L’événement – 1
par Serge Plenier
La tentation romaine
Un spectre hante l’Europe, celui du populisme. En attendant l’issue du référendum sur le Brexit, c’est en Italie que le spectre en question s’est invité avec l’élection de Virginia Raggi, candidate du « Mouvement 5 Etoiles » à la mairie de Rome, et celle de Chiara Appendino, elle aussi du M5S, à la mairie de Turin.
Il faut tout d’abord rappeler ce qu’est le Mouvement 5 Etoiles. Fondé en 2009 par le comique Beppe Grillo, connu pour ses dérapages verbaux, ce mouvement qui se proclame « ni de droite ni de gauche », se pose en défenseur de l’environnement, mais aussi en adversaire des partis traditionnels et en dénonciateur de l’immigration incontrôlée. Disposant aujourd’hui d’un groupe d’élus à la Chambre des députés, mais aussi au Sénat, il s’est surtout signalé par une forte propension à l’obstruction parlementaire. Férocement centralisé et contrôlant ses élus d’une main de fer, le M5S paraît au bout du compte un mouvement attrape-tout, prompt à la dénonciation, mais dont les propositions concrètes restent singulièrement floues.
C’est cette posture qui semble d’ailleurs à l’origine de l’élection de Virginia Raggi. Il faut dire qu’avec sa dette de 13,5 milliards d’euros, ses infrastructures délabrées et ses scandales à répétition, la Ville éternelle était devenue la proie rêvée des démagogues. Pourtant, la nouvelle maire devra encore convaincre. Sans expérience politique, sa connaissance des affaires publiques vient pour l’essentiel d’un passage dans le cabinet d’avocats qui a défendu les intérêts qui a servi les intérêts de Silvio Berlusconi et de son groupe audiovisuel. Il y a de meilleures références pour une candidate « anti-système ». Cela sera-t-il suffisant pour redresser la capitale italienne ? On peut sérieusement en douter.
Mais l’essentiel n’est peut-être pas là. L’élection de Virginia Raggi est un coup dur pour le président du Conseil italien Matteo Renzi, issu du Parti démocrate (centre gauche), à la veille d’un référendum sur les institutions. C’est aussi un sérieux avertissement pour les différentes classes politiques européennes, et pour l’Europe elle-même, toutes affectées, à des degrés divers, par le même rejet populaire et la tentation populiste.
Non, décidément, ce qui se passe en Italie ne peut pas nous laisser indifférents.
L’événement – 2
par Jean-Gabriel Delacour
L’Algérie face à son passé
Le 9 juin, en toute discrétion, les autorités algériennes ont remis à la juge Nathalie Poux des échantillons des crânes des moines de Tibhirine enlevés et assassinés en 1996 que son confrère Marc Trévidic n’avait pu ramener il y a deux ans. Cette affaire comporte des implications en France et en Algérie.
Comme il semblerait que les prélèvements n’aient pas subi d’altération, il devrait être possible de déterminer si la décapitation des religieux a eu lieu ou non après leur décès. S’ils n’étaient pas morts sous le sabre des islamistes, cela pourrait signifier qu’il s’agirait d’une mise en scène destinée à faire porter le chapeau aux terroristes de la sanglante décennie 90 alors qu’ils auraient été victimes d’autres tueurs. À partir de là beaucoup d’hypothèses peuvent être envisagées, favorisées par les réticences constantes des autorités face aux questions des enquêteurs et des familles. En tout cas, vingt ans après, on va sans doute enfin connaître quelques éléments ne ressortant ni de la propagande gouvernementale d’Alger, ni des affabulations d’anciens membres des services algériens ni des souvenirs plus ou moins orientés d’acteurs français. La politique est aussi passée par là et il est évident que plusieurs responsables ministériels français ont mené des opérations à la limite du marchandage…
Du côté algérien, il faut aussi se rendre compte qu’existe une frustration. D’abord en ce qui concerne les moines, dont personne n’a jamais dit de mal — sinon quelques responsables qui n’appréciaient pas la présence de ces étrangers au milieu des assassinats et des coups tordus des années 90. Mais certains font également observer que, si les familles des trappistes assassinés pourront, peut-être enfin faire leur deuil, celles des victimes des années sanglantes semblent toujours se heurter aux dispositions de la loi sur la réconciliation nationale. En effet, en Algérie, beaucoup sont condamnés à ne rien savoir afin de ne pas déranger la quiétude des dirigeants, qui n’ont pas intérêt à voir révéler de nombreux aspects de la « sale guerre » d’alors, durant laquelle ont été perpétrés beaucoup de coups tordus et d’exécutions sommaires. Comme le relève la presse algérienne, cela concerne aussi bien les familles de disparus que les internés du Grand Sud, les victimes du terrorisme que les membres des services de sécurité décédés ou handicapés à vie. Tous se retrouvent face à leurs morts inexpliquées. Certains dénoncent même la politique-spectacle qui permet de remuer des braises encore vives pour, par exemple, permettre au système en place de se maintenir, quitte à partager les rôles entre une présidence, une famille, une oligarchie et quelques généraux…
Comme par hasard, on apprend à peu près au même moment que le Musée de l’homme à Paris s’apprête à rendre les 36 crânes de « résistants algériens » tués à Zaatcha en novembre 1849.
