L’événement-1
par Serge Plenier
Le départ d’un roi
Juan Carlos Ier, roi d’Espagne, a décidé d’abdiquer. Ainsi se clôt l’un des chapitres les plus étonnants de l’histoire espagnole. On a un peu oublié les conditions dans lesquelles le petit-fils d’Alphonse XIII est arrivé au trône d’Espagne, et surtout comment il s’y est maintenu.
Lorsque Franco meurt, le 20 novembre 1975, on ne donne pas cher de son successeur désigné, le « prince d’Espagne » dont beaucoup pensent qu’il sera écarté peu à peu. Le communiste Santiago Carillo le surnommera même « Juan Carlos le Bref ». Pourtant, ce prince de quarante ans sera le principal artisan du passage de la dictature à la démocratie. Si l’Espagne, après deux siècles d’histoire tourmentée, voire sanglante, est aujourd’hui un pays moderne, c’est à Juan Carlos qu’elle le doit.
Le consensus se fera définitivement autour du nouveau roi lors de la tentative de coup d’Etat du 23 février 1981. Là encore, Juan Carlos sera seul aux commandes pour isoler les factieux et assurer la fidélité de l’armée aux nouvelles institutions. C’est à ce jour la dernière fois que le monarque héréditaire d’un pays européen a joué un rôle politique décisif.
Après de tels débuts, le reste de son règne ne pouvait être que monotone, voire décevant. Installé dans le paysage, Juan Carlos s’est plié aux règles redoutables d’une royauté sans pouvoir effectif. Cette royauté, il l’a souhaitée, sans peut-être prendre la mesure de toutes ses contraintes. Juan Carlos n’est pas Elizabeth II. Les traditions ne sont pas les mêmes, ni l’histoire. C’est ce qui explique sans doute l’érosion de sa popularité parmi les jeunes générations d’Espagnols.
Et puis il y a eu les scandales qui ont terni la fin d’un règne plus qu’honorable. Ce qui a été difficile pour le roi l’a été au moins autant – sinon plus – pour ses enfants dont certains n’ont pas toujours su résister aux tentations de l’argent et de la vie faciles.
Aujourd’hui, c’est à l’infant Felipe, futur Felipe VI que revient la redoutable tâche d’assurer la succession de son père et de redonner à la royauté espagnole le lustre qui lui convient. Les défis qu’il va affronter demeurent nombreux, qu’il s’agisse de la crise économique ou des tendances centrifuges qui se manifestent aujourd’hui dans la Péninsule.
Le nouveau roi devra trouver une autre façon de régner sur une autre Espagne.
L’événement-2
par Jean-Gabriel Delacour
Les catholiques bons citoyens
Une enquête réalisée par l’Institut français d’opinion publique pour le quotidien La Croix sur le vote des catholiques aux élections européennes confirme certaines tendances et fait apparaître quelques faits nouveaux. Elle établit notamment un lien entre la pratique civique et la pratique religieuse. Cela n’est pas dénué de signification alors que, depuis le début de l’année, le pouvoir socialiste essaie de se rabibocher avec un électorat catholique à la fois malmené et méprisé lors des réformes sociétales — particulièrement avec le « mariage pour tous » — dont François Hollande a voulu faire l’emblème des débuts de son quinquennat ; on a ainsi vu, le dernier week-end, la ministre Najat Vallaud-Belkacem se rendre à une grande réunion scoute…
Comme d’habitude, les catholiques pratiquants réguliers se sont montrés nettement plus concernés que l’ensemble de la population lors de cette consultation du 25 mai. 81 % d’entre eux déclarent ainsi être allés voter contre 43 % des Français, soit près du double ! Leur ancrage à droite et au centre reste très marqué, avec 34 % se prononçant pour l’Ump, 14 % pour l’Udi/Modem et 20 % pour le Fn. Quant aux « cathos de gauche », ils semblent laminés, passant d’une fourchette oscillant habituellement entre le quart et le tiers du vote catholique à seulement 16 %, avec une forte abstention — comme chez l’ensemble des électeurs de gauche.
