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Lundi 25 janvier 2016

Lundi 25 janvier 2016

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L’événement-1

par Serge Plenier

Quand Nicolas fait du Sarkozy

Nicolas Sarkozy reprend la main. Avec la publication de son livre « La France pour la vie » aux éditions Plon, l’ancien président de la République revient sur ses années à l’Elysée, formulant aussi quelques orientations pour l’avenir.
Ce retour sur le devant de la scène intervient à un moment crucial pour lui. Malmené par les sondages, Nicolas Sarkozy doit se préparer à des primaires à droite dont le résultat semble de plus en plus incertain. De plus, son horizon judiciaire n’est pas entièrement dégagé : l’affaire Bygmalion n’a pas fini d’agiter la justice. S’agit-il pour autant d’une déclaration de candidature ? L’ex chef de l’Etat jure ses grands dieux que non mais la dénégation fleure bon la posture rhétorique. C’est de bonne guerre, d’ailleurs.

On s’y attendait un peu, l’ouvrage de Nicolas Sarkozy contient une bonne dose de « mea culpa ». Certains concernent essentiellement des comportements et des propos qui ont lourdement pesé sur l’image du quinquennat. Il s’agit notamment du fameux « Casse-toi, pauvre c. », qualifié de « bêtise », ou de l’ »impair » que constituèrent les cinq jours passés à bord du yacht de Vincent Bolloré. A vrai dire, on reste dans l’anecdote : il s’agit de lisser les aspérités d’un style dont les excès on pu heurter.

Les autres regrets formulés sont plus intéressants. Nicolas Sarkozy s’accuse surtout de ne pas être allé trop loin ni assez vite. Concernant les premières mesures fiscales de son quinquennat, il regrette par exemple de n’avoir pas carrément supprimé l’ISF et remis en cause les 35 heures au lieu de s’en tenir au bouclier fiscal et à la défiscalisation des heures supplémentaires. De même, il se reproche de n’être pas allé assez loin dans le domaine du contrôle de l’immigration. En somme, Nicolas Sarkozy regrette surtout de ne pas avoir fait assez de Sarkozy.

Là est sans doute la limite de l’exercice. Les regrets formulés, ou même les remises en cause, restent cosmétiques. Nicolas Sarkozy semble ne pas avoir véritablement évolué depuis 2012. Il apparaît toujours comme le fonceur que l’on a connu, peu enclin à déléguer et persuadé que, sur le fond, il a toujours eu raison.

Là est la principale faille de cet ouvrage, par ailleurs plutôt bien écrit. Nicolas Sarkozy aura décidément beaucoup de mal à nous convaincre qu’il a vraiment changé.


L’événement-2

par Jean-Gabriel Delacour

La place centrale de la France en Afrique

Après les attaques terroristes menées à Bamako le 20 novembre 2015 et à Ouagadougou le 15 janvier, il apparaît légitime de s’interroger sur l’efficacité et même la pertinence de la présence militaire française en Afrique ; certains estiment que l’opération Barkhane a montré son inutilité et que, dans cette perspective, les 700 millions annuels de son coût doivent être revus. Tandis que les nostalgiques des positions tiersmondistes dénoncent la « trahison » de François Hollande par rapport à ses engagements d’en finir avec la « Françafrique », d’autres pointent la modicité des moyens dont dispose l’armée, les militaires étant sur place contraints de se rationner.
La tâche demeure certes immense car il faut procéder à un quadrillage de l’immense zone saharo-sahélo-guinéenne, avec des porosités dangereuses, particulièrement du côté de l’Algérie — encore qu’existe actuellement une assez bonne coopération —, de la Libye et du Nigeria. Toutefois, pour insuffisante qu’elle se révèle, l’action française permet de contrer au moins une partie des menées terroristes, de limiter leur liberté d’action et de déplacement et d’empêcher qu’elles s’appuient sur des liaisons permanentes avec la Libye, un gros problème à elle seule.

Il faut néanmoins noter une prise de conscience locale concernant l’infiltration islamiste dans les populations de la bande sahélo-guinéenne. La crainte djihadiste est devenue une réalité, partagée par de plus en plus de gouvernants, aujourd’hui convaincus de la nécessité d’un travail collectif, autrement dit d’une coopération entre eux, ce qui n’appartient pourtant pas à leur culture. Non seulement la France ne peut pas tout assumer mais eux-mêmes commencent à monter des opérations concertées, bilatérales ou trilatérales, dans lesquelles Paris reste en retrait. Ils se rendent également compte du danger de certains prosélytes : en 2013, plus de 700 missions  « humanitaires » sont venues du Qatar au Burkina Faso…

Des points de fixation doivent en permanence être précisés. Ainsi pour contrôler la frontière entre la Libye et le Niger, afin d’éviter la propagation djihadiste. Ainsi pour sécuriser la région du lac Tchad, afin d’empêcher l’embrasement du Cameroun et de la sous-région toujours à la merci de Boko Haram. Un paysage plus favorable semble par ailleurs se dessiner depuis que les trafiquants commencent à se séparer des djihadistes, ne serait-ce qu’en raison des incessantes patrouilles de Barkhane, qui désorganisent leurs réseaux commerciaux et les poussent à se désolidariser des combattants islamistes ; or, ces ancestrales activités de contrebande demeurent vitales pour les populations de la zone, au-delà de toute idéologie ou affiliation clanique.