Politiques
par Alice Tulle
Perte d’autorité
Au Parlement, face aux manifestations, par rapport au Parti socialiste et à l’ensemble de la gauche, François Hollande et Manuel Valls tentent de maîtriser les événements.
Est-ce que, vraiment, « ça va mieux » selon la formule fétiche du président de la République ? Pour l’économie, ça se discute mais pour la politique c’est de mal en pis. On se souvient, à peine, que François Hollande avait été obligé de renoncer à son projet de réforme constitutionnelle axé sur la déchéance de nationalité : malgré une déclaration solennelle devant le Congrès réuni à Versailles après les attentats du 13 novembre, il n’avait pas convaincu la droite et semé la confusion à gauche. Le projet avait été enterré le 30 mars alors que la première manifestation contre la loi El-Khomri avait eu lieu le 9 mars. Le 31 mars, sous une pluie battante, une nouvelle manifestation confirmait la mobilisation syndicale…
Or l’affaire de la loi Travail crée un désordre beaucoup plus grave que celui de la réforme constitutionnelle et cela d’autant plus que le gouvernement démontre, à chaque étape de la bataille, sa perte d’autorité. Par « gouvernement », il faut comprendre la configuration engendrée par le quinquennat : la direction bicéphale d’une équipe, assurée par un « président de la République » qui agit comme le véritable chef du gouvernement et de la majorité parlementaire et d’un « Premier ministre » qui agit comme chef de gouvernement délégué.
La première défaite du binôme a eu lieu devant l’Assemblée nationale : face à l’opposition du Front de gauche et à la dissidence de 28 députés socialistes qui avaient déposé une motion de censure, il a fallu imposer la discipline de l’article 49-3 dénoncée par François Hollande quand il était dans l’opposition.
La deuxième défaite a eu lieu dans la rue. Après trois mois de manifestations marquées par une violence croissante, la démonstration de force de l’intersyndicale, le 14 juin à Paris, et l’escalade dans les affrontements entre les « autonomes » et la police, ont signifié que le gouvernement avait perdu tous ses paris : celui d’une division du front syndical puisque Force ouvrière continue de mobiliser massivement aux côtés de la CGT, celui d’un discrédit du mouvement dans l’opinion publique touchée par les grèves, celui d’un apaisement engendré par la grande fête du football. Las ! Le championnat d’Europe est perturbé par de violents affrontements entre hooligans, que les forces de police peinent à contenir. Face au désordre dans la rue, François Hollande a brandi la menace d’une interdiction des manifestations syndicales mais la CGT, Force ouvrière, Sud, les étudiants de l’UNEF et les lycéens de la FIDL ont immédiatement confirmé leur appel à manifester les 23 et 28 juin ! On ne saurait plus clairement défier une autorité incapable de mettre sa menace à exécution.
La troisième défaite est politicienne. Le Parti socialiste a finalement décidé d’organiser une primaire début 2017, au vu du désordre provoqué par la candidature de Jean-Luc Mélenchon, par le retour offensif d’Arnaud Montebourg et par les ambitions de plusieurs autres candidats socialistes. Cela signifie que François Hollande veut encadrer ses rivaux et les éliminer autant que possible.
Contraint à ce choix tactique, il sacrifie une fois de plus le caractère symbolique de la fonction présidentielle (l’homme en charge de la nation) et il reconnaît qu’il n’est pas le « candidat naturel » des socialistes puisqu’il passe sous les fourches caudines de la primaire. L’impopularité (16 % d’opinions favorables dans un sondage Odoxa du 24 mai) toujours croissante du Président sanctionne le déclin irrémédiable de son autorité.
Monde
par Yves Lamarck
Arménie : Aide-mémoire
Le pape François s’avance dans l’espace de l’ex-URSS et dans le temps mémoriel de la catastrophe (Aghet) de 1915 pour les relier au présent et à l’avenir.
