré une baisse de 8,8%.

La hausse des immatriculations de voitures n’a guère profité aux constructeurs français qui ont enregistré un recul de 0,1% à 74 304 véhicules, à l’exception de PSA-Peugeot-Citroën dont les ventes ont progressé de 2,6%.


D’un jour à l’autre

France

Justice

Le procès de l’ancien directeur du FMI Dominique Strauss-Kahn, accusé de « proxénétisme aggravé », a commencé le 2 février devant le tribunal correctionnel de Lille. Le parquet a prévu de requérir un non-lieu.
Les services de police ont saisi en 2014 pour 458 183 530 euros de biens détenus illégalement sur le territoire français. Ces saisies sont en augmentation de 27 % par rapport à 2013.

La cour d’appel du Vaucluse a condamné à la perpétuité incompressible Nicolas Blondiau coupable du viol et du meurtre de la petite Océane en novembre 2011. C’est la troisième condamnation à la prison à perpétuité incompressible prononcée en France.

Politique

Le 1er  février, Sophie Montel, candidate du Front national, est arrivée devant (32,06 %) le candidat socialiste (28,85 %) au premier tour de l’élection législative partielle rendue nécessaire par le départ du député Pierre Moscovici, nommé commissaire européen. Le candidat UMP (26,54 %) est éliminé et son parti s’est montré divisé sur la nécessité ou non de donner une consigne de vote pour le second tour.

En revanche, au deuxième tour de l’élection municipale d’Ajaccio, le 1er février, le député UMP Laurent Marcangeli a réuni 60 % des suffrages.
Le maire UMP de Louveciennes (Yvelines) Pierre-François Viard a été réélu au premier tour avec 52 % des voix.

Transports

Une grève surprise a paralysé les lignes A et D du Réseau express régional francilien, le 29 janvier, à la suite de l’agression d’un agent de la RATP. Cette grève a empêché une cinquantaine de candidats à l’agrégation de subir les épreuves, sans recours possible.

Loi Macron

L’Assemblée nationale poursuit l’examen de la loi Macron. A cette occasion, Emmanuel Macron a reconnu « s’être trompé » sur le tarif des professions du droit et a accepté la modification de son texte de loi.

Montagne

Un skieur qui pratiquait le hors-piste près de la station pyrénéenne du Mourtis (Haute-Garonne) est mort des suites d’une avalanche, le 2 février. Météo-France a mis en garde contre les risques importants d’avalanches sur le Massif pyrénéen.

Musique

Le pianiste Aldo Ciccolini est mort dimanche 1er février à Asnières-sur-Seine. Il avait 89 ans. 

Monde

Italie

Le juge constitutionnel Sergio Mattarella, démocrate-chrétien sicilien de 73 ans, a été élu président de la République italienne par les 1 009 grands électeurs le 31 janvier.

Espagne

Dopé par le succès de son homologue grec Syriza, le parti anti-austérité Podemos (« Nous pouvons ») a réuni, le 31 janvier, 100 000 personnes pour manifester à Madrid. Les sondages le donnent gagnant pour les prochaines élections régionales en mai, et législatives en décembre.

Grèce

Le nouveau Premier ministre grec, Alexis Tsipras, actuellement en tournée européenne, a reçu le soutien inattendu du président américain Barack Obama qui, évoquant la situation de la Grèce, a déclaré le 1er février sur CNN : « On ne peut pas continuer à pressurer des pays qui sont en pleine dépression. »
Yanis Varoufakis ministre des Finances grec a rencontré ses homologue français, Michel Sapin et Emmanuel Macron, dès le 1er février à Paris. L’État français détient actuellement plus de 50 milliards de dette grecque.

L’Allemagne en détient 75 milliards. L’ensemble de la dette grecque à l’égard de ses partenaires européens s’élèverait déjà, selon l’agence de notation Fitch, à 302 milliards d’euros, en constante augmentation et sans aucune perspective crédible de remboursement à moyen terme.

Nigeria

Depuis le 21 janvier, deux hélicoptères tchadiens pilonnent les positions de Boko Haram dans la ville de Gambroru, à la frontière camerounaise, afin de préparer l’expulsion des islamistes par une force terrestre. Par ailleurs, de nouvelles offensives de Boko Haram sur la capitale régionale Maiduguri ont été repoussées par l’armée nigériane et des milices locales le 1er février. C’est le 14 février qu’a lieu l’élection présidentielle où s’affrontent notamment le président sortant Jonathan Goodluck et le candidat nordiste Muham-madu Buhari.

Irlande

Des milliers de manifestants ont protesté dans plusieurs villes contre la fin de la gratuité de l’eau au robinet prévue pour avril en vertu d’un plan d’économie négocié avec le FMI.

Irak

L’État Islamique (E.I.) a fait sa propagande sur Internet la semaine dernière avec plusieurs décapitations dont celle du deuxième otage japonais. Le Conseil de sécurité de l’Onu a publié une motion « exigeant » la libération de tous les otages détenus par l’E.I. et notamment le pilote jordanien Maaz al-Kassasbeh.

Syrie

Des pèlerins chiites libanais ont été victimes, le 1er février, d’une bombe placée sous leur bus à Damas. Il y aurait au moins 9 morts et une vingtaine de blessés.

Chine

Des milliers de manifestants pro-démocratie, reconnaissables à leurs parapluies jaunes, sont descendus dans la rue le 1er février, sans incident notable.

Otan

La chute d’un chasseur F-16 grec sur la base aérienne de Los Llanos (province de Castille-La Manche en Espagne), le 26 janvier, au cours d’un exercice de l’Otan, a fait 14 morts dont 9 aviateurs français.

Béton

Les cimentiers Lafarge (français) et Holcim (suisse), qui sont en train de fusionner, ont annoncé la vente (exigée par les autorités de la concurrence) de 6,5 milliards d’euros d’actifs au groupe irlandais CRH.

Sport

Football

Lyon a fait match nul face à Monace (0 à 0) mais conserve sa première place à l’issue de la 23ème journée du championnat de Ligue 1. 2ème du classement, l’OM a battu Evian, mais reste talonné par le PSG vainqueur de Rennes (1 à 0).

Handball

L’équipe de France de handball est devenue championne du monde pour la 5e fois consécutive en battant le Qatar (25-22) le 1er février à Doha.

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