L’événement – 1
par Serge Plenier
Le curieux projet de loi PACTE
Finalement, c’est seulement en début juin que le projet de loi Pacte (Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises) sera présenté en conseil des ministres. Serait-ce la peur d’une hypothétique coagulation des mécontentements qui a freiné, pour une fois, la mécanique macronienne de la réforme ?
Il est vrai que le texte semble aller un peu dans tous les sens. Certaines mesures paraissent bienvenues comme celles concernant la création et le fonctionnement des PME. Il s’agit de simplifier les procédures et supprimer le plafond de 20 salariés au-delà duquel l’entreprise devient soumise à de nouvelles formalités, et à de nouveaux prélèvements.
D’autres mesures, plus discrètes, semblent a priori inoffensives comme l’article autorisant l’Etat à céder ses parts dans quelques entreprises comme la Française des Jeux ou Aéroports de Paris. On peut toutefois se demander si l’article en question ne pourra pas aussi autoriser in fine l’Etat à revendre ses parts dans une SNCF devenue société anonyme.
Et puis il y a le volet de la réforme portant sur la promotion de l’épargne retraite. Le but avoué est de réorienter l’épargne des retraités et futurs retraité, pour l’essentiel absorbée par l’immobilier, le livret A et l’assurance-vie vers le financement des PME. En filigrane, il s’agit visiblement d’un premier jalon vers une réforme des retraites infiniment délicate.
Aujourd’hui, alors que l’encours global de l’assurance vie tourne autour de 1300 milliards d’euros, celui de l’épargne retraite ne dépasse pas les 53 milliards. Ce déséquilibre est d’abord le fruit des nombreux avantages fiscaux et autres de l’assurance-vie. Il est surtout la conséquence d’un fait culturel : la recherche de la sécurité financière.
Bruno Lemaire, artisan du projet de loi, ne touche nullement aux avantages de l’assurance-vie. Il se contente de la fragiliser en instituant la transformation des produits (ce que l’on appelle la « portabilité ») et en permettant un versement en capital de l’épargne retraite, le tout au profit des banques. Cela suffira-t-il à changer les mentalités ? Rien n’est moins sûr et, sans remonter à l’affaire des emprunts russes (encore bien présente dans la mémoire collective), l’histoire financière récente paraît fort peu rassurante. Combien sont prêts à hypothéquer leur avenir pour des investissements risqués, voire dangereux ?
Surtout, combien de salariés ont encore les moyens d’épargner correctement ?
L’événement – 2
par Jean-Gabriel Delacour
La Nouvelle-Calédonie, enjeu géostratégique
Le déplacement effectué par Emmanuel Macron du côté de Nouméa introduit, en quelque sorte, la question qui sera posée dans six mois, le 4 novembre, par un référendum : « Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ? » Si les observateurs et les sondages prévoient la victoire du « non » à une large majorité, le président a voulu se montrer impartial tout en valorisant les avantages de la présence française.
Devant les groupes qu’il a rencontrés, selon son habitude à tour de rôle, il a rappelé qu’il fallait « savoir marier les légitimités que chacun représente, ancestrale, démocratique » tout en soulignant, devant certains Kanaks, son « humilité devant ce que vous représentez, une histoire si ancienne et si forte ». Il s’est même volontairement tenu en retrait lorsqu’a été évoqué le souvenir de ce qui s’était déroulé il y a trente ans à Ouvéa et qui donne encore lieu à des interprétations tendancieuses. Il s’est toutefois recueilli sur trois sites, celui à la mémoire des gendarmes, celui honorant 19 indépendantistes preneurs d’otages et celui où Jean-Marie Tjibaou et Yeiwéné Yeiwéné ont été assassinés un an plus tard par un indépendantiste plus radical qu’eux et qui récusait l’accord trouvé avec Paris.
Prudemment, le chef de l’État ne s’est pas laissé manœuvrer dans la rhétorique de la « décolonisation » que certains veulent imposer ou dans l’« insulte » qu’aurait constituée sa visite. Les habitants — des Kanaks autochtones mais minoritaires, des Caldoches venus d’Europe depuis 150 ans et des populations de tout le Pacifique — savent d’ailleurs que l’autonomie dont ils jouissent sauf pour les questions régaliennes se nourrit, pour un tiers, de l’aide de la métropole.
