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Lundi 21 septembre 2018

Lundi 21 septembre 2018

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L’événement-1

par Serge Plenier

Loi de finances 2019, premier acte

Pour un gouvernement, cela demeure l’exercice le plus délicat. Il le sera encore plus cette année avec la rentrée pour le moins chahutée que vient de connaître l’exécutif. Le projet de loi de finances pour 2019 doit en outre affronter une équation difficile avec une croissance moindre que prévu et la montée des mécontentements et la lancinante question du pouvoir d’achat. A cela il faut ajouter les promesses de baisse de la fiscalité et des charges des entreprises.

Bien entendu, les gestes symboliques ont leur part, à commencer par la suppression de ces petites taxes à très faible rendement. Nul ne se plaindra de la disparition de la taxe sur les farines ou de celle sur les poinçons, pas plus que de la fin du « prélèvement assurance frontière automobile ».

Mais d’autres mesures d’allègement risquent de peser bien plus lourd sur les finances publiques, à commencer par la réduction de la taxe d’habitation qui se poursuivra jusqu’en 2020 et la suppression des cotisations sur les heures supplémentaires. Le plus gros morceau reste cependant pour les entreprises la transformation du Crédit d’impôt compétitivité emploi (le CICE de François Hollande) en baisse de charges pérennes dont le coût (intégrant les remboursements de l’exercice 2018). La mesure devrait coûter 40 milliards d’euros à l’Etat. Enfin, cerise sur le gâteau, ce seront près de 300 000 retraités qui bénéficieront d’un geste fiscal destiné à compenser la hausse de la CSG.

Au total, pour les particuliers, le gain de pouvoir d’achat s’établit à 6 milliards d’euros, du moins si l’on s’en tient à la présentation du gouvernement. Mais cette hausse théorique du pouvoir d’achat mérite quelques corrections et l’Observatoire français des conjonctures économiques arrive plutôt au chiffre de 3,5 milliards. Il faut tenir compte en effet des mauvaises nouvelles, à commencer par le gel de certaines prestations sociales comme les pensions de retraite, de l’APL et des allocations familiales.. A cela s’ajoute la hausse des taxes sur le diesel et sur l’essence. La loi de finances ne fera pas que des heureux, à beaucoup près.
On ne joue pas impunément avec le pouvoir d’achat. Pour la majorité, la discussion de la nouvelle loi de finances devrait être – enfin – l’occasion de montrer qu’elle n’est pas une simple excroissance du gouvernement.


L’événement-2

par Jean-Gabriel Delacour

Gérard Collomb veut se replier à Lyon

L’annonce par Gérard Collomb de sa démission du ministère de l’Intérieur après les européennes de l’an prochain — autrement dit au lendemain du 26 mai 2019 — revêt plusieurs significations quant aux objectifs de l’ancien maire de Lyon, qui n’a pas caché qu’il voulait le redevenir. Selon que l’on se place du point de vue du gouvernement ou de celui de la capitale des Gaules, les interprétations se présentent de façons diverses, mais pas forcément opposées. Sans oublier qu’un certain nombre d’événements peuvent se produire d’ici là et que deux autres acteurs tiennent une place de choix : le président de la République et son gouvernement d’un côté, les électeurs rhodaniens et les partis locaux de l’autre.

Il est évident que quelque chose s’est rompu entre Gérard Collomb et Emmanuel Macron. Le plus ancien supporter de l’élu de 2017, qui l’avait piloté dans les réseaux socialistes et au-delà et aussi auprès d’hommes d’affaires influents, ne dispose plus du même degré de proximité avec le chef de l’État. Dans son agenda, le traditionnel entretien de début de semaine à l’Élysée a disparu depuis l’été. Si le ministre de l’Intérieur continue à se dépenser en rencontres, réunions de presse et cérémonies, on a un peu l’impression que la machine patine un peu. Ayant consciencieusement accompli ses missions, il semble tout de même limité dans ses marges de manœuvre, tout simplement parce que le président de la République n’a toujours pas défini une véritable politique de l’immigration, contraignant son ministre à poser des rustines tout en contenant policiers et gendarmes. L’affaire Benalla n’a certainement pas arrangé les rapports puisque, manifestement, l’Intérieur ne se trouvait pas au courant des facilités accordées à l’intéressé. Reste quand même à savoir si l’Élysée souhaitait ce départ, surtout annoncé huit mois à l’avance, mais peu après celui de Nicolas Hulot et alors que le remaniement ministériel se trouvait repoussé.

