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Lundi 12 mars 2018

Lundi 12 mars 2018

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L’événement – 1

par Serge Plenier

Répondre à la vague populiste

Le spectre du populisme hante l’Europe. Au vrai, il s’agit plus que d’un spectre. Le populisme est au pouvoir en Hongrie, en République tchèque, en Pologne et en Autriche. Il a permis l’élection de Donald Trump aux USA. En Italie, il est aujourd’hui majoritaire mais sans pouvoir constituer de majorité stable. Ailleurs, s’il demeure minoritaire, ses scores paraissent significatifs, assez en tout cas pour lui donner un vrai pouvoir de nuisance.

En France, une candidate populiste est arrivée au deuxième tour de l’élection présidentielle, mais le futur ex-Front national n’épuise pas à lui seul la réalité du phénomène. A gauche, on retrouve Jean-Luc Mélenchon et sa France insoumise. Dans l’ensemble, les deux mouvements traînent à eux largement plus de 30% des voix et seul le scrutin majoritaire leur barre véritablement l’accès au pouvoir, surtout en ce qui concerne le mouvement lepéniste.
Les composantes de ces mouvements ont été analysées cent fois. Il y a d’abord l’hostilité à l’Europe, ou plutôt aux institutions européennes accusées d’étouffer le citoyen et l’Etat national dans un réseau de normes et de règlements toujours plus tatillons. Il y a également le rejet d’une mondialisation dévoreuse d’emplois et qui semble ne fonctionner qu’au profit des élites transnationales. Il y a enfin la peur suscitée par une immigration mal contrôlée.

Tout cela peut se résumer en peu de mots. Le populisme répond à un terrible sentiment de dépossession. On se sent dépossédé de ses moyens d’existence, mais aussi de son identité et de sa culture au profit de groupes véritablement hors-sol. Le populiste ne fait guère de différence entre l’immigré clandestin et le fonctionnaire de Bruxelles sans légitimité démocratique, tous deux venus d’ailleurs et tous deux vus comme des prédateurs.

Le plus grave est que les réponses semblent renforcer ce qu’elles prétendent combattre. Lors d’un des nombreux débats télévisés sur ce thème, rares sont ceux qui prétendent analyser les causes, et ceux qui le font paraissent systématiquement démonisés. On les traite de « déclinistes » en les accusant de sympathies douteuses, tandis que les commentateurs supposés « sérieux » lancent du haut de leur tribune des condamnations hautement morales ; quant aux problèmes posés (immigration, déficit démocratique européen), ils sont tout simplement niés. Mais la condamnation morale n’a jamais répondu efficacement à la peur. Au pire, elle produit du refoulement, et un refoulement destructeur.

Est-il déjà trop tard pour répondre sérieusement, et efficacement, aux défis posés par la vague populiste ?


L’événement – 2

par Jean-Gabriel Delacour

Rassemblement national jusqu’où ?

Il faut laisser de côté les habituels commentaires tendancieux voulant démontrer que, malgré le congrès de Lille, le Rassemblement national reste toujours le parti « raciste » et jamais très éloigné du nazisme tel que défini depuis des années sous le nom de Front national. En réalité, Marine Le Pen a voulu casser une image qui constituait, selon elle, « un frein psychologique » pour un certain nombre de Français et qui, même si elle ne l’a pas ouvertement déclaré, restait lié aux dérapages qu’adorait commettre son ancien président. De ce côté-là, le changement de dénomination marque la dernière (?) étape du « meurtre du père » ; Jean-Marie Le Pen ne s’y est d’ailleurs pas trompé, qui a aussitôt attaqué les « conditions de non-transparence propices aux manipulations les plus diverses » ayant accompagné l’opération.

Le terme, qui reste à confirmer par les militants, ne pèche certes pas par originalité, évoquant non seulement le « Rassemblement Bleu Marine » de 2012 mais aussi une étiquette revendiquée en diverses circonstances, notamment lors de la législature 1986-1988. Il n’en marque pas moins une volonté d’ouverture, prélude à des alliances pourtant pas du tout définies. Marine Le Pen semble toujours tenir au « ni droite ni gauche » traditionnel dans son parti, malgré la crainte affichée par Jean-Luc Mélenchon qu’elle ne prenne un tournant « libéral ». Mais, avec le patron de la France insoumise, on ne sait jamais si ses propos tiennent de l’outrance de la propagande ou de l’analyse subtile dont il sait se révéler capable… On peut néanmoins supposer qu’il craint que s’impose finalement la ligne de Marion Maréchal Le Pen, ouvertement favorable à des alliances à droite, et qui reproduirait donc ce que l’on commence à voir se réaliser dans certains pays comme l’Autriche — alors que, dans certains cas comme en Slovaquie, l’extrême droite est alliée à la gauche.

Toujours est-il que sa présidente vante un parti « devenu adulte […] passé d’un parti d’abord de protestation dans sa jeunesse, puis d’un parti d’opposition à un parti de gouvernement » devant « acquérir la culture des alliances ». On peut supposer qu’elle a été encouragée dans cette voie par Steve Bannon, passé au congrès de Lille et qui n’est pas tout à fait l’idiot dangereux décrit par ses adversaires américains et européennes. L’ancien conseiller de Donald Trump est ensuite parti pour Milan et la Suisse, notamment pour rencontrer la droite alternative allemande, puis il a pris la route de l’est européen. Il voudrait en effet organiser le « populisme mondial » face à celui du célèbre philanthrope George Soros, dont les réseaux couvrent le vieux continent au bénéfice d’une vision mondialiste, d’ailleurs une nouvelle fois dénoncée par Marine Le Pen dimanche ; sa volonté d’ouvrir les frontières au profit des migrants extra-européens explique pourquoi le milliardaire hungaro-américain est si mal vu dans son pays d’origine et en Europe centrale. Le Rassemblement national ne sera donc que trop heureux de se rapprocher de toutes ces formations qui, au pouvoir ou pas, entendent préserver l’identité européenne.