La république d’Arménie où le Pape se rend les 24 et 25 juin ne représente que dix pour cent du territoire de « l’Arménie historique » et une minorité des Arméniens dans le monde. Sur 30 000 km2 plutôt rudes vivent un peu plus de trois millions d’habitants. La diaspora arménienne est estimée au moins à cinq millions entre Russie, Amérique, Europe et Asie. La république actuelle n’est que l’héritière de la république soviétique. Elle n’a pas vocation, à l’inverse de ce que veut le sionisme pour Israël, à rassembler sur son sol la majorité de la population arménienne qui a quitté le Moyen-Orient depuis plusieurs générations. Le siège du catholicos apostolique arménien est une référence internationale qui explique aussi le déplacement pontifical, mais la confession possède aussi une hiérarchie à l’extérieur qui n’a pas toujours été alignée sur Etchmiadzine (dont le catholicos rival libanais d’Antélias ou le patriarcat de Jérusalem).
La république pourrait donc apparaître comme une survivance, un sanctuaire, le simple réceptacle d’une mémoire historique. Ce n’est pas le cas, et le pape François vient en témoigner, pour au moins deux raisons : parce que le contentieux du génocide est au cœur de l’actualité et parce que le territoire de la république d’Arménie est stratégiquement situé.
La lutte pour la reconnaissance du génocide arménien après cent un ans est de plus en plus d’actualité. Elle est centrale au débat sur l’identité de la Turquie actuelle, mais aussi de l’Europe et des États-Unis. Le vote du Bundestag le 2 juin dernier en faveur de cette reconnaissance est à cet égard capital. Il aurait dû intervenir le 27 avril 2015 pour le centenaire. Le président allemand Gauck s’était exprimé publiquement à l’époque mais la chancelière avait souhaité un report du débat pour des raisons de conjoncture turco-allemande. L’ensemble des formations politiques représentées au Bundestag étaient unanimes, y compris la dizaine de députés allemands d’origine turque dont Cem Ozdemir, coprésident du parti écologiste et l’un des principaux initiateurs du projet de loi. L’importante diaspora turque en Allemagne est soumise à de fortes pressions d’Ankara.
Le geste allemand est capital car il ne se contente pas de cibler la Turquie, il s’attache aux responsabilités allemandes. Nul pays n’a été plus fortement impliqué dans la défense de l’Empire ottoman, son allié pendant la Première Guerre mondiale. Les officiers supérieurs allemands étaient sur tous les fronts, des Balkans à l’Irak et à la Syrie, y compris ceux qui par la suite seront à la tête de l’armée allemande à la veille et au cours de la Seconde Guerre mondiale. Le génocide arménien a souvent été cité comme un précédent pour l’extermination des Juifs. On se souvient du propos de Hitler : « Tout le monde a oublié les Arméniens. » L’articulation entre la guerre et les massacres est une voie bien explorée par les historiens turcs eux-mêmes.
Comme héritière de l’Arménie soviétique, la république d’Arménie cultive évidemment le culte des bataillons arméniens de l’armée tsariste puis de l’Armée rouge. Moscou détient toujours à Erevan une énorme influence dont les gouvernants arméniens essaient parfois de se rendre indépendants. On l’a vu tout récemment lorsqu’à la reprise de combats avec l’Azerbaïdjan au sujet du territoire contesté du Haut-Karabagh, conflit gelé depuis 1994 grâce à la médiation de Moscou, les autorités d’Erevan — et celles de Bakou ont préféré une réunion à Vienne le 17 mai dernier des trois ministres des Affaires étrangères russe, américain et français au tête-à-tête exclusif avec Moscou.
On voit bien que la barrière du Caucase avec deux États chrétiens, Géorgie et Arménie, et un État musulman séculier, l’Azerbaïdjan, relève de l’espace de mémoire européen. Le voyage du pape François, comme celui d’Albanie il y a deux ans, est un témoignage contre l’oubli par l’Europe de ses périphéries intérieures et extérieures.
Environnement
par Philbert Carbon,
Les inondations, illustration de l’incurie de l’État
La décrue semble s’amorcer dans les départements touchés par les inondations. L’heure est maintenant aux bilans de toute sorte. Sur le plan financier, des coûts ont été annoncés qui dépassent parfois le milliard d’euros. Sur le plan humain, on déplore quatre morts. Et puis, il y a tout le reste qui se prête difficilement aux chiffrages comme les séquelles psychologiques ou la perte des souvenirs. L’heure est aussi à la recherche des responsables, et la mauvaise gestion de l’Etat doit être pointée du doigt.
Le changement climatique en est un tout trouvé. Non spécialiste de ces questions, nous nous garderons bien d’être catégorique et nous contenterons de suivre les climatologues, hydrologues et autres experts qui sont réticents à relier les deux phénomènes.
Des inondations exceptionnelles qui révèlent un dysfonctionnement profond de l’administration publique
Autre responsable tout trouvé : l’État et ses divers démembrements, communes, départements, établissements publics. Nous tenons là peut-être une piste plus sérieuse.
Les griefs entendus sont nombreux et de tous ordres : on n’aurait pas du construire en zone inondable ; les pratiques agricoles contribuent à l’imperméabilisation des sols ; il manque un bassin de rétention pour la Seine ; le dispositif d’alerte et d’information sur les crues est défaillant ; les maires n’ont pas été assez réactifs, etc.
Tout cela n’est probablement pas faux. Et c’est probablement la coïncidence de causes qui a fait l’ampleur la catastrophe. C’est dire qu’il n’y a pas de responsable unique. Et puis, le hasard, la malchance sont aussi une réalité. Le risque zéro n’existe pas, même si beaucoup aimerait le faire accroire.
Il est des cas, cependant, où le fatalisme n’est pas de mise. À Montargis, par exemple. L’une des communes les plus sinistrées ces derniers jours où l’eau est montée au-delà du niveau de 1910.
Bien sûr, la commune, surnommée la Venise du Gâtinais, est baignée de cours d’eau. Mais la rivière Loing qui habituellement a une hauteur de 50 centimètres à Montargis est subitement montée jusqu’à 3,50 mètres, dévastant tout sur son passage.
Certes les pluies – aggravées ou non par les causes mentionnées plus haut – en sont à l’origine. Mais, selon le maire de Montargis, Jean-Pierre Door, le phénomène a été amplifié par « les flux de la rivière qui ont tapé sur les berges du canal de Briare passant à proximité. Ils ont provoqué une brèche de 70 mètres dans le canal, transférant 600 000 mètres cubes d’eau dans le Loing »
En quinze ans, Montargis a connu trois inondations d’importance, toutes provoquées ou amplifiées par des brèches dans les canaux entourant la ville. Et pourquoi une telle fragilité des berges ? Tout simplement, selon Jean-Pierre Door, parce que les canaux ne sont pas correctement entretenus par Voies Navigables de France, c’est-à-dire l’État.
Voies navigables de France : un opérateur public inefficace
Alors, nouvelle polémique ? Besoin de trouver un responsable ? Et si nous laissions parler les chiffres ? En dix ans, entre 2005 et 2014 (dernier budget disponible), les dépenses d’investissement de Voies Navigables de France sont passées de 127 M€ à 186,8 M€, soit une augmentation de 47 %. Dans le même temps, les dépenses de fonctionnement passaient de 106,5 M€ en 2005 à 356 M€ en 2014, soit une augmentation de 234 %.
Oui mais dans ce budget de fonctionnement, à combien s’élèvent les dépenses d’infrastructures (exploitation, dragages et sondages, travaux d’entretien…) ? Dans le budget 2005, elles se montaient à 59,5 M€. Et elles étaient de 67,1 M€ dans le budget 2014, soit une augmentation de moins de 13 % en dix ans. De quoi, sans jeu de mots, apporter de l’eau au moulin du maire de Montargis.
Mais est-il raisonnable comme le fait Jean-Pierre Door de demander une augmentation des moyens financiers de VNF ? Député, celui-ci ignore-t-il que les caisses de l’État sont plus que vides ?
Il y aurait sans doute à instiller les principes de bonne gestion dans cet établissement public. Mais cela suffira-t-il ? Ne pourrait-on pas songer à concéder le réseau des canaux aménagés pour le transport à des opérateurs privés, tel que cela a été fait pour les autoroutes ? Voire à les privatiser ?
Clefs
par Jean Étèvenaux
Chine : l’évêque de Shanghai se repent
Il est toujours très difficile de savoir exactement ce qui se déroule en Chine et, lorsqu’on apprend quelque chose, d’en discerner la signification, voire les significations. Ainsi en est-il de l’annonce que Mgr Ma Daqin, évêque de Shanghai, seul à porter ce titre depuis que l’évêque « clandestin », Mgr Fan Zhongliang, est décédé en 2014, mais en résidence surveillée depuis son ordination épiscopale il y a près de quatre ans, a affirmé regretter d’avoir quitté ses fonctions au sein de l’Association patriotique des catholiques chinois.
À la fin de son ordination, le 7 juillet 2012, Mgr Ma Daqin avait en effet déclaré qu’il démissionnait de l’Association patriotique, qui n’est autre que la courroie de transmission du parti communiste vis-à-vis de l’Église. Il avait été aussitôt placé en résidence surveillée dans une chambre du petit séminaire installé au bas de la colline surplombée par la basilique mariale de Sheshan, à une heure du centre de Shanghai. Âgé de 47 ans, devenu théoriquement titulaire du diocèse à la mort, l’année suivante, du rusé et prudent évêque « officiel », Mgr Jin Luxian (1916-2013), il n’a pu exercer son ministère. Le diocèse, l’un des plus importants du pays, a été d’autant plus pénalisé que le clergé semble l’avoir soutenu : petit et grand séminaires, noviciat des religieuses et maison d’édition fermés, tandis que les ordinations diaconales et sacerdotales étaient ajournées, qu’aucune messe chrismale n’était célébrée le jeudi saint et qu’aucune porte sainte n’était installée pour l’année de la Miséricorde. S’y sont ajoutées de graves rumeurs concernant la disparition de sommes importantes, équivalant à une douzaine de millions d’euros.
C’est sur son blog, resté ouvert, que l’évêque a écrit, le 12 juin, que sa démission avait été « rétrospectivement très peu avisée ». Et d’expliquer, dans le plus pur langage des confessions imposées en système communiste : « Pendant un certain temps, j’ai été trompé par certains, et j’ai prononcé certaines paroles et posé certains actes vis-à-vis de l’Association patriotique qui ne sont pas corrects. » Toutes les interprétations demeurent possibles, y compris celle qui voudrait que, dans la ligne de Mgr Jin Luxian, il ait estimé que c’était la moins mauvaise des solutions pour permettre à l’Église de retrouver une visibilité à Shanghai. Les fidèles du diocèse qui refusent tout contact avec l’Association patriotique sont évidemment désorientés. En outre, il semblerait que le Vatican — qui, par ailleurs, négocie depuis des années avec Pékin — a proposé à Mgr Ma de quitter la Chine sous un prétexte médical mais qu’il a préféré rester auprès de ses diocésains.
Pendant ce temps, les destructions de croix et d’églises, catholiques et protestantes, se poursuivent, notamment dans la province du Zhejiang, au sud de Shanghai. Aux dernières nouvelles, le drapeau chinois a été installé sur les 69 églises de la ville de Lanxi dont les croix ont été abattues. Ceux qui protestent contre cette campagne se retrouvent lourdement condamnés pour avoir « troublé l’ordre public » en incitant les fidèles à aller se plaindre auprès des autorités.
Humeur
par Erwan Violin
Qui a peur de l’Occitanie ?
La nouvelle région Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon s’appellera-t-elle Occitanie ? Ses habitants le voudraient bien. En revanche, l’appellation ne fait pas l’affaire des Catalans, qui se sentent un peu oubliés dans l’affaire, et de certains responsables politiques, officiellement pour des raisons quelque peu alambiquées. Quelque part la vieille Occitanie fait sans doute un peu peur à ces messieurs. Pourtant, la vieille terre d’Oc peut se prévaloir de glorieuses illustrations.
Peut-être est-ce précisément ce qui rend le vieux nom suspect, pour ne pas dire inquiétant ? On prétend vouloir des régions fortes, mais des régions sans passé… autrement dit des régions qui n’existent pas.
Livres
par Catherine Pauchet
Nouvelles
Treize façons de voir
La violence traverse ces nouvelles signées Column McCann. Le juge Mendelssohn git dans la neige, assassiné. L’enquête de la police permet de retracer sa vie : l’émigration aux Etats-Unis, son mariage avec Eilenn, l’amour de sa vie, leur fils, Eliott, toujours pendu au téléphone, son goût pour la justice, sa maladie et les soins qui l’insupportent. Un homme droit dans ses bottes. Qui pouvait vouloir sa mort ? Sandi est marine. La nuit de Noël, elle est seule et de garde, en Afghanistan. Rebecca cherche son fils malade qui a disparu. Une religieuse reconnaît à la télévision l’homme qui, quarante ans plus tôt, l’avait torturée et violée. Jamie est licencié quand son patron trouve de la drogue dans ses poches, il se venge sur un immigré. Autant de façons de vivre et de mourir.
« Treize façons de voir », Column McCann, Belfond, 308 p., 20,50 €.
Roman
On dirait nous
Ce sont deux couples voisins, l’un jeune, l’autre âgé. Le premier vit de sexe et d’eau fraîche : Illian vivote, Soline est violoncelliste et va perdre son instrument fétiche. Il vaut une fortune et le fonds d’investissement qui le lui prête, désire le récupérer. Le second a eu une belle vie : Georges, linguiste, a épousé Yoa, une Indienne d’Alaska, de la tribu des Tlingit. A l’approche de la mort, elle doit, selon ses traditions ancestrales, choisir la famille chez qui elle se réincarnera. Tous deux proposent à Illian et Soline, en qui ils se retrouvent, une somme d’argent inespérée pour que leur futur enfant soit la réincarnation de Yoa. Amour, voyage et fantaisie, Didier Van Cauwelaert est un enchanteur.
« On dirait nous », Didier Van Cauwelaert, Albin Michel, 364 p., 20,90 €.
Animal
Passion chat
Le chat est à l’honneur dans ces deux livres de poche. Florence Burgat a cherché à comprendre cet inconnu, tantôt câlin tantôt cruel, qui a pris possession de son cœur et de son territoire. Communication, rituels… elle dévoile les secrets qui assurent la bonne entente entre l’humain et son matou. Stéphanie Hochet a analysé livres et films pour cerner la personnalité des félins : libertaire, autocrate… et jusqu’à dieu vivant. Deux hymnes aux minets de tous poils.
« Vivre avec un inconnu », Florence Burgat, Rivages, 89 p., 5,10 € & « Eloge du chat », Stéphanie Hochet, Rivages, 110 p., 6 €.
Revue
Stefan Zweig
Dans ce hors-série, l’hebdomadaire Le Point rend hommage à Stefan Zweig, grande figure de la littérature moderne, qui connait toujours le succès auprès du lectorat français. Tous les thèmes sont abordés : enfance, études, femmes, ami(e)s, exil, œuvre, fin tragique au Brésil. Un entretien avec Serge Niémetz, des encadrés et des illustrations complètent cette biographie.
« Stefan Zweig », Le Point, hors-série « Grandes biographies », n°20, 7,50 €. En kiosque.
Cinéma
par Marie-Christine Renaud d’André
Le monde de Dory
Les suites des films qui ont rencontré le succès permettent de mieux connaître un des personnages secondaires.
Depuis toujours, la petite Dory, un jeune poisson bleu, est sujette à des pertes de sa mémoire immédiate. À tel point que ses parents lui ont toujours recommandé de ne jamais s’éloigner et, surtout, de suivre les coquillages qu’ils ont placés sur le sable, pour retrouver le chemin de leur maison. Mais, un jour, Dory est aspirée par un trou noir. Devenue adulte, elle vit paisiblement avec ses amis, Marin et son fils Nemo. Et voilà qu’un jour, elle se souvient qu’elle a des parents qu’elle aime, et elle décide de partir, accompagnée de Marin et de Nemo, à leur recherche.
Bien que produite par Pixar longtemps après Le monde de Nemo (2003), déjà mis en scène par Andrew Stanton, cette suite consacrée à un personnage secondaire, situe son histoire un an après le film. On retrouve avec grand plaisir ces petits poissons si attachants dans ces fonds marins colorés, et l’on suit leurs aventures mouvementées avec beaucoup d’intérêt, tant l’ensemble est habilement agencé, avec beaucoup de trouvailles et de drôlerie. Les images sont superbes, et l’on fait la rencontre de quelques poissons attachants, tels ces lions de mer qui se battent pour un bout de rocher, ou cette pieuvre qui prend l’apparence et la couleur de son environnement. S’il y a de nombreuses trouvailles dans les dessins et l’histoire, le rythme trépidant n’est guère adapté aux petits.
Malgré son lourd handicap, la jeune héroïne conserve une grande force de caractère, une belle confiance en elle et une audace qui vont servir d’exemple à ses camarades.
Film d’animation américain en 3D (2016) de Andrew Stanton et Angus MacLane, avec les voix de Ellen DeGeneres/Céline Monsarrat (Dory), Albert Brooks/Franck Dubosc (Marin), Kaitlin Olson/Mathilde Seigner (Destinée), Ed O’Neill/Philippe Lellouche (Hank) (1h35).(Adolescents) Sortie le 22 juin 2016.
Un traître idéal
Pendant ses vacances à Marrakech, Perry fait la connaissance de Dima, un mafieux russe.
Malgré un début un peu trop long, qui s’attarde sur les nombreuses fêtes russes, on est vite pris par cette histoire qui plonge un simple professeur dans une aventure tortueuse. Si Ewan McGregor est un peu fade, Stellan Skarsgård occupe tout l’espace dans son rôle de mafieux prêt à tout pour préserver sa famille. Fort heureusement, la succession de retournements de situation apporte un peu de piment à une histoire qui serait, sans cela, bien terne. Mais l’ensemble est d’autant plus distrayant qu’il met en scène des magouilles de politiciens pas très propres.
Espionnage britannique (2015) de Susanna White, d’après John Le Carré, avec Ewan McGregor (Perry Makepeace), Stellan Skarsgård (Dima), Damian Lewis (Hector), Naomie Harris (Gail Perkins) (1h48). (Adultes avec des éléments nocifs) Sortie le 15 juin 2016.
L’Idéal
Octave, dénicheur de mannequins, doit trouver rapidement le mannequin vedette de la société de cosmétiques L’Idéal.
Frédéric Beigbeder adapte à nouveau un de ses romans dans ce film qui dénonce les travers du milieu de la mode, mais verse tellement dans l’outrance et la vulgarité qu’il en devient pénible. Le pire, c’est que le rire est le grand absent de cette comédie ratée.
La fin positive (et peu crédible !) ne fait pas oublier les images complaisantes ni les excès en tous genres.
Comédie française (2016) de Frédéric Beigbeder, avec Gaspard Proust (Octave Parango), Audrey Fleurot (Valentine Winfeld), Anamaria Vartolomei (Lena), Jonathan Lambert (Carine Wang) (1h30). (Adultes avec des éléments nocifs) Sortie le 15 juin 2016.
L’outsider
Dès son embauche à la Société Générale, Jérôme Kerviel a été fasciné par ce monde de la finance internationale.
On n’attendait pas le réalisateur des Choristes dans cette reconstitution du plus grand scandale financier français. Malgré un début fatigant, car trop concentré sur l’atmosphère de la salle des marchés, on est rapidement pris par cette ambiance survoltée, qui montre que ce métier est, avant tout, un métier de joueurs. Sans tomber dans l’hagiographie, même si le réalisateur s’est inspiré du livre de Jérôme Kerviel, ni écarter les responsabilités de la banque, ce film fascinant décrit, avec minutie, le monde cynique de la finance, exclusivement centré sur les courbes de résultats.
Si le héros n’est pas excusé de sa légèreté (de son addiction !), la banque ne sort pas grandie de cette triste affaire, tout comme le monde de la finance.
Comédie dramatique française (2016) de Christophe Barratier, avec Arthur Dupont (Jérôme Kerviel), François-Xavier Demaison (Fabien Keller), Sabrina Ouazani (Sofia), Tewfik Jallab (Samir), Thomas Coumans (1h57). (Grands adolescents) Sortie le 22 juin 2016.
LE CHIFFRE DE LA SEMAINE
1,7%
C’est le taux de l’augmentation des coûts horaires de main d’œuvre dans la zone euro (et l’ensemble de l’Union européenne), pour le premier trimestre 2016, selon les chiffres d’Eurostat (l’Office statistique de l’Union européenne). Au dernier trimestre 2015, les coûts horaires avaient augmenté de 1,3% dans la zone euro et de 2% pour l’ensemble de l’UE.
Pour la zone euro, les salaires et traitements horaires ont augmenté de 1,8% au premier trimestre 2016, contre 1,5% pour les coûts non salariaux. Pour l’ensemble de l’UE, ces chiffres sont de +1,7% contre 1,6%. Les hausses les plus importantes sont observées en Roumanie (+10,4%, en Bulgarie (+7,7%) et en Estonie (+6,9%). Par contre, l’Italie voit ses coûts horaires baisser de 1,5%.
D’un jour à l’autre
France
Terrorisme
Un couple de policiers a été assassiné à l’arme blanche à Ma-gnanville (Yvelines) le 13 juin au soir par un islamiste nommé Larossi Abballa (25 ans). Les victimes étaient le commandant de police Jean-Baptiste Salvaing (42 ans) et sa compagne Jessica Schneider (36 ans) adjointe administrative au commissariat de Mantes-la-Jolie, égorgée devant leur fils de 3 ans.
La cour d’appel de Paris a confirmé, le 17 juin, le renvoi aux assises d’Abdelkader Merah, frère de Mohamed Merah, auteur des tue-ries de Toulouse et de Montauban qui ont fait 7 morts en 2012.
Un islamiste de 22 ans, originaire de Lunel (Hérault), a été arrêté le 13 juin à Carcassonne (Aude). Selon la police, il préparait un attentat contre des touristes.
Économie
D’après l’Insee, la croissance économique française devrait atteindre 1,6 % en 2016.
Justice
Dans le procès civil de l’affaire Jérôme Kerviel, le procureur général a requis, le 17 juin, l’annulation d’une indemnité de 4,9 milliards d’euros réclamée par la Société générale à son ancien trader.
Manifestations
Lors de la manifestation du 14 juin à Paris contre la loi Travail, des casseurs ont détérioré à la masse des vitrines de l’hôpital Necker pour les enfants malades : 200 000 euros de dégâts. Le symbole négatif a semblé d’autant plus fort que le fils du couple de policiers assassinés le 13 juin à Magnanville était pris en charge dans l’hôpital…
Travail
Myriam El Khomri, ministre du Travail, a reçu le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez durant une heure et demi le 17 juin. Ce dernier a annoncé de nouvelles journées de manifestation les 23 et 28 juin.
Air france/KLM
Une nouvelle grève des pilotes est prévue du 24 au 27 juin.
Socialistes
Jean-Christophe Cambadélis a annoncé le 17 juin que le Parti socialiste allait organiser en janvier une primaire ouverte de la « belle gauche » (radicaux de gauche et écologistes de gouvernement) pour désigner un candidat à l’élection présidentielle.
Commerce
Depuis le 16 juin, la plateforme américaine de vente Amazon offre à ses abonnés « Prime now », un service de livraison en une heure à Paris, suivi minute par minute sur son smartphone : 18 000 références concernées. Les commerces de proximité s’inquiètent pour leur avenir.
Transports
Un service de scooters électriques en libre-service est proposé par la société Cityscoot à Paris, depuis le 21 juin.
Espace
Le lanceur européen Ariane 5 a mis sur orbite le 18 juin, depuis Kourou en Guyane, deux satellites de télécommunications américain et indonésien.
MONDE
Grande-Bretagne
A Birstall (West Yorkshire), le 16 juin, la député travailliste pro-européenne Jo Cox, 41 ans et mère de famille, a été assassinée, au sortir d’une permanence électorale, de 3 coups de feu et 7 coups de couteau par un fou de 51 ans sympathisant d’un groupe néo-nazi. Le référendum sur la sortie de l’Union européenne de la Grande-Bretagne (Brexit) a eu lieu ce 23 juin. Nous n’avons pas les résultats au moment de mettre sous presse.
Allemagne
Un ancien SS de 94 ans a été condamné le 17 juin à 5 ans de prison pour complicité dans l’assassinat d’au moins 170 000 personnes à Auschwitz.
Migrants
Le secrétaire général de Médecins sans frontières, Jérôme Oberreit, a annoncé à Bruxelles le 17 juin que son ONG refuse désormais tout financement institutionnel européen pour dénoncer « une politique indigne » face aux flux de migrants clandestins.
Économie
Selon le Fonds monétaire international, la Californie, 39 millions d’habitants, avec un Produit intérieur brut de 2 460 milliards de dollars et une croissance de 4,1 %, devient la sixième puissance économique mondiale, devant la France qui rétrograde à la septième place avec 2 420 milliards de dollars de PIB et l’Inde, huitième avec 2 090 milliards de dollars.
Belgique
Le fournisseur d’électricité Lampiris, qui a son siège à Liège, a été racheté par la société pétrolière française Total.
La police a arrêté 12 islamistes à Bruxelles le 18 juin.
Italie
Virginia Raggi, avocate de 37 ans, candidate du Mouvement 5 étoiles, a été élue maire de Rome le 19 juin avec 67 % des suffrages. Elle devra faire face au 14 milliards d’euros de dette de la capitale italienne. Chiara Appendino, contrôleuse de gestion de 31 ans, présentée par le même Mouvement 5 étoile, a remporté Turin, pourtant très bien gérée, avec 53 des suffrages. Le Parti démocrate du président du Conseil Matteo Renzi se maintient au pouvoir à Milan et Bologne. Naples reste à gauche en réélisant l’ancien magistrat Luigi De Magistris (Mouvement orange). La participation à ces élections municipales partielles a à peine dépassé les 50 %. L’Italie doit connaître un référendum constitutionnel en octobre.
Sport
Football
L’équipe de France est arrivée en tête de son groupe de l’Euro, en huitième de finale, grâce à un match nul 0-0 à Lille face à la Suisse le 19 juin.
Sport automobile
L’équipe Porsche a gagné les 24 heures du Mans. La voiture de Toyota, en tête pendant toute l’épreuve a calé lors du dernier tour.