L’âge de Gérard Collomb ne joue guère de rôle dans cette évolution, même s’il accuse extérieurement beaucoup plus son âge que d’autres personnes de 71 ans. Lorsqu’on se dispose à reprendre le contrôle d’une ville et d’une métropole ayant le statut d’un département, on ne se sent évidemment pas diminué. Certes, il n’aura aucun problème avec ses deux successeurs, Georges Képénékian à la mairie et David Kimelfeld à la métropole : sans être ses créatures, ils ne manifestent pas une quelconque distance à son égard. En revanche, les socialistes plus ou moins macronisés de Lyon et leurs multiples supplétifs centristes joueront-ils le jeu ? vraisemblablement, encore que la perspective d’un remplacement à terme de Gérard Collomb par sa jeune épouse Caroline fasse déjà grincer beaucoup de dents. On assistera alors à des jeux longs et compliqués entre les divers groupes politiques, notamment à la métropole. Surtout, il faudra vérifier que la majorité des électeurs lyonnais considèrent que l’ex-maire reste toujours le meilleur à leurs yeux.


Politiques

par Alice Tulle

Gouvernement : Nouvelle défection


Le départ annoncé de Gérard Collomb est une très mauvaise nouvelle pour l’Élysée. L’ancien maire de Lyon fut l’un des premiers partisans d’Emmanuel Macron. Il est aujourd’hui le dernier « poids lourd » du gouvernement.
Coup de tonnerre dans un ciel tourmenté par la relance de l’affaire Benalla, les mauvais sondages et les piètres résultats économiques : Gérard Collomb s’en va ! Plus exactement, le ministre de l’Intérieur a annoncé le 18 septembre qu’il serait candidat à Lyon pour un quatrième mandat en 2020. « Je ne serai pas ministre de l’Intérieur jusqu’à l’avant-dernier jour. À partir d’une certaine période, il vaut mieux être totalement disponible pour la campagne » a-t-il déclaré à L’Express et c’est pourquoi il quittera le gouvernement « après la bataille des européennes », à la fin du mois de mai.
La raison principale du départ est donc clairement exprimée. Selon une tendance renforcée par la décentralisation, maints dirigeants politiques préfèrent la gestion paisible et confortable d’une grande métropole aux responsabilités ministérielles. Tel est le cas de Gérard Collomb. La charge de la Place Beauvau est écrasante en période de terrorisme et la perspective de retrouver la ville dont il fut maire de 2001 à 2017 est particulièrement séduisante, l’âge venant.

Il est vrai, aussi, que le ministre de l’Intérieur est déçu par la manière dont Emmanuel Macron mène les affaires de l’État. Début septembre, Gérard Collomb avait dénoncé le « manque d’humilité » de l’Élysée et cet agrégé de lettres avait fait cette remarque fort mal ressentie par un président de la République frotté de philosophie : « En grec, il y a un mot qui s’appelle hubris, c’est la malédiction des dieux quand, à un moment donné, vous devenez trop sûr de vous, vous pensez que vous allez tout emporter.»
Au moment où l’Élysée vient de réorganiser son service de communication, l’effet produit par le départ annoncé de Gérard Collomb est en tout point négatif. Successivement député, sénateur puis maire de Lyon après avoir participé à la fondation du Parti socialiste, ce grand féodal typique – comme naguère Gaston Deferre – avait joué un rôle décisif dans le lancement de la campagne d’Emmanuel Macron puis dans sa victoire. Il tenait ce ministère à l’ancienne, par ses affinités et ses réseaux et il était le seul « poids lourd » du gouvernement depuis la démission de Nicolas Hulot. Par sa déclaration à L’Express, Gérard Collomb est devenu un intérimaire, un « intermittent de la sécurité » comme l’a cruellement souligné le député Éric Ciotti (Les Républicains).

La question du remplacement du ministre de l’Intérieur se pose donc dès à présent. Elle se complique par le risque d’autres défections. « Les ministres qui veulent être candidats aux municipales de 2020 devraient pouvoir quitter le gouvernement après la bataille des européennes », ce qui pourrait être le cas de Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, de Gérald Darmanin, ministre de l’Action et des Comptes publics et de Christophe Castaner, secrétaire d’État chargé aux Relations avec le Parlement. Le premier vise Paris, le deuxième Tourcoing et le troisième Marseille.

À la différence de ses prédécesseurs, le président de la République ne dispose pas des réserves offertes par un grand parti politique – le RPR de Jacques Chirac, l’UMP de Nicolas Sarkozy, le Parti socialiste de François Hollande. Le groupe restreint qui dirige le pays perd des forces au moment où les difficultés s’accumulent, en France et dans l’Union européenne. Pour Emmanuel Macron et pour son gouvernement, les mois qui viennent s’annoncent délicats. 


Monde

par Yves La Marck

Grande-Bretagne : Corbyn tient la corde

La crise politique ouverte à Londres sur les conditions du Brexit peut-elle amener le dirigeant du parti travailliste au 10 Downing Street ? Les parieurs sont de son côté.

