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Lundi 16 avril 2018

Lundi 16 avril 2018

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L’événement – 1

par Serge Plenier

Notre-Dame-des-Landes : vers le fiasco ?

L’évacuation de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes tourne-t-elle au fiasco ? On serait tenté de le croire au vu des affrontements qui se multiplient entre des forces de l’ordre enlisées et des manifestants venus d’un peu partout, mais bien organisés, et surtout déterminés.

Tout avait bien commencé, pourtant. Les premières évacuations s’étaient déroulées dans une relative sérénité et les premières installations avaient été démantelées sans difficultés majeures. Puis, peu à peu, est venu le temps de l’enlisement avec des constructions tour à tour détruites et remontées, la plus symbolique étant cette charpente amenées en grande pompe avant d’être jetée à bas par un véhicule blindé. Visiblement pris au dépourvu, le pouvoir a même entamé une discrète reculade en accordant un nouveau délai d’une semaine aux agriculteurs de la ZAD désireux de sortir de l’illégalité.

Sur le papier, l’opération ne présentait pourtant pas de difficultés majeures : nettoyer 1 650 hectares de terres agricoles occupées par des habitants sans droit. Dans la réalité, il semble que l’on ait sous-estimé les difficultés présentées par le bocage. La surveillance au moyen de drones et d’hélicoptères a ses limites au-dessus d’espaces jalonnés de haies et de chemins creux.

Aux difficultés liées à la nature du terrain se sont ajoutées des erreurs proprement stratégiques. On a voulu diviser les zadistes entre véritables agriculteurs et agitateurs plus ou moins professionnels. Le calcul était habile mais sa mise en œuvre s’est révélée nettement plus maladroite. En s’attaquant d’abord à la « ferme des Cent Noms », supposée plus vulnérable, on n’a fait que renforcer une solidarité de fait et attiser les rancœurs. Le choc des images de destruction a fait le reste en constituant un véritable appel d’air pour les militants les plus durs.

Car le problème est plus vaste. On l’a vu lors de la manifestation de Nantes, on le voit aussi dans le mouvement de blocage des universités. A l’expression des divers mécontentements se mêlent des groupes extrêmement déterminés et ne répugnant pas à la violence. L’idéologie de ces groupes peut paraître sommaire, mais se révèle assez souple pour s’adapter à des situations extrêmement diverses, et surtout pour séduire au-delà de la sphère « gauchiste » ou écologiste habituelle. Savoir repérer à temps l’action de tels groupes est primordial pour éviter la dérive de revendications, au départ légitimes.

L’évacuation de Notre-Dame-des-Landes est mal engagée, mais peut-être est-il encore temps d’éviter le fiasco.


L’événement – 2

par Jean Étèvenaux

Macron segmente ses publics

Avant son interview-fleuve par un journaliste incisif, Jean-Jacques Bourdin, et un justicier irrévérencieux, Edwy Plenel, le président de la République avait multiplié les contacts avec divers publics. Catholiques, ruraux et sportifs ont ainsi eu droit à des attentions soigneusement ciblées.

Pour les catholiques, l’entreprise de séduction avait quelques précédents, lors de cérémonies officielles, tel l’hommage rendu au colonel Beltrame, ou lors de contacts plus ou moins prolongés, comme les vœux aux responsables religieux. Le 9 avril au collège des Bernardins et en présence de 400 invités, il a manifestement voulu (r)établir un lien de confiance à partir d’un constat : « le chemin que l’État et l’Église partagent depuis si longtemps est aujourd’hui semé de malentendus et de défiance réciproques ». Ses formulations élogieuses qui ont provoqué l’ire des milieux sectaires y voyant une rupture de la laïcité telle qu’ils la conçoivent ne se sont pas moins révélées très habiles sur le rôle reconnu à l’Église, invitée néanmoins à pratiquer « l’humilité du questionnement » et à ne pas se montrer « injonctive », autrement dit à ne pas intervenir directement. On comprend que La Croix ait estimé que le chef de l’État « a semblé préparer les catholiques à ce que certaines de leurs aspirations soient déçues », particulièrement sur la bioéthique, autrement dit sur le respect de la vie à ses deux extrémités. Il s’agit en effet d’empêcher que recommencent des manifestations de masse, cette fois à propos de la gestation pour autrui et de l’euthanasie…

Ensuite, dans une commune normande incarnant la France de la ruralité et des territoires qui craint de rester à l’écart, le président a continué son opération de communication, sans convaincre vraiment, ni sur place ni ailleurs. Jupiter était pourtant descendu de l’Olympe, ainsi qu’on l’a vu sur les marches du palais de Chaillot, mais il y est retourné — d’autant que la Syrie l’attendait.