Le président Macron se situe aussi dans une vision géostratégique. La Nouvelle-Calédonie n’apporte pas seulement à la France un important domaine maritime : elle se situe dans un axe qui part de l’océan Indien. Voilà pourquoi il s’est auparavant arrêté en Australie, où ce n’était pas uniquement pour complimenter l’épouse du Premier ministre Malcolm Turnbull dans un anglais décalé. Il s’agissait de renforcer une ligne qui part de New Delhi et qui vise à contenir la Chine, laquelle a d’ailleurs aussitôt fait savoir sa désapprobation alors qu’elle multiplie les accords avec nombre de petits États de la région tel le Vanuatu (ex-Nouvelles-Hébrides, alors condominium franco-britannique). Dépassé apparaît donc le temps où les États du Pacifique réclamaient la « décolonisation » des terres françaises avec l’appui de l’Onu et ce n’est pas non plus un hasard si, le 16 avril, le chef de l’État a reçu à Paris la Première ministre néo-zélandaise Jacinda Ardern.
Jupiter est maintenant rentré en métropole, avant de reprendre ses déplacements stratosphériques — le mois prochain, chez le pape. Trouvera-t-il le temps s’occuper de questions triviales, telles les violences du 1er mai, la grève à la Sncf ou la démission du patron d’Air France ?
Politiques
par Alice Tulle
« La fête à Macron »
Le 5 mai, La France insoumise a organisé dans les rues de Paris une manifestation sous un mot d’ordre polémique : faire « la fête à Macron », c’était vouloir lui régler politiquement son compte. Sous le grand soleil et sans les bataillons de casseurs « blacks blocs » qui avaient gâché le défilé du 1er mai, la fête a été réussie (moins de 40 000 manifestants selon la police et un organisme indépendant mandaté par un collectif de grands médias, plus de 100 000 selon les organisateurs) et une autre manifestation se prépare pour la fin du mois. La gauche radicale peut donc enchaîner des mobilisations, mais elles sont mal articulées au mouvement syndical et elle ne peut aller plus loin. La gauche est toujours léthargique et toutes les oppositions parlementaires réunies ne peuvent pas enrayer la mécanique législative.
La « fête à Macron », ce fut donc encore « la fête de Macron » – un homme qui domine complètement le paysage politique et qui maîtrise l’ensemble du jeu à la suite des coups d’audace et des coups de chance qui ont marqué sa campagne présidentielle. Lui-même a dit qu’il est entré à l’Élysée « par effraction » et il déclare régulièrement « assumer totalement la verticalité du pouvoir », de son pouvoir : le Président agit comme un Premier ministre et prend les initiatives qui relèvent d’ordinaire de la Défense, des Finances ou des Affaires étrangères. Le gouvernement entérine les décisions élyséennes et les députés de la majorité suivent sans faire beaucoup d’histoires.
Emmanuel Macron dispose de tous les moyens nécessaires à la mise en œuvre d’un projet radicalement réformateur qu’il expose avec une précision croissante. Après les ordonnances réformant le Code du travail, après les premières mesures fiscales et le difficile lancement de la réforme de la SNCF, le président de la République a déroulé le fil directeur de son projet dans le magazine Forbes. Il s’agit principalement d’un projet économique et financier orienté par une « approche favorable aux affaires » (« business friendly approach »). La fiscalité est conçue pour attirer les capitaux étrangers qui doivent trouver un France un droit du travail assoupli et une constante modération salariale. D’où l’annonce soudaine de la suppression de l’exit tax improvisée au temps de Nicolas Sarkozy afin de pénaliser les personnes qui installent leur domicile fiscal à l’étranger : il faut que la circulation des capitaux soit beaucoup plus libre et faire en sorte que la France soit plus « attractive » que ses rivaux étrangers.
Les réformes menées à un rythme accéléré par Emmanuel Macron et la petite équipe qui l’entoure à l’Élysée vont peut-être provoquer de profonds bouleversements dans la société française et par conséquent de fortes résistances. Le président de la République le sait et il profite de la faiblesse des oppositions et des divisions syndicales pour faire accepter ou pour imposer rapidement toutes les réformes qu’il juge décisives.
S’étant donné deux ans pour commencer à réussir, il peut s’estimer satisfait du bilan de la première année, malgré les grèves et le ralentissement de la croissance. Ses relatifs succès peuvent lui faire oublier l’étroitesse de sa base sociale, sa faible popularité et la fragilité que recèle l’extrême concentration du pouvoir élyséen. Dans un système privé des médiations ministérielles et partisanes, c’est le Président en personne qui doit absorber tous les chocs. Là est le danger.
Monde
par Yves La Marck
Printemps arménien
L’ancienne république soviétique d’Arménie, indépendante en 1991, n’avait connu depuis que la répétition du même. Depuis dix ans, un seul homme accaparait le pouvoir : le président Serge Sarkissian. Après deux mandats où le président de la République exerçait les principales fonctions, un référendum en 2015 avait transféré ces pouvoirs au Premier ministre. À l’expiration de son mandat, le 17 avril 2018, Serge Sarkissian était naturellement devenu ce Premier ministre, le Président désormais élu par le Parlement n’exerçant plus que des fonctions symboliques. Il n’y avait plus d’élection présidentielle au suffrage direct ; rien que des élections législatives où le parti de Sarkissian, le parti HHK (Parti républicain populaire), détenait toujours la majorité absolue.
