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Lundi 2 mai 2016

Lundi 2 mai 2016

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L’événement-1

par Serge Plenier

Front national : la course avec le temps

Marine Le Pen peut dire merci à son père. En organisant sa propre manifestation du 1er mai, l’ancien président du Front national a servi la stratégie de sa fille au-delà des espoirs de cette dernière. Qu’il l’ait fait consciemment est une autre affaire. L’exclusion de Bruno Gollnisch et de Marie-Christine Arnautu, deux figures « historiques » du premier FN, n’est qu’un nouvel épisode de la longue rupture avec l’extrême droite classique, ce que l’on appelle aussi « dédiabolisation ».

Il faut dire que Jean-Marie Le Pen avait bien fait les choses. Parmi les quelques 300 personnes qui l’entouraient, on pouvait remarquer la forte présence de crânes rasés, de partisans d’Alain Soral, mais aussi de représentants de cette extrême-droite à l’ancienne, ravis de retrouver une visibilité à peu de frais, quitte à jouer, sans trop se forcer, le rôle de repoussoir. Jean-Marie Le Pen n’aura finalement réussi qu’à créer un abcès de fixation pour une famille politique refoulée une nouvelle fois aux marges de la vie politique.

Bien entendu, l’événement remet Marine Le Pen sur le devant de la scène, après son jeûne médiatique de plusieurs mois. Après son échec, tout relatif, des régionales, la présidente du Front national peut se consacrer à ce qui lui tient vraiment à cœur : la préparation de l’élection présidentielle où elle a de sérieuses chances d’être présente au second tour.

L’opération est donc tout bénéfice pour Marine Le Pen. Suffira-t-elle à crever le plafond de verre qui l’élimine systématiquement des seconds tours ? C’est une autre affaire. Bien sûr, il est de plus en plus difficile de rattacher son parti à l’extrême droite, et même de lui assigner un rôle purement protestataire. Mais il lui faudra encore bien du temps pour faire oublier des origines sulfureuses et surtout pour le transformer en force de proposition crédible.
Le Front national se trouve aujourd’hui dans un entre-deux inconfortable et périlleux. Si l’hypothèque extrémiste s’éloigne peu à peu, le parti de Marine Le Pen ne peut encore prétendre à une intégration complète dans le jeu politique. En témoigne l’impossibilité de nouer les alliances indispensables. Il faudrait encore du temps, un temps qui lui manque dangereusement avant l’échéance de 2017.


L’événement-2

par Jean-Gabriel Delacour

La Chine renforce son contrôle sur les religions

Le site Chine Informations présente, dans une récente newsletter, une photo du 28 avril montrant « la cathédrale Sainte-Sophie, une ancienne église russe orthodoxe et un bon exemple d’architecture néo-byzantine, à Harbin » sans préciser qu’elle est devenue un musée — d’ailleurs bien mis en valeur par les autorités locales. De son côté, le supplément Chinawatch du Figaro, « produit par le China Daily de la République populaire de Chine, qui assume l’entière responsabilité de son contenu » et publié le 29 avril, a informé que « les communautés catholiques romaines et protestantes sont confrontées à un grave manque d’officiants en Chine » et même que « le nombre de recrues dans la prêtrise avait nettement diminué ces dernières années ».

Or, les 22 et 23 avril, a eu justement lieu, attendue depuis un an, la réunion sur la religion et la politique religieuse du Parti et du gouvernement présidée à Pékin par Xi Jinping. Si elle s’est déroulée à huis clos sans donner lieu à une communication détaillée, l’agence de presse officielle Xinhua a mis en valeur la nécessité réaffirmée par le président chinois de poursuivre l’œuvre de sinisation des religions afin que le pays reste préservé de toute « infiltration venue de l’étranger ». On y retrouve le soubassement de la politique générale affirmée par un régime qui veut conjuguer le nationalisme habituel et le contrôle communiste des esprits et des personnes, puisque les groupes de croyants doivent « puiser profondément dans leurs corpus de doctrine pour agir en faveur de l’harmonie sociale et du progrès, se montrer disposés à édifier une société saine et civilisée, et interpréter leurs doctrines religieuses d’une manière qui soit propice au progrès de la Chine moderne et cohérente avec l’excellence de notre culture traditionnelle ».