Au-delà de Barkhane, la France déploie quelque 10 000 soldats en Afrique. Mais son armée doit gérer plusieurs fronts, sans oublier les missions qu’elle doit assurer en métropole depuis les attentats. Peu aidée par l’Europe, elle en constitue pourtant l’efficace rempart sur le continent noir.


Politiques

par Alice Tulle

Chômage, dernière chance ?

Le 18 janvier, devant le Conseil économique, social et environnemental, François Hollande s’est livré à une analyse impeccable : « Face au désordre du monde, face à une conjoncture économique incertaine et un chômage persistant, il y a aussi un état d’urgence économique et social à proclamer. »
De fait, on doit craindre les conséquences de la crise chinoise, de la chute des cours du pétrole et de l’extrême fragilité de nombreux systèmes bancaires. Et il y a en France une conjoncture économique incertaine à cause de la désindustrialisation de notre pays et des tendances déflationnistes dans la zone euro.
Quant au chômage, il s’est considérablement aggravé depuis 2008. Pôle Emploi compte 650 000 inscrits supplémentaires depuis, l’élection de François Hollande en 2012 ! Le Président se retrouve, si l’on additionne les trois principales catégories statistiques, avec 4,58 millions de chômeurs.

Le plan du 18 janvier est le dernier sursaut possible avant l’ouverture de la campagne présidentielle. François Hollande a annoncé l’attribution d’une prime de 2 000 euros pour toute nouvelle embauche d’un salarié payé un peu plus que le Smic dans les entreprises de moins de 250 employés… Le Crédit impôt compétitivité emploi, destiné à faciliter les embauches, sera transformé en baisses de cotisations patronales « le plus tôt possible ». Une loi permettra de diminuer à nouveau le coût des heures supplémentaires. En attendant que l’on puisse relancer la filière de l’apprentissage qui est en panne, un plan de formation d’urgence de 500 000 chômeurs sera mis en œuvre dès cette année et l’effort portera principalement sur la révolution numérique, la transformation énergétique et la création d’une entreprise. Un compte personnel d’activité sera créé afin que les salariés puissent faire alterner plus facilement les périodes de travail et les périodes de formation. Des mesures sont enfin prévues pour empêcher l’essoufflement des autoentreprises, même si le catastrophique régime de sécurité sociale des indépendants (RSI) ne semble pas devoir être supprimé.

Ces annonces ont soulevé moult critiques. Certains ont relevé une illusion d’optique : comme 150 000 personnes sont déjà en formation, le plan ne viserait en fait que 350 000 personnes. D’autres ont rappelé les faibles résultats du crédit d’impôts pour ce qui concerne les créations d’emplois. Sans surprise, les syndicats sont hostiles au nouveau plan, mais le « cadeau » de 2 000 euros n’a pas déclenché l’enthousiasme des chefs d’entreprise pour qui il est insuffisant pour motiver une décision d’embauche. Sur un plan général, les baisses de charges effectuées depuis trois décennies n’ont jamais permis d’arrêter durablement la progression du chômage. Il y a un manque de prévisibilité de la fiscalité qui empêche les employeurs de prendre des décisions rationnelles. Ce ne sont pas des primes-surprises qui vont convaincre les employeurs de faire face à une éventuelle reprise des affaires.

Fondamentalement, une entreprise ne crée des emplois que si ses produits font l’objet d’une demande soutenue. Mais, au niveau national, une demande artificiellement stimulée ne serait efficace que si l’appareil industriel était en mesure de répondre aux besoins de la population. Or aucune politique industrielle n’est en vue.

Comme la France ne peut rien contre la tendance à la déflation en zone euro, le plan emploi ne permettra pas de changer grand-chose. Tout au plus entraînera-t-il des améliorations partielles concrètes — et pas seulement statistiques — à condition que le « désordre du monde » évoqué par le Président ne provoque pas de nouvelle catastrophe financière puis économique avant le printemps 2017 ? Car personne ne doute que le président-candidat n’a que cette seule date en tête en s’agitant soudain. 


Monde

par Yves Lamarck

Ouverture iranienne

Le président Hassan Rohani sera reçu par le Pape le 26 janvier avant d’arriver à Paris le 27. Ce voyage prévu le 13 novembre dernier avait été reporté du fait des attentats. Pendant ces deux mois beaucoup de choses se sont passées qui confèrent un nouveau caractère aux relations avec l’Iran.

Le 16 janvier ont été levées les sanctions internationales. Depuis les accords sur le nucléaire signés le 14 juillet dernier, l’Iran a rempli toutes ses obligations. 14 000 centrifugeuses ont été démantelées ; le cœur du réacteur de la centrale d’Arak a été démonté et bétonné ; le stock d’uranium enrichi a été déposé en Russie et au Kazakhstan. Tout ceci en quelques semaines entre la fin décembre et le début janvier. Pour le président Rohani, le calendrier était serré puisque les élections législatives avaient été fixées au 26 février. Il fallait à tout prix clore ce chapitre avant l’échéance afin d’afficher un bilan positif, sinon prometteur.

Certes, le redressement économique ne sera pas immédiat mais le résultat n’est pas insignifiant : le déblocage d’entre 32 à 55 millions de dollars de biens gelés, le rétablissement des accès bancaires et financiers internationaux, l’arrivée d’investissements étrangers, l’augmentation du rythme de l’extraction pétrolière (de 1 million à 1,5 million de barils/jour, en deçà des 3 à 4 millions avant les sanctions). L’essentiel des ressources supplémentaires ira aux infrastructures largement négligées pendant douze ans d’austérité. Les premiers contrats d’équipement devraient être signés à Paris, notamment des commandes d’Airbus. On attend une reprise de la croissance entre 5 et 8 %.
Pour le président Rohani, c’est la voie vers une réélection aux présidentielles de 2017. Mais le système politique iranien est conformé de telle sorte que sa marge de manœuvre est tout sauf illimitée. Le Guide suprême Ali Khamenei l’a soutenu dans les stades ultimes de la négociation nucléaire. Mais ce serait ne rien comprendre aux équilibres iraniens que d’imaginer que, l’accord conclu, le camp réformateur aurait les mains libres, les Américains deviendraient des amis et la société s’occidentaliserait complètement.

L’avantage à Rohani sera au contraire compensé, contenu, en donnant des gages au clan conservateur surtout dans la perspective du renouvellement du Conseil des experts qui devra désigner le successeur d’Ali Khamenei. Les élections du 26 février seront donc d’autant plus encadrées. Un nombre record de candidats, notamment supposés réformateurs, ont été invalidés. Les débats se poursuivront au-delà au sein de l’Assemblée nationale. Rohani sera conforté mais pas davantage.

Personne n’a donc crié victoire le 16 janvier, pourtant tournant historique pour les Iraniens. Il fallait éviter de transformer l’accord nucléaire en triomphe d’un camp sur un autre ce qui continuerait d’en faire un enjeu. La page est tournée d’autant que les tensions régionales se sont sensiblement accrues, mais dans des conjonctions complexes qui empêchent de diaboliser l’une ou l’autre grande puissance ou de baisser la garde.

Téhéran est donc prudent, mesuré, soucieux de reconnaissance certes, mais aussi instruit par l’expérience de ne pas apparaître ni trop affaibli ni trop dominant. Il opposera ainsi sa bonne gouvernance et sa modération à l’aventurisme et aux excès de l’Arabie saoudite, dans un soudain et brutal chassé-croisé de ces qualités et de ces défauts respectifs. Les rôles sont renversés. À la communauté internationale d’observer la même retenue dans ses initiatives dans la région. 


Environnement

par Fabrice de Chanceuil

Tintin a-t-il une conscience écologique ?

C’est à cette question aussi inattendue qu’improbable qu’a tenté de répondre, le 21 janvier dernier, dans le grand amphithéâtre de la Société de Géographie à Paris, le professeur Paul Arnould, agrégé de géographie et ancien enseignant à l’École normale supérieure, spécialiste de la forêt.

Reprenant la classification faite par son confrère Sergio Dalla Bernardina, le conférencier a distingué trois attitudes face à la nature, celle du touriste, celle du chasseur et celle de l’écologiste, qu’il a appliqué au célèbre héros.
Touriste, Tintin l’est assurément. C’est même son activité principale car, bien qu’il soit censé être reporter, il écrit bien peu d’articles et semble plutôt voyager pour son plaisir. Pour prendre un terme plus désuet qui lui est souvent accolé, c’est un globe-trotter.

