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Lundi 11 juin 2018

Lundi 11 juin 2018

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L’événement – 1

par Serge Plenier

Quels enjeux pour l’huile de palme ?

Décidément, le gouvernement a un problème avec l’environnement. Les récentes reculades sur les néonicotinoïdes et le glyphosate n’étaient déjà guère glorieuses, et voilà que la question de l’huile de palme arrive sur le devant de la scène avec une circonstance aggravante : cette fois c’est la FNSEA qui est montée en première ligne en bloquant seize raffineries et dépôts de carburants.

Il faut dire que l’équation n’est guère commode. D’un côté, l’huile de palme permet d’obtenir des biocarburants à faible coût pour le plus grand profit de Total et la rentabilité de son site provençal de la Mède. A cela s’ajoute le poids de l’Indonésie et de la Malaisie, principaux producteurs de la même huile et acheteurs potentiels d’avions militaires français.

En face de cette conjugaison d’intérêts, on trouve les agriculteurs français qui se sont lancés dans la production en masse de colza. Ceux-là sont légitimement inquiets des importations massives d’une huile fabriquée à bas coût et bénéficiant de tarifs douaniers particulièrement avantageux.

Surtout, il y a le vrai prix de l’huile de palme. On accuse le diesel traditionnel de tous les maux, mais on oublie de dire que, d’après les études indépendantes les plus récentes, les agrocarburants à base d’huile de palme sont trois fois plus nocifs pour le climat que le diesel fossile. A cela, il faut ajouter les ravages provoqués sur l’environnement dans les zones de production. La production d’huile de palme engendre une déforestation catastrophique. Il ne s’agit pas seulement de la survie de quelques orangs-outans, mais d’émissions de gaz à effet de serre. A terme, l’Asie du sud-est pourrait perdre en forêts l’équivalent du territoire des Pays-Bas, avec les conséquences dramatiques sur le climat que l’on connaît.

Sur le plan politique, et même politicien, l’affaire est un nouveau coup porté à la crédibilité de Nicolas Hulot qui a récemment affirmé que l’avenir n’appartient pas à l’huile de palme. Le ministre de la Transition écologique fait de plus en plus figure d’alibi. Plus généralement, elle nous montre un gouvernement visiblement incapable de penser autrement qu’en termes d’efficacité économique à court terme.

Emmanuel Macron a beau jeu de critiquer Donald Trump et sa politique environnementale. Mais se comporte-t-il réellement mieux que lui ?


L’événement

par Jean-Gabriel Delacour

Fragile liberté de l’information

Le gouvernement de la France semble très inquiet au sujet de la liberté de l’information dans le pays. Depuis son élection, on a vu le président de la République morigéner des journalistes ou faire savoir que, à ses yeux, tel organe ne méritait pas d’être considéré comme un média digne de ce nom. En outre, alors que la législation héritée de la IIIe République définit assez bien le droit et les modalités de l’information ainsi que la lutte contre la diffamation, il pousse à mettre en place une loi qui permettrait de dire le vrai et le faux et, en conséquence, de punir ce qu’on appelle aujourd’hui des fake news. Or, il est toujours inquiétant de voir une autorité, politique ou judiciaire, s’arroger le droit de définir la vérité — et qui plus est dans un charabia permettant toutes les interprétations puisque la fausse information serait « toute allégation ou imputation d’un fait dépourvue d’éléments vérifiables de nature à la rendre vraisemblable ».