On peut aussi parler du 13 avril, lors de la remise de médailles aux athlètes olympiques et paralympiques. Là, il a manifesté un enthousiasme débordant en les félicitant : « Ce que vous avez offert aux Françaises et aux Français, pendant toutes ces semaines, c’est la plus belle chose que la République puisse offrir ». Ces propos un peu hyperboliques ont une fois de plus montré sa volonté d’empathie pour les catégories auxquels il s’adresse successivement pour les conquérir.

Quant à la longue émission du dimanche 15 au soir, destinée à une plus large audience, elle a surtout servi à Emmanuel Macron pour rappeler qui il était et pour montrer qu’il avait bien endossé les habits de président de la République et de chef des armées. Justifiant sa politique, ses ministres et sa majorité, il a voulu se montrer ferme vis-à-vis des islamistes, des migrants et même des zadistes ; il a aussi distribué des mauvaises notes à certains pays d’Europe centrale. Même s’il ne s’est pas toujours révélé très précis, il a expliqué que sa résolution s’appuyait sur sa certitude de savoir ce qu’il fallait faire alors que ses prédécesseurs avaient renoncé aux réformes.


Politiques

par Alice Tulle

À qui la faute ?

Les Mémoires de l’ancien président de la République sont un plaidoyer teinté d’amertume. Ses erreurs furent vénielles, ce sont les fautes de ses « amis » politiques qui expliquent l’échec des socialistes…

François hollande est de retour. Par la voie d’un livre — Les leçons du pouvoir (Stock) – qui débouche inévitablement sur les plateaux de télévision. L’ancien président a fait la Une de L’Obs, hebdomadaire emblématique de la gauche… qui avait assuré l’an passé la promotion d’Emmanuel Macron. L’ensemble de ses fausses confidences, dépourvues de toute véritable révélation, forme le banal plaidoyer pro domo des dirigeants politiques arrivés à l’âge de la retraite ou rejetés à la suite d’un accident de parcours.

François Hollande se pose en personnage humble et lucide. Il avoue qu’il n’aurait pas dû annoncer personnellement la décision concernant le retour de Leonarda – et l’on se souvient tout à coup de cette calamiteuse affaire, aussi humiliante que stupidement menée. Il reconnaît avoir fait confiance à Jérôme Cahuzac mais il a tiré les leçons de sa déconvenue en faisant adopter de nouvelles règles sur la transparence. Il avoue d’autres erreurs tactiques – il aurait dû écouter Christiane Taubira qui s’opposait au texte sur la déchéance de nationalité – mais il se déclare pour l’essentiel satisfait du bilan de son quinquennat.

La politique étrangère ? François Hollande continue de penser qu’il fallait intervenir en Syrie en août 2013 et il a été très déçu par le refus des États-Unis de Barak Obama, mais il reste résolument ancré dans l’Alliance atlantique – face à la Russie tout particulièrement.

La politique économique ? Le taux de croissance supérieur à 2 % et la réduction du déficit public sous la barre des 3 % qui sont portés au crédit d’Emmanuel Macron sont le fruit des efforts accomplis sous le précédent quinquennat – constat flatteur qui néglige les facteurs extérieurs tel le taux de change de l’euro et les faibles taux d’intérêt.

La politique sociale ? François Hollande la résume d’une formule lapidaire : « Mon gouvernement réduisait les inégalités, celui-ci les creuse. » La politique sociétale ? Quant à la loi Taubira, un seul regret : ne pas être allé plus vite…

Un bilan aussi remarquable – s’il est un jour validé par les historiens – n’aurait-il pas dû aboutir à une nouvelle candidature ? Comment expliquer son retrait et l’effondrement de son parti ? Le mémorialiste avance deux explications. Ce sont d’abord les frondeurs, parmi lesquels Benoît Hamon et Martine Aubry, qui ont ruiné la crédibilité de la politique gouvernementale. Puis Emmanuel Macron, qui aurait pu rassembler la gauche après le retrait sacrificiel du président, a préféré l’aventure solitaire. Sa victoire fut « par effraction »  – François Hollande reprend les mots de son rival et considère que celui-ci n’appartient pas à l’histoire de la gauche, celle des socialistes qui continuent de régler leurs comptes, sans bien comprendre qu’ils ont tous creusé le profond fossé qui les sépare des Français.


Monde

par Yves La Marck

Un Yalta syrien ?