Ces manipulations, plus machiavéliques encore que le jeu de chaises tournantes entre Poutine et Medvedev – où la Constitution n’avait pas été modifiée -, ont révélé, si besoin était, la nature viciée du régime. Le petit peuple arménien, qui ne représente qu’une frange du grand peuple arménien, vivant dans la diaspora, y compris en Russie, a été trop longtemps isolé du monde, vivant en quasi-autarcie, sans pouvoir s’exprimer librement. La particularité de l’identité arménienne dans l’ex-Arménie soviétique est cette capacité de survie liée à une immense résignation ou si l’on veut le dire autrement, de résilience. Par exemple, si le mouvement contestataire est venu de Gyum-ri, au nord du pays, siège de la base militaire russe, où le pape François s’était rendu en 2016 pour inaugurer une cathédrale catholique, ce n’est pour aucune de ces caractéristiques, mais parce que la ville, détruite par un tremblement de terre en 1988, en porte encore les stigmates. En sont la cause l’abandon qui avait suivi de la part de la communauté internationale et l’incurie des oligarques post-soviétiques locaux.
Le peuple arménien vivant dans cette enclave caucasienne, confronté à l’hostilité de ses voisins turc et azeri, dépendant du gaz russe et de l’accès maritime géorgien, ne connaît qu’une seule route vraiment ouverte, fort étroite, vers l’Iran. La majorité de sa population travaille dans la capitale Erevan. Mais elle pense à l’unisson des provinces où vivent parents ou grands-parents. Peu à peu, elle intéresse une diaspora surtout d’origine turque, trop longtemps coupée de ses cousins par le rideau de fer.
La révolution en marche est pacifique. Le 1er mars 2008, lors de la première élection de Serge Sarkissian, il y avait eu des heurts : dix morts. Ce fut un traumatisme pour cette population de seulement deux millions d’habitants. Car on est en famille. Entre Arméniens, il ne saurait y avoir de morts. S’il devait y en avoir à nouveau, ne serait-ce qu’un ou deux, ce serait un drame intérieur. C’est pourquoi une solution d’union nationale est privilégiée, le 8 mai, à l’Assemblée et au gouvernement.
C’est ce qui fait le caractère exceptionnel de ce mouvement, non reproductible dans les autres républiques ex-soviétiques. Le peuple arménien est historiquement unique en son genre. Moscou le sait. Le chef charismatique de l’opposition, depuis dix ans membre du Parlement, Nikol Pachinian, n’a pas de différend avec Moscou. Les Arméniens dans leur ensemble n’en ont pas. Historiquement et géographiquement, ils n’ont en effet pas d’alternative. À Erevan, pas d’autre drapeau que celui d’Arménie, pas de foire comme sur la place Maïdan à Kiev, ni de barricades, rien que des piétons et des farandoles ; pas de déclaration intempestive des Occidentaux. La diaspora arménienne en Europe et aux États-Unis y veille.
Pour autant, par leur attitude, ne serait-ce qu’en ces instants historiques, ces Arméniens sont plus européens, plus proches de nous, qu’aucun autre des peuples caucasiens ou orientaux. Erevan doit accueillir en octobre le sommet de l’organisation de la francophonie. Une fenêtre d’opportunité est ouverte.
Ce n’est pas une raison pour interférer dans un processus purement intérieur. C’est une raison majeure de ne pas s’en désintéresser.
Environnement
par Fabrice de Chanceuil
L’environnement au fil des jours (2)
L’éphéméride des journées mondiales, internationales, européennes et nationales de l’environnement se poursuivent ainsi au deuxième trimestre.
– 18 avril Journée mondiale des monuments et des sites : désignée par l’Organisation des Nations-Unies pour l’éducation, les sciences et la culture (UNESCO), cette journée se déroule chaque année depuis 1982 avec un thème différent à chaque fois pour mettre en valeur les éléments du patrimoine architectural et paysager.
– 21 avril Journée mondiale des poissons migrateurs : elle vise enrayer le déclin de ces espèces (saumon, truite, anguille, alose, esturgeon) victimes de la pollution, de la disparition des frayères, des obstacles à leur remontée des rivières et de la surpêche.
– 22 avril Journée mondiale de la Terre : célébrée pour la première fois le 22 avril 1970, il s’agit du plus gros événement annuel planétaire en faveur de la protection de l’environnement, imaginée par le sénateur américain Gaylord Nelson pour sensibiliser les étudiants et qui mobilise aujourd’hui plus de 500 millions de personnes dans 184 pays.
– 24 avril Journée mondiale des animaux dans les laboratoires : reconnue par l’ONU, cette journée rassemble les adversaires de la vivisection et de la souffrance animale avec l’objectif de mettre un terme à l’expérimentation animale.
– 3 mai Journée du soleil : instituée par le Programme des nations-Unies pour l’environnement (PNUE), elle rend hommage à notre astre préféré qui, de fait, n’est pas directement responsable du réchauffement de notre planète.
– 11 mai Journée mondiale des espèces menacées : voulue par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), cette journée permet de mettre en valeur les travaux de l’organisation qui dresse, chaque année, la liste rouge des espèces menacées dont le nombre s’élève aujourd’hui à environ 20 000.
– 20 mai Journée européenne de la mer : suscitée par l’Union européenne (UE) depuis 2008, il s’agit d’une anticipation de la Journée mondiale des océans à l’échelle du continent européen en mettant l’accent sur la protection de l’environnement marin.
– 22 mai Journée mondiale de la biodiversité (initialement Journée internationale de de diversité biologique) : lancée dans le cadre de la campagne de la Vague verte pour l’éducation des jeunes à la nature, elle a pour ambition d’appeler l’attention du plus grand nombre sur la richesse et la fragilité des 5 à 30 millions d’espèces animales et végétales recensées à ce jour dans le Monde.
– 5 juin Journée mondiale de l’environnement : autre initiative du PNUE datant de 1974, cette journée est l’un des rendez-vous les plus importants en la matière ; véritable plate-forme mondiale de sensibilisation du public sur tous sujets relatifs à la protection de l’environnement, l’événement est plus particulièrement accueilli chaque année dans un pays hôte qui sera l’Inde en 2018 avec comme thème « Combattre la pollution plastique ».
– 8 juin Journée mondiale des océans : instituée par le Sommet de la Terre de Rio en 1992 et officialisée par l’ONU en 2009, cette journée, coordonnée par The Ocean Project et le Réseau Océan Mondial, veut mettre en lumière la mer qui recouvre les deux tiers de la surface de la Terre en soulignant son inestimable et encore méconnue richesse naturelle et son rôle de régulateur du climat.
– 15 juin Journée européenne du vent : plutôt que la brise rafraîchissante, c’est le vent porteur des énergies alternatives aux énergies fossiles qui est honoré ce jour-là comme il se doit pour une initiative de l’Association européenne de l’énergie éolienne.
– 17 juin Journée mondiale de lutte contre la désertification et la sécheresse : elle rappelle la date de la Convention adoptée sur cette question le 17 juin 1992 afin de rappeler que la désertification et la sécheresse concernent 4 milliards de terres émergées et 1/5ème de la population mondiale et que le phénomène est en croissance, appelant des solutions fortes comme le reboisement et de nouvelles pratiques agricoles .
(à suivre)
Clefs
par Jean Étèvenaux
À Paris puis à Marseille redécouvrir le canal de Suez
Il n’existe pas beaucoup d’endroits où l’on est aujourd’hui accueilli par l’impératrice Eugénie. C’est le cas à l’Institut du monde arabe, dans le cadre de l’exposition sur le canal de Suez, où un portrait en majesté — d’après Winterhalter, bien sûr —, accompagné d’un, plus petit, de Napoléon III, rappelle la place prépondérante de la France dans la mise en œuvre de la voie moderne et la présence effective de la souveraine à son inauguration en 1869. La voix envoûtante de Frédéric Mitterrand narre ces moments dominés par la figure de Ferdinand de Lesseps. On pardonnera au conteur de parler d’« Eugénie de Montijo » alors qu’elle n’a jamais porté ce nom, tout comme il pare de la pourpre cardinalice son confesseur, le très original Marie-Bernard Bauer (1829-1903), auquel sa dignité de protonotaire apostolique conférait l’appellation de Monseigneur ; mais il est exact que ce dernier, d’ailleurs fils d’un rabbin, prononça, en présence d’un évêque orthodoxe et d’un imam, des paroles apaisantes sur le rapprochement des religions.
Le général Bonaparte est également évoqué, à cause de la campagne d’Égypte au cours de laquelle il fit étudier le percement d’un canal qui renouerait avec celui des anciens Égyptiens et des Perses et qui reprendrait les projets des Vénitiens et des Ottomans. C’est dire la place de l’Histoire dans cette exposition, avec aussi tous les développements qui, après l’élimination des Français en 1875-1882, amenèrent le président Nasser à le nationaliser en 1956. Le canal aura également été une zone de combats en 1956, en 1967 et en 1973. Grâce au parcours proposé, on suit à la fois l’évolution de l’Égypte et celle des grandes puissances occidentales ainsi que, depuis soixante-dix ans, les rapports avec Israël.