Pour compléter le tableau, il faut s’attarder sur les propos de Françoise Nyssen le 4 juin. À propos de la réforme qu’elle envisage dans l’audiovisuel, la ministre de la Culture a donné une vision très militante de ce que doit être la radiotélévision d’État. D’abord, « ce média engagé […] doit être le miroir de nos différences » alors que le pays, sur le « sujet de la diversité, est hautement réactionnaire ». Elle indique donc la voie à suivre : « Notre média engagé changera les mentalités ». Rendant hommage à Delphine Enotte, la présidente de France Télévisions, qui avait stigmatisé la prépondérance, dans ses équipes, des « hommes blancs de plus de 50 ans », elle a annoncé la mise en place d’« un comité unique chargé de mener le combat », transformant le service public en outil de propagande. Et comment ne pas s’inquiéter de voir que, dans les cinq priorités qu’elle a fixées, l’information n’arrive qu’en dernière place, après l’innovation, la création, l’éducation et la proximité ?
Difficile à vivre au quotidien, la liberté de l’information reste quelque chose de trop précieux pour être confié à un organisme auquel serait reconnu le pouvoir d’établir ce à quoi le simple citoyen peut ou non croire. Il vaudrait mieux apprendre à résister et à ne pas se soumettre.


Politiques

par Alice Tulle

Informations falsifiées : Qui est visé ?

Lors de ses vœux à la presse, en janvier dernier, le président de la République avait annoncé le dépôt d’un projet de loi contre les fake news, expression qu’on traduit d’ordinaire par « fausses nouvelles » mais qui signifie plus exactement ». « informations falsifiées Se présentant en défenseur de la démocratie, Emmanuel Macron dénonçait », « une stratégie visant à entretenir le doute, à laisser penser que ce que disent les politiques et les médias est toujours plus ou moins mensonger. Nous avons considéré que toutes les paroles pouvaient se valoir poursuivait-il, ». « et nous avons laissé s’installer comme étalon de la vérité la volumétrie et le nombre de partages Les réseaux sociaux étaient clairement visés et il n’était pas difficile de comprendre que le chef de l’État n’avait pas supporté les rumeurs et allégations mensongères par lesquelles on avait tenté de le discréditer.

Cependant, Emmanuel Macron n’est pas l’inventeur de la riposte. C’est aux États-Unis, lors de la compétition électorale qui opposait Donald Trump à Hillary Clinton, que l’expression a fait florès et c’est également outre-Atlantique que sont apparues les mises en cause des médias russes. À la suite des démocrates américains, Emmanuel Macron a dénoncé les chaînes Sputnik et Russia Today qui lui sont manifestement hostiles.
Le projet de loi en discussion au Parlement porte la marque de ces circonstances.  Le texte vise « toute allégation ou imputation d’un fait dépourvu d’éléments vérifiables de nature à la rendre [l’information] vraisemblable », qui serait « publiée de mauvaise foi » et qui serait diffusée « de manière artificielle ou automatisée et massive par le biais d’un service de communication au public en ligne ». Les médias classiques – presse écrite et information radio-télévisée – ne sont donc pas dans la ligne de mire du législateur qui veut sanctionner les nouvelles falsifiées répandues sur les réseaux sociaux. Cependant, le texte prévoit des sanctions contre les chaînes étrangères – et ce sont les médias russes diffusés en français sur Internet qui sont évidemment visés. Enfin la loi ne concernera que les périodes de campagne électorales, sur une durée de trois mois, et la justice ne sera saisie qu’au vu des fausses informations qui seraient « de nature à altérer la sincérité du scrutin ». L’émetteur d’information falsifiée pourra être puni d’un an de prison et d’une amende de 75 000 euros et les hébergeurs de sites ou de réseaux devront retirer le texte.

Au cours de la discussion, les parlementaires se sont heurtés à la question de la définition de la « fausse information », certains d’entre eux ayant réclamé, par voie d’amendement, une certification des entreprises de presse en ligne ou une « signalétique » distinguant les bons éléments des mauvais. Les discussions ont soulevé tant de problèmes – à commencer par la définition de la vérité – et le texte a été si hâtivement préparé que la fin de la discussion et le vote de la loi ont été renvoyés au mois de juillet. Il se confirme que le gouvernement élabore trop de textes insuffisamment réfléchis et oblige le Parlement à légiférer de manière hâtive et désordonnée.

Quant aux médias traditionnels, en attendant la loi, ils se sont inventé une nouvelle mission dite de fake checking, c’est-à-dire de dénonciation des informations falsifiées délivrées par le personnel politique, les autres médias, les réseaux sociaux… Force est de constater que l’exercice est parfois très artificiel et s’apparente trop souvent à une  police de la pensée » «(George Orwell) destinée à rétablir un « politiquement correct » au mieux insipide. 