Politiques

par Alice Tulle

Quel rassemblement ?

Réélue à la tête de son parti, à Lille dimanche dernier, Marine Le Pen reste en situation difficile en raison de sa perte de crédibilité et de ses concurrents qui voudraient faire l’union des droites.

Le XVIe congrès du Front national aurait pu être celui du grand règlement de comptes entre tendances politiques et sociologiques qui s’étaient progressivement constituées dans le parti depuis 2010. D’un côté, une tendance « identitaire », sudiste et fidèle aux thématiques traditionnelles du Front national qu’incarnait Marion Maréchal-Le Pen. De l’autre, une tendance « souverainiste », nordiste, privilégiant le combat contre l’Union européenne et l’euro dans une perspective sociale et étatique que représentait Florian Philippot. La présidente du Front national maintenait naguère l’équilibre entre les deux tendances, ce qui lui permettait de tirer profit des deux discours pour attirer à elle divers électorats.

Ce compromis s’est maintenu jusqu’à l’élection présidentielle mais le retrait inattendu de Marion Maréchal-Le Pen de la politique active et l’éviction de Florian Philippot en septembre ont simplifié les enjeux du congrès tenu à Lille les 10 et 11 mars. Pas d’affrontement entre deux ou trois personnalités rivales, pas d’enjeu idéologique majeur puisque la question de la sortie de la zone euro a été mise sous le boisseau dès l’été. Il fallait en finir avec la situation particulière de Jean-Marie Le Pen, ce qui a été fait sans difficultés puisque les nouveaux statuts ne prévoient plus la présidence d’honneur qui lui avait été reconnue par les tribunaux. Il fallait aussi trouver un nouveau nom pour le parti et c’est le Rassemblement national qui sollicitera les suffrages des Français, sauf nouvelles péripéties et si les adhérents entérinent la proposition de Marine Le Pen facilement réélue le 10 mars à la présidence du parti.

L’intervention-surprise de Steve Bannon, ancien conseiller stratégique de Donald Trump, fut certes un coup de maître médiatique. Mais les thèmes développés par la présidente dans le discours de clôture du congrès restèrent classiques : refus de l’immigration, lutte contre l’islamisme, rejet de l’Union européenne, protection des catégories sociales frappées par les mesures d’austérité. Les différentes sensibilités frontistes peuvent se retrouver dans ce discours, qui devra être précisé en vue de la campagne pour les élections au Parlement européen en 2019.

Cette campagne et celles qui suivront seront cependant très difficiles. À cause de son débat raté avec Emmanuel Macron, Marine Le Pen a perdu beaucoup de son crédit dans l’opinion publique sympathisante et le camp de ses adversaires irréductibles n’a pas été entamé. C’est donc en position de faiblesse qu’elle va devoir affronter Laurent Wauquiez, qui voudrait réaliser l’union des droites autour de sa personne et en attirant à lui les électeurs frontistes qui ne se satisfont pas d’un vote protestataire et qui veulent soutenir un parti de gouvernement.

Face à cette menace qu’elle a bien analysée, Marine Le Pen souffre de deux handicaps : elle n’est pas considérée comme une femme de gouvernement et elle n’est pas en mesure de réaliser à son profit l’union des droites, qui ne pourrait se faire qu’à son détriment. La présidente du futur Rassemblement national doit aussi compter avec sa chère nièce, Marion Maréchal-Le Pen, qui vient de rappeler brillamment (le 22 février, devant un grand congrès conservateur près de Washington) son existence et qui compte de nombreux admirateurs parmi ceux qui souhaitent l’union des droites… 


Monde

par Yves La Marck

Russie : Poutine et les 7 nains

Poutine en ballottage le 18 mars ? Face à sept candidats sans grande aura, l’hypothèse est impensable. Pourtant quelques incertitudes pèsent sur le scrutin et surtout sur ses suites.

Cent dix millions de citoyens sont appelés ce 18 mars à élire le président de la Russie. Le sortant, Vladimir Poutine, a été élu en 2012 avec 63,6 % des suffrages. Sa popularité reste exceptionnelle après dix-huit ans de pouvoir ininterrompu (de 2008 à 2012 il avait interverti les postes avec son Premier ministre Dimitri Medvedev). Pour autant, les résultats aux élections, locales, régionales ou législatives, ont parfois enregistré certaines variations. Russie unie, le parti de Poutine, avait reculé de 64 % aux législatives de 2007 à 49 % en 2011. S’il est remonté à 54 % en 2016, c’est avec un nombre de voix inférieur en raison d’une faible participation. Aux dernières élections municipales à Moscou, l’opposant Alexei Navalny, avec plus de 25 % des voix, a mis en ballotage le maire sortant. La candidature de Navalny à l’élection présidentielle a été invalidée, ce qui empêche de connaître son exacte représentativité nationale.

Pour autant, sept candidats se présentent face à Poutine. Le principal rival du président est le candidat du parti communiste de Russie, Guennadi Ziouganov. Une primaire organisée en novembre dernier a introduit la confusion dans le camp du Front de gauche : trois candidats s’en réclament. Le candidat officiel (avec l’aval de Ziouganov) est un ex-président de sovkhoze (ferme collective) qui a fait fortune comme « roi de la fraise » ! Il a contre lui un plus authentique héritier de Lénine et de Staline et un national-communiste ami de Jean-Marie Le Pen, tout comme l’était un autre éternel candidat ultra-nationaliste qui veut reconstituer l’URSS, le vétéran Vladimir Jirinovski.

À l’autre extrémité de l’échiquier, un candidat perpétue le souvenir de la perestroïka totalement décriée. Les deux candidats restants s’inscrivent dans la mouvance de Poutine, Ksenia Sobtchak, fille de son ancien mentor, maire de Saint-Petersbourg, qui, à 36 ans, est la benjamine du lot, et un entrepreneur qui milite dans les cercles du pouvoir pour une inflexion de la politique économique.

Les jeux semblent faits. Pourtant, au cours de son dernier mandat, Poutine a subi la chute des prix du pétrole qui constituent l’essentiel des ressources budgétaires et le poids des sanctions économiques européennes consécutives à l’annexion de la Crimée. Les élections se tiennent le jour anniversaire de cet événement, il y a juste quatre ans.

Après le Donbass, il a engagé la Russie dans la guerre de Syrie. La montée en puissance de la Russie à l’étranger s’accompagne de risques évidents. Dans un discours sur l’état de la fédération, le 1er mars, Poutine a affiché des projets ambitieux, voire démesurés, en matière de défense, propos qui se voulaient rassurants mais qui ne laissent pas d’être inquiétants. L’empoisonnement, le 4 mars en Angleterre, d’un ancien espion russe peut d’ailleurs être ressenti comme un signal menaçant à l’intérieur comme à l’extérieur du pays.

S’agit-il de faire oublier l’échec des dernières tentatives de relance économique ? Les débats font rage entre diverses écoles de pensée, certaines plus ouvertes sur l’extérieur, d’autres qui demandent le départ de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) où la Russie n’a pu adhérer qu’en 2012, certaines favorables au capitalisme d’État, d’autres aux privatisations. Derrière ces enjeux se joue l’avenir des relations entre la Russie et l’Union européenne. La nomination du Premier ministre sera un test à ce sujet. Poutine va-t-il enfin se séparer de sa doublure, Dimitri Medvedev, donner plus d’autonomie aux décideurs et notamment aux provinces ? 

Ce Premier ministre pourrait ensuite devenir le candidat à la succession en 2024, à moins que Poutine ne suive l’exemple chinois et ne décide une réforme constitutionnelle supprimant la limitation des mandats présidentiels… 


Enviironnement

par  Fabrice de Chanceuil

Le Temple du Soleil

Le premier sommet de l’Alliance solaire internationale s’est tenu le dimanche 11 mars à New Delhi, en présence d’Emmanuel Macron, président de la République française en voyage officiel en Inde. Si le nom d’Alliance solaire fait spontanément penser à une organisation digne d’un album de Tintin, il s’agit en fait d’une des coalitions les plus prometteuses pour lutter contre le changement climatique.

En fait, ce temple du soleil ne réunit pas quelques Incas perdus adorateurs de notre disque de feu mais constitue, depuis le 6 décembre 2017, une nouvelle institution internationale ayant pour objectif de développer et d’accélérer le déploiement de l’énergie solaire. Née d’une initiative conjointe de la France et de l’Inde lors du sommet de Paris de décembre 2015, l’Alliance solaire internationale, dont le siège est installé à Gurgaon, dans la banlieue de New Delhi, réunit à ce jour 64 États, 55 ayant signé l’accord-cadre définissant ses statuts dont 30 les ayant déjà ratifiés.

L’Alliance vise à rendre possible le « changement d’échelle » dans le déploiement de l’énergie solaire dans 121 pays à fort ensoleillement situés entre les tropiques (et qui, à ce jour, ne représentent que 23 % des capacités photovoltaïques mondiales), en réduisant massivement le coût de cette énergie, en répondant à la forte demande énergétique des pays en développement et en contribuant à lutter contre le changement climatique. Le but est de porter à 1 000 GW la capacité photovoltaïque de ces pays d’ici 2030.

Pour atteindre ces objectifs, les États adhérents s’engagent à agréger et harmoniser leurs demandes de financements, de technologies et d’innovation afin de créer un « marché commun » visant à faire baisser les coûts, renforcer les contrôles qualité, mieux adapter les produits aux besoins et améliorer les technologies. Surtout, pour rendre l’énergie solaire abordable, l’Alliance souligne l’importance de la canalisation du capital, de la réduction des coûts par des mécanismes financiers appropriés, de la promotion de l’accès universel à l’énergie et de l’aide à la création de normes communes pour garantir une qualité de produits adéquate dans l’utilisation des produits par les pays membres. Pour y parvenir, l’Alliance mise sur la mobilisation d’instruments financiers permettant de consacrer plus de mille milliards de dollars d’investissement en énergie solaire d’ici 2030. Pour sa part, la France compte réserver un milliard d’euros à l’opération, suite à l’annonce faite par Emmanuel Macron d’engager, d’ici 2022, sept cents millions d’euros supplémentaires en prêts et dons débloqués par l’Agence française de développement (AFD).

En termes de mise en œuvre des ambitieux objectifs de l’Alliance, celle-ci a identifié cinq programmes consistant, tout d’abord, à instituer une ingénierie financière à grande échelle associée à une couverture des risques, puis à déployer des applications solaires décentralisées, notamment dans les domaines de l’irrigation et de l’éclairage public, à développer des mini-réseaux solaires visant l’autonomie des territoires insulaires et isolés, à favoriser les installations solaires de toiture et enfin à encourager la mobilité électrique solaire.

L’engagement de la France dans ce nouveau processus tire manifestement les conséquences de l’échec de Jean-Louis Borloo et de sa fondation Énergies pour l’Afrique dont la démarche, pour électrifier le continent africain à partir du savoir-faire des entreprises françaises, avait souvent été perçue comme néo-colonialiste et qui avait déjà dû s’effacer devant l’Initiative pour les énergies renouvelables en Afrique, elle aussi lancée à l’occasion de la Conférence de Paris, par plusieurs chefs d’État africains. En s’associant à un pays issu du Tiers-Monde, l’Inde, même si celle-ci s’apprête à lui ravir la cinquième place des puissances économiques mondiales, la France d’Emmanuel Macron marque une nouvelle fois son désir de sortir de pratiques considérées comme dépassées.

Ce qui n’empêche pas le président français de s’appuyer, quand il le faut, sur les anciennes gloires de la politique française, en l’occurrence, Ségolène Royal, promue envoyée spéciale pour la mise en œuvre de l’Alliance. 
Effectivement, l’Alliance solaire, ce n’est pas Tintin, c’est Fantômette ! 