Chasseur, Tintin l’est également, et pas de manière anecdotique. S’il aime à traquer les bandits de toutes sortes, il chasse aussi les animaux dans Tintin au Congo où il tire gazelles, singes et éléphants, allant même jusqu’à dynamiter un rhinocéros.

Alors, écologiste, cela semble beaucoup moins crédible. Pour autant, il convient d’y regarder de plus près afin de mieux appréhender le rapport de Tintin à la nature et d’y chercher une possible évolution.

De fait, Tintin est souvent, de par ses nombreux voyages, en contact avec la nature. Sur la couverture des albums de ses 24 aventures, cinq représentent l’océan, cinq la forêt et trois le désert, qu’il soit de sable ou de neige. La nature est donc bien présente dans la vie de Tintin et la relation qu’il entretient avec elle, indépendamment de la pratique de la chasse, relève d’une vision utilitariste. Cela est particulièrement vrai s’agissant des arbres, plus spécialement étudiés par l’orateur. Selon les histoires, l’arbre sert à Tintin de cachette, de tremplin, de guet-apens tendu à ses adversaires et de matière première, comme pour se faire une hélice en bois pour son avion dans Tintin au Pays des Soviets. Cela dit, même s’il n’est pas un contemplateur de la nature, trop occupé à poursuivre les gangsters pour avoir le temps d’admirer le paysage, même s’il se rend encore moins compte des services rendus par les écosystèmes au profit des grands équilibres planétaires, il n’est pas un exploiteur sans limite des ressources naturelles, comme en témoigne, dans Tintin en Amérique, sa farouche défense des Indiens contre les prétentions des compagnies pétrolières. Il devient même, sans le savoir, un initiateur de la biogéographie insulaire, devançant de près de vingt ans, dans L’Étoile mystérieuse, le modèle de Robert Mac Arthur et Edward Wilson sur le peuplement des milieux insulaires.

Son souci de défendre les petits et les faibles, comme il le fait aussi pour le jeune Zorino du Temple du Soleil ou la petite bohémienne des Bijoux de la Castafiore, ne pouvait pas laisser longtemps Tintin insensible au sort de la fragile nature. Il est possible que les nouveaux compagnons qui le rejoignent au fil des albums l’aient aidé à évoluer. Sans doute à cause de ses longues nuits de veille sous la voûte étoilée à la passerelle du Sirius, le capitaine Haddock possède une vraie sensibilité environnementale qui lui fait aimer se promener dans la nature aux alentours de son château de Moulinsart. De même, le professeur Tournesol, homme de toutes les sciences, ne dédaigne ni la biologie ni le jardinage. C’est lui qui, dans Tintin et les Picaros, fait comprendre à Tintin le risque encouru par un gymnote égaré sur le sol, conduisant l’ancien équarrisseur de gazelles à la prendre soigneusement dans son mouchoir pour la remettre dans l’eau. Quel changement en 50 ans !
Outre les conseils avisés de ses amis, faut-il voir aussi dans cette évolution, celle de son créateur Hergé qui a beaucoup changé au fil du temps en matière politique et philosophique. Le catholique, paternaliste et anti-communiste de 1929 est progressivement devenu, cinquante ans plus tard, un sympathisant du bouddhisme avec le rapport si particulier de celui-ci avec la nature tel que cela ressort dans Tintin au Tibet, un pacifiste comme le montre le symbole arboré sur le casque de Tintin dans les Picaros et pourquoi pas, par conséquent, un écologiste, même s’il est plus difficile d’être totalement affirmatif sur ce point.

En revanche, ce qui est certain et constitue une constante tout au long de ses aventures, c’est que Tintin, héritier de Totor, chef de la Patrouille des Hannetons, est un boy-scout dans l’âme. Il est adepte du « froissartage », technique inventée par Michel Froissart, commissaire de district scout, pour l’usage et l’assemblage du bois sans clou ni vis, qu’il utilise pour la fabrication de l’hélice de son avion. C’est aussi un familier de la BA (bonne action) dont relève assurément, en dehors de toute autre possible motivation, le retour de la gymnote dans son milieu naturel.

« Scout », en anglais, signifie « éclaireur ». Nul doute que Tintin, au fil des années, ait éclairé sa propre conscience, y compris écologique, et celle de ses lecteurs, par la même occasion.


Clefs

par Jean Étèvenaux

L’information en danger

La comparaison des traitements réservés par la plupart des médias aux deux manifestations qui se sont déroulées à Calais les 23 et 24 janvier apparaît éloquente. Chacune de quelque 2 000 personnes, elles ont rassemblé, la première, des collectifs de soutien aux migrants, avec prise d’assaut d’un ferry, et, la seconde, des commerçants, des professionnels, des politiques et des habitants n’en pouvant plus de la situation et de l’inaction du gouvernement.