Theresa May a reconnu le 21 septembre être dans une « impasse ». Après avoir imposé en juillet un compromis en interne au prix de démissions spectaculaires au sein du cabinet (le ministre des Affaires étrangères Boris Johnson et celui des Affaires européennes David Davies), le Premier ministre britannique a essuyé un camouflet sans précédent de la part des vingt-sept États membres de l’Union européenne lors d’une réunion informelle à Salzbourg le 19 septembre. Ils ont tout simplement rejeté son plan si laborieusement échafaudé. Rentrée à Londres, elle affronte du 30 septembre au 3 octobre le congrès annuel du parti conservateur composé en majorité de « brexiters ». Même si elle passe cet obstacle, elle devra encore formuler un nouveau compromis qui risque, lui, de ne pas être approuvé par la Chambre des Communes où elle ne dispose pas de majorité et dépend du vote des députés unionistes irlandais – et ce alors que la question de la frontière douanière concerne précisément le statut de l’Irlande du Nord.

Le « lâchage » de Theresa May par les Européens peut être interprété par elle et ses rivaux au sein du parti conservateur comme un choix politique sur la gouvernance du Royaume-Uni. Elle pourra se présenter à la tribune du Congrès de son parti comme une victime, cherchant à susciter un courant de sympathie qui est la moindre des choses considérant son personnage public. Les « rebelles » au sein du parti seraient soupçonnés de tirer sur une ambulance. L’alternative est en effet une révolution de palais qui l’écarterait, comme ce parti en a connu par le passé, y compris contre Margaret Thatcher. Il est cependant improbable à ce stade que Boris Johnson puisse s’imposer. Ce ne serait pourtant que justice pour le principal fauteur de troubles et l’instigateur de la victoire du Brexit au référendum de juin 2016. Ce ne serait que reculer pour mieux sauter. Un saut dans l’inconnu comme avec l’élection de Donald Trump aux États-Unis.

De nouvelles élections devraient en effet être convoquées dans la foulée. Face à Johnson – et même face à May aujourd’hui – le parti travailliste a toutes ses chances. Les sondages le donnent en tête à 40 %. On ne saurait expliquer autrement le tir de barrage qu’a subi son dirigeant Jeremy Corbyn au long de l’été. La surprise vient en effet du fait que le parti travailliste, depuis son élection il y a trois ans, n’a cessé de dériver à gauche toute. Il faut se frotter les yeux pour y reconnaître le parti de Tony Blair ! Corbyn vient de l’ultra-gauche internationaliste. Mélenchon serait bien avisé de regarder plus souvent outre-Manche. Qui sait si ce n’est pas de là que viendra la rédemption du courant socialiste en Europe ?

Corbyn en tant que militant prête le flanc à toutes les controverses : pro-palestinien, il a été poursuivi par la presse conservatrice comme antisémite ; pacifiste, pro-désarmement, partisan de la dissolution de l’OTAN, il a été accusé d’être une taupe de Moscou ; mais sa popularité ne cesse de grandir à la mesure des attaques. Le congrès de son parti à Liverpool du 23 au 26 septembre devrait l’adouber à nouveau comme futur Premier ministre.

Il est surtout le seul à ramener le pays à d’autres réalités ou priorités que le seul Brexit. Que la Grande-Bretagne reste dans l’Union ou qu’elle en sorte, le primat du social, jusqu’aux nationalisations des services publics privatisés, à la reconstruction du système de santé, continuera de s’imposer aux yeux d’une majorité d’électeurs. Si Corbyn a été à titre personnel un adversaire constant et déclaré d’une Europe capitaliste, et s’il est qualifié ainsi d’eurosceptique, il n’ignore pas que les deux tiers des électeurs travaillistes ont refusé le Brexit ainsi que la quasi-totalité des députés de son parti. Il s’est bien gardé toutefois de réclamer un second référendum. Au moins avec lui au pouvoir à Londres, le débat avec les Vingt-Sept prendrait-il un autre tour. L’alternative actuelle à l’Europe pour l’Angleterre – on écrit bien l’Angleterre – serait une mondialisation plus sauvage, un Singapour-sur-Tamise, avec un coût social élevé. Les Vingt-Sept ne peuvent l’accepter. Sous un cabinet Corbyn, la discussion porterait plutôt sur l’Europe sociale et susciterait un débat au sein même de l’Union. L’électeur anglais peut penser que l’Union européenne sera plus indulgente avec Corbyn qu’elle ne l’est avec les ultras du Brexit. Les Johnson et consorts s’en sont pris frontalement à l’Europe affublée de tous les vices. Qu’on leur fasse payer leur arrogance, ils n’auront que ce qu’ils méritent. Les travaillistes, eux, sont innocents. Sans revenir immédiatement sur le Brexit, ils préservent l’avenir. Ils peuvent même reprendre ou accompagner le fil de la réforme des institutions européennes. Ils peuvent surtout fournir l’antidote à la montée de l’extrême droite en Europe.