Au-delà des armes chimiques, frappées le 14 avril, la vraie limite aujourd’hui au pouvoir d’Assad est l’Euphrate, actuelle ligne de démarcation entre ses forces soutenues par Moscou et Téhéran et les forces de défense arabo-kurdes appuyées par la coalition occidentale.

Ce n’est pas d’aujourd’hui que le fleuve Euphrate est une limite ! Les accords Sykes-Picot de 1916 ont fixé des frontières bien plus artificielles. Longtemps il n’y avait qu’un pont pour le traverser. En février, c’est encore une tentative de traversée du fleuve à Deir-ez-Zor par des éléments iraniens appuyés par des « mercenaires » (?) russes qui fut stoppée par des bombardements américains. L’Est de l’Euphrate est dans la continuité du Nord irakien. De chaque côté de la frontière, l’État islamique avait profité du vide pour imposer sa dictature. La réduction de celui-ci par la coalition occidentale, les Kurdes tant syriens qu’irakiens, l’armée irakienne, a fondu les deux théâtres en un seul.

Dans la partie ouest de la Syrie, après la chute de la Ghouta orientale le 12 avril, deux territoires demeurent aux mains des opposants à Damas : Idlib au nord protégée par la Turquie, Deraa au sud sanctuarisé par la Jordanie et… Israël car faisant tampon sur le Golan. Assad a donc les mains libres. Que peuvent Téhéran et Moscou pour « l’encadrer », en usant d’une litote ? Que veulent-ils au juste ? Moscou se satisfait de jouer les proconsuls mais il lui faudra assumer les responsabilités. Elle n’a pas encore affirmé un projet régional. Elle se rapproche de l’Égypte d’Al-Sissi mais, à part l’influence, on ne discerne pas d’autre ambition. En revanche, on prête à Téhéran, qui ne dément pas, une stratégie régionale hégémonique. Moscou auprès duquel le pouvoir iranien peut trouver une aide, la seule vraiment sérieuse comme dans l’accord nucléaire, s’en accommode comme un des facteurs d’équilibre qui lui permettent de jouer l’arbitre.

La seule conclusion qu’un Conseil de sécurité national réuni à la Maison-Blanche sous Trump, avec Bolton et Pompeo à ses côtés, peut déduire de cet écheveau est que la véritable cible est l‘Iran. Les actions sur le terrain sont des conséquences, des symptômes. La cause du mal est le projet jamais abandonné des Gardiens de la Révolution. C’est ce pouvoir maléfique qu’il faut contenir. Or le seul moyen à disposition de l’exécutif américain est la réinstitution des sanctions, décision due, le 12 mai, à la main du président Trump.

Le calcul est risqué. Affaibli, le pouvoir iranien, au lieu de réduire ses aventures extérieures – par ailleurs impopulaires au sein de sa propre population –, peut au contraire les accentuer, par exemple en Irak qui a retrouvé une relative paix et sécurité. Il peut aussi réactiver le Hezbollah libanais pour le moment trop occupé côté syrien pour menacer la paix intérieure du Liban ou s’en prendre à Israël.

Le choix d’une autre stratégie a peu d’attraits pour Trump : renforcer le contingent américain qui aide à conserver l’Est de l’Euphrate à l’abri des entreprises de Damas, bombarder des cibles dans l’appareil militaire d’Assad – sans toucher ni Russes ni Iraniens comme le souhaite la France – sont des mesures d’attente qui ne résolvent rien.

Pousser en revanche Moscou à une table de négociation, ce qui pourrait être une issue en cas de révocation de l’accord nucléaire iranien, aboutir à un « deal » avec Poutine sur le Moyen-Orient comme Roosevelt avec Staline à Yalta, voilà qui sied plus au talent que s’attribue Donald Trump. C’est ce qu’il cherchera à obtenir en Corée. Si Poutine voulait bien s’y prêter – avec autant d’avantages que Staline en a obtenus –, les contentieux syrien, iranien et coréen, voire ukrainien, liquidés, Trump pourrait viser le Nobel de la paix. Il prétend que les enquêtes sur l’ingérence russe dans son élection paralysent son action et l’empêchent d’aller à Poutine.

Le hic pour la France est qu’elle est absente de Yalta. 