Par ailleurs, si la domination de la droite traditionnelle apparaît évidente, les deux formations principales ont souffert de la concurrence de la liste Force Vie de Christine Boutin, laquelle a obtenu 9 % parmi les catholiques pratiquants réguliers — mais seulement 1 % parmi les pratiquants occasionnels et les non-pratiquants, ce qui signifie qu’elle n’a rencontré de véritable écho que chez les pratiquants réguliers. Par rapport au Front national, il apparaît que, comme pour l’ensemble de la population, les catholique pratiquants réguliers se révèlent de moins en moins hermétiques au parti de Marine Le Pen : si leur pourcentage demeure toujours inférieur à la moyenne nationale, on constate tout de même qu’un cinquième des catholiques pratiquants votent Fn alors que ce chiffre monte à 25 % pour l’ensemble de la population.
Cela dit, les préoccupations de cet électorat ne se révèlent pas surprenantes, puisqu’il a voté en fonction de l’emploi et de l’activité économique (75 %), de l’action de l’Europe face à la crise (67 %), du pouvoir d’achat et du niveau des prix (62 %), des impôts et des taxes (62 %), de l’immigration (62 %), de la place de la France dans l’Union européenne (59 %), de l’insécurité (57 %), du fonctionnement des institutions européennes (51 %), des négociations autour du traité de libre-échange entre les États-Unis et l’Union européenne (41 %), de l’école et de l’éducation (39 %), de l’environnement (29 %), de l’attitude de l’Union face à la situation en Ukraine (23 %), des affaires touchant l’Ump (12 %) ou de la tribune de Nicolas Sarkozy publiée trois jours plus tôt dans Le Point (11 %). Cette hiérarchie des facteurs du vote mérite aussi d’être prise en considération.
Politiques
par Alice Tulle
L’UMP en péril
Présentée naguère comme gage de transparence, la loi sur le financement des partis politiques n’a rien arrangé. Pour mener des campagnes à grand spectacle — d’une efficacité douteuse — les principales formations ont recours à divers expédients qui sont des bombes à retardement. L’une d’entre elles vient d’exploser à l’UMP, en raison des révélations sur les comptes de la société de communication Bygmalion, dirigée par des proches de Jean-François Copé, qui fait depuis mars l’objet d’une enquête judiciaire.
Le scandale qui couvait a éclaté le lendemain des élections européennes, lorsque l’avocat de la société Bygmalion a révélé que des sommes dépensées pour la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy avaient été imputées à l’UMP « à la demande » de dirigeants de ce parti. Le même jour, le directeur de cabinet de Jean-François Copé reconnaissait sur BFM TV des irrégularités tout en affirmant que le président de l’UMP et Nicolas Sarkozy n’étaient pas au courant.
La situation de Jean-François Copé devenait cependant intenable. Le mardi 27 mai, le président de l’UMP a été contraint à la démission lors d’une réunion houleuse du bureau politique. Dans une lettre aux adhérents de son parti, il a reconnu que l’UMP avait « très vraisemblablement réglé des factures qu’elle n’aurait pas dû honorer » pendant la dernière campagne présidentielle tout en affirmant que son intégrité était « totale ». Une direction collégiale réunissant les trois anciens Premiers ministres Jean-Pierre Raffarin, François Fillon et Alain Juppé va tenter un retour à la normale et préparer un congrès qui se réunira en octobre.
La sortie de crise est problématique. Saisie de l’affaire Bygmalion, la justice poursuit à son rythme des investigations sur l’affaire Tapie, sur laquelle Claude Guéant a été interrogé au cours d’une longue garde à vue. D’autres affaires de financement douteux peuvent revenir sur le devant de la scène et bouleverser à nouveau la stratégie des dirigeants de l’UMP et plus particulièrement celle de Nicolas Sarkozy.