Mais il faut également considérer les aspects techniques. Ceux de la construction du XIXe siècle s’avéraient déjà gigantesques. On ne négligera pas pour autant ceux du XXIe : le maréchal al-Sissi a en effet réussi, en un an, à faire creuser un deuxième canal permettant de conserver à son pays une place de choix dans le commerce mondial. Le trafic devrait doubler et l’État égyptien prévoit que, dès 2023, il en sera de même pour les revenus qu’il en tire, lesquels représentent 20 % de son budget. Comme disait l’abbé Bauer, « Ô Occident ! Ô Orient ! […] Étreignez-vous ! »
L’exposition à l’Institut du monde arabe (1, rue des Fossés Saint-Bernard – 75005 Paris) dure jusqu’au 5 août ; tous renseignements sur www.imarabe.org. Elle sera ensuite visible au Musée d’histoire de Marseille (2, rue Henri Barbusse – 13001 Marseille) du 19 octobre au 31 mars 2019 ; tous renseignements sur www.musee-histoire-marseille-voie-historique.fr.
Les deux institutions se trouvent à l’origine d’un livre qui va au-delà d’un catalogue, L’épopée du canal de Suez (Paris / Marseille, Institut du monde arabe / Musée d’histoire de Marseille / Gallimard), 2018, 160 pages.
Humeur
par Erwan Violin
Le soupir du Docteur Frankenstein
François Hollande continue son tour de France, toujours en tapant sur Macron. On le comprend, le cher homme. Avoir réchauffé un serpent dans son sein n’est jamais agréable. Pire, l’avoir littéralement fabriqué peut donner des aigreurs à l’estomac le plus solide.
Tout de même, on se demande si ces traits perpétuellement lancés contre son successeur ne servent qu’à accabler ce dernier. Ne pourrait-on y voir aussi le long soupir du professeur Frankenstein devant les forfaits perpétrés par sa créature ?
Livres
par Catherine Pauchet
Roman
Secret en béton
Antibes, 2017. Exilé aux Etats-Unis, l’écrivain Thomas Degalais est de retour dans sa ville natale. Officiellement, il revient pour célébrer les cinquante ans du très huppé lycée Saint-Exupéry où il a étudié. Officieusement, il a été appelé d’urgence par Maxime. Vingt-cinq ans plus tôt, les deux garçons et leur copine Fanny ont tué Vinca. A l’époque ils n’avaient pas été soupçonnés, la rumeur disait que la jeune fille avait fui avec son amant. Nul ne devait la revoir, et pour cause : son cadavre est emmuré dans le gymnase lequel va être entièrement rénové. Bientôt Fanny, Thomas et Maxime auront à répondre de leur crime, sauf si… Oublié New York, Guillaume Musso s’est délocalisé dans le sud de la France et ce n’est pas plus mal.
« La Jeune fille et la nuit », Guillaume Musso, Calmann-Lévy, 434 p., 21,90 €.
Polar
Pékin souterrain
Un froid sibérien s’est abattu sur la région au nord de Pékin mais cela n’empêche pas trois hommes de commettre un meurtre : en plein jour, après avoir neutralisé le concierge, ils ont égorgé Sun Jie, un ouvrier du bâtiment, devant son immeuble. Un travail de « pro ». L’enquête est confiée au lieutenant Ma et à son adjoint Zhou. Règlement de compte, crime crapuleux ou œuvre de séparatistes ouïghours, les policiers explorent des pistes liées au trafic de drogue et à la corruption qui sévit dans les quartiers en démolition. Jianxiu Mi signe son sixième polar.
« Pékin de neige et de sang », Jianxiu Mi, éditions Philippe Picquier, 320 p., 19 €.
Urbanisme
La ville de demain
Plus la mondialisation gagne du terrain, plus la ville s’agrandit et s’autonomise aux dépends de l’Etat. C’est le constat que font l’écrivain Erik Orsenna et l’architecte paysagiste Nicolas Gilsoul. En mars 2018, la planète comptait cinquante méga-cités (jusqu’à soixante-cinq millions d’habitants à Hong-Kong). Pour s’étendre encore, ces villes doivent innover : bâtir en sous-sol ou sur l’eau, gérer la pollution et les déchets, créer des espaces de vie… Les auteurs recensent les expériences modernes d’urbanisation et les projets en cours. Quand la réalité dépasse la fiction.