Patrimoine

par Philippe Montillet

Festival des Campagnes 25-27 mai 2018

La France qui bouge et qui innove, celle dite périphérique, continue à être créatrice et active. Face à une société urbaine par trop artificialisée, la France des campagnes, fait preuve d’initiatives pour montrer ce qu’elle est vraiment et ses atouts. Telle est bien ce qui se passe avec le premier Festival des campagnes qui se tiendra du 25 au 27 mai à côté d’Angers. A la fois festival du patrimoine, ou plutôt des patrimoines, des savoir-vivre et du savoir être. Un moyen parfois de retrouver des choses oubliées ou dont on craint, parfois, qu’elles soient en voie de disparition. Ce Festival permettra de constater qu’elles sont vivantes et partagées. Ce Festival ainsi a l’objectif de rendre heureux et de parler de la France profonde et qui a fait ses preuves au cours des siècles, celle des valeurs qu’une certaines ruralité incarne encore, heureusement. Non pas dans la nostalgie mais à travers d’incontestables réussites qui ont nom convivialité préservée, cadre de vie humain, qualité.

La manifestation sera construite autour ce que les organisateurs nomment six villages, six villages thématiques ; jardins et paysages, histoire et patrimoine, métiers d’art, Art de vivre, gastronomie (avec des stands de producteurs), ruralité et spectacles vivants. En un mot tous les patrimoines qui font la singularité et l’exception de notre pays, celles que les étrangers nous envient et que les touristes viennent admirer par millions chaque année.

Ainsi ces 6 ateliers montreront par leur diversité que la campagne est au cœur de tout ce qui vit et apporte un supplément d’âme à de nombreuses activités. Pour la première édition de ce festival il y aura bien des choses à découvrir puisque la confrontation des thèmes elle-même contribuera à la richesse de l’ensemble. Les organisateurs souhaitent que cet évènement soit original et enrichissant pour ceux qui y participeront soit en tant que spectateurs et visiteurs soit comme exposants ayant l’occasion peut-être de trouver de futurs partenaires pour d’autres initiatives. « Notre but est de rassembler tous les acteurs et tous les professionnels de ce qui se fait de mieux dans tous ces domaines [des villages] et représentent le Savoir Faire français ».

Le festival se veut aussi festif à la fois par son cadre, celui du château du Plessis-Bourré près d’Ecuillé (Maine et Loire) à 15 mn d’Angers, mais aussi par le feu d’artifice qui sera tiré le samedi soir 26 mai, comme une sorte de point d’orgue réunissant petits et grands.

Ce Festival 2018 est le premier mais, pour les organisateurs qui bénéficient de plusieurs patronages prestigieux dont celui de la Fondation du Patrimoine, il inaugure une série qui, au fil du temps, se développera et devrait devenir une référence et un rendez-vous annuel incontournable. Il le mérite et les organisateurs aussi dont nous avons pu apprécier le dynamisme et l’entrain.

[NB, Important PRESSE : Des Photos sont disponibles dans la rubrique »presse » du site internet du Festival : www.festivaldenoscampagnes.com ]


BD

par Gihé

Des bd aux marges de l’Histoire

Il existe mille et une manières de traiter l’Histoire par la bande dessinée, de façon pédagogique, romancée, parodique, allusive ou fantasmagorique. Les titres présentés ici donnent un aperçu de ces possibilités, exposées néanmoins de manière chronologique, ne serait-ce que pour en faire découvrir les continuités, les coïncidences ou les convergences, en même temps qu’il reste nécessaire de bien situer chaque époque.

Xavier Dorison, Alex Alice et Timothée Montaigne présentent le cinquième tome du Troisième testament, Julius (Glénat). Dans la veine très répandue de la réécriture de la Bible chrétienne, avec son lot de mystères enfin dévoilés et de leurs conséquences au fil des siècles, ils permettent néanmoins de comprendre l’extraordinaire grouillement de cette Palestine confrontée aux sectes comme aux Romains.

Pour le Moyen Âge, grâce à Jean-Yves Delitte, Roger Seiter et Christian Gine, se trouve reconstituée, dans le cadre des Grandes batailles navales, la confrontation de Stamford Bridge (Glénat). En cette année 1066 qui verra finalement la victoire de Guillaume le Conquérant en l’Angleterre, on se passionne pour le jeu subtil qui se déroule à trois entre Saxons, Norvégiens et Normands — la population locale, un fonds celte plus ou moins romanisé, ne jouant guère de rôle en tant que telle.

L’époque compliquée et foisonnante des guerres de Religion est décrite, de façon originale et équilibrée, dans trois beaux albums. Le premier se présente davantage romancé : Oriane et l’ordre des morts (Bamboo), début du Cimetière des Innocents par Philippe Charlot et Xavier Fourquemin. Le deuxième, Les martyrs de Wassy (Glénat), constitue la troisième partie des Guerriers de Dieu par Philippe Richelle et Pierre Wachs. Enfin, Gilbert Bouchard fait revivre, avec le joli artifice graphique d’un démon omniprésent, Ce diable de Lesdiguières (Glénat).