L’ancien président de la République peut en effet se présenter comme l’ultime recours d’un parti en grand péril et le sauveur du pays confronté aux rapides progrès du Front national. Encore faut-il que son innocence, souvent proclamée, ne soit pas mise en cause par la justice au cours des trois prochaines années.
De plus, Nicolas Sarkozy est gêné par François Fillon et Alain Juppé, qui contrôlent désormais l’appareil et qui veulent que l’UMP organise pour la prochaine présidentielle des primaires auxquelles l’ancien président, à tort ou à raison, se refuse. François Fillon sait que les circonstances lui sont désormais favorables et il tentera de pousser son avantage malgré le déficit de « charisme » que lui reprochent les médias.
Le Front national, qui mise depuis 2012 sur un éclatement de l’UMP, est conforté dans ses espoirs de voir son candidat arriver en tête du premier tour de la prochaine présidentielle et de se retrouver alors avec un groupe important au Parlement. Car le Parti socialiste est profondément divisé et tiré vers l’abîme par un François Hollande au comble de l’impopularité.
D’ici 2017, il y a théoriquement trois ans pour permettre une recomposition des forces politiques. Mais son rythme et ses tendances sont imprévisibles. La progression du Front national n’est pas irrésistible ; les destins des chefs de la droite et de la gauche sont soumis aux juges, aux investigations médiatiques et aux mouvements, parfois surprenants, d’une opinion publique qui s’exaspère.
Monde
par Yves La Marck
La vraie surprise
« Séisme » en France, immobilisme à Bruxelles et outre-Rhin… la nouveauté de ces élections européennes semble surtout venir d’Italie.
Les succès du Front national en France, de l’UKIP au Royaume-Uni, des populistes au Danemark, de Syriza (gauche radicale) en Grèce étaient attendus.
Ce ne sont pas des surprises. Ils sont dramatisés pour jouer sur la peur.
Cependant, ils n’ont pas bouleversé le panorama de l’assemblée de Strasbourg. Le premier parti en son sein, le Parti Populaire Européen (PPE, centre-droit), perd 60 sièges mais reste en tête avec 212 sièges, soit 20 de plus que le second, le groupe socialiste. à eux deux ils ont la majorité absolue (sur 751 membres). Une grande coalition à l’allemande est, comme on le savait avant le vote, la seule issue possible. L’ambiance confortable à Bruxelles au soir du 25 mai était donc différente du climat de panique sur les chaînes françaises de télévision.
La vérité se situe entre les deux. Car il y a bien eu des surprises et des changements porteurs d’avenir. M. Martin Schulz, tête de liste socialiste, a reconnu l’échec de son pari, à savoir de se faire désigner président de la Commission en quelque sorte directement par le suffrage si sa formation était arrivée en tête. Du coup, tous les gouvernements socialistes soutiennent le candidat désigné par le PPE, Jean-Claude Juncker, d’une part parce qu’ils ont soutenu la théorie de la désignation directe, d’autre part parce que J.-C. Juncker est personnellement un homme dit du courant social-chrétien, acquis à l’idée de grande coalition. Paradoxalement, ce sont les gouvernements conservateurs qui sont les plus réticents à son égard pour ces deux mêmes raisons : ils ne veulent pas d’une élection purement parlementaire, réduisant le pouvoir du conseil des chefs d’État et de gouvernement, et ils doutent du candidat, jugé soit trop social (Angela Merkel) ou trop européiste (David Cameron et ses alliés hanséatiques).