Monde

par Yves La Marck

Commerce international : Un cercle vicieux

Le sommet des sept pays les plus industrialisés, au manoir Richelieu de la Malbaie surplombant le fleuve Saint-Laurent, s’est noyé dans une querelle commerciale. 

Un des acquis du dernier quart de siècle avait été en 1995 la création de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) dont le Français Pascal Lamy avait été le premier secrétaire général. C’est elle qui doit arbitrer sur les droits de douane introduits par le président Trump et les représailles de ses partenaires. 

Chacun sait que le marché mondial de l’acier est dans un état terrible. Le G 7 devrait commencer par changer d’appellation car ses membres ne sont plus les plus industrialisés, mais les plus désindustrialisés du monde. Il y a un surplus mondial d’acier qui favorise le dumping de l’Inde, de la Russie, de la Turquie… Les magnats de l’acier allemand Thyssen-Krupp ne doivent leur survie (provisoire?) que grâce à un accord difficile à 50/50 avec l’indien Tata. Qu’il y ait donc une action forte à entreprendre, personne ne le conteste. Le hic est que le président Trump n’a pas accepté de continuer à exempter les « bons » producteurs (sauf l’Australie). Pourquoi ? Les raisons sont d’ordre bilatéral, ce qui explique d’ailleurs qu’il soit si réservé devant une approche multilatérale. Elles visent principalement le Canada – qui fait les deux tiers de son commerce avec les États-Unis – parce que les trois pays, États-Unis, Canada et Mexique, sont en pleine renégociation du traité de libre-échange (Nafta, en français Alena). Le sommet du G 7, hélas présidé cette année par le Canada, en fut l’otage. 

L’interférence européenne s’est révélée intempestive. Pas l’Allemagne, tétanisée par la menace sur ses producteurs automobiles – qui interdisent toutes représailles. Pas la Grande-Bretagne, qui regarde vers Trump, engluée qu’elle est dans la négociation du Brexit. Pas l’Italie nouvelle, qui faisait ses premiers pas. Mais la France : pourquoi Emmanuel Macron s’est-il autant mis en avant, rivalisant de formules déclamatoires avec son nouvel ami Justin ? Parce qu’il récupérera en 2019 la présidence du G 7 avec un sommet à Biarritz dans un an ? Par dépit d’avoir été désavoué sur l’Iran ? Parce que l’économie française n’a guère à craindre pour son commerce – globalement équilibré mais trop marginal – avec les États-Unis ? Le ministre des Finances, Bruno Le Maire, n’a pas pu trouver mieux que de taxer en représailles les signes apparents du « rêve américain » : les motos de grosse cylindrée, les jeans et le whisky ! Mais qui boit du « Bourbon » et roule en Harley-Davidson depuis Brigitte Bar–dot ? Quant aux jeans, où sont-ils fabriqués ? 

Répondre à la question sidérurgique – qui est en effet, comme le dit Trump, une question de sécurité nationale – en taxant des yaourts, des cochonnailles ou des jeans, serait le summum de la désinvolture si elle n’était pas purement rhétorique. Cette attitude irresponsable a compromis le sommet du G 7. Elle risque de secouer l’Union européenne, bien que la faiblesse de la réponse soit la preuve inavouable d’une volonté de ne rien faire – c’est la thèse allemande – qui puisse gêner nos exportations de véhicules ou d’Airbus. 

Ce G 7 n’était pas comme on l’a trop dit un 6 + 1 où Donald Trump aurait été seul contre tous. C’était plutôt un 1 + 6, sans même compter autour de la table le président du Conseil européen et le président de la Commission européenne, ce qui s’assimile à un sommet États-Unis/Union européenne, fors la présence du Canada et du Japon, ce dernier muet, tétanisé qu’il était par la rencontre Trump-Kim qui suivait immédiatement. Les priorités américaines – et pourquoi ne pas dire celles du monde entier – étaient à Singapour le 12 juin et non à la Malbaie.