L’Amérique des années 1860 montre deux visages complémentaires. Grâce à Jean-Yves Delitte dans la série déjà citée des Grandes batailles navales, on perçoit comment les innovations techniques, en l’occurrence les premiers cuirassiers, auraient pu changer le cours de la guerre de Sécession à Hampton Roads (Glénat) ; mais Nordistes et Sudistes ne purent que se neutraliser. Pour le onzième tome de Bouncer, François Boucq amène l’or de l’empereur Maximilien sur L’échine du dragon (Glénat) dans un déluge de péripéties et de morts.

Le XXe siècle continue à offrir bien des opportunités. Philippe Thirault et Sandro mettent en valeur le personnage d’Albert Ier de Monaco. Le prince explorateur (Glénat). Lancelot Hamelin et Luca Erbetta emmènent le lecteur Dans les eaux glacées du calcul égoïste, avec un premier tome, Le bal des matières (Glénat) qui fait intervenir avec brio, entre autres, Buñuel, Cocteau et Dali. Noël Simsolo et Paolo Martinello proposent le très réussi deuxième tome de Sacha Guitry le mal-aimé (Glénat). C’est de l’autre côté de l’océan, en Argentine, que Philippe Charlot et Winoc convient leurs lecteurs au Gran café Tortoni (Bamboo), dans le monde du tango. D’une manière tout autant exotique mais avec un traitement inattendu renvoyant à l’actualité de nos jours, Loulou Dedola et Lelio Bonaccorso font discerner ce que représente Atatürk, Le Père turc (Glénat). Enfin, est superbement restituée une réalisation d’Édouard Herriot oubliée des Lyonnais eux-mêmes, Cibeins une école une histoire (Le Poutan) : une pléiade d’auteurs rappellent la genèse et l’évolution de ce qui fut l’école d’agriculture de la ville de Lyon et qui est resté un lycée agricole.


Humeur

par Erwan Violin

Les mystères de la télé

C’est curieux, un débat télévisé. Cette semaine, Emmanuel Macron s’est prêté par deux fois à l’exercice, la première fois avec, face à lui Jean-Pierre Pernaut, dans l’école de Berd’huis (Orne). La deuxième fois, il fut confronté à deux journalistes particulièrement pugnaces (plus en tout cas que Jean-Pierre Pernaut, disent les mauvaises langues). On pouvait s’attendre à ce que le chef de l’Etat soit mis en difficulté et se montre moins convaincant lors du second exercice.

Que croyez vous qu’il arriva ? Ce fut le contraire qui se produisit. C’est devant deux opposants déclarés que le président de la République fut le plus brillant.
L’agressivité trop visible n’est visiblement pas une bonne technique télévisuelle.


Livres

par Catherine Pauchet

Roman

Remords

Céleste est au plus mal. Elle est rongée par un cancer qui l’oblige à rester alitée. Rongée aussi par le remords : quinze ans plus tôt, la petite Molly a été tuée alors qu’elle rentrait chez elle, seule, en traversant les bois. Des témoins ont vu une voiture près du lieu où le cadavre a été retrouvé. Son propriétaire, Adrian, un Afro-américain, a vite été jugé coupable. Aujourd’hui Céleste soulage sa conscience : au moment du meurtre, elle se trouvait avec lui ; il est innocent. A l’époque, elle n’avait rien dit pour ne pas irriter son oncle, raciste et violent, qui l’hébergeait. Elle demande à sa sœur de faire innocenter Adrian encore en prison. Spécialiste du roman psychologique, Patricia MacDonald signe son retour.

« La fille dans les bois », Patricia MacDonald, Albin Michel, 316 p., 19,90 €.

Littérature

Un promeneur à Paris

Admirateur de Balzac, Eric Hazan a mis ses pas dans ceux du romancier pour arpenter Paris avec La Comédie humaine comme guide. De fait la capitale est un personnage à part entière dans l’œuvre balzacienne. Le lecteur ira donc de quartier en quartier : du Faubourg Saint-Germain où se situe l’Hôtel de Guermantes à la galerie de Montpensier et son café de Foy que César Birotteau et Constance fréquentent, du Marais qu’habite le cousin Pons à la Chaussée d’Antin où résident les filles du père Goriot. Autant d’opportunités d’aller au théâtre, de se rendre dans un salon à la mode ou de pousser la porte des journaux que Balzac toujours à court d’argent sollicite pour qu’ils publient son article.