Le 16, lorsque Manuel Valls est passé à l’émission de Laurent Ruquier On n’est pas couché, si Jean d’Ormesson lui a reproché avec malice « une ombre d’enfumage », les comptes rendus ensuite diffusés ont manifesté une complaisance pour le Premier ministre sans que l’animateur ne soit soupçonné de s’être « couché » devant lui. Cinq jours après, le 21, pour Des paroles et des actes, alors qu’on s’attendait à un duel entre Alain Finkielkraut et Daniel Cohn-Bendit, c’est un autre phénomène qui s’est produit. En effet, si les deux duellistes se sont montrés courtois et si les réseaux sociaux ont décelé une nette prédominance de l’intellectuel — de l’ordre de 80 %, contrairement aux 50-50 annoncés dans le courant de l’émission —, il a fallu subir deux longues tirades d’une jeune professeur d’anglais musulmane qui non seulement a affirmé que ses coreligionnaires sont maltraités en France mais qui a exprimé le plus extrême dédain pour le « pseudo-philosophe », au point de l’assimiler aux « salauds » et de l’inviter à se taire.

On sait que beaucoup de commentateurs, à la remorque de certains politiques, justifient leur traitement de l’information par la crainte de « faire monter le Front national » et de « stigmatiser » certaines populations. Outre le fait qu’on voit ainsi que nombre de journalistes se montrent en fait engagés et méconnaissent l’impartialité, on peut s’interroger sur l’utilité d’ignorer ou de travestir la réalité, comme au moment des agressions sexuelles dans les grandes villes allemandes — qui a entendu parler du sondage réalisé par l’Ifop du 13 au 15 janvier montrant que 83 % des femmes craignent que des agressions comme celle de Cologne se produisent en France ? Cela risque d’ailleurs d’aboutir à renforcer les craintes irraisonnées, le racisme et le sentiment qu’un complot est mené contre les citoyens pour qu’ils soient tenus à l’écart de l’information.

Comme si ces distorsions ne suffisaient pas, on a appris qu’un amendement de la socialiste Axelle Lemaire visait à sanctionner lourdement la diffusion d’informations mensongères sur l’internet « lorsque la publication, la diffusion ou la reproduction faite de mauvaise foi aura pris une dimension virale telle qu’elle en aggrave l’ampleur ». Quant au député républicain Julien Aubert, il souhaite obliger les opérateurs du monde entier à désigner un représentant légal en France, afin de pouvoir répondre devant nos tribunaux d’éventuelles procédures. De toute manière, la prolongation de l’état d’urgence devrait permettre de museler les récalcitrants.


Humeur

par Erwan Violin

Neige

Il y a quelque chose de détraqué dans le temps. Naguère encore, lorsque nous parvenaient des images de New York sous la neige. Ma grand’mère, du fond de sa Normandie, nous affirmait que cela allait bientôt tomber sur nous. Le pire c’est qu’elle avait généralement raison.

Aujourd’hui, les images de la côte Est des USA ensevelie sous des tempêtes de neige impressionnantes ne suscitent plus en nous qu’une intense nostalgie, celle que l’on éprouve en contemplant le paradis perdu. Nous avons eu si peu d’hiver ! Ceux qui prétendent nier le réchauffement climatique devraient se demander pourquoi les images d’enfants dévalant sur leur luge les escaliers de New York nous font rêver aujourd’hui. Ils devraient bien aussi se demander pourquoi cela ne vient plus « chez nous ».



Livres

par Catherine Pauchet

Roman

Les enfants de Toumaï

Elle, Sakineh, est musulmane, issue d’une famille prestigieuse où l’on respecte les coutumes. Lui, Emmanuel, est chrétien et vient d’un milieu pauvre ; au cours de ses études, il a découvert Mao et troqué la Bible pour le Petit livre rouge, au grand désespoir de sa mère. Les deux sont tchadiens mais c’est au Caire, la ville de tous les excès, qu’ils se rencontrent et s’aiment avant d’être contraints de s’exiler en France. Dans ce roman d’amour tragique, Thomas Dietrich (Là où la terre est rouge) confronte l’Afrique des traditions, celle des mariages arrangés et de la soumission des femmes, à l’Afrique moderne, celle de l’immigration et de la difficulté pour les jeunes gens de trouver leur voie dans le chaos du monde.

« Les enfants de Toumaï », Thomas Dietrich, Albin Michel, 278 p., 19,50 €.