Martin Schulz a certes été affaibli par les mauvais résultats des partis socialistes en France, en Espagne et en Grèce, mais ces pertes ont été quasiment compensées par la véritable surprise de ce scrutin : l’immense succès du Parti démocrate italien sous la conduite du Premier ministre Matteo Renzi, dont c’était le premier rendez-vous électoral. Avec plus de 40 % des voix, meilleur résultat européen (après la Hongrie où le parti au pouvoir a fait un score de 53 %), il constituera le plus gros contingent au sein du groupe socialiste à Strasbourg devant le PSD allemand qui a pourtant enregistré une forte progression (de 21 à 27 %). Cette arrivée des démocrates italiens en Europe est peut-être la grande bonne nouvelle de ces élections 2014. En effet, ce parti regroupe des éléments qui étaient auparavant divisés en deux groupes au plan européen, des anciens communistes au courant de centre-gauche de l’ex-démocratie-chrétienne. M. Renzi vient personnellement de cette seconde tendance. Tout ce monde cette année sera inscrit au groupe socialiste du Parlement européen, ce qui a également fait perdre quelques sièges au PPE.
La victoire de Matteo Renzi porte un coup d’arrêt au Mouvement des 5 étoiles dit aussi des grillots (de Beppe Grillo) qui se voyait déjà faire la course en tête à l’issue d’une grandiose campagne à travers tout le pays (il ne fait que 21 %). Elle aussi signe le recul du parti de Silvio Berlusconi (17 % au lieu de 35 % en 2009) et la marginalisation de la Ligue du Nord (7 %) qui perd également aux élections régionales en faveur du PDI…
Le monde comme il va
par Denis Lensel
Le « Djihad » individuel des apprentis terroristes
Après la tuerie du Musée juif de Bruxelles, l’arrestation récente comme suspect de Mehdi Nemmouche, un délinquant de 29 ans issu de l’immigration happé par l’Islam radical après plusieurs séjours en prison pour des délits de droit commun pose un problème d’une gravité sans précédent : celui du « Djihad » individuel de jeunes déracinés devenus apprentis terroristes qui sévissent en Europe occidentale en assassinant des innocents en pleine rue. Ceci après s’être exercés au maniement des armes parmi des groupes musulmans fanatiques dans des pays en guerre ouverte, comme la Syrie ou l’Afghanistan.
Ces pays en flammes leur servent à la fois de terrain d’entraînement et de base arrière. Et l’Europe, en particulier la France ou les pays voisins, mais aussi les Etats-Unis, globalement l’Occident des « Croisés », tous ces pays sont désormais devenus des cibles où on peut frapper aveuglément, en des actes individuels imprévisibles. Pour faire régner l’insécurité, et chercher à semer la terreur, en attendant d’hypothétiques conquêtes de portions de territoire, à partir de zones de non-droit arrachées à des banlieues incontrôlées, au sein de sociétés déstabilisées.
L’attentat perpétré dans la capitale belge a rallumé la mèche du terrorisme islamiste, après l’équipée sanglante de Mohammed Merah à Toulouse, avec un point commun tristement évident, la haine antisémite. A Bruxelles, volontairement ou non, le multiple meurtre retentissait comme un double défi, à l’heure des élections européennes et de la rencontre du Pape près de Jérusalem avec les dirigeants d’Israël et du peuple palestinien sur le thème de la paix. Cette paix bien fragile, jamais acquise, que le « Djihad » islamique, prétendue « guerre sainte », récuse absolument quant à lui, de toute sa violence.
Religion
par Gérard Leclerc
Au Soudan, la liberté religieuse bafouée
C’est avec une douloureuse surprise que nous avions appris la condamnation à mort, au Soudan, d’une chrétienne pour apostasie. Née d’un père musulman, Meriam Yahia Ibrahim Ishag, âgée de 27 ans, avait été jugée, le 15 mai dernier, par une Cour criminelle, en vertu de la loi islamique, en vigueur dans le pays. L’information avait provoqué de nombreuses réactions dans le monde, d’autant que la jeune femme allait accoucher d’une petite fille en prison. Les diplomates mettaient en avant les lois internationales mais aussi les droits constitutionnels soudanais qui reconnaissent la liberté religieuse. Mais il semble bien que c’est l’esprit et la lettre de la Charia qui se soient imposés dans la cas de cette chrétienne, qui, par ailleurs ne reconnaît aucune apostasie, n’ayant jamais été de confession musulmane.