« Balzac, Paris », Eric Hazan, éditions La Fabrique, 210 p., 14 €.

Société

A l’ère du méchant

Pour le sémiologue François Jost, la méchanceté s’est imposée dans les media. Cela a commencé dans les années 1960 avec un journal se proclamant « bête et méchant » avant de s’étendre avec la télé-réalité. Sur les réseaux sociaux, chacun peut affirmer une opinion et jeter un anathème en lieu et place d’une écoute ou d’une réflexion. L’ère numérique n’a pas créé la méchanceté, elle l’a banalisée avec la volonté de salir voire de détruire l’autre. Les attaques qui visent des politiques ou des experts, ont pour but de disqualifier leur discours. Elles donnent « le spectacle du dégoût des autres, version moderne de la lutte des classes. »

« La méchanceté en actes à l’ère numérique », François Jost, CNRS éditions, 190 p., 20 €.

Revue

Paroles de soldats

Historia consacre un dossier spécial à la guerre d’Algérie à partir d’extraits de lettres d’appelés et de leurs proches. Des mots qui témoignent du choc provoqué par la découverte des différences sociales et par la peur de la mort. Parmi les sujets traités : le départ pour l’inconnu, le quotidien du soldat, les violences, soigner, enseigner, pacifier, le cessez-le-feu et l’indépendance…
« Guerre d’Algérie, paroles de soldats », Historia, 5,70 €. En kiosque.


Cinéma

par Marie-Christine Renaud d’André

Notre enfant

Ne pouvant avoir d’enfant, Malena, une femme médecin qui vit à Buenos Aires, se rend dans une maternité, à des centaines de kilomètres de chez elle, où elle retrouve un confrère, le docteur Costas. Ce dernier a organisé pour elle l’adoption du bébé de Marcela, une mère de famille nombreuse, qui est trop pauvre pour élever un enfant de plus.

Malena assiste à l’accouchement avec émotion, mais elle apprend que la famille de Marcela a de nouvelles exigences financières, ce qui la rend furieuse…

Dès les premières images, le spectateur est saisi par cette histoire bouleversante, qui lui fait partager le difficile parcours d’une femme en mal d’enfant. Et l’on comprend très vite le terrible fossé social et matériel qui existe entre la mère adoptive, qui mène une vie installée et protégée, et la mère biologique, qui ne peut plus subvenir aux besoins de sa famille. Surtout, outre le trafic d’enfants auquel semble se livrer sans scrupule le personnel médical, on découvre la législation absurde du pays en matière d’adoption.
Le film, dont l’action est menée avec beaucoup d’habileté comme un véritable suspense policier, est imprégné d’une belle émotion, sublimée par une mise en scène et une photographie de grande qualité. Barbara Lennie est magnifique dans son rôle de mère, autrefois brisée par la perte d’un enfant mort-né, qui est prête à tout pour offrir à un autre enfant tout l’amour qui est en elle.

Dans cette histoire terrible, l’attachement immédiat de l’héroïne pour ce nourrisson est très touchant, tout comme la fin poignante. Mais ce personnage de bourgeoise se révèle également assez contestable. 

Comédie dramatique franco-argentino-brésilo-germano-polono-danoise (2017) de Diego Lerman, avec Bárbara Lennie (Malena), Daniel Aráoz (le docteur Costas), Claudio Tolcachir (Mariano), Yanina Avila (Marcela), Paula Cohen (1h35). (Grands adolescents) Sortie le 18 avril 2018.

Place publique

Productrice de télévision, Nathalie invite le Tout-Paris à sa pendaison de crémaillère dans le château qu’elle vient d’acheter. Parmi ses invités, Castro, animateur de télévision sur le déclin, et Hélène, son ex-femme, qui est aussi la sœur de Nathalie.

Cette comédie, écrite par le duo Jaoui/Bacri, respecte la règle des trois unités et brosse un portrait réjouissant de ces vedettes qui supportent mal de vieillir et de perdre de leur notoriété. Avec une brillante distribution, cette œuvre, qui fait un peu penser au Sens de la fête, d’Olivier Nakache et Éric Toledano, interprété par Jean-Pierre Bacri, alterne des scènes réussies et amusantes, avec d’autres assez décevantes et longues. Mais l’ensemble est distrayant.
Cette critique des bobos est assez féroce, en particulier avec ce héros si méprisant pour les autres. Mais l’on sent, chez les auteurs, une réelle attitude politiquement correcte.