Crise anglaise aujourd’hui, il ne faudrait pas oublier en effet que le Brexit est quelque part une crise de l’Union. Même s’il y a un vaincu, Theresa May en l’occurrence et un certain conservatisme social, il ne doit pas y avoir sur le continent le sentiment qu’il y a eu un vainqueur. 

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Clefs

par Jean Etévenaux

Carte postale des Pouilles, le pays de Frédéric II

Il est évidemment réducteur de personnifier les Pouilles par le lointain empereur germanique du XIIIe siècle Frédéric II. Pourtant, même les Français peu familiers de cette partie de l’Italie méridionale se montrent subjugués par l’empreinte laissée par un personnage complètement hors norme, qui fascine encore nombre des habitants de la région.

En français, le mot Pouilles n’appartient pas au vocabulaire valorisant. Bien que sans rapport étymologique, il évoque pourtant les pouilleux porteurs de poux, alors que ses habitants portent le nom d’Apuliens en raison de l’Apulie, terme consacré dans l’Antiquité gréco-romaine. D’ailleurs, comme en italien, la forme au singulier — la Pouille — commence à se répandre. Il s’agit en tout cas d’une des plus vieilles composantes de la botte, avec une présence illyrienne et grecque dès le VIIIe siècle avant notre ère, ce qui explique qu’on parle de Grande Grèce. Des traces très importantes en sont encore visibles.

À dire vrai, les Pouilles présentent une Histoire d’une incroyable richesse, du fait de la superposition des civilisations qui y sont venues, certes pas toujours de manière pacifique, mais qui ont laissé des marques aussi importantes que les magnifiques grottes marines dans lesquelles on pénètre au pied des falaises du Gargano, plus particulièrement sur les îles Tremiti. Après les Romains, les Byzantins, les Goths et les Lombards, ce furent, d’ailleurs parfois en même temps, les Sarrasins, les Normands, les Souabes, les Angevins, les Aragonais, les Turcs, les Français et les Espagnols. Les Bourbons d’Espagne apportèrent au XVIIIe siècle une organisation et une ouverture qui durent, au XIXe, laisser la place à l’unité italienne — sans oublier le petit intermède du frère de Napoléon, Joseph, et de son beau-frère, Joachim Murat, de 1806 à 1814.

Le circuit des Pouilles impériales aligne les châteaux construits, et parfois dessinés, par Frédéric II. Le plus emblématique demeure le Castel del Monte, un ouvrage un peu mystérieux mais surtout très imposant, destiné à donner le ton pour cet empereur germanique qui hérita par sa mère du grand royaume de Sicile, lequel débordait sur tout le sud de la péninsule. Prince cultivé et curieux de tout, Frédéric dirigea la sixième croisade qui lui permit de récupérer Jérusalem sans livrer de bataille. Excommunié, il s’entoura de savants juifs et musulmans tout en mettant sur pied un État structuré. Il représente un lien entre l’Occident et l’Orient, mais aussi la tendance germanique à s’établir en Méditerranée. L’héritier de l’empire de Charlemagne, sacré à Aix-la-Chapelle, était effectivement fondé à regarder autant vers la Méditerranée que vers l’Allemagne.

Il est juste, enfin, de mentionner que, pour les touristes, de nombreux autres sujets d’excursion s’ajoutent aux charmes d’une gastronomie offrant notamment toutes sortes de pains, de vins, d’huiles, de pâtes, de fromages, de poissons et de viandes bien préparés.


In Memoriam

par Pierre François

Jean Piat, le Magnifique

Que dire sur une légende sans tomber dans le dithyrambe du commentateur sportif ou le bilan du comptable, à peine dissimulé sous la forme d’un curriculum vitae ? Jean Piat était plus qu’un comédien, il incarnait aussi l’élégance et l’épicurisme à la française.

Né pendant les années folles (en 1924) dans une famille catholique modeste, Jean Piat se souvient avoir toujours su qu’il était fait pour le théâtre à travers cette réplique récitée à quatre ans : « Je ne me suis pas dit : je vais faire du théâtre. Mon père m’avait conseillé de faire quelque chose de sérieux, comme fonctionnaire… ». Au lycée Janson de Sailly, il rencontre Alain Decaux qui lui propose de jouer dans Knock avec lui. Il joue au patronage de la paroisse Saint-Ferdinand des Ternes alors qu’il fréquente l’Institution Sainte-Croix de Neuilly avant que ce « cancre », comme il se définissait, n’intègre le Conservatoire national d’art dramatique à vingt ans, dont il se fait expulser deux ans plus tard pour avoir joué dans le film Rouletabille sans autorisation. Qu’importe, il entre un an plus tard (en 1947) à la Comédie-Française, où il reste vingt-cinq ans. Il y joue Cyrano dans Cyrano de Bergerac monté par Jacques Charon 232 fois à partir de février 1964 après avoir tenu, dans la même pièce, les rôles de Bellerose, d’un mousquetaire, d’un second cadet, de Brissaille, du quatrième cadet et de Jodelet. Lors de la première, on compte plus de cinquante rappels. C’est en 1972 que celui qui a transcendé les rôles de Don César (dans Ruy Blas), Alceste (Le Misanthrope) ou Don Quichotte pour ne citer que ceux-là – Robert Hirsch disait par ailleurs de lui que quand il jouait Knock, « c’était immortel » – éblouit cathodiquement la France entière pour son interprétation de Robert d’Artois dans la série « Les Rois maudits ».

Si le cinéma lui a offert moins de satisfactions (un seul rôle principal dans La Rivale, de Sergio Gobbi), il est régulièrement intervenu pour effectuer des doublages – notamment les voix de Scar dans « le Roi lion », Frollo dans « Le Bossu de Notre-Dame » ou Gandalf dans « Le Seigneur des anneaux » – ce comédien aussi talentueux qu’élégant est aussi narrateur au Puy du fou pour la Cinéscénie (1978), Le Bal des oiseaux fantômes (2003) ou Le Signe du triomphe (2011). C’est comme adaptateur de L’Affrontement que cet homme aux vingt mises en scène et qui est aussi un homme de plume (Croix, dix siècles d’histoire, prix Georges Goyau ; Les Plumes des paons, prix Broquette Gonin ; Le Dîner de Londres, prix Renaissance des lettres ; Je vous aime bien, Monsieur Guitry, prix Saint-Simon ; Beaumarchais, un intermittent du spectacle, médaille de vermeil de l’Académie française…) reçoit un Molière en 1997. « La joie de jouer n’est comparable à rien d’autre, dit-il, il ne faut jamais s’arrêter. Quand je ne joue pas, j’ai l’impression d’être privé de dessert ou de récréation. ». Mais ce charmeur est aussi un homme de sagesse : en 2017, alors qu’il joue dans Love letters, il confie : « je ne pense pas au prochain rôle, je pense au cimetière… Ce n’est pas triste, c’est une logique. On naît, on vit, on meurt : c’est aussi simple que cela. ». Ce sont ses filles, Dominique et Martine, nées de son mariage avec la comédienne et professeur Françoise Engel, qui ont indiqué dans un communiqué sobre à l’Afp que leur père est mort « à 21 heures, dans sa 94e année » le 18 septembre. Soit à quelques jours de son anniversaire (le 23 septembre) et huit mois après le décès de sa compagne Françoise Dorin qui lui a écrit quelques-uns de ses plus grands rôles après son départ de la Comédie-Française, à commencer par la pièce « Le Tournant », qu’il a joué neuf cents fois.


Livres

par Catherine Pauchet

Rentrée littéraire

Roman

L’Exposition universelle

Paris, 1900. L’Exposition universelle se prépare, un monde fou est attendu. Aileen Bowman, trente-cinq ans, journaliste, couvre l’événement pour le New York Tribune. Elle écrit aussi pour « La Fronde », un journal féministe français. Avec ses tenues excentriques, sa liberté de parole et de mœurs, la jeune femme ne passe pas inaperçue. En vérité, elle est venue pour retrouver ses racines (sa mère est française) ainsi qu’un lointain cousin. Antonin Varenne achève la saga des Bowman avec ce roman flamboyant qui nous immerge dans la capitale en pleine effervescence : pavillons en construction, première ligne de métro…

« La toile du monde », Antonin Varenne, Albin Michel, 348 p., 21,50 €.

L’art de la lettre

Après un séjour à l’étranger, Hatoko, ving-cinq ans, revient à Kamakura, une station balnéaire au sud de Tokyo, pour reprendre la papeterie héritée de sa grand-mère et y exercer le métier d’écrivain public. Au temps des mails et des sms, il y a encore des personnes qui préfèrent envoyer un courrier, surtout quand le sujet est grave : condoléances pour le décès d’un singe, déclaration d’amour, divorce… Chaque lettre est unique. Hatoko pèse ses mots et soigne son écriture. Elle choisit le papier, l’enveloppe, le timbre. Chemin faisant et, au fil des saisons, sa petite boutique devient un lieu de convivialité. Ce roman plein de douceur d’Ogawa Ito est joliment illustré de calligraphies.

« La papeterie Tsubaki », Ogawa Ito, éditions Philippe Picquier, 384 p., 20 €.