Ces propos ne recèlent en fait aucune nouveauté théorique ou pratique et il n’a été fait aucune allusion ni aux négociations avec le Vatican, ni aux situations très contrastées selon les régions — notamment avec les campagnes de destruction des croix des églises —, ni à la position de l’Église catholique « clandestine » ou des « Églises domestiques » protestantes non reconnues par le pouvoir. Pourtant, ces dernières années, des membres de l’Académie chinoise des sciences sociales avaient suggéré de sortir du cadre limité des cinq religions officiellement reconnues — bouddhisme, taoïsme, catholicisme, protestantisme, islam — pour entrer dans un nouveau système où l’État se cantonnerait dans le rôle neutre de garant de la liberté religieuse.
Enfin, il faut noter que les groupements religieux et de défense des droits de l’homme craignent d’être frappés au portemonnaie par la loi sur les associations caritatives, applicable au 1er septembre prochain. Celle-ci renforcera en effet le contrôle des autorités par le biais de la surveillance politique des groupes étrangers actifs dans le pays. En outre, comme ne sont pas cités les associations religieuses, ce pourrait fournir un prétexte pour leur refuser les autorisations nécessaires, les responsables locaux s’évitant ainsi tout ennui.


Politiques

par Alice Tulle

Social : vers l’enlisement ?

Toujours confrontés à une impopularité record, François Hollande et le gouvernement restent exposés à une protestation sociale multiforme. Ils risquent maintenant de s’enliser dans le débat parlementaire sur la loi El Khomri.

Au soir du 28 avril, le gouvernement semblait avait gagné sa partie contre la rue. Après deux mois de contestation et une forte mobilisation le 31 mars, la manifestation parisienne organisée par plusieurs syndicats et par des organisations de jeunesse avait rassemblé entre 15 000 et 60 000 personnes selon les estimations policières ou syndicales. Les violences organisées par des groupes extrémistes créaient à nouveau de l’embarras chez les organisateurs du mouvement, pris entre la campagne de dénonciation de la police et le point de vue des syndicats de policiers. Le gouvernement pouvait aussi se féliciter de la confusion régnant dans les assemblées de la Nuit debout livrées aux revendications groupusculaires. Comme en 2010, lors des manifestations contre la réforme du système de retraites, la fatigue semblait noyer peu à peu les colères exprimées.

Les manifestations du 1er mai ont déçu ces espoirs d’apaisement. Ces cinq dernières années, les mobilisations syndicales avaient été plus que modestes et se déroulaient en ordre dispersé. Cette année la CGT et Force ouvrière ont défilé ensemble, pour la première fois depuis 2009, tandis que la CFDT s’en tenait à de discrètes tables rondes sur la loi El Khomri. Alors que les défilés de l’année dernière n’avaient rassemblé qu’une dizaine de milliers de manifestants à Paris, la police en a compté 17 000 et la CGT 70 000 avec également de fortes mobilisations dans les régions : au total les défilés ont réuni entre 200 000 et 500 000 manifestants. Le gouvernement va donc être obligé de tenir compte de ce succès, d’autant plus que les étudiants et les lycéens de gauche restent mobilisés. Par ailleurs, le gouvernement ne peut pas négliger complètement Nuit debout qui, selon ses propres services, a rassemblé plus de 400 000 personnes dans 250 villes. Or tout rassemblement est gros de violences potentielles et, le 1er mai, la capitale a encore été le théâtre de durs affrontements tout au long du cortège qui remontait vers la place de la Nation. « Au rythme où l’on va, quelqu’un va mourir » a prévenu Jean-Luc Mélenchon qui accuse le ministre de l’Intérieur de jouer la stratégie de la tension…

C’est dans ce climat tendu que s’est ouvert, mardi 3 mai, le débat parlementaire sur la loi El Khomri. Pour le ministre en charge du texte et pour l’ensemble du gouvernement, l’épreuve est difficile. Cinq mille amendements ont été déposés par les députés alors que le gouvernement a déjà remanié une partie de son projet pour calmer les esprits frondeurs de sa majorité. Maints élus socialistes demeurent cependant très réservés, mais il sera difficile de faire pencher le texte de leur côté sans provoquer la réaction d’un patronat déçu par les concessions déjà faites. Bien entendu, les députés de la droite exploiteront les contradictions de leurs adversaires…

Somme toute, le gouvernement engage le débat à l’Assemblée nationale sans être certain d’avoir une majorité. Si l’incertitude demeure, la solution serait de passer en force en utilisant l’article 49-3 qui permet l’adoption du texte si une motion de censure n’est pas votée. La victoire parlementaire serait alors obtenue au prix d’une défaite politique majeure. C’est ce que Manuel Valls va s’efforcer d’éviter. 