Jeunesse

Ne ramenez jamais une fille du futur chez vous

Andrea est une lycéenne d’aujourd’hui, charmante et studieuse, qui se préoccupe de son avenir. Pour ses prochaines vacances, elle voudrait partir dans un pays de l’Est avec Matthias, encore faut-il convaincre son père. Elle mène une vie simple jusqu’au jour où arrive Pénélope, une jeune fille un peu décalée. Normal, la nouvelle venue a débarqué du futur par mégarde et peine à s’adapter à notre époque qu’elle juge rétrograde. Cent soixante-dix ans séparent les deux adolescentes, mais un événement attendu devrait les rapprocher. Rebondissements et quiproquos, Nathalie Stragier ne manque ni d’imagination ni d’humour.

« Ne ramenez jamais une fille du futur chez vous », Nathalie Stragier, Syros, 432 p., 16,90 €.

Anthologie

Le Cahier rouge des chats

Les chats ne nous laissent pas indifférents, on les adore ou on les déteste. Dans les temps anciens, en Egypte, en Chine et dans le monde arabe, ils étaient des divinités. Leur arrivée en Europe au Ve siècle les fera tomber de leur piédestal : assimilés au diable, ils seront persécutés. Leur intelligence et leur beauté feront d’eux des compagnons aimés des rois et des écrivains. Du Bellay, Hugo, Châteaubriand, Balzac… leur consacreront des pages entières. Heurs et malheurs de nos félins, cette anthologie rassemble une soixantaine de récits, interviews et nouvelles. Un bel hommage aux chats de tous poils et de toutes races.

« Le Cahier rouge des chats », sous la dir. d’Arthur Chevallier, Grasset, 362 p., 10,50 €.

Revue

A bas les fautes d’orthographe !

Les passionnés de belles lettres ont leur magazine : le trimestriel Timbrés de l’orthographe. Il y a fort à faire en effet dans ce domaine, surtout de nos jours, où la langue française s’avachit. Un défi est donc à relever. Le numéro d’hiver propose 101 moyens mnémotechniques pour ne plus faire de fautes d’orthographes ! Au sommaire aussi : l’expression « Faire la tournée des grands-ducs », le billet de Jean-Loup Chifflet, des dictées, un concours…
« 101 trucs & astuces efficaces pour ne plus faire de fautes ! », les Timbrés de l’orthographe, hiver 2015/16, 5,90 €. En kiosque.


Cinéma

par Marie-Christine Renaud d’André et Frédéric Aimard

Les filles au Moyen Âge

Les poncifs historiques ont la vie dure. Aussi est-ce réconfortant de voir un film ludique démolir l’un d’eux.

Trois jeunes garçons sont absorbés par leur jeu vidéo reconstituant le Moyen Âge, tandis que leurs trois sœurs voudraient jouer avec eux. Leur grand-père décide de leur raconter cette période, en soulignant la place des femmes. Les enfants vont ainsi reproduire, dans de brefs sketches, ce qui se passait à l’époque et feront revivre quelques grandes figures (Jeanne d’Arc, Charles VII, Hildegarde de Bingen, etc.).

Dans ce petit bijou, Hubert Viel, qui s’est inspiré des travaux de Régine Pernoud, tord le cou à quelques idées reçues sur cette époque, qualifiée, le plus souvent, d’obscurantiste, et montre la liberté dont disposaient les femmes, liberté qui commença à être réduite sous la Renaissance, puis sous la Révolution et l’Empire. Pour cela, il a utilisé un procédé audacieux, en faisant interpréter les personnages de l’époque par des enfants, dont on sent qu’ils se sont beaucoup amusés. D’autant plus que les dialogues, émaillés de quelques expressions modernes (pas trop !), sont très amusants et rendent les sketches naturels et spontanés. En utilisant un superbe noir et blanc pour les scènes du Moyen Âge, le cinéaste nimbe son œuvre d’une réelle poésie. Ce film singulier, original et drôle est une jolie réussite visible en famille. 

Marie-Christine Renaud d’André

Comédie française en NB et couleurs (2014) de Hubert Viel, d’après Régine Pernoud, avec Michael Lonsdale (Daniel), Chann Aglat (Jeanne d’Arc, Mélisandre, Clotilde, etc.), Léana Doucet (Eulalie, Irmingarde, Marie d’Anjou, etc.), Camille Loubens (Charles VII, Cyrille d’Alexandrie, Jésus, etc.), Jolhan Martin (Jacques Cœur, Nikolos, Hugues, etc.) (1h28). (Tous) Sortie le 27 janvier 2016.

Encore heureux

Sam, un cadre supérieur au chômage, n’est pas pressé de retrouver du travail. Dans cette comédie réjouissante, Benoît Graffin, scénariste reconnu, fait la part belle à ses excellents comédiens. Sandrine Kiberlain est irrésistible en bourgeoise déclassée, et Édouard Baer est plus vrai que nature en adulte irresponsable. Ils sont les atouts majeurs d’une comédie sympathique, qui alterne moment hilarants et scènes outrancières et ratées. Mais le film manque surtout de rythme.

Les personnages sont toujours conscients de l’immoralité de leurs actes. De plus, la famille, malmenée par ces événements, sortira plus forte que jamais, tant elle est liée par une réelle affection.

M-C R d’A

Comédie française (2015) de Benoît Graffin, avec Sandrine Kiberlain (Marie), Édouard Baer (Sam), Carla Besnaïnou (Alexia), Mathieu Torloting (Clément), Guilaine Londez (la concierge), Benjamin Biolay (Antoine) (1h33). (Adolescents) Sortie le 27 janvier 2016. 

Les saisons

Au début, la Terre était recouverte de glaces. Puis, avec quelques degrés de plus, une forêt immense a recouvert la majeure partie de l’Europe. 
Au fil des saisons et du temps, Jacques Perrin et Jacques Cluzaud (Le peuple migrateur, Océans) retracent l’histoire de la végétation et des animaux qui la peuplent. Bien sûr, les images sont splendides, avec des gros plans saisissants d’animaux, mais ce sont, surtout, ces scènes au cours desquelles on voit des animaux montrer les crocs, secoués de tics, etc., qui confèrent une belle originalité à ce film éblouissant. C’est ainsi que certains plans sont très drôles, d’autres plus inquiétants, mais tous montrent les splendeurs de la Création et invitent à la contemplation. Surtout, avec très peu de commentaire, le film évite le catastrophisme et enchante par ce qu’il fait découvrir. Une invitation subtile à la protection de ces merveilles, autrement plus efficace que les habituelles leçons de morale.

M-C R d’A

Documentaire franco-allemand (2015) de Jacques Perrin et Jacques Cluzaud (1h37). (Tous) Sortie le 27 janvier 2016.

Spotlight

En 2001, le Boston Globe enquête sur un prêtre accusé d’avoir violé des enfants. 

Chaque personnage est campé avec sobriété par d’excellents acteurs, qui restituent une histoire authentique. Journalistes, hommes de loi, etc., sont travaillés par leur conscience au fur et à mesure que des faits horribles ressurgissent : 249 prêtres seront mis en cause ! Les complications du système judiciaire donnent lieu à des scènes d’anthologie qui nourrissent le suspense. L’Église, vue de loin, sort laminée du film. Mais l’Amérique n’est pas un pays où la foi est sujet de scandale, d’où une approche intelligente des situations.

Les catholiques souffriront de voir à quel point l’Église a pu se piéger dans ces affaires accablantes. Mais la vérité rend libre.

Frédéric Aimard 

Drame américain (2015) de Tom McCarthy, avec Mark Ruffalo (Mike Rezendes), Michael Keaton (Robby), Rachel McAdams (Sacha Pfeiffer), Liev Schreiber (2h08). (Grands adolescents) Sortie le 27 janvier 2016.



LE CHIFFRE DE LA SEMAINE

66 627 602

C’est le nombre total de Français (DOM-TOM inclus) au 1er janvier 2016, selon les estimations de l’INSEE publiées le 19 janvier. Pour la France métropolitaine, le total est évalué à 64 513 242. Toujours en France métropolitaine, on compte 33 229 923 femmes pour 31 283 319 hommes.
Le solde des naissances par rapport aux décès est le plus faible enregistré depuis l’après-guerre : +200 000 naissances. Ce faible résultat est dû à plusieurs facteurs. Il y a tout d’abord l’augmentation des décès (+7,3% par rapport) engendrée notamment par l’augmentation du nombre des plus de 65 ans. L’INSEE retient aussi une légère érosion de l’espérance de vie (85 ans pour les femmes et 78,9 ans pour les hommes) et enfin une baisse de 2,3% des naissances par rapport à 2014.


D’un jour à l’autre

France

Démographie

Le recensement, qui a lieu tous les cinq ans, d’une manière exhaustive pour sept mille communes de moins de dix mille habitants, et de manière partielle pour les villes de plus de dix mille habitants a démarré le 21 janvier.

Culture

La romancière Edmonde Charles-Roux, qui a présidé l’Académie Goncourt, s’est éteinte à Marseille à l’âge de 95 ans, le 21 janvier.

Terrorisme

François Hollande a indiqué, le 22 janvier, qu’il voulait prolonger de trois mois l’état d’urgence instauré après les attentats du 13 novembre.