Société

Leçon de vie

Autiste. Voilà, le mot est lâché. Il sonne telle une condamnation à la réclusion perpétuelle. Médecins et enseignants l’affirment : la petite Océane est prisonnière d’elle-même et le restera, elle progressera peu, elle ne mènera pas la vie des autres enfants. A sa mère de prendre soin d’elle puisque les institutions ne peuvent pas grand-chose. Florence Henry raconte comment elle a réussi à sortir sa fille de l’enfermement : cette année, Océane entrera en terminale S. Un espoir pour les parents qui mènent le même combat.

« L’enfermement », Florence Henry, XO document, 256 p., 18,90 €.

Revue

Science et patrimoine

Restauration d’œuvres anciennes ou malmenées par les conflits, recréation des monuments disparus totalement ou en partie… les nouvelles technologies comme l’accélérateur de particules niché dans les sous-sols du Louvre, la numérisation d’ouvrages ou la modélisation en 3D contribuent à la sauvegarde du patrimoine. Les Carnets de la science leur consacrent un dossier. Autres sujets abordés : les tortues luths, quand la Terre était une boule de neige, les émotions au travail, dans la tête des bébés, la chasse aux météorites en Antarctique… Une belle revue de vulgarisation scientifique, grand format, et tout en couleurs.

« Les Carnets de la science », Cnrs, n°4, 196 p., 12,50 €. En librairie.


Cinéma

par Marie-Christine Renaud d’André

L’ombre d’Emily

Bien qu’elles ne se ressemblent guère, la classique Stephanie devient très amie avec la fantasque Emily. Le jour où celle-ci disparaît, Stephanie se lance à sa recherche à travers son blog.
Ce thriller comique est une belle réussite, tant il est original et brillant, avec des scènes irrésistibles de drôlerie et d’autres angoissantes à souhait. Parfaitement bien rythmée, l’histoire est surprenante, tant il y a de nombreux rebondissements et retournements de situations. Mais, si l’ensemble fonctionne si bien, c’est que le film est porté par l’interprétation sensationnelle d’Anna Kendrick et de Blake Lively. Une belle réussite !

Comédie policière américaine (2018) de Paul Feig, avec Anna Kendrick (Stephanie Smothers), Blake Lively (Emily Nelson), Henry Golding (Sean Townsend), Andrew Rannells (Darren), Jean Smart (Margaret McLanden) (1h56). (Adultes avec des éléments nocifs) Sortie le 26 septembre 2018.

Un peuple et son roi

La prise de la Bastille, le 14 juillet 1789, sonne le début de la Révolution française. Non loin de là, dans le faubourg Saint-Antoine, se trouve l’atelier du maître verrier l’Oncle et de son épouse Solange. Très vite, accompagnés de Françoise et Margot, de jeunes lavandières, ils vont se lancer, comme de nombreux Parisiens, dans ce mouvement populaire qui va conduire à l’abolition de la monarchie.

Premier épisode d’un diptyque, ce film, qui va de la prise de la Bastille à l’exécution de Louis XVI, en 1793, plonge au cœur de la vie de plusieurs personnages du peuple, qui, portés par l’espoir d’une vie meilleure, participent activement aux différents événements de la Révolution, comme les séances au sein de l’Assemblée nationale. Ce qui frappe dans ce film superbe et foisonnant, c’est l’extraordinaire reconstitution de l’époque dans les moindres détails, malgré quelques erreurs, tels ce Notre Père dans sa version conciliaire ou cette sage-femme qui se lave les mains avant d’aider une femme à accoucher. Certes, l’ensemble est, parfois, un peu confus, tant les personnages sont nombreux, et un peu trop long, et le rôle de certains nobles, en particulier lors de la nuit du 4 août, est passé sous silence. Il reste que l’ensemble est magistralement mis en image et constitue un spectacle de choix.

Drame historique franco-belge (2017) de Pierre Schœller, avec Gaspard Ulliel (Basile), Adèle Haenel (Françoise), Olivier Gourmet (l’Oncle), Louis Garrel (Robespierre), Izïa Higelin (Margot), Noémie Lvovsky (Solange), Céline Sallette (Reine Audu), Denis Lavant (Marat), Laurent Lafitte (Louis XVI), Stéphane De Groodt (le curé Norbert Pressac), Niels Schneider (Saint-Just) (2h01). (Grands adolescents) Sortie le 26 septembre 2018.

I Feel Good

En peignoir, Jacques quitte sa cure de thalassothérapie et débarque dans la communauté d’Emmaüs que dirige sa sœur Monique. Son rêve est de devenir milliardaire.

Pour tenir le rôle de ce looser obsédé par l’argent et la réussite professionnelle, Jean Dujardin a pris quelques kilos. Il est l’atout majeur, avec sa complice Yolande Moreau, d’une comédie amusante et décalée, mais qui manque de rythme et n’évite pas les outrances… habituelles chez ces deux cinéastes.

Derrière le rire, il y a un bel hommage à la communauté d’Emmaüs et à l’abbé Pierre, comme en atteste la très belle fin. Mais la soif de réussite matérielle du héros est choquante, surtout quand elle est confrontée à la générosité de sa sœur.

Comédie française (2017) de Benoît Delépine et Gustave Kervern, avec Jean Dujardin (Jacques), Yolande Moreau (Monique), Jo Dahan (Manu le menuisier), Lou Caster, Jean-Benoît Ugueux (1h43). (Grands adolescents) Sortie le 26 septembre 2018.

La prophétie de l’horloge

Après la mort de ses parents, Lewis, 10 ans, part vivre dans la maison de son oncle Jonathan. Mais celle-ci a la réputation d’être hantée.
Si l’histoire est originale, et l’ensemble bien rythmé, on peine à se passionner pour ce film confus, et, finalement peu palpitant, qui met en scène des magiciens. Certes, les effets spéciaux sont excellents, et certaines scènes sont réussies, mais l’humour manque cruellement. Quant à l’atmosphère, elle est très angoissante.

Il est impressionnant de courage et d’intelligence (sans parler de sa formidable culture !), ce jeune héros. Mais l’atmosphère et certaines scènes sont effrayantes pour les petits.

Film fantastique américain (2018) de Eli Roth, avec Owen Vaccaro (Lewis Barnavelt), Jack Black (Jonathan Barnavelt), Cate Blanchett (Mme Zimmermann), Sunny Suljic (2h08). (Adolescents) Sortie le 26 septembre 2018.


Le chiffre de la semaine

8 741 000

C’est le nombre de voitures dépassant les normes autorisées et considérées comme « diesels sales » circulant en France, selon les chiffres publiés par l’ONG « Transport et Environnement ». Ce chiffre fait de notre pays celui dont le parc automobile est le plus polluant de toute l’Union européenne. Derrière la France viennent l’Allemagne (8 208 000 véhicules) et le Royaume Uni (7 267 000). Toujours selon « Transports et Environnement », ces chiffres sont en constante progression.

Surtout, ces chiffres concernent uniquement les véhicules les plus récents, en circulation depuis 2009 et immatriculés depuis 2014. Ces véhicules dégageraient en effet trois fois plus d’oxydes d’azote, un gaz responsable, avec l’ozone et les particules fines, de 400 000 décès annuels sur le territoire de l’UE.


D’un jour à l’autre

France

GPA

La cour d’appel de Paris a fait droit à la demande d’adoption plénière, par l’époux du père biologique, de jumelles nées par GPA au Canada. Les magistrats ont estimé que cette demande était « conforme à l’intérêt de l’enfant ».

Sondages

Selon l’institut OpinionWay, la cote de popularité du président Macron serait tombée de 35 % en juillet à 28 % en septembre.


Trains

La SNCF a lancé, le 20 septembre, son TGV haut de gamme baptisé « inOui », parallèlement à la version à bas coût, déjà existante, « Ouigo ». L’offre inOui va être étendue à tout le réseau d’ici 2020, date à laquelle la marque TGV disparaîtra. Élisabeth Borne, ministre des transports, a promis le 22 septembre que les deux dernières lignes de nuit (Paris-Briançon et Paris-Rodez/Latour de Carol) allaient être maintenues et rénovées.


Justice

Poursuivie pour avoir diffusé sur son compte Twitter des images de massacres commis par l’État islamique, Marine Le Pen a reçu de la justice une convocation pour expertise psychiatrique. Elle a dénoncé le 23 septembre sur Europe 1 ce détournement de procédure infamant et refusé de s’y soumettre.


Vendanges

La Champagne annonce sa meilleure vendange, en quantité et qualité, depuis plus de 25 ans avec un rendement de 16 000 à 20 000 kilos de raisin à l’hectare. L’année 2017 avait été la pire depuis longtemps.


Antifas

Environ 250 manifestants « antifascistes » qui protestaient contre l’existence à Angers d’une association de jeunes « identitaires », ont cassé les glaces de plusieurs banques, commerces et abribus, le 22 septembre à Angers.

Décès

Le comédien Jean Piat est mort à Paris, à l’âge de 93 ans. Longtemps membre de la Comédie française, il avait notamment interprété le rôle de Cyrano de Bergerac dans la pièce d’Edmond Rostand. Il fut également célèbre pour son incarnation de Robert d’Artois dans la saga télévisée « Les Rois maudits ».