Devant l’indignation générale, on apprenait que la jeune femme pourrait être bientôt libérée. Mais le gouvernement démentait aussitôt la nouvelle, renvoyant à la poursuite de la procédure, c’est à dire la décision de la Cour d’appel saisie par les avocats de la condamnée. On ne peut qu’espérer le dénouement de cette malheureuse affaire en tablant sur la poursuite de la pression de l’opinion internationale. Mais comment ne pas déplorer la tendance d’un certain nombre de pays musulmans à rompre avec les principes de la liberté de conscience et de la liberté religieuse, pour s’enfermer dans les prescriptions inhumaines de la charia, qu’aucun motif proprement religieux ne saurait justifier.
La déclaration sur la liberté religieuse de Vatican II n’était nullement un document contingent de caractère opportuniste. Il s’inspirait d’une doctrine sérieuse sur les conditions mêmes de l’adhésion à la foi qui, en aucun cas, ne saurait relever d’une contrainte extérieure. Cette argumentation de nature théologique rejoint la philosophie naturelle la mieux partagée. Il devrait y avoir un consensus général sur ce qui relève de la décision la plus intime des personnes. Pourtant, le cas de Meriam n’est malheureusement pas isolé, et il y a d’autres pays, tel le Pakistan, où ces droits fondamentaux sont constamment violés. Nous ne pouvons que protester avec la plus grande énergie contre ce déni de dignité, qui atteint certes les chrétiens de façon directe mais concerne tous les hommes et toutes les femmes, dans la mesure où la liberté religieuse est au fondement même de toute charte des droits de l’humanité.
Clefs
par Jean Étèvenaux
Il y a 200 ans mourait l’impératrice Joséphine
Le 2 juin, la ville de Rueil-Malmaison a commémoré le bicentenaire de la mort de l’impératrice Joséphine, survenue le 29 mai 1814. Elle est en effet décédée dans son domaine de Malmaison et a été enterrée dans l’église Saint-Pierre Saint-Paul. La présence annoncée de l’ambassadeur de Russie à la cérémonie religieuse rappelle les conditions de sa disparition, un mois et demi après la première abdication de Napoléon, à la suite d’une visite du tsar Alexandre au cours de laquelle elle prit froid, ce qui lui amena une « angine gangreneuse ». Elle allait avoir 51 ans.
La destinée de la première impératrice des Français aura été tout à fait extraordinaire. Née à la Martinique, épouse vite séparée du vicomte de Beauharnais qui, quoique rallié à la Révolution, n’en fut pas moins guillotiné, ayant elle-même échappé de peu à la sinistre charrette, elle devint une de ces « reines » du Directoire symbolisant la frénésie de vivre après la Terreur. Recasée par son amant Barras auprès du jeune et brillant général Bonaparte qui, fou amoureux, l’épousa civilement, elle allait désormais suivre son destin tout en renâclant à l’accompagner dans cette Italie où il se révéla un génie autant civil que militaire. Restant finalement à ses côtés lorsqu’il devint Premier Consul, elle le seconda avec beaucoup d’aisance et d’efficacité tout en croyant assurer sa position en l’épousant religieusement la veille du sacre du 2 décembre 1804. Pourtant, cinq ans plus tard, elle dut subir le divorce, le fondateur de la IVe dynastie voulant s’assurer une descendance. Sa situation matérielle et protocolaire réglée à son avantage, elle entama une nouvelle vie qui lui permit notamment de se rapprocher de ses enfants, Hortense, reine de Hollande puisqu’elle avait épousé Louis, un frère cadet de Napoléon, et Eugène, vice-roi d’Italie et bon général ; elle leur avait enseigné la fidélité à leur beau-père et ils n’y manquèrent jamais.
Joséphine était aimée des soldats de Napoléon et, d’une manière plus générale, de la population, le comte de Lavalette la décrivant même comme « l’idole des Français ». Les grognards l’appelaient affectueusement « la vieille » et, lorsque commença le temps des défaites, le bruit courut que « la cause de tous ces malheurs venait de ce que l’Empereur avait renvoyé sa femme pour prendre une autre ». Elle sera restée dans le cœur de presque tous.
Au château de Malmaison, jusqu’au 30 juin, l’exposition Joséphine, la passion des fleurs et des oiseaux permet de mesurer ce que l’impératrice a apporté dans ce domaine, repris dans un catalogue publié par Artlys. Elle est complétée par l’ouverture, le 5 juin, du jardin de roses anciennes, avec même la création d’une nouvelle espèce, Souvenir de Joséphine.
Au musée du Luxembourg, juste à côté du Sénat, on peut voir jusqu’au 29 juin une autre passionnante exposition, intitulée tout simplement Joséphine – renseignements sur www.museeduluxembourg.fr – et dont le catalogue édité par la Réunion des musées nationaux assure la perpétuation.
Humeur
par Erwan Violin
Rideau de fumée
De nos jours, quand un ministre en charge de la santé publique s’ennuie, quand les caisses sont vides, il ne lui reste plus qu’à lancer un nouveau plan anti-tabac. Proposer n’importe quoi comme le paquet de cigarettes « neutre », cela vous classe d’emblée parmi les bons (les fumeurs étant forcément les méchants) et vous attire les bonnes grâces de Bercy (y a bon les taxes sur le tabac). Bref, cela vous donne l’impression d’exister.
Accessoirement, vous êtes aussi bien vu par l’industrie pharmaceutique grande productrice de perlinpinpin pour le sevrage tabagique… on ne sait jamais.
Livres
par Catherine Pauchet
Romans
Le principe de Pauline
Chez un bouquiniste des quais de Paris, Quincy Farriol trouve le roman qu’il avait publié vingt ans plus tôt. Cet exemplaire, dédicacé à Pauline et Maxime, fait resurgir le souvenir d’une belle rencontre. Pour ce livre, il avait reçu le « Prix de la maison d’arrêt de Saint-Pierre-des-Alpes » décerné par un jury de détenus. Il s’était rendu sur place et la libraire du village en avait profité pour organiser une séance de dédicaces. Pauline, étudiante en informatique, l’avait assisté auprès du public avant de lui demander de passer un message à Maxime, un prisonnier dont elle était amoureuse. Sitôt libéré, Maxime se lie avec l’écrivain. Didier van Cauwelaert (Double identité, La Femme de nos vies) signe un roman drôle et tendre qui fait la part belle à l’amour et à l’amitié.
« Le principe de Pauline », Didier van Cauwelaert, Albin Michel, 302 p., 20 €.
A la claire rivière
Zach Gilchrist, la quarantaine, est en proie au doute : il vient de divorcer et sa galerie d’art est en faillite. Pour retrouver confiance en lui, il se rend au village de Blacknowle, dans le Dorset (Angleterre), où avait séjourné Charles Aubrey. Il compte écrire une biographie sur ce peintre mort en 1941 dont il est l’un des spécialistes. Sur place, il fait la connaissance de Dimity Hatcher, 87 ans, surnommée Mitzy par tous et qui a une réputation de sorcière. La vieille femme se vante d’avoir été la muse, et même le grand amour, du peintre. En remuant le passé et ses secrets pas toujours avouables, Gilchrist indispose les villageois. Katherine Webb (L’Héritage, Pressentiments) tisse une intrigue puissante fondée sur le mensonge et les trafics.
« A la claire rivière », Katherine Webb, Belfond, 448 p., 22 €. Disponible en eBook.