Clefs

par Jean Étèvenaux

Flâneries littéraires gourmandes

Grâce aux livres on peut se promener un peu partout. On peut ainsi flâner en France en s’attardant sur des particularités gastronomiques, géographiques, historiques ou même littéraires.

Avec Joseph Batteix, on dévore Auvergne. Carnet de recettes (Rennes, Ouest-France, 2018, 124 pages [numérotées de 3 à 126]). Juste à côté, Pierrick Eberhard nous fait plonger dans les Jardins de passionnés en Rhône-Alpes. Des îlots de verdure où s’émerveiller et apprendre (Rennes, Ouest-France, 2017, 96 pages). Aux portes nord de Lyon, Jean-Claude Béal révèle Anse gallo-romaine et sa région (Gleizé, Le Poutan, 2017, 64 pages), Nicole et Christian Segaud explorent Flore et faune du Mont d’Or lyonnais (Gleizé, Le Poutan, 2017, 160 pages), Alain Jean-Baptiste et Daniel Rosetta s’attardent dans Le Beaujolais. Traditionnel et insolite (Gleizé, Le Poutan, 2018, 160 pages) et Pierre Guerrier et Nelly et Jean Stanko font découvrir Bagnols et son château. Huit siècles d’art et d’histoire (Gleizé, Le Poutan, 2017, 160 pages).
Patrice Blot survole Lyon vu du ciel (textes Olivia Karam, Paris, Éditions Hervé Chopin, 2018, 144 pages) puis on se plonge dans Les recettes d’Arlette Hugon. Authentique bouchon lyonnais (Mirabel, Idc Éditions, 2017, 64 pages). Pour la bonne chère on poursuit avec Bourg-en-Bresse la belle rencontre ([Salavre], Cleyriane Éditions, 2017, 304 pages). On élargit la vision en compagnie de Pierre Deslais pour La Bourgogne. Géographie curieuse et insolite (Rennes, Ouest-France, 2018, 134 pages [foliotées de 5 à 140]). Il reste alors à suivre, en compagnie de Guy Trendel, le Guide secret de Strasbourg (Rennes, Ouest-France, 2018, 144 pages).

Dans la capitale, il y a toujours beaucoup à voir. D’une manière générale, on apprécie Le goût de Paris (textes choisis et présentés par Amandine Glévarec, Paris, Mercure de France, 2018, 192 pages). Jean-Paul Caracalla, lui, en fait défiler les quartiers : Champs-Élysées. Une histoire (Paris, La Table ronde, 2017 [1re édition : Flammarion, 2002], 128 pages), Montmartre. Gens et légendes (Paris, La Table ronde, 2017 [1re édition : Bordas, 1995], 192 pages), Montparnasse. L’âge d’or (Paris, La Table ronde, 2017 [1re édition : Denoël, 1997], 176 pages) et Saint-Germain-des-Prés (Paris, La Table ronde, 2017 [1re édition : 2007], 176 pages). On s’enfoncera ensuite avec Didier Janssoone et son Guide secret du métro (Rennes, Ouest-France, 2017, 144 pages) et avec Clive Lamming et L’histoire du métro parisien. De 1900 à nos jours (Paris, Glénat, 2017, 224 pages). On laissera alors Anne Muratori-Philip s’exclamer : Paris, toujours Paris ! (Paris, Éditions du Patrimoine, 2017, 120 pages). On complétera le tour avec Jean-Pierre Hervet et Patrick Mérienne : Découvertes. Lieux étranges et insolites autour de Paris (Rennes, Ouest-France, 2018, 120 pages).

Descendons vers le sud. Prenons le temps de parcourir les salles du Musée de l’Empéri. Art et histoire militaires. [Re]découverte des collections (Salon-de-Provence / Paris, Musée de l’Empéri / Somogy, 2017, 200 pages). Goûtons, grâce à Hubert Delorme, 365 recettes de Provence et de Méditerranée (Rennes, Ouest-France, 2018, 144 pages). Et terminons tranquillement, en compagnie de Gwenaëlle Guerlavais, sur le Canal du Midi. L’eau et les siècles (Toulouse, Privat, 2018, 200 pages).


Humeur

par Erwan Violin

Penser après le bac ?

Ca y est ! Le terrible compte à rebours est lancé : dans quelques jours, les épreuves du bac commenceront avec l’épreuve la plus redoutée de tous les candidats : la philosophie.

C’est une curieuse épreuve que la philo : pendant un an, nos futurs bacheliers ont appris à penser, ou du moins à faire comme si, et, après la fatidique dissertation, tout s’envolera. Adieu Platon, Kant, Spinoza ou Merleau-Ponty. Une écrasante majorité aura tout oublié au profit de savoirs réputés plus « utiles ».

Ce serait pourtant une bonne chose de continuer d’apprendre aux étudiants à penser.


Livres

par Catherine Pauchet

Roman

Cinquième avenue

Marc Levy a choisi la Cinquième avenue, la prestigieuse artère de New York, pour situer sa nouvelle intrigue. Au n°12, se trouve un bel immeuble avec ses résidents, leurs petites manies et leurs grands secrets. Le bâtiment possède un ascenseur manuel et un liftier, Deepak. Cet homme est toujours prêt à aider, notamment Chloé, du dernier étage ; la jeune femme se déplace en fauteuil roulant. Quand le second liftier tombe malade, Sanji, le neveu de Deepak, le remplace. Tous ignorent que ce nouveau venu, charmant et plein de bonnes manières, est l’une des plus grosses fortunes de New-Delhi. Il n’y a pas de sot métier surtout s’il mène à l’amour.

« Une fille comme elle », Marc Levy, Robert Laffont/Versilio, 374 p., 21,50 €.

Thriller

Affaires de libraire

Rien de plus simple que de voler une œuvre à la bibliothèque de l’université de Princeton. On se prétend professeur. On avance des titres et qualités (tous faux). On fait bonne impression sur le bibliothécaire. On repart (discrètement) avec les manuscrits de Francis Scott Fitzgerald. Reste à les récupérer. La romancière Mercer Mann est approchée par une organisation mystérieuse. Contre une petite fortune, il lui est demandé de s’immiscer dans les affaires d’un libraire soupçonné de se fournir dans le marché parallèle des livres. Rebondissements, coups tordus et descente aux enfers, John Grisham règle ses comptes avec l’édition.

« Le cas Fitzgerald », John Grisham, JC Lattès, 396 p., 23 €.

Cinéma

Cannes, de A à Z

Qui mieux que Gilles Jacob, délégué général puis président du Festival de Cannes de 2001 à 2014, pour dévoiler les arcanes de cet événement qui rassemble le gratin mondial du cinéma ? D’Accident, film de Joseph Losey, au réalisateur Valerio Zurlini, son Dictionnaire amoureux dévoile les coulisses du Festival ainsi que ses coups de cœur. Stars, jurys, polémiques, excentricités, Palme d’or… tout Cannes défile dans ce volumineux ouvrage. Un vrai bonheur pour les cinéphiles.

« Dictionnaire amoureux du Festival de Cannes », Gilles Jacob, Plon, 804 p., 25,50 €.

Revue

Marie-Antoinette

Coupable ? Non coupable ? Historia relance le débat sur « le cas Marie-Antoinette » à l’occasion de la sortie du livre à charge de Jean-François Kahn. Le mensuel consacre un dossier à l’opium dont le commerce a débuté il y a des siècles, suscitant crimes et guerres. Autres sujets traités : le jour où Louis XIV faiblit, bataille autour du château d’Itter, les 24 heures du Mans, Nîmes-Arles et la romanité…

« Marie-Antoinette était-elle coupable ? », Historia, juin 2018, 5,70 €. En kiosque.