Entretien

S’engager dans la coopération économique avec les Etats africains

Une interview de Son Excellence M. Tomasz MŁYNARSKI, Ambassadeur Extraordinaire et Plénipotentiaire de la République de Pologne en France

– Après l’effondrement de l’empire soviétique les Pays d’Europe Centrale et Orientale (PECOS) ont perdu leurs relations vers l’Afrique. Ces PECOS de plus n’avaient d’yeux que pour l’Europe de l’Ouest. C’est à l’ambassade de Pologne, qu’avec le soutien de votre prédécesseur Jan Tombinski et Ludwik Wdowik a été créé le Partenariat Eurafricain fondé avec les anciens ministres de la Coopération Jean Charbonnel et Charles Josselin pour établir un pont entre les Pays d’Europe Centrale et l’Afrique. Depuis ces Pays ont reconstruit leur politique africaine. Qu’en est-il de la Pologne ? A-t-elle une politique africaine ? et si oui pouvez-vous en donner les grandes lignes ?

– L’Afrique est le continent de l’avenir par son potentiel démographique et économique, et son destin est inséparable du sort de l’Europe. Pour cette raison depuis l’adhésion de la Pologne à l’Union européenne notre politique envers les pays africains s’inscrit de plus en plus dans le cadre européen. La décision d’augmenter la contribution polonaise au fonds fiduciaire de l’UE pour l’Afrique à la fin de l’année dernière est un bon exemple. Notre contribution à ce fonds, une de plus importante parmi les pays européens, s’élève désormais à 8 million d’euros.

Au niveau bilatéral la Pologne veut avant tout s’engager dans la coopération économique, que nous considérons comme prioritaire pour le développement durable du continent. Les accords sur la livraison de tracteurs de l’entreprise polonaise Ursus en Zambie, et auparavant en Ethiopie et en Tanzanie, signés ces dernières années entrainent l’ouverture de nouvelles usines en Afrique.
La création de postes de travail profitera aux économies locales. Ce ne sont que des exemples. L’offre des entrepreneurs polonais pour l’Afrique est abondante: de la coopération dans le domaine de la construction, de l’infrastructure et du transport, en passant par l’industrie téléinformatique, jusqu’à la gestion de l’eau et du recyclage.

Au-delà des investissements directs, nous sommes aussi prêt à partager notre expertise dans la transition économique et politique. Pour pouvoir intensifier nos contacts directs avec les pays africains, mais aussi entre les entrepreneurs, nous avons récemment ré-ouvert l’ambassade de Pologne au Sénégal et en Tanzanie. Nous nous efforçons de construire un nouveau partenariat sur la base de nos contacts et de nos relations historiques.

Je cherche à approfondir également à Paris les contacts et la connaissance des Polonais sur l’Afrique. En partenariat avec l’Académie Polonaise des Sciences j’organiserai prochainement une conférence franco-polonaise sur les études sur le continent africain. Nous avons une vaste histoire de recherche dans ce domaine. Les œuvres de Polonais tels que Bronisław Malinowski ou Roman Stopa ont contribué profondément à la connaissance et à la compréhension du continent africain en Europe.

– Grâce à sa diaspora planétaire, à ses missionnaires, à ses littérateurs ou à sa fonction universitaire, la Pologne dispose d’une véritable « expertise africaine » et cela sans le passif d’un passé colonial. Cette position originale est propre à l’ Europe Centrale et Balte. Au moment où le groupe de Višegrad affirme ses positions et son unité de vue peut-on parler d’une vision commune des enjeux africains pour ce qui concerne le développement de l’Afrique ?

– Le principal objectif du Groupe de Višegrad est le renforcement de la voix de l’Europe centrale et orientale dans le débat concernant les défis européens. Mais nous regardons au-delà de notre continent. Ainsi, les chefs d’État du V4 ont rencontré le président égyptien en juillet 2017 pour échanger sur les enjeux de la lutte contre le terrorisme et sur les questions migratoires, comme sur les perspectives de la coopération économique. Il s’agit d’un partenaire indispensable dans les relations de l’Europe avec le Proche et le Moyen-Orient, l’Afrique ou les états du pourtour méditerranéen.

Pour le Groupe de Višegrad, la question migratoire est devenue depuis quelques années un élément très important pour ses relations avec les états africains. Sur ce dossier, nous sommes unanimes. La stabilisation et le développement des régions d’où vient la majorité des migrants est le meilleur moyen de limiter les importants déplacements incontrôlés de populations vers l’Europe.

La Pologne s’engage de plus en plus dans ces actions tant au niveau bilatéral, et européen, mais aussi au niveau global. Ayant acquis le statut de membre non-permanent du Conseil de sécurité de l’ONU pour les années 2018-2019, l’un des principaux objectifs que nous nous sommes assigné réside dans la stabilisation et la prévention des conflits en Afrique ainsi qu’au Proche et au Moyen-Orient. Les perspectives d’un développement continu de ces pays ne peuvent être atteintes qu’au moyen d’actions cohérentes de la communauté internationale.

– En ce qui concerne l’immigration et les mesures à prendre pour en maitriser les flux  pouvez-vous préciser les positions de la Pologne et en quoi elles font difficulté avec les positions bruxelloises ?

– Une tentative d’imposer l’obligation d’accepter des milliers de migrants sans possibilité de contrôler leur identité, n’est pas acceptable pour la Pologne. La sécurité des citoyens reste une priorité pour chaque gouvernement et notre position sur ce point est de plus en plus partagée en Europe. Notre fermeté ne signifie en aucun cas que la Pologne refuse de recevoir des réfugiés ou des migrants. Depuis le début du conflit dans l’est de l’Ukraine, nous avons reçu plus d’un million et demi de migrants venant de l’autre côté de notre frontière orientale. Rien qu’en 2016 la Pologne a accueilli environ 60% de toutes les nouvelles migrations économiques destinées à l’UE.