Comédie française (2018) de Agnès Jaoui, avec Agnès Jaoui (Hélène), Jean-Pierre Bacri (Castro), Léa Seydoux (Nathalie), Kevin Azaïs (Manu), Nina Meurisse (Nina), Helena Noguerra (Vanessa), Sarah Suco, Frédéric Pierrot (1h38). (Grands adolescents) Sortie le 18 avril 2018.

Game Night

Avec des amis proches, Max et Annie organisent des jeux de société. Brooks, le frère de Max, leur propose un jeu de rôles, au cours duquel l’un d’eux sera enlevé par des voyous, interprétés par des comédiens.
Le thème de cette comédie policière est très original, et il nous entraîne, comme les héros, dans une aventure d’un soir très mouvementée. C’est souvent très amusant, mais il y a trop de scènes outrancières qui viennent un peu gâcher l’ensemble. C’est bien dommage, car l’interprétation est sensationnelle.
Le désir d’enfant anime le couple de héros, ce qui le rend émouvant. Si la fin est positive, il y a des violences pénibles, et quelques dialogues triviaux.

Comédie policière américaine (2018) de Jonathan Goldstein et John Francis Daley, avec Jason Bateman (Max), Rachel McAdams (Annie), Billy Magnussen (Ryan), Sharon Horgan (Sarah), Danny Huston (1h39). (Grands adolescents) Sortie le 18 avril 2018.

Abracadabra

Fan de football, Carlos ne fait guère attention à son épouse Carmen, jusqu’au jour où une séance d’hypnose le tranforme en mari parfait.
Après le superbe Biancanieves, tourné en noir et blanc, Pablo Berger raconte cette histoire fantastique avec un foisonnement de couleurs. Cette histoire très originale et étonnante, oscille entre comédie et drame, thriller et film fantastique, et l’on sent que le cinéaste s’est déchaîné en laissant libre cours à son imagination débordante. Magistralement filmée et interprétée, cette œuvre entraîne le spectateur dans un délire réjouissant.
L’amour conjugal est au cœur de ce film, parfois angoissant et violent. Mais la fin est contestable.

Comédie dramatique franco-espagnole (2017)de Pablo Berger, avec Maribel Verdú (Carmen), Antonio de la Torre (Carlos), Priscilla Delgado (Toñi), Javier Anton (Fernando), Bea de la Cruz (Isabel) (1h33). (Grands adolescents) Sortie le 4 avril 2018.


Le chiffre de la semaine

949,65

C’est, en euros, le coût annuel d’un chien de grande taille pour son propriétaire selon une étude menée par la société FACCO-KANTAR / TNS. Pour un chat, ce coût ne sera que de 750,66 €. Pour un chien de petite taille le coût annuel sera de 281,12 € contre 474,64 € pour un chien de taille moyenne. En ce qui concerne les coûts initiaux (liés à l’arrivée de l’animal dans le ménage), le montant est de 491,51 € pour un chien contre 463,07 € pour un chat.

En terme de coûts initiaux, l’hygiène, mais aussi les jeux et l’activité reviennent plus cher pour les chats que pour les chiens (92,26 € contre 22,11 €). De même, la nourriture féline se révèle plus dispendieuse avec 16,54 € par repas contre 7,90 € pour un canidé.


D’un jour à l’autre

France

Présidence

Après son passage chez Jean-Pierre Pernaut, le 12 avril au 13-heures de TF1 (depuis une salle de classe de CE2 dans le village de Berd’huis dans l’Orne), Emmanuel Macron était interviewé le dimanche soir 15 avril sur BFMTV par Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel (Mediapart) en direct du Palais de Chaillot. Face à une cote de popularité d’environ 40 %, le Président a expliqué sa politique étrangère, économique et sociale.

Notre-Dame-des-Landes  

Une manifestation de soutien aux zadistes à Nantes (6 700 personnes selon la police) le 14 avril, et des rassemblements pacifiques (3 000 à 4 000 personnes) le 15 avril sur la zone concernée par l’ancien projet d’aéroport, ont donné lieu à des heurts violents entre 300 activistes et les forces de l’ordre (2 500 gendarmes mobilisés). Les occupants ayant un projet agricole ont jusqu’au 23 avril pour déposer un dossier de régularisation en préfecture.

Montpellier

Une manifestation de 2000 personnes, le 14 avril place du Peyrou à Montpellier a dégénéré en affrontements violents. Des commerces ont été endommagés, 51 personnes ont été arrêtées.