« Désir de villes », Erik Orsenna et Nicolas Gilsoul, Robert Laffont, 286 p., 20 €.
Revue
Le Seigneur des Anneaux
L’œuvre de J.R.R. Tolkien fascine petits et grands. Pour ce hors-série consacré au « Seigneur des anneaux », Le Point a sollicité des spécialistes anglais et français pour qu’ils décryptent un récit devenu mythique. Parmi les sujets abordés : cartographie de la terre du milieu, Frodon & Sam, Gandalf, parler elfique… Un numéro collector illustré par les dessins de John Howe.
« Le Seigneur des Anneaux », Le Point, hors-série Pop, 7,90 €. En librairie et en kiosque.
Cinéma
par Marie-Christine Renaud d’André
Monsieur Je sais tout
Après un accident en plein match, Vincent a dû renoncer au rêve de sa vie et quitter la compétition pour devenir entraîneur de foot dans un club de jeunes, à La Rochelle. Célibataire endurci, il voit d’un mauvais œil débarquer son neveu Léo, 13 ans, qu’il n’a jamais rencontré et dont on lui confie la charge pendant une semaine. Léo est un autiste Asperger, fou d’échecs, que Vincent ne tarde pas à surnommer « Monsieur Je-sais-tout ».
Entre ce sportif survitaminé et cet enfant à l’intelligence exceptionnelle, ce n’était pas gagné ! D’autant plus que Vincent avoue ne guère apprécier les enfants, même s’il est chargé d’en entraîner quelques-uns, qu’il traite, d’ailleurs, comme des adultes.
Depuis le célèbre Rain Man, de Barry Levinson (1988), l’autisme a été traité au cinéma avec beaucoup de justesse et de respect. C’est le cas de ce film plein de charme et d’humour, qui oppose deux êtres que tout sépare et qui vont apprendre à s’apprivoiser et à s’apprécier.
Sans jamais tomber dans le pathos ni la caricature, les réalisateurs décrivent les différents aspects de cette pathologie, qui réussissent à rendre très attachants ceux qui en sont atteints. Arnaud Ducret est sensationnel dans son personnage de beauf, mais c’est le jeune Max Baissette de Malglaive qui impressionne le plus, tant il parvient à nous faire croire qu’il est lui-même autiste.
Dans un premier temps, le héros est plus ou moins furieux d’être obligé de s’occuper de cet enfant bizarre qu’il ne comprend pas. Puis, peu à peu, il va évoluer dans le bon sens, ce qui donne lieu à une jolie fin… même si elle est très prévisible.
Comédie dramatique française (2017) de François Prévôt-Leygonie et Stephan Archinard, d’après Alain Gillot, avec Arnaud Ducret (Vincent), Max Baissette de Malglaive (Léo), Alice David (Mathilde), Caroline Silhol (Françoise Barteau), Féodor Atkine (Antonio) (1h39). (Adolescents) Sortie le 9 mai 2018.
Nous, les intranquilles
Dans le centre d’accueil psychothérapeutique Antonin-Artaud, les patients bénéficient d’une thérapie originale, en étant associés au fonctionnement du centre. C’est sur ce modèle que Nicolas Contant a réalisé ce film singulier… en collaboration avec de nombreux patients du centre.
« Je suis autre, tout comme chacun », affirme un des membres de ce centre, qui refuse, par là, le terme de fou. Et, quand on regarde ce documentaire étonnant et foisonnant, on réagit de la même façon, en considérant ces êtres comme différents, mais pas plus. C’est ainsi qu’un autre affirme, avec beaucoup de bon sens, que c’est l’argent la folie de la société. Surtout, on voit les uns et les autres militer, avec pertinence, pour une psychiatrie plus humaine. Ce documentaire impressionnant fait chaud au cœur, même s’il est parfois un peu confus… comme l’esprit de certains.
Documentaire français (2016) de Nicolas Contant et le Groupe Cinéma du centre Artaud (1h23). (Adolescents) Sortie le 2 mai 2018.
Daphne
Jeune femme belle et libre, Daphne vit dans un tourbillon de fêtes, d’alcool, de drogue et de nuits passées avec des inconnus.
Pour son premier film, Peter Mackie Burns s’est inspiré de son court métrage pour brosser le portrait de cette jeune femme très moderne, magistralement interprétée par Emily Beecham. Mais, si elle parvient à rendre cette paumée assez attachante, et si la mise en scène ne manque pas de brio, il y a trop de longueurs pour que l’on soit totalement convaincu par ce film inégal.
Dans ce climat de totale licence des mœurs, l’héroïne finira par trouver sa voie. Mais il y a une brève scène suggestive.
