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Cara America Nostra

Cara America Nostra

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Un prêtre que je connais et admire de longue date me parlait récemment d’un voyage en voiture avec d’autres prêtres amis depuis le Nord-Ouest de la côte Pacifique jusqu’à Chicago. Traversant les magnifiques paysages d’Amérique en quelques jours, ils ne sentirent nulle fatigue pendant le trajet: « On se sent vraiment fier de l’Amérique.»

Mon épouse, immigrée, emploie parfois le même genre d’expressions. Ses parents, chrétiens Ukrainiens, se sont rencontrés dans un camp de travail nazi et, décidés à ne pas retourner en Union Soviétique, se sont évadés et sont arrivés en France à bicyclette. Ils patientèrent une dizaine d’années et obtinrent enfin les papiers nécessaires pour venir en Amérique. Naturalisés ensuite, ils éprouvèrent fierté et reconnaissance de vivre libres dans leur nouvelle patrie.
Vieilles anecdotes sentimentales des dix-neuvième et vingtième siècles selon les élites dans le coup du vingt-et-unième, c’est sûr. Mais il en est toujours ainsi pour des millions de nos concitoyens. Et là demeure une sorte d’espérance.
L’Amérique a toujours été davantage qu’un pays : une cité perchée sur une colline, une balade dans la nature, « Mère des Exilés » (Statue de la Liberté face au rejet misérable prononcé par d’autres nations), et bien plus encore. Et la beauté majestueuse des paysages américains nous accueillant — dans nos esprits — dans une liberté comme un don de Dieu.

Cette impression de grandeur n’a pas totalement disparu — bien que semblant amoindrie, d’année en année, à l’occasion de la « Journée du Souvenir » [NDT: Memorial Day (Journée du Souvenir), dernier lundi du mois de Mai, férié pour commémorer les héros tombés lors des guerres — 11 novembre et 8 mai ne sont pas célébrés aux USA.]. Un Vétéran d’Afghanistan et d’Irak se demandait récemment s’il le referait. Combattre et mourir pour défendre l’Amérique semble actuellement ouvrir la voie à la dégénérescence du pays par des Kim Kardashian et Kanye West [NDT: célébrités du « show-biz » US.]. Si vous ne les connaissez pas vous ne perdez pas grand’chose. Et cependant il y a toujours des millions de volontaires.

Même l’Église, disait-il, fait des clins d’œil aux grands maux — pas seulement aux abus sexuels — et néglige les appels à la sainteté alors que lui, converti au catholicisme, se livre fréquemment à l’examen de conscience et au sacrement de pénitence. Et pourtant, il y a toujours des conversions, par endroits plus nombreuses que jamais cette année.

Beaucoup d’entre nous sont mal à l’aise et craignent pour leur avenir. Et c’est désormais un lieu commun que parler du déclin de l’Amérique lors de journées civiques comme ce 26 mai. Un sondage publié cette semaine révèle que les américains sont moins heureux qu’il y a dix ans. Se plaindre n’est hélas pas une solution. Et il ne semble pas y avoir de piste facile à suivre pour rétablir la situation, même si nous serions prêts à nous y engager.

L’Amérique est souvent comparée à l’Empire Romain. Peu avant la naissance du Christ, alors que la République cédait la place à l’Empire, Virgile écrivait la grande épopée de l’Énéide, célébrant les anciennes vertus Romaines tout en émettant des doutes sur l’avenir de Rome.

Son contemporain, l’historien Romain Tite Live, en une phrase que tout collégien latiniste a dû apprendre par cœur, déclare en avant-propos à son traité d’Histoire:

« suivez le naufrage de l’esprit national, voyez comme il commence lentement à couler, puis s’enfonce de plus en plus vite et finit par plonger vers sa ruine, au point de ne plus pouvoir supporter ni ses malheurs, ni leurs remèdes.»

Il voyait juste — à ceci près que la chute de Rome ne survint que 500 ans plus tard; et vous pourriez rappeler qu’entre temps Rome devint tout autre qu’un simple exemple moral pour les autres nations.
Et les voies de Dieu sont mystérieuses. C’est en ces temps troublés de Rome qu’une minuscule secte issue d’une obscure province de Méditerranée orientale put se repandre et devenir enfin le mouvement religieux le plus influent de l’Histoire de l’homme.

Les évènements vont bien plus vite de nos jours, et il n’est guère difficile d’envisager la montée rapide de la Chine ou peut-être une influence croissante de la Russie alors que notre nation troublée et trop portée à l’auto-critique trébuche sur la scène mondiale. Ce serait regrettable non seulement pour l’Amérique, mais aussi, malgré tous nos défauts évidents, pour le monde entier.
Car malgré toutes nos misères, des millions d’individus tentent de venir, légalement ou non, à la recherche de ce que nous avons à notre disposition — et malgré les rejets ne savent où aller en quête d’un guide moral.

Mais rien n’est figé dans l’avenir des humains, et ce qui a été détruit ou rejeté par la folie des hommes peut toujours, deo volente, être réparé ou retrouvé.
Au fond de nos misères présentes se pose une question, la signification actuelle de la liberté. Les Fondateurs de la nation américaine ont placé la liberté près du cœur de la vie du pays, mais pas la liberté absolue, qu’ils considéraient comme une forme de license. En 1776, John Adams écrivait dans une lettre que

« les politiciens peuvent bien projeter et spéculer sur la Liberté, mais seule la Religion avec la Moralité peut établir les principes sur lesquels la Liberté peut se tenir solidement … Ils peuvent changer leurs dirigeants et leurs formes de gouvernement, mais ils ne pourront avoir de Liberté durable. Ils ne feront que changer de tyrans et de tyrannies.»

Presque tous les fondateurs disaient la même chose. La Liberté en Amérique n’est viable — et appréciable — qu’au service du bien. À la différence de la plupart des autres pays, la liberté a été intimement liée à la religion, parfois même en dépendant.

Nous ne sommes plus une jeune république, mais un empire d’âge mûr. Un joyeux bavardage sur les jours heureux à venir ne peut apaiser notre crainte que la simple croissance économique, avec plus de gadgets et de distractions, ne pourra être d’un grand secours — en fait, ce sera toujours notre souci principal.
Mais un jour férié comme en cette Journée du Souvenir, il est bon de se rappeler que c’est l’Amérique. De nouvelles marques de liberté. Un vigoureux réveil religieux, des énergies nouvelles issues de l’immigration, voilà les fils qui tissent notre histoire. Prions Dieu qu’il en soit toujours ainsi.

Photo : Arlington – le cimetière national.

Source : http://www.thecatholicthing.org/columns/2014/cara-america-nostra.html