Récit historique
La chute de l’empire romain
Le 15 août 440 après J.C., Galla Placida, fille, sœur et mère d’empereur, traverse lentement la ville de Ravenne, accompagnée de sa garde rapprochée. Cette flânerie lui offre l’occasion de réfléchir à la grandeur de l’empire romain qui s’étend de l’Angleterre au pourtour méditerranéen ainsi qu’aux signes qui en annoncent la fin prochaine après cinq siècles de gloire. Dans sa jeunesse, elle avait assisté au saccage de Rome ; elle en garde une profonde blessure. Puis les Barbares (ceux qui ne parlent ni le latin ni le grec) étaient arrivés et la classe politique en pleine décomposition ne leur avait opposé qu’une faible résistance. Max Gallo interroge l’Histoire pour montrer comment une civilisation ayant perdu ses valeurs glisse peu à peu vers sa fin.
« La chute de l’empire romain », Max Gallo, XO éditions, 250 p., 17,90 €.
Revue
Fictions de la psychanalyse
La littérature et la psychanalyse sont les meilleures ennemies du monde. Dans son dossier central, Le Magazine Littéraire met en avant leur rivalité : ce que la cure et l’écriture ont en partage, en quoi la psychanalyse est aussi un récit voire une fiction…, avec notamment des textes de Marie Darrieussecq et Christophe Donner. Au sommaire aussi : Pierre Soulages, un document exclusif sur Gabriel Garcia Marquez, un grand entretien avec David Carkeet…
« Fictions de la psychanalyse », Le Magazine Littéraire, juin 2014, 6,20 €. En kiosque.
Cinéma
par Marie-Christine Renaud d’André
Edge of tomorrow
L’Europe (sauf l’Angleterre !) a été dévastée par des hordes d’aliens, et les Américains sont sur le point d’engager l’ultime bataille sur les plages… de Normandie. Le major Bill Cage est expédié comme simple soldat sur les plages du débarquement. Mais celui-ci est un carnage, et il meurt au combat. Contre toute attente, il se réveille peu après et recommence la même journée…
Prenez Un jour sans fin, de Harold Ramis (1993), Le jour le plus long, de Ken Annakin, Andrew Marton, Bernhard Wicki, Gerd Oswald, Darryl F. Zanuck (1962), voire Il faut sauver le soldat Ryan, de Steven Spielberg (1998), et mélangez-les avec Starship Troopers, de Paul Verhoeven (1997), remuez bien et vous aurez ce film très spectaculaire.
Malgré une intrigue qui s’annonce répétitive, on ne s’ennuie pas avec ce héros qui met justement la répétition à profit pour trouver une issue à une guerre qui semble perdue d’avance. Surtout, le film est émaillé d’un humour ravageur, assez rare dans ce genre de production. Tom Cruise, qui apparaît plus jeune que jamais, tient son rôle avec conviction, mais c’est Emily Blunt qui lui vole la vedette, aussi crédible que séduisante en soldat prête à tout pour vaincre l’ennemi.
Les décors de la France dévastée sont très bien faits, même si l’on regrette que la fin soit trop longue (et, si l’on ose dire, peu crédible !) et qu’il y ait probablement trop de scènes de batailles, au détriment des scènes intimistes plus originales et amusantes.
Science-fiction américaine (2014) de Doug Liman, d’après Hiroshi Sakurazaka, avec Tom Cruise (le major Bill Cage), Emily Blunt (Rita Vrataski), Bill Paxton (le sergent-major Farell), Brendan Gleeson (le général Brigham), Charlotte Riley (Nance) (1h53). (Adolescents) Sortie le 4 juin 2014.
Ugly
Divorcé, Rahul passe la journée avec Kali, sa fillette de 10 ans. Mais celle-ci disparaît.
Remarqué à Cannes, en 2012, avec Gangs of Wasseypur, le réalisateur indien Anurag Kashyap, toujours en rupture de style avec Hollywood, signe un thriller noir et tendu, qui aborde de nombreux thèmes difficiles, tels que le trafic d’enfants, la condition de la femme, la crise de la famille, etc. Mais tout cela est abordé sans que soient oubliés l’action et le suspense. Les fausses pistes désorientent le spectateur jusqu’à la fin et sa conclusion impressionnante. Une grande réussite !