Nous exprimons par ailleurs notre solidarité à l’échelle européenne d’une manière différente. La Pologne a été le premier pays de l’UE à signer l’an dernier un accord avec la Banque européenne d’investissement sur la participation à l’initiative Résilience économique, fournissant 50 millions d’euros pour des projets de développement et l’aide humanitaire destinés aux pays d’origine et de transit des migrants dans le voisinage de l’UE. Ceci est le résultat de la mise en œuvre cohérente de la stratégie du gouvernement, pour lequel la forme la plus efficace de réponse à la crise migratoire est l’aide destinée aux pays touchés par les conflits et à leur voisinage. D’où notre soutien actif et croissant à l’opération EUNAVFOR Med Sophia en Méditerranée, ou aux activités de Frontex, dont le siège se situe à Varsovie, visant à une meilleure gestion des frontières extérieures de l’UE.

Propos recueillis par Joël Broquet


Clefs

par Jean Étèvenaux

Sur toute la France à travers quelques livres

Le passé de notre pays, national ou local, voire même avec une approche planétaire, est présenté au travers d’un certain nombre d’ouvrages qui aident à le mieux comprendre. Qu’il s’agisse des vicissitudes de son expansion outre-mer ou des recoins des vieilles provinces, on découvre une richesse permettant de dépasser clichés et raccourcis. Voilà de quoi nourrir les connaissances et aussi l’imagination, même en se limitant, sauf exceptions, à la période suivant la dernière guerre mondiale.

Un tableau d’ensemble est proposé dans La société française de 1945 à nos jours, qui constitue le n° 8107, septembre-octobre 2015 de Documentation photographique. Pour ce qui concerne le régime mis en place par le général de Gaulle en 1959, quatre titres retiendront l’attention : La Ve République et ses évolutions (n° 397, mars-avril 2017, de Cahiers français), L’esprit de la Ve République. L’histoire, le régime, le système, de Philippe Raynaud (Paris, Perrin, 2017, 288 pages), La Ve République. Une histoire, de Philippe Valode (Paris, L’Archipel, 2014, 763 pages) ainsi que le récit, publié l’année de son décès, de François de Rose, très engagé dans les questions européennes et nucléaires, Un diplomate dans le siècle. Souvenirs et anecdotes (Paris, Éditions de Fallois, 2014, 128 pages). Pour ne pas oublier la pluralité du syndicalisme français et la persistance de certaines valeurs, il faut lire, sous la plume de Jean-François Vanneste, 1975-2005. La Cftc sans complexes. 30 années de syndicalisme de construction sociale (Le Plessis-Robinson, Frédéric Aimard éditeur / Spfc, 2014, 344 pages).

La disparition de la France d’outre-mer apparaît de trois manières différentes. D’abord, grâce à Ivan Cadeau, ont voit se dérouler La guerre d’Indochine. De l’Indochine française aux adieux à Saigon 1940-1956 (Paris, Tallandier, 2014, 624 pages). Puis viennent cinq études se rapportant à la perte des départements d’Afrique du Nord ; Maurice Benassayag raconte de façon équilibrée La guerre d’Algérie (Paris, Nane / Ministère de la Défense, 2017, 64 pages), Ted Morgan se rappelle : Ma bataille d’Alger (Paris, Tallandier, 2016 [édition originale en anglais : 2005], 352 pages), Christophe Rouet met en avant Les Pieds-Noirs. L’épopée d’un peuple (Clermont-Ferrand, de Borée, 2016, 200 pages), Alain Ruscio dépeint la Nostalgérie. L’interminable histoire de l’Oas (Paris, La Découverte, 2015, 320 pages) et Pierre Daum s’efforce de faire la lumière sur Le dernier tabou. Les “harkis“ restés en Algérie après l’indépendance (Arles, Actes Sud, 2015, 544 pages). Enfin, sous la direction de Jean-Pierre Bat, d’Olivier Forcade et de Sylvain Mary, est abordée l’action de Jacques Foccart : archives ouvertes (1958-1974). La politique, l’Afrique et le monde (Bordeaux, Paris, Presses de l’Université Paris-Sorbonne, 2017, 432 pages).

Terre de confluences, et pas seulement fluviales, la région lyonnaise s’appréhende à travers plusieurs études. Jacques Rossiaud, après s’être penché sur Lyon 1250-1550. Réalités et imaginaires d’une métropole (Seyssel, Champ Vallon, 2012, 564 pages), développe les liens entre Lyon, la rivière et le fleuve (Lyon, Éditions lyonnaises d’art et d’histoire, 2013, 152 pages), tandis que Bruno Voisin décrypte La Saône au cœur de Lyon. Deux mille ans d’histoire qui ont fait la ville (Lyon, Libel, 2014, 176 pages) avant de s’attarder sur L’Île-Barbe aux portes de Lyon. Histoire d’une abbaye et d’une île (Gleizé, Éditions du Poutan, 2017, 224 pages). Anne-Sophie Clémençon montre La ville ordinaire. Généalogie d’une rive, Lyon 1781-1914 (Lyon, Éditions Parenthèses / Conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement Rhône Métropole, 2015, 288 pages + 1 encart plans de la ville), tandis que Roland Racine fait revivre la Mémoire en images. Lyon industriel (Saint-Avertin, Éditions Sutton, 2014, 192 pages). Comment, alors, ne pas s’attarder, avec Hervé Joly, sur une famille aussi emblématique que Les Gillet de Lyon. Fortunes d’une grande dynastie industrielle (1838-2015) (Genève, Librairie Droz, 2015, 512 pages) ? Mais que cela ne constitue pas une raison pour négliger le voisinage traité par Daniel Rosetta dans 2 000 ans d’histoire en Beaujolais (Gleizé, Éditions du Poutan, 2013, 236 pages).
À l’autre extrémité géographique, voici les réflexions de Frédéric Morvan sur la Bretagne. L’histoire confisquée (Paris, Le Cherche Midi, 2017, 288 pages). De leur côté, Yannick Marec, Jean-Pierre Daviet, Bernard Garnier, Jean Laspougeas et Jean Quellien valorisent La Normandie au XIXe siècle. Entre tradition et modernité, Rennes, Ouest-France, 2015, 608 pages. Aux confins des deux régions, Patrick Sbalchiero peut raconter l’Histoire du Mont-Saint-Michel (Paris, Perrin, 2015 [1re édition : 2005], 280 pages).


Humeur

par Erwan Violin

Grève ou pas grève ?

On va bientôt savoir si la France va revivre les affres de 1995 avec l’interminable grève des cheminots qui paralysa le pays en réponse aux projets de réforme d’Alain Juppé. Va-t-il falloir redécouvrir les saines joies de l’autostop et de la randonnée pédestre aux premières lueurs de l’aube ?
En tout cas, quelqu’un semble presque le souhaiter, et ce quelqu’un n’est pas un syndicaliste extrémiste puisqu’il s’agit de notre brave Jupiter de président. Résister à une tempête syndicale de grande ampleur, tenir tête à l’hydre CGTiste, voilà une tâche à sa mesure, voilà de quoi le classer définitivement parmi les héros (ou les martyrs ?) de la réforme de la France.

Pourtant, Jupin devrait se méfier. A trop vouloir rester droit dans ses bottes, on finit bien souvent par rester paralysé.


Livres

par Catherine Pauchet

Policier

Disparition inquiétante

Ce 30 juillet 1994 devait être un jour inoubliable et, d’une certaine manière, il l’avait été. Orphea, une station balnéaire proche de New York, lançait son festival de théâtre. La salle était pleine, il ne manquait plus que le maire. Il ne viendra pas : lui et sa famille ont été assassinés ainsi qu’un témoin. L’enquête est confiée à deux jeunes policiers. Ils accumulent les preuves, le tueur est arrêté. Vingt ans plus tard, l’affaire rebondit : une journaliste affirme que la police s’est trompée de coupable. Alors qu’elle pense avoir retrouvé le véritable meurtrier, elle disparaît. Investigation serrée, rebondissements, fausses pistes, flash-backs… Joël Dicker saisit le lecteur tout au long de ce roman intense.

« La Disparition de Stephanie Mailer », Joël Dicker, éditions de Fallois, 640 p., 23 €.

Roman

Destin de femme

Philomène Dolmazon aimait Tristan, le garçon de ferme. Elle se mariera avec Gustave comme l’y oblige son père, un cultivateur aisé. L’heureux élu apporte une belle dot ; la ferme prospère ; le couple aura deux enfants. Dans ce roman régional, Florence Roche raconte le destin d’une famille de paysans, en Velay, de 1900 à 1945. Tout irait bien pour Philomène s’il n’y avait ce frère revenu de Paris avec femme et jumeaux. Sarah, son épouse d’origine polonaise, est juive, et riche. Elle investit sans compter dans le domaine. Derrière les sourires, chacun s’interroge : d’où vient l’argent ?

« Philomène et les siens », Florence Roche, Calmann-Lévy, 592 p., 22,90 €.

Musique

La face cachée du rock

Beaucoup portent leurs idoles au pinacle, certains les clouent au pilori. Parmi eux : Anne-Sophie Jahn. Journaliste au Point où elle écrit sur la musique, elle connaît la face noire des chanteurs et des groupes de rock. Elle a interrogé les managers, les videurs de boîtes de nuit, les chauffeurs, les amants… Ce qu’elle raconte dans ce livre, découpé en chapitres qui suivent les sept péchés capitaux, est édifiant : ego surdimensionné, violence conjugale, menaces de mort, crise de folie (télévision jetée par la fenêtre), caprices (aucune banane à l’horizon durant une tournée)… Rien n’arrête les stars, surtout pas le pire. Sexe, drogue et rock’n roll.

« Les sept péchés capitaux du rock », Anne-Sophie Jahn, Flammarion, 248 p., 19 €.

Revue

Espionnage

Il y a les espions et les espionnes. Historia dévoile le parcours de ceux (Georges Painvin, Mata Hari…) qui ont œuvré en 1914-1918. Cryptographes ou faux hommes d’affaires, ils ont été une poignée à manier une arme redoutable : le renseignement. Autres sujets traités : le transhumanisme, Jules Verne et le merveilleux scientifique, la révolution de 1848 vue par Victor Hugo, cloches et sonneurs au Moyen Âge…

« La guerre des espionnes et des espions », Historia, mars 2018, 5,70 €. En kiosque.


Cinéma

par Marie-Christine Renaud d’André

Hostiles

En cette année 1892, les Américains ont définitivement vaincu les Indiens, souvent parqués dans des prisons. Mais cela n’empêche pas certaines hordes de commettre des massacres, tels ces Comanches qui ont assassiné toute la famille de Rosalee Quaid sous ses yeux. 

Non loin de là, le capitaine Joseph Blocker reçoit l’ordre de conduire le chef Yellow Hawk, prisonnier des Américains, ainsi que sa famille, dans ses terres du Montana, pour qu’il y finisse ses jours. Cela n’est pas du goût du capitaine, qui considère le Cheyenne comme son ennemi. Contraint d’accepter, il entreprend un très long périple.

Amateurs de westerns, vous allez être à la fête avec ce film superbe, qui rend un bel hommage à ce genre, un peu trop oublié aujourd’hui. Comme il se doit, les paysages sont magnifiques, l’histoire très prenante, et les péripéties sont mouvementées. Mais, ce qui frappe dans ce film passionnant, ce sont les interrogations des uns et des autres sur leurs comportements passés, la véritable personnalité de leurs ennemis d’hier, etc., qui donnent du fond à ce film spectaculaire, épique, palpitant, esthétiquement très réussi et très bien interprété. Christian Bale trouve là un de ses meilleurs rôles, et Rosamund Pike confirme la finesse de sont talent. Mais il est dommage que l’ensemble soit un peu trop long.

Les héros vont évoluer de manière très positive et arriver à se reconnaître et à s’apprécier mutuellement. La dimension spirituelle est bien présente, et elle confère une belle épaisseur humaine à ce film spectaculaire. Mais les violences sont assez pénibles. 

Western américain (2017) de Scott Cooper, avec Christian Bale (le capitaine Joseph Blocker), Rosamund Pike (Rosalee Quaid), Wes Studi (le chef Yellow Hawk), Jesse Plemons (le lieutenant Rudy Kidder), Adam Beach (Black Hawk), Rory Cochrane, Peter Mullan, Ben Foster (2h13). (Grands adolescents) Sortie le 14 mars 2018.

Un raccourci dans le temps

Malgré son intelligence, la jeune Meg est très complexée. Cela ne l’empêche pas de partir à la recherche de son père, disparu depuis 4 ans, dans des mondes inconnus.
Au début, on est sous le charme de cette spectaculaire adaptation du best-seller de Madeleine l’Engle, publié en 1962, qui a enchanté des générations d’enfants, tant les images sont colorées et superbes, avec d’excellents effets spéciaux et quelques touches d’humour. Mais, peu à peu, on finit par trouver le temps long, avec une histoire qui manque de relief. Il reste que la jeune Storm Reid, qui interprète la première jeune héroïne de couleur de Disney, est sensationnelle.

Science-fiction américaine (2018) de Ava DuVernay, d’après Madeleine l’Engle, avec Storm Reid (Meg Murry), Oprah Winfrey (Mme Quidam), Reese Witherspoon (Mme Quiproquo), Mindy Kaling, Chris Pine, Levi Miller, Deric McCabe (1h50). (Adolescents) Sortie le 14 mars 2018.

La belle et la belle

Dans une soirée, Margaux, 45 ans, fait la connaissance de Margaux, la jeune fille qu’elle fut à l’âge de 20 ans. Très vite, elle va tout mettre en œuvre pour lui permettre d’éviter les erreurs qu’elle a commises à son âge.
Cette histoire très originale, qui confronte le même personnage à deux différents âges de sa vie, est bien filmée et très bien interprétée, par Sandrine Kiberlain et Agathe Bonitzer, nièce de la réalisatrice. Mais il y a beaucoup de scènes inutiles, et le spectateur peine souvent à entrer dans le scénario qui ne creuse pas assez l’absurdité et le comique des situations. Dommage !

Comédie dramatique française (2017) de Sophie Fillières, avec Sandrine Kiberlain (Margaux), Agathe Bonitzer (Margaux), Melvil Poupaud (Marc), Lucie Desclozeaux (Esther), Laurent Bateau (1h36). (Grands adolescents) Sortie le 14 mars 2018.

Eva

Après s’être emparé du manuscrit d’un auteur décédé, Bertrand a connu le succès. Peu après, alors qu’il peine à écrire une autre pièce, il tombe sous le charme d’Éva, une femme vénéneuse.
On ne peut nier à Benoît Jacquot un vrai sens de la mise en scène. Mais, dans cette adaptation d’un roman de James Hadley Chase, déjà porté à l’écran par Joseph Losey, en 1962, avec Jeanne Moreau, le spectateur peine à entrer dans l’histoire et à tomber sous le charme toxique d’Isabelle Huppert, malgré son talent. Le résultat est que l’on finit par s’ennuyer, malgré les qualités des uns et des autres.

Drame franco-belge (2017) de Benoît Jacquot, d’après James Hadley Chase, avec Isabelle Huppert (Éva), Gaspard Ulliel (Bertrand), Julia Roy (Caroline), Richard Berry (Régis Grant) (1h40). (Grands adolescents) Sortie le 7 mars 2018.


Le chiffre de la semaine

2,3%

C’est le taux de croissance au sein de la zone euro pour l’année 2017, selon Eurostat (Office européen de statistiques). Ce taux équivaut à une révision à la baisse de la précédente estimation qui était de 2,5%. Eurostat explique cette révision par l’emploi de données restreintes lors des calculs précédents. Pour le quatrième trimestre 2017, l’estimation de croissance reste inchangée à 0,6%. Malgré cette correction, Eurostat souligne que ce taux de croissance reste le plus élevé depuis 10 ans. En 2007, avant la crise financière, la croissance atteignait les 3%.

Pour l’ensemble de l’Union européenne, le taux de croissance est également révisé à la baisse à 2,4%, alors que les précédentes estimations étaient de 2,5%.


D’un jour à l’autre

France

Fait divers

Nordahl Lelandais, qui a déjà avoué, le 14 février, le meurtre de la petite Maëlys fin août 2017 en Isère, a reconnu avoir pris en stop le caporal Arthur Noyer la nuit de sa disparition, entre le 11 et le 12 avril 2017.

Présidence

Emmanuel Macron a effectué une visite d’État en Inde du 9 au 12 mars. De nombreux contrats ont été signés par des entreprises françaises, tandis que le projet de la plus grande centrale nucléaire du monde, avec 6 EPR, en discussion depuis 10 ans, a bénéficié d’« une avancée majeure », selon l’Élysée.

Égalité

Parmi la cinquantaine de mesures contre les inégalités dévoilées le 8 mars, Journée de la femme, le Premier ministre a annoncé la création d’un logiciel de calcul des différences salariales entre hommes et femmes. L’écart sera publié par les sociétés, avec obligation de résorption en trois ans.

P.S.

Le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a annoncé, le 8 mars, qu’il quittait le Parti socialiste.

Fortunes

Forbes, publié le 6 mars, a recensé 40 milliardaires français. Leur fortune est estimée à 265 milliards d’euros, en hausse de 30 % par rapport à 2016. Bernard Arnault, PDG de LVMH, arrive en tête du classement et au 5e rang mondial.

CAC 40

Les entreprises du CAC 40 ont dégagé en 2017 un bénéfice net de 94,37 milliards d’euros, en hausse de 24 % sur un an. Sanofi arrive en tête (8,4 milliards d’euros de bénéfice), suivi de BNP Paribas, Total, Axa et LVMH.

Privatisation

L’État pourrait privatiser rapidement le groupe Aéroports de Paris en cédant ses 50,63 % de parts, ce qui rapporterait plus de 8 milliards d’euros, destinés au fonds innovation, promesse de campagne d’Emmanuel Macron pour financer des technologies de rupture. La vente de la Française des jeux (FDJ) est également prévue.

Mineurs

Le projet de loi contre les violences sexistes et sexuelles qui sera soumis fin mars en conseil des ministres contiendra la mesure présentée comme phare de fixer l’âge du consentement sexuel à 15 ans. Les articles 227-25 et 225-26 du Code pénal prévoient pourtant déjà des mesures protégeant les mineurs de 15 ans contre un majeur qui exercerait « sans violence, contrainte, menace ni surprise une atteinte sexuelle ».

Mayotte

Alors que le département entamait sa troisième semaine de grève générale, la ministre des outre-mer Annick Girardin a annoncé, le 6 mars, l’ouverture d’une « conférence pour l’avenir de Mayotte ». Les maires ont décidé de fermer les portes de l’ensemble des hôtels de ville de l’île « de manière illimitée ».

Automobile

Ford a annoncé le 27 février qu’il abandonnerait, après 2019, son usine de boîtes de vitesse à Blanquefort (Gironde), 910 employés. Le site qui a été largement subventionné par l’État depuis Chaban-Delmas, est en recherche d’un repreneur.

Monde

États-Unis

Le président Trump a accepté, le 8 mars, le principe d’un sommet proposé par le leader nord-coréen Kim Jong-un d’ici fin mai. Ce dernier aurait évoqué une « dénucléarisation » et pas seulement un « gel » des activités nucléaires.
Le président américain a décidé, le même jour, « pour des raisons de sécurité nationale », de taxes douanières de 25 % sur les importations d’aluminium et d’acier.

Afghanistan

Un kamikaze s’est fait exploser dans un quartier chiite de Kaboul, le 8 mars, tuant au moins 7 personnes et en blessant 7 autres.

Papouasie-Nouvelle-Guinée

Le Premier ministre Peter O’Neill a annoncé, le 8 mars, que le séisme du 26 février, dans la région montagneuse d’Enga, a fait plus d’une centaine de victimes et des milliers de blessés.

Burundi

Dans la perspective du référendum du mois de mai, qui permettra au président Pierre Nkurunziza de rester au pouvoir jusqu’en 2034, le régime fait la chasse aux opposants, contraignant des centaines de milliers de Burundais à l’exil.

Syrie

Les forces turques sont aux portes de la ville d’Afrin, qu’elles veulent prendre à la milice kurde qui a joué un rôle clé dans la lutte contre Daech en Syrie, mais que la Turquie considère comme un groupe « terroriste ».
Quatre semaines après le début de l’offensive sur la Ghouta orientale, dernier bastion rebelle, les forces loyalistes ont isolé Douma, la principale ville, et morcelé l’enclave en trois.

Colombie

La droite a remporté les élections législatives et sénatoriales du 11 mars. Le Centre démocratique de l’ex-président Alvaro Uribe, adversaire de l’accord avec les FARC, arrive en tête avec dix-neuf sièges au Sénat et trente-trois à la Chambre des députés. L’élection présidentielle aura lieu les 27 mai et 17 juin.

U.E.

La Belge Catherine Bolle, patronne de la police fédérale belge, a été nommée, le 8 mars, par les ministres de l’Intérieur des 28 réunis à Bruxelles, à la tête d’Europol, agence européenne de lutte contre la criminalité internationale et le terrorisme. Elle est la première femme à accéder à cette fonction.

Airbus

Le PDG de l’avionneur européen, l’Allemand Thomas Enders, a annoncé, le 7 mars que, le groupe allait devoir baisser la production du très gros porteur A380 et du transporteur militaire A400M. Airbus va supprimer 3 700 postes (470 en France, 1 900 en Allemagne) mais estime pouvoir ne licencier aucun salarié.

Grande-Bretagne

Sergueï Skripal, 66 ans et sa fille Youlia, 33 ans, ont été victimes le 4 mars, dans un centre commercial à Salisbury (sud de l’Angleterre), d’un gaz innervant. Ils sont entre la vie et la mort. La femme et le fils de cet ancien espion russe et agent double au service de l’Angleterre sont morts en 2012 et 2017 dans des conditions suspectes. Après avoir été condamné en Russie à 13 ans de prison pour trahison, il avait été expulsé vers la Grande-Bretagne dans le cadre d’un échange d’espions en 2010. Theresa May a menacé d’un boycott par la Grande-Bretagne de la Coupe du monde de football en Russie.

Sports

Football

Le Paris-Saint-Germain, privé de son joueur vedette brésilien Neymar, qui a subi une opération du pied droit, a été éliminé, en huitièmes de finale de la Ligue des Champions par le Real Madrid (1-3 à l’aller le 14 février à Madrid ; 1-2 au retour à Paris le 6 mars). Le club parisien risque des sanctions pour les fumigènes lancés par ses supporters.

Rugby

Le Quinze de France l’a emporté 22 à 16 contre le Quinze de la Rose (Angleterre), le 11 mars au Stade de France, après avoir dominé le match et malgré une grosse frayeur en fin de partie. Quatrièmes au classement, les Bleus rencontreront le Pays de Galles à Cardiff le 17 mars pour leur dernier match dans le Tournoi des six nations, d’ores et déjà remporté par l’Irlande.

Jeux paralympiques 

Les chaînes publiques ont prévu de diffuser 100 heures de programmes pour les Jeux paralympiques de PyeongChang, du 9 au 18 mars, contre 60 heures aux Jeux de Sotchi en 2014.