Cinéma

par Marie-Christine Renaud d’André

Le cercle littéraire de Guernesey

Arrêtés en pleine nuit par une patrouille allemande, un groupe d’amis de l’île de Guernesey, occupée par les Allemands, affirment appartenir à un cercle littéraire, auquel ils donnent un nom surprenant : Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates. En 1946, l’un d’eux, Dawsey, écrit à Juliet Ashton, écrivain dont il a trouvé l’adresse dans un livre, pour lui demander de lui envoyer un livre. Intriguée, la jeune femme décide de se rendre sur place.
En adaptant le best-seller d’Annie Barrows et Mary Ann Shaffer, Mike Newell (Harry Potter et la coupe de feu, Quatre mariages et un enterrement, etc.) signe un film très émouvant, qui fait revivre, avec beaucoup d’authenticité, la vie quotidienne pendant l’Occupation. La vie était dure entre privations de nourriture (les habitants mangeaient effectivement des tourtes composées exclusivement d’épluchures de patates !) et persécutions, sans parler de l’isolement, de nombreux habitants de l’île, dont des enfants, ayant été évacués vers l’Angleterre. Mais l’amour de la littérature a permis à ce groupe d’amis de faire face. C’est cette situation atypique que la Londonienne va découvrir et apprécier à sa juste valeur.

Les paysages sont magnifiques et l’ensemble ne manque pas de poésie, même si la mise en scène est un peu trop sage. Lily James (Cendrillon, de Kenneth Branagh) illumine de sa grâce cette belle histoire.

Comédie dramatique britannique (2018) de Mike Newell, d’après le roman d’Annie Barrows et Mary Ann Shaffer, avec Lily James (Juliet Ashton), Michiel Huisman (Dawsey Adams), Glen Powell (Mark Reynolds), Jessica Brown Findlay (Elizabeth McKenna), Katherine Parkinson (Isola Pribby), Matthew Goode (Sidney), Tom Courtenay (Eben) (2h03). (Adolescents) Sortie le 13 juin 2018.

7 minuti

Sept minutes sur leur pause, c’est l’effort gratuit demandé aux ouvrières de cette usine de textile par de nouveaux acquéreurs.

Avec cette magistrale plongée au cœur d’un important conflit social, le cinéaste italien Michele Placido a mis en place un suspense fascinant. Grâce à une interprétation de grande qualité et à des dialogues brillants, on se laisse prendre par ces discussions entre des ouvrières d’origines diverses, qui ont chacune un point de vue respectable et sensé à défendre. Le résultat est une œuvre d’une grande actualité et d’une belle humanité.

La solidarité entre les employées, et leur sens des responsabilités, sont bien mis en valeur. Mais, en face, l’agressivité et le mépris de la direction pour elles paraissent excessifs.

Comédie dramatique franco-helvético-italienne (2016) de Michele Placido, avec Ottavia Piccolo (Bianca), Anne Consigny (Madame Rochette), Clémence Poésy (Hira), Cristiana Capotondi (1h28). (Grands adolescents) Sortie le 13 juin 2018.

La légende

Basketteur renommé, Jean-Christophe Markovic décide de retourner dans son club d’origine, à Angers. Mais il cache à tout le monde qu’il a été gravement blessé.

Ce film sympathique nous plonge dans les dessous d’un sport nettement moins connu que le football. C’est ainsi que l’on découvre ces luttes d’égos, les ambitions des uns et des autres, les enjeux économiques, etc. Et surtout, on l’ignore souvent, la tentation du dopage pour accéder au sommet. Mais il est dommage que la mise en scène ne soit pas plus inventive.

Comédie dramatique française (2017) de Florian Hessique, avec Florian Hessique (Jean-Christophe Markovic), Géraldine Lapalus (Laure), Patrick Préjean (le président Morel), Frédéric Radepont (1h23). (Grands adolescents) Sortie le 6 juin 2018.

Ocean’s Eight

À sa sortie de prison, Debbie Ocean, la sœur de Danny, imagine un plan très astucieux pour dérober un somptueux bijou pendant un gala du MET de New York, avec la collaboration de plusieurs femmes.