Ce film noir et dur dénonce une société indienne gangrenée par la corruption et l’appât du gain.
Thriller indien (2013) de Anurag Kashyap, avec Ronit Roy (Shoumik Bose), Rahul Bhat (Rahul Varshney), Tajaswini Kolhapure (Shalini Bose), Vineet Singh (Chaitanya Mishra), Girish Kulkarni (l’inspecteur Jadhav) (2h08). (Grands adolescents) Sortie le 28 mai 2014.
Sous les jupes des filles
Onze femmes, mères de famille, célibataires, femmes d’affaires, etc., se débattent dans leur vie amoureuse, professionnelle, etc.
Pour son premier long métrage comme réalisatrice, la comédienne Audrey Dana a réuni une distribution brillante, avec presque tout le gratin des comédiennes françaises, qui n’hésitent pas à écorner joyeusement leur image. Malgré quelques scènes réussies, le film est très outrancier et rarement drôle. Surtout, ces personnages de femmes, obsédées par le sexe, sont, le plus souvent, complètement hystériques.
Cette obsession du sexe est pénible (vulgarités, images suggestives, etc.), et donne une image détestable de la femme.
Comédie française (2014) de et avec Audrey Dana, et avec Isabelle Adjani (Lili), Alice Belaïdi (Adeline), Laetitia Casta (Agathe), Julie Ferrier (Fanny), Audrey Fleurot (Sophie), Marina Hands, Géraldine Nakache, Vanessa Paradis, Alice Taglioni, Sylvie Testud, Pascal Elbé, Marc Lavoine (1h58). (Adultes avec des éléments nocifs) Sortie le 4 juin 2014.
La Mante religieuse
Jézabel, une jeune femme à la vie dissolue, décide de séduire le père David, prêtre catholique.
C’est à la suite d’une bouleversante expérience de proximité avec la mort, que Natalie Saracco a écrit l’histoire d’une Marie-Madeleine moderne. Les intentions de la réalisatrice sont louables, et elle montre bien le côté destructeur de son héroïne qui fuit tout engagement. Mais, faute d’une vraie mise en scène, on a du mal à entrer dans un film qui fait la part trop belle aux errements de son héroïne, au détriment de ce qui la déstabilise, et les dialogues restent beaucoup trop à la surface des choses. Pourtant, malgré ses défauts, ce film touche le spectateur.
Rien ne nous est épargné de la vie dissolue de l’héroïne (drogue, images très sensuelles, etc.), et le prêtre a un comportement très imprudent. Mais le beau personnage de la mère supérieure vient rattraper un peu ces défauts, comme la fin positive.
Drame français (2014) de Natalie Saracco, avec Mylène Jampanoï (Jézabel), Marc Ruchmann (le père David), Mathilde Bisson (Érika), Geneviève Casile (la mère supérieure), Arben Bajraktaraj (1h28). (Adultes avec des éléments nocifs) Sortie le 4 juin 2014.
LE CHIFFRE DE LA SEMAINE
5,33 millions
C’est le nombre de véhicules automobiles que le Conseil d’Etat (gouvernement chinois) veut retirer de la circulation en Chine cette année. Il s’agit des voitures ne respectant pas les normes anti-pollution. Sur ce nombre, 330 000 seront retirés à Pékin et 660 000 autres de la province du Hebeï (la province qui entoure Pékin. Le Conseil d’Etat reste cependant muet sur les modalités de retrait. L’autorité de surveillance environnementale précise de son côté que les voitures sont aujourd’hui responsables de 31% des émissions de particules fines.
A Pékin même, les autorités veulent limiter à 5,6 millions le nombre de voitures circulant dans les limites de la capitale chinoise. L’année dernière, les délivrances de cartes grises y ont été réduites de 37%.

