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Un goût amer

Un goût amer

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Ralph McInerny

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Des excuses à Léon Tolstoï : Tous les catholiques fidèles se ressemblent; un catholique infidèle est infidèle à sa façon. Être fidèle, c’est adhérer cœur et âme à l’Église; aux papes; au Credo; et au Magistère.

Pour un traditionaliste, l’Église a perdu son cap, comme un navire dont le capitaine et l’équipage ont cessé d’assumer leur devoir, et le traditionaliste et ses confrères se voient engagés dans une sorte de mutinerie des passagers de première classe. En même temps, les progressistes descendus en soute — convaincus que le navire a empanné — jettent à la mer tout ce qu’ils jugent être un poids mort.

La discorde « catholique » concerne le cap à prendre — à droite ou à gauche selon l’esprit des dissidents. Tous sont d’accord sur un point : le cap suivi a été fixé par Vatican II. Donc, « La barre à tribord, toute !  » pour les « tradis », « Babord, toute ! » pour les progressistes. Ils imaginent que l’Église se gouverne comme un yacht ou un cargo.

De fait, l’Église est une arche flottant dans le déluge. Bon, halte aux analogies nautiques !

Les traditionalistes voudraient remballer les « réformes » de Vatican II tandis que les progressistes voudraient aller plus loin, « dans l’esprit » de Vatican II. Selon les deux clans, nos derniers papes ont été mal inspirés. Aux extrêmes, partisans de la chaise vide et révolutionnaires: tout noir ou tout blanc. Une profonde nostalgie pour tous — de l’ancien régime pour les uns, du rêve non exaucé pour les autres.

Nul n’a si bien analysé cette dissidence que feu notre cher collègue de The Catholic Thing, Ralph McInerny. Dans son ouvrage What went wrong with Vatican II ? [Où a dérapé Vatican II ?] rédigé trente ans après la fin du Concile, le Professeur McInerny expose clairement son avis : les quatre Constitutions Dogmatiques, les trois Déclarations et les neuf Décrets du Concile Vatican II ne montrent aucune rupture avec la Tradition Sacrée. Et il portait un message aux traditionalistes :

Vatican II tire sa validité de la même source que Vatican I, le Concile de Trente, et tous les autres Conciles qui sont valides. Accepter les conclusions d’un Concile, c’est accepter celles de tous les Conciles. Rejeter un Concile . . . c’est . . les rejeter tous. Le « conciliarisme » n’est pas un « libre service ».
Les enseignements de Vatican II sont autant officiels que ceux des autres conciles; ce qui montre l’incohérence de la dissidence des Lefebvristes.
Quant aux « progressistes », la grande majorité des dissidents, McInerny insiste, leur frustration ne provient pas des travaux du Concile, mais de l’Encyclique Humanae Vitae. Non pas tant à cause du contenu de l’encyclique — ce qu’on croit généralement — qu’à cause des attaques contre l’autorité pontificale qui accompagnèrent sa publication.
Humanae Vitae ne fit que reconfirmer l’enseignement de l’Église au sujet de la sexualité de l’homme, y-compris l’interdiction des moyens artificiels de contrôle des naissances. Mais un groupe de conseillers, laïcs et clercs, (convoqué par Jean XXIII — et renforcé par Paul VI — pour examiner la question à la lumière de la science moderne) avait recommandé d’exclure cette interdiction. Quand Paul VI la maintint, les « progressistes » poussèrent des hurlements.

Selon l’historien Jacques Barzun «Les grandes évolutions culturelles commencent en faisant des manières pour aboutir à la routine.» Paul VI en était conscient. La sexualité s’éloignait de ses racines naturelles, et le Pape s’efforçait de contenir l’émergence d’un hédonisme de fait. Mais les forces adverses étaient sur le pied de guerre, Satan y participait certainement.
Il ne faut attribuer ni à Jean XXIII, ni à Paul VI, ni à leurs successeurs, ni à Vatican II la « crise » que les dissidents déplorent. Ce n’est pas l’Église catholique romaine qui a créé les conditions historiques et culturelles dans lesquelles son enseignement en vint à sembler à côté de la plaque, et que Vatican II aborda. Le Concile proprement dit n’a officiellement apporté que peu de changements — même dans la réforme de la Messe, quoi qu’elle soit certainement devenue moins belle (mais le Christ y est toujours présent). Pourtant, le Concile est devenu, tant pour les Lefebvristes (on est allé trop loin) que pour les Théologiens de la Libération (on s’est arrêté trop tôt) un prétexte pour s’arroger une autorité égale à celle du Pape et du Concile, et s’ériger en chapelles indépendantes.

Jean-Paul II a convoqué en 1985, vingtième anniversaire de la clôture de Vatican II une seconde assemblée du Synode des évêques dans la claire intention — et son héritage est toujours présent — de commencer à remettre d’aplomb les interprétations erronées et les innovations nées de l’enseignement parfaitement limpide de Vatican II. Le Synode lança le nouveau Catéchisme de l’Église catholique et apporta d’importants changements à la règle canonique, le tout supervisé par Joseph Ratzinger. D’autres démarches pleines d’amour ont été entreprises par le Vatican pour remettre les dissidents sur le bon chemin (voir la lettre apostolique Ad Tuendam Fidem de Jean-Paul II et la levée d’excommunication par Benoît XVI), mais les schismatiques semblent plus nombreux et plus intransigeants que jamais.

À mon avis, la cause principale réside dans une catéchèse médiocre.
Il y a actuellement 65 millions de catholiques aux États-Unis, avec un peu plus de 2 millions d’enfants inscrits dans des écoles Catholiques. Contraste: en 1965 il y avait 44 millions de Catholiques et plus de 5 millions d’enfants fréquentant l’école catholique. Je n’ai pas pu me procurer de statistiques concernant la fréquentation du catéchisme par des élèves hors écoles catholiques, mais je serais épaté d’apprendre que leur nombre a cru au cours des quarante dernières années. Si vous tentez d’évaluer le catholicisme des dissidents, il est peu probable qu’on boive le vin nouveau du Christ, ou Son Pain de vie; attention! Tu ne boiras pas du Châteauneuf du Pape de l’Archevêque Lefebvre ni ne consommeras le levain du Professeur Hans Küng.

Comme le remarque Ralph McInerny: « On n’a pas à choisir parmi les arguments. On choisit selon les autorités.» Faites le bon choix.

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Source : http://www.thecatholicthing.org/columns/2011/bad-taste.html


Brad Miner est l’ancien éditeur littéraire de la National Review ; il est rédacteur senior de The Catholic Thing.