Toulouse

Le quartier de la Reynerie a connu une nuit d’émeute le 15 avril. Un commissariat a été attaqué, 11 véhicules ont été brûlés, 300 grenades lacrymogènes tirées…

Nanterre

Suite au blocage de la faculté de droit par une centaine d’étudiants le 16 avril, les examens ont été reportés.

Grande distribution

Selon Michel-Édouard Leclerc, la firme Coca-Cola refuserait de livrer les magasins Leclerc dont la centrale d’achat a jugé injustifiables une augmentation des prix de vente et la réduction de la taille des bouteilles.

Droites

Le 12 avril, 25 signataires, dont Thierry Mariani, Robert Ménard, Jacques Bompard, Christine Boutin, Jean-Frédéric Poisson, Charles Millon… ont lancé, dans l’hebdomadaire Valeurs Actuelles, un appel à l’alliance de toutes les droites dans la perspective des élections municipales. Le Parti républicain de Laurent Wauquiez s’est aussitôt démarqué de cette initiative.

Gauches

La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, Podemos (Pablo Iglesias, Espagne) et le Bloc de gauche (Catarina Martins, Portugal), ont annoncé le 12 avril à Lisbonne la constitution d’un mouvement commun (« Maintenant le peuple ! ») pour les prochaines élections européennes.

Sécurité routière

Sept cents (selon la police) motards en colère ont roulé sur le périphérique parisien le 15 avril pour protester contre la limitation de vitesse à 80 km/h sur toutes les routes secondaires à partir du 1er juillet.

Bioéthique

À la suite d’une pétition de 250 000 personnes, lors de sa séance plénière du 10 avril, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a rendu un avis intitulé « Fin de vie : la France à l’heure des choix », globalement favorable à l’euthanasie : 108 voix pour, 17 contre et 45 abstentions.

Monde

Syrie
Dans la nuit du 13 au 14 avril, 103 missiles américains, anglais et français ont été tirés sur deux centres liés à la production d’armes chimiques dans la région de Homs et un autre près de Damas. Cinq missiles ont été tirés à partir de frégates françaises et neuf par des Rafales et Mirages 2 000 partis de la base de Saint-Dizier en Haute-Marne.

Une équipe d’enquêteurs de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques est arrivée à Douma le 15 avril. Elle va tenter de comprendre ce qu’il s’est passé le 7 avril dans la dernière ville alors tenue par les rebelles syriens (utilisation de gaz toxique par le régime ou manipulation par les islamistes).

Mali

Le bilan de l’attaque menée le 14 avril, durant 4 heures, par des islamistes dans le camp de l’Onu et de l’opération Barkhane près de l’aéroport de Tombouctou est de un mort et 10 blessés parmi les Casques bleus, 7 blessés parmi les militaires français et 15 morts parmi les assaillants. Des civils ont été touchés à l’extérieur du camp par des tirs collatéraux.

Algérie

Le 11 avril, un avion militaire Iliouchine IL-76 s’est écrasé peu après son décollage de la base aérienne de Boufarik (14 km de Blida). Le bilan est de 257 morts (dont 26 Sahraouis membres du Polisario).

Égypte

Un camp de l’armée a été attaqué par des djihadistes dans le centre du Sinaï le 14 avril. Huit militaires et 14 assaillants ont été tués.

Guinée-Bissau

Le président José Mario Vaz (60 ans) a nommé, le 17 avril, Aristides Gomes (64 ans), comme Premier ministre, suite à un arbitrage de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) qui avait réuni onze chefs d’État et deux vice-présidents africains le 14 avril au Togo. Les élections législatives auront lieu en novembre.

Cuba

Le président Raul Castro, 86 ans, a quitté la présidence du Conseil d’État le 19 avril (mais il devrait rester chef des armées et du Parti communiste jusqu’en 2021) et devait être remplacé, par l’actuel vice-président Miguel Diaz-Canel, 57 ans, au terme d’élections très contrôlées à l’Assemblée nationale du pouvoir populaire.

Pérou

Les 34 pays représentés au Sommet des Amériques réunis 14 avril à Lima, ont signé un engagement commun contre la corruption et contre les assassinats de journalistes. Donald Trump s’était fait représenter par le vice-président Mike Pence.

Un prêtre accusé d’attentat à la pudeur contre une enfant de chœur de douze ans en 2014, a été condamné en appel à dix ans de prison le 11 avril. L’Église l’a réduit à l’état laïc.

Cinéma

Milos Forman est mort le 14 avril, à 86 ans, et Vittorio Taviani est décédé le 15 avril, à 88 ans. 

Sport

Football

C’est sur le score de 7 à 1 face à Monaco que le PSG a assuré sa place de champion de Ligue 1.