Migrants

 À l’issue d’une manifestation (deux mille personnes, migrants et militants gauchistes parisiens et européens) le 23 janvier dans Calais pour réclamer des visas pour la Grande-Bretagne, une cinquantaine de migrants afghans, soudanais et érythréens ont occupé un bateau ferry durant trois heures avant d’être délogés par la police. La statue du général de Gaulle a été taguée d’un « Nik la France » par des activistes du mouvement No Borders. Le 24 janvier un nombre équivalent de commerçants et professionnels du port organisaient une contre-manifestation pacifique pour réclamer le droit de travailler en sécurité.

Transports

Le 22 janvier, une panne d’une des seules lignes de métro automatisée de Paris, la ligne 1, a bloqué des milliers de Parisiens près de trois heures, à partir de 16 h 55. Le trafic n’a pu reprendre normalement que le lendemain à 5 h 30. Sept cents passagers d’un Eurostar sont arrivés gare du Nord à 4 h 40 lundi 25 janvier, au lieu de 20 h 45 dimanche, à la suite d’un incendie sur le toit d’un wagon causé par un caténaire.

Économie

La chaîne de magasins de jouets La Grande Récré a annoncé la fermeture de quarante et un magasins.

Politique

Le livre de Nicolas Sarkozy, La France pour la vie (260 pages, éd. Plon), est sorti en librairies le 25 janvier. Il est présenté comme un bilan autocritique de son quinquennat, reconnaissant 28 erreurs… Selon un sondage Odoxa, un Français sur dix aurait envie de le lire.

Inde

Le président Hollande est arrivé en Inde le 24 janvier pour un voyage de trois jours pendant lequel il comptait notamment faire avancer la vente de 36 avions Rafale.

Monde

Etats-Unis

A Flint (Michigan), ville de 100 000 habitants, l’approvisionnement en eau potable se révèle catastrophique depuis plusieurs années suite à des mesures scandaleuses d’économie. On craint, entre autres, une épidémie de saturnisme (empoisonnement au plomb).

Epidémies

Le virus Zika transmis par le moustique tigre et identifié pour la première fois en 1947 en Ouganda, est désormais présent en Polynésie, dans quinze pays d’Amérique latine — surtout au Brésil et dans les Caraïbes (102 cas en Martinique). Quelques cas ont été signalés en Grande-Bretagne, Espagne, Suisse chez des voyageurs revenant d’Amérique latine. L’infection, contre laquelle il n’existe ni médicament ni vaccin, peut entraîner des complications neurologiques et des malformations sur les fœtus.

Syrie

Dans la province côtière de Latakié, d’où les Assad sont originaires, l’armée de Damas, après avoir repris aux rebelles du Front Al-Nosra la ville de Salma le 12 janvier, est entrée dans Rabia le 21 janvier.

Pakistan

Quatre islamistes ont ouvert le feu sur des étudiants de l’université Bacha-Khan à Charsadda (nord-ouest du pays), faisant une trentaine de morts.

Somalie

Le 21 janvier, une attaque menée par cinq chebabs, affiliés à Al-Qaïda, sur un restaurant de plage, a fait vingt morts, dont des femmes et des enfants, sur le front de mer de Mogadiscio.

Tunisie

Un couvre-feu nocturne a été décrété dans le pays le 22 janvier, après quelques jours d’une contestation sociale inédite par son ampleur et sa durée depuis le renversement de Ben Ali en 2011. La dette publique est passée de douze à dix-neuf milliards d’euros à cause d’une croissance économique qui a chuté de 5,5 % à 3,5 %.

Migrants

Le 22 janvier, quarante-sept migrants clandestins, dont dix-sept enfants, se sont noyés en mer Égée dans trois naufrages.

Burundi

Le 22 janvier, les émissaires du Conseil de sécurité de l’ONU ont rencontré le président Nkurunziza à Gitega sans réussir à le convaincre du bien-fondé d’un éventuel déploiement d’une force internationale dans le pays.

Etats-Unis

Depuis le 22 janvier, la tempête de neige et de blizzard Jonas, surnommée « Snowzilla », fait rage sur l’est du pays et notamment à Washington, privant des dizaines de milliers d’habitants d’électricité. Au moins vingt personnes sont mortes dans divers accidents.

Haïti  

Le 23 janvier, suite à une violente manifestation à Port-au-Prince, le second tour de l’élection présidentielle, prévu le dimanche 24, a été annulé.

Espagne

 Le conservateur Mariano Rajoy a décliné, le 22 janvier, la proposition du roi de former un gouvernement, faute de soutien suffisant au Parlement.

Portugal

Le conservateur Marcelo Rebelo de Sousa, 67 ans, professeur de droit, a été élu président le 24 janvier, au premier tour, avec 52 % des voix.

Sport

Football

Le PSG a battu Angers par 5 à 0, lors de la 22ème journée du championnat de Ligue 1. A 21 points du leader, Monaco a également infligé une sévère correction à Toulouse (4 à 0).