Comédie dramatique britannique (2016) de Peter Mackie Burns, avec Emily Beecham (Daphne), Geraldine James (Rita), Tom Vaughan-Lawlor (Joe) (1h27). (Adultes) Sortie le 2 mai 2018.
Léo et les extra-terrestres
Léo, 12 ans, vit seul avec son père, un astronome qui passe son temps à explorer le ciel, dans l’attente des méchants extra-terrestres, et laisse son fils livré à lui-même.
Avec des dessins pleins de charme et de jolies couleurs, ce film original se révèle aussi drôle que surprenant. Sur les traces de ce jeune héros plein d’audaces et d’astuces, on fait la connaissance de ces extra-terrestres beaucoup plus sympathiques que prévu, et qui vont l’entraîner dans de folles aventures. Les clins d’œil cinématographiques sont nombreux, en particulier ceux à E.T. l’extra-terrestre, et les retournements de situation surprenants.
Si le père néglige son fils, cela a permis à ce dernier de développer une belle intelligence et un excellent sens pratique. Mais certaines scènes peuvent effrayer les petits.
Animation germano-dano-luxembourgeois (2018) de Christoph Lauenstein et Wolfgang Lauenstein, avec Michael Gregorio (Mog, Nag, Wabo), Timothé Vom Dorp (Léo), Jérôme Rebbot (Armin Sonntag), Sarah Usai-Méry (Jennifer), Thierry Desroses (le principal de l’école) (1h26). (Adolescents) Sortie le 9 mai 2018.
Le chiffre de la semaine
9,03%
C’est le taux de progression des ventes de voitures neuves d’avril 2017 à avril 2018, selon les chiffres publiés par le Comité des constructeurs français d’automobiles (CCFA). Ce pourcentage équivaut à un nombre de 187 399 voitures neuves. Les statistiques indiquent également un recul des ventes de véhicules diesel dont la part est passée de 45% à 40% pour les deux derniers mois.
Avec une progression de 0,70%, les groupes français atteignent près de 58% de parts de marché. En avril, le groupe PSA a vendu 60 502 voitures neuves, ce qui correspond à une progression de 20,25%. Peugeot reste la marque la plus vendue du groupe avec 34 576 immatriculations. Renault progresse de 11,09% avec 47 954 véhicules vendus.
D’un jour à l’autre
France
1er Mai
Les interpellations de 289 casseurs présumés ont abouti à 109 gardes à vue, après les dégradations estimées à plusieurs centaines de milliers d’euros et perpétrées en marge du traditionnel défilé de la CGT. Seulement 7 gardés à vue ont été mis en examen pour violences et vols et remis en liberté sous contrôle judiciaire contre l’avis du Parquet qui a fait appel, 4 ont été mis en examen pour refus de prélèvement de leur ADN, 14 ont fait l’objet d’un rappel à la loi et 18 devaient être jugés en comparution immédiate.
Universités
Le Tribunal administratif de Toulouse a demandé, le 2 mai, le rétablissement de l’accès à l’université de Toulouse-Jean-Jaurès, paralysée depuis le 6 mars. Les dégâts subis par l’université sont estimés à environ 300 000 euros.
Présidence
Emmanuel Macron a passé presque trois jours en Australie (1er au 3 mai) puis autant en Nouvelle-Calédonie (3 au 5 mai) qui aura son référendum d’auto-détermination le 4 novembre. Selon un sondage, 60 % des habitants voteraient contre l’indépendance et seulement 22,5 % pour.
Air France-KLM
Désavoué par 55,4 % des salariés qu’il avait consultés par Internet sur son programme d’augmentation des salaires de 7 % sur quatre ans, le président d’Air France-KLM, Jean-Marc Janaillac, a annoncé sa démission pour le 15 mai. Les titres d’Air France ont perdu 13 % lors de l’ouverture de la Bourse le 7 mai. L’intersyndicale a maintenu ses préavis de grève pour obtenir 5,1 % d’augmentation des salaires dès 2018. Cependant la direction de la compagnie annonçait que 99 % de vols long-courriers, 80 % des moyens courriers depuis et vers l’aéroport Roissy-Charles de Gaulle, et 87 % des court-courriers à Orly et en province avaient pu être maintenus. Le ministre de l’´Économie Bruno Lemaire a estimé que la survie du groupe — qui a perdu 269 millions d’euros au premier trimestre — est en jeu, ce que les syndicats réfutent.
Justice
Marin le brillant étudiant de 20 ans qui s’était interposé, le 11 novembre 2016, alors qu’un couple était agressé par un délinquant récidiviste de 17 ans (qui ne supportait pas que le couple s’embrasse dans la rue devant la gare de la Part-Dieu à Lyon) restera sans doute handicapé à vie. En revanche, son agresseur, qui lui avait porté des coups de béquille sur le crâne en le frappant par derrière et par surprise, n’a été condamné, le 5 mai, par la cour d’assises des mineurs de Lyon, qu’à 7 ans et demi de prison, bénéficiant de l’excuse de minorité.