Politiquement correct oblige, après les hommes, c’est au tour des femmes de réaliser une arnaque très brillante. Si le début est un peu long, avec une musique envahissante qui souligne toutes les scènes, dès que le casse démarre, lors d’une somptueuse fête dans les locaux du MET, le film prend une autre tournure et devient très brillant, avec d’excellents dialogues, un rythme nerveux et des touches d’humour. Mais les personnages ne sont pas assez fouillés.

Comédie américaine (2018) de Gary Ross, avec Sandra Bullock (Debbie Ocean), Cate Blanchett (Lou), Anne Hathaway (Daphne Kluger), Sarah Paulson (Tammy), Rihanna (Nine Ball), Helena Bonham Carter, Richard Armitage (1h50). (Grands adolescents) Sortie le 13 juin 2018.


Le chiffre de la semaine

– 0,4%

C’est le taux de la baisse de production dans l’industrie française en avril 2018, selon les derniers chiffres publiés par l’INSEE. De mars à avril, la baisse était de 0,4%. Cette baisse est notamment due aux industries d’extraction (énergie, eau) dont la production a baissé de 5,8% (contre -4,3% au mois de mars). Le recul affecte également les biens d’équipement (-2,5%) ainsi que la cokéfaction et le raffinage (-4,7%). Par contre, la production est à la hausse dans les transports (+3,6%) et l’agroalimentaire (+1,8%).

L’industrie manufacturière enregistre une baisse de 1,1% pour les trois derniers mois, même si, sur un an, la production a progressé de 1,9%. Pour les autres industries, le niveau de production reste stable.


D’un jour à l’autre

France

Données personnelles

La Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) a infligé, le 7 juin, une amende record de 250 000 euros à la chaîne Optical Center. Un défaut de sécurité sur le site de l’opticien permettait d’accéder à des factures de clients, contenant des données personnelles.

Raffineries

Le blocage de 13 raffineries françaises par la FNSEA pour protester contre les importations d’huile de palme a commencé le 10 juin comme annoncé la semaine dernière.

Famille

La ministre de la Santé et des Solidarités, Agnès Buzyn, a annoncé, le 6 juin, la future mise en place d’un tiers payant pour les frais de garde des enfants de moins de 6 ans.

Syndicalisme 

1 750 délégués de la CFDT, réunis en congrès à Rennes, ont approuvé, à 83 %, le 6 juin, le rapport d’activité du dernier mandat de Laurent Berger. La centrale réformiste veut continuer le dialogue social même si elle déplore la défiance d’Emmanuel Macron envers les syndicats. Lors des dernières élections professionnelles dans le privé la CFDT, pour la première fois, est passée devant la CGT – 26,37 % des voix contre 24,85 %.

Sécu

Grâce au rebond de la croissance et aux créations d’emplois, le déficit de la Sécurité sociale en 2018 ne devrait être que de 300 millions d’euros, contre 2,2 milliards prévus. Le régime général devrait même être positif de 2,5 milliards d’euros, une première depuis 2001. Pas question, pourtant, de « redistribuer », a affirmé, le 6 juin, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, qui a insisté sur les « réformes structurelles » à mener.

Guadeloupe

La chlordécone, insecticide cancérogène et perturbateur endocrinien massivement utilisé entre 1972 et 1993 aux Antilles, a laissé des résidus dans le sang de 90 % des Antillais. En avril, on en a encore trouvé dans l’eau du robinet de Gourbeyre à Basse-Terre et le procureur de la République s’est saisi de l’affaire.

JO 2024

Après la tour Eiffel (beach volley), les Invalides (tir à l’arc) et le Grand Palais (escrime, taekwondo), le château de Versailles a été retenu, le 8 juin, par le Comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques de Paris-2024, pour accueillir les épreuves d’équitation. Même si le site, iconique et prestigieux, est mondialement connu, certains auraient préféré un projet alternatif à l’hippodrome de Longchamp, déplorant que l’équipement provisoire monté à Versailles ne laisserait aucun héritage matériel.

Monde

Espagne

La directrice générale du budget à la Commission européenne, Nadia Calviño, est nommée ministre de l’Économie : le dérapage budgétaire n’est donc pas au programme. Le Catalan et ancien président du Parlement européen Josep Borrell arrive aux Affaires étrangères, après s’être beaucoup exprimé l’an dernier contre l’indépendance de la Catalogne. Le nouveau Premier ministre socialiste Pedro Sanchez a présenté, le 6 juin, son gouvernement au roi Felipe VI.

Maroc

Lancé fin avril sur les réseaux sociaux, un mouvement de boycott contre trois marques emblématiques (Sidi Ali, Afriquia, Centrale Danone) entend protester contre la vie chère, alors que les salaires sont bloqués et que le taux de chômage est très élevé. Danone a vu ses ventes chuter de 30 % et a mis certains employés en chômage technique et réduit sa collecte de lait. Lahcen Daoudi, ministre chargé des Affaires générales et de la gouvernance, qui avait pris le parti des industriels au nom de l’emploi, a dû démissionner.

Espace

Une fusée russe Soyouz a décollé le 6 juin du cosmodrome de Baïkonour, au Kazakhstan, avec à son bord un cosmonaute russe et deux astronautes américain et allemand, rare exemple de coopération Russie-États-Unis dans le contexte très tendu entre les deux puissances. Les trois astronautes sont arrivés le 8 juin sur la Station spatiale internationale pour une mission de cinq mois. Ils ont été accueillis par deux Américains et un Russe, sur place depuis le 21 mars.

Suède

Le pays, qui considère la Russie comme une menace croissante, a rétabli en 2017 le service militaire. 4,8 millions d’exemplaires d’un livret intitulé En cas de crise ou de guerre ont été distribués et, le 6 juin dernier, Fête nationale, 22 000 réservistes ont été rappelés pour un exercice d’ampleur nationale – le premier du genre depuis 1975.

Syrie
Les forces démocratiques syriennes, alliance arabo-kurde soutenue par les États-Unis, qui contrôlent le nord-est de la Syrie, ont appelé, le 10 juin, à des négociations sans préalables avec le régime de Damas.

Centrafrique

Jean-Pierre Bemba, ancien vice-président congolais, dont les milices sont accusées d’avoir tué au moins 5 000 personnes en 2002 et 2003 en Centrafrique, a été acquitté en appel le 8 juin par la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye qui, en première instance, en 2016, l’avait pourtant condamné à 18 ans de prison.

Ukraine

Le président ukrainien a proposé aux Russes que le cinéaste Oleg Sentsov, condamné en août 2015 à 20 ans de prison par la justice russe pour « terrorisme », et en grève de la faim depuis trois semaines, soit, à l’occasion du Mondial de foot, échangé contre le journaliste ukraino-russe Ky-rylo Vy-chynski, condamné pour « haute tra-hison » en Ukraine.

Italie

Le ministre de l’Intérieur Matteo Salvini a interdit, le 10 juin, au bateau Aquarius, appartenant à l’ONG française SOS Méditerranée et qui a recueilli à son bord 600 immigrés (probablement venus de Libye), d’accoster dans un port italien. Malte avait fait de même et on ne savait pas si le navire serait dérouté vers la Grèce, l’Espagne ou la France, voire la Libye.

Sport

Tennis

La Roumaine et n° 1 mondiale, Simona Halep, a remporté, le 9 juin, la finale dames de Roland-Garros. Le 10 juin, l’Espagnol Rafael Nadal gagnait le tournoi pour la onzième fois depuis 2005, record absolu, devant Björn Borg (6 victoires).

Football

Le match d’ouverture de la Coupe du monde en Russie, le 14 juin, opposera la Russie à l’Arabie saoudite, les deux équipes les plus mal classées des 32 sélectionnées – respectivement 70e et 67e au classement Fifa du 7 juin, dans lequel la France est 7e, le Brésil 2e et l’Allemagne 1re.


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