Monde

Corées

Le président sud-coréen Moon Jae-in s’est rendu à Pyongyang, du 18 au 20 septembre, pour le 3e sommet en un an avec son homologue de Corée du Nord, Kim Jong-un. La visite de ce dernier à Séoul – une première depuis l’armistice de 1953 – a été décidée avant la fin de l’année. Surtout, la Corée du Nord s’est engagée à fermer, « en présence d’experts internationaux », son site d’essais de missiles et son pas de tir de Tongchang-ri, ainsi que le complexe nucléaire de Yongbyon. Mais le pays dispose d’autres pas de tir, mobiles ou secrets, et d’autres centres atomiques… Kim Yong-un, qui doit rencontrer Donald Trump en octobre, demande par ailleurs que les États-Unis prennent « des mesures correspondantes », sans préciser lesquelles…


Iran

Un attentat a fait au moins 29 morts et 57 blessés, le 22 septembre, dans la ville d’Ahvaz (sud-est du pays). Aussitôt revendiqué par Daesh, il est le fait, selon le président Rohani, du Front populaire et démocratique des Arabes d’Ahvaz, qui lutte pour l’autonomie de la région. Pays hétérogène, l’Iran est à moitié peuplé de Perses et comporte de nombreuses communautés (Turcs, Kurdes, Azéris…), et des minorités religieuses.

Chili

Le 21 septembre, le pape François a accepté la démission de deux autres évêques chiliens qui font l’objet de poursuites judiciaires dans le cadre du scandale des abus sexuels sur mineurs par des prêtres. Ils sont désormais 7 évêques chiliens à avoir été démis de leur charge épiscopale en quelques semaines.


Syrie

L’Observatoire syrien des droits de l’Homme, organisme proche de la rébellion, a publié une statistique le 23 septembre où il décompte 360 000 victimes de la guerre civiles depuis 2011, dont 3 300 civils tués par les bombardements de la coalition menée par les États-Unis. À la suite de l’accord conclu le 17 septembre entre la Russie et la Turquie à Sotchi, et des menaces américaines contre Damas, l’armée syrienne semble avoir renoncé à un assaut massif contre la province d’Idleb.


Syrie

Selon les militaires russes, dans une conférence de presse du 23 septembre, l’avion de reconnaissance russe abattu par la DCA syrienne le 17 septembre (14 morts), au large des côtes syriennes, a été victime d’une manœuvre de quatre avions israéliens qui l’ont utilisé comme couverture pour mener des bombardements sur la province syrienne de Lattaquié, en fournissant « une information trompeuse » à l’état-major russe sur leurs intentions.


Suisse

Plus des deux tiers des citoyens du canton de Saint-Gall, au nord-est du pays, ont approuvé par référendum, le 23 septembre, l’interdiction du port de la burqa dans l’espace public. Le canton du Tessin avait déjà prohibé cette pratique en juillet 2016, par une majorité de 65 % des voix. Les autorités fédérales, en revanche, s’opposent à une interdiction au niveau fédéral.

Japon

Le Premier ministre Shinzo Abe a été reconduit à la tête de son parti, le 20 septembre. Il souhaite réviser la Constitution pacifiste du Japon en y inscrivant l’existence d’une armée, les Forces d’autodéfense.

Colombie

Premier producteur de cocaïne au monde, le pays a connu, en 2017, selon le rapport annuel publié le 19 septembre par l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime, une hausse de 17 % des cultures illicites de coca et de 31 % des capacités de production de cocaïne, soit 1 379 tonnes.


Méditerranée

Le Panama a annoncé qu’il allait retirer son pavillon de complaisance au bateau humanitaire Aquarius qui a recueilli 47 migrants en mer le 22 septembre, malgré les ordres des gardes-côtes libyens qui exigeaient leur retour en Libye.


Espagne

L’ancien Premier ministre français Manuel Valls devait dire, le 25 septembre, s’il confirmait sa candidature aux élections municipales de mai 2019 à Barcelone où il fait campagne depuis plusieurs mois.


Inde

Le gouvernement Modi est accusé, par le Parti du Congrès (qui est dans l’opposition) de corruption dans l’attribution, après la commande de 36 avions Rafale, de contrats de Dassault à une entreprise indienne possédées par le milliardaire Anil Ambani. Ce dernier a financé un film de Julie Gayet, compagne de l’ancien président français François Hollande, ce qui fait scandale en Inde.

Maldives

Ibrahim Mohamed Solih, leader de l’opposition, a remporté le 23 septembre l’élection présidentielle aux Maldives avec 58,3 % des voix. 


Sports

Judo

Aux mondiaux de Bakou, le 23 septembre, la Française Clarisse Agbegnenou, 25 ans, a été sacrée championne du monde en -63 kg, pour la troisième fois après 2014 et 2017.