Monde
Liban
Le pays a connu, le 7 mai, ses premières élections législatives depuis 2009. La participation a été de seulement 49,2 % des 3,7 millions d’électeurs inscrits. On ne s’attendait pas à de remise en cause des équilibres actuels au Parlement – 128 députés – dominé par le Hezbollah (chiites) et ses alliés.
Tunisie
Les élections municipales du 7 mai n’ont mobilisé que 33,7 % des 5,3 millions d’électeurs inscrits. Le parti islamiste Ennahdha serait en tête (25 %) devant le parti présidentiel Nidaa Tounès (22 %).
Grande-Bretagne
Les élections locales partielles du 3 mai (4 300 sièges renouvelés dans quelque 150 conseils locaux) ont conforté les candidats conservateurs soutenant Theresa May, notamment au détriment du Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP). Contrairement à leurs espoirs, les travaillistes n’ont conquis aucun nouveau conseil à Londres.
Espagne
Dans une lettre datée du 16 avril et publiée le 2 mai, l’organisation séparatiste basque a annoncé sa dissolution. Accusée d’avoir tué 829 personnes et fait des milliers de blessés en 43 ans de violences, elle a publié le 20 avril une demande de pardon très médiatisée. L’ETA avait déjà renoncé à la lutte armée en octobre 2011 et révélé huit caches d’armes aux autorités françaises en avril 2017, qui en retour avaient autorisé le transfert d’une quinzaine de prisonniers basques vers des prisons du Sud-Ouest.
Gabon
La Cour constitutionnelle a annoncé, le 30 avril, la fin du mandat de l’Assemblée nationale. Un gouvernement d’union nationale a été formé le 5 mai pour préparer des élections législatives. Il comporte des poids lourds de l’opposition qui ont cependant été désavoués par leurs partis.
Irak
Des élections législatives ont lieu le 12 mai.
Afghanistan
Les attaques des talibans se multiplient contre les centres d’inscription sur les listes électorales en vue des législatives du 20 octobre. Aucune province n’est épargnée alors qu’ils contrôlent 55 % du territoire, tuant les personnes dont la pièce d’identité porte le tampon de la commission électorale.
Tchad
Un commando de Boko Haram arrivé par pirogues a attaqué un village de pêcheurs du lac Tchad près de la frontière avec le Cameroun dans la nuit du 5 au 6 mai, faisant une dizaine de morts. L’armée a vivement réagi par des opérations de ratissage dans la région.
U. E.
La Commission européenne a proposé, le 2 mai, un budget de 1 279 milliards d’euros pour la période 2021-2027, contre 1 033 milliards pour 2014-2020. C’est le prix à payer, notamment pour la défense. Alors que le Royaume-Uni s’apprête à quitter l’UE, les contributions des États membres passeront de 1 % à 1,1 %, tandis que les fonds attribués à la politique agricole – dont la France est la première bénéficiaire – seront diminués d’environ 5 %.
Arménie
Alors que les manifestations en faveur de l’opposant Nikol Pachinian secouaient le pays depuis la mi-avril, aboutissant à la grève générale le 2 mai, les députés du parti au pouvoir ont finalement annoncé, le 3 mai, qu’ils soutiendraient la candidature de l’opposant au poste de Premier ministre contre le Premier ministre démissionnaire Serge Sarkissian.
Madagascar
Un envoyé spécial des Nations unies, Abdou-laye Bathily, est arrivé le 6 mai à Antananarivo, pour proposer sa médiation dans les troubles politiques qui voient des manifestations violentes se tenir presque chaque jour pour exiger la démission du président Hery Rajaonarimampianina.
Pérou
La marche pour la vie (contre l’avortement) a réuni près de 800 000 personnes le 5 mai à Lima avec à sa tête le cadinal Juan Luis Cipriani et le président du Congrès Luis Galarreta.
Numérique
La société Cambridge Analytica, accusée d’avoir utilisé les données personnelles de 90 millions d’abonnés à Facebook, notamment lors de la campagne électorale américaine, a annoncé sa prochaine liquidation, indiquant que son activité n’est « désormais plus viable ».
Sports
Football
Marseille a gagné sa place en finale de l’Europa Ligue en perdant 2 à 1 face à Salzbourg grâce à un but marqué lors des prolongations. Lors du match aller, le club marseillais l’avait emporté par 2 à 0. L’OM affrontera l’Atlantico de Madrid le 16 mai à Lyon.