Monde

par Yves Lamarck

États-Unis : De Barack à Donald

La politique étrangère des États-Unis ne devrait pas changer beaucoup après la présidentielle du 8 novembre. La tendance générale au repli sera poursuivie.

Le discours du président Obama à Hanovre le 26 avril a éclipsé de ce côté de l’Atlantique celui du candidat républicain, Donald Trump, le 27 avril à Washington. Fort de nouvelles victoires aux primaires dans cinq États du Nord-Est la veille, Trump a consenti à prononcer son premier discours-programme devant un think tank et, pour la première fois, à lire un texte préétabli sur un prompteur. C’est dire l’importance de l’événement qui correspond à un dernier tournant dans la campagne des primaires avant la convention qui devrait le désigner officiellement fin juillet. Sur la base de cet exercice convenu, les analystes autorisés ont commencé à le prendre au sérieux et à reconnaître que l’excentrique milliardaire se met à rejoindre « le courant dominant ».

Ce que l’on appelle ainsi n’est pas une sorte de juste milieu ou de centrisme plus ou moins consensuel. Le courant dominant actuellement dans l’opinion publique américaine est la tendance au repli. L’Empire n’attaque plus. Il est fatigué. Ce qui surprend ici c’est que ce constat avait été fait par les Républicains sous forme de procès intenté à l’actuel président. Or tout à coup, le parti se met à surenchérir sur lui. « Amérique d’abord », le slogan de Donald Trump, peut s’inscrire dans la prolongation de la politique suivie par Obama pendant ces huit dernières années. Ce dernier n’a-t-il pas réussi à extraire l’Amérique de deux aventures extérieures, l’Irak et l’Afghanistan, à lui éviter de replonger dans de nouvelles guerres civiles comme en Syrie ou en Libye, à la dégager de ses astreintes en Europe pour « pivoter » vers l’Asie ? Ses successeurs auront le terrain libre pour se recentrer sur l’Amérique. Quel thème pourrait-il être plus populaire aujourd’hui ?

Donald Trump en rajoute certes en menaçant l’Europe de ne plus assumer ses responsabilités dans le cadre de l’OTAN si elle refusait de consentir l’effort financier nécessaire pour sa défense, et en tordant le cou au concept de reconstruction nationale des États faillis, reconnaissant que la démocratie ne saurait être imposée aux peuples de l’extérieur, quitte à pactiser avec des chefs d’État autoritaires. Ce faisant, il franchit ligne rouge à laquelle reste attachée une frange du parti républicain, le parti de Lincoln, le parti de la Constitution, le parti de la Liberté, et tous ceux qui défendent l’exception américaine. Donald Trump, selon eux fermement ancrés dans une droite néo-conservatrice, abandonnerait celle-ci au profit d’un nationalisme on ne peut plus banal. Bref, l’Amérique sous Trump ne serait plus cette grande nation pour le Bien de l’humanité mais une nation comme les autres. Le repli sous Obama en appelait à plus de multilatéralisme et à un certain cosmopolitisme libéral. Sous Trump, ce sera le règne du chacun pour soi. L’Amérique se comportera comme la Chine. Obama prenait en compte le déclin relatif des États-Unis. Trump veut leur rendre leur grandeur, mais en termes purement matériels, sans plus prétendre être la lumière du monde.

Hillary Clinton elle-même, quoi qu’elle en pense, a eu à faire face à un opposant coriace, Bernie Sanders, qui vient de la tradition pacifiste du parti démocrate. Si elle était élue, elle devrait compter avec un Congrès républicain hostile à ses initiatives. Tout concourt donc pour situer les États-Unis plus loin que jamais des côtes européennes (et méditerranéennes). Le discours tenu par Obama à Hanovre s’imposera à tous. Personne ne fera pour l’Europe ce qu’elle ne fera pas pour elle-même. Personne n’agira à sa place. Personne ne la protègera si elle ne se protège pas. Peut-être qu’ainsi elle acceptera enfin de se réveiller sous la pression à ce jour amicale mais bientôt beaucoup plus hostile de l’absence de l’allié et protecteur. 



Environnement

par Fabrice de Chanceuil

Transition écologique : lentement mais sûrement ?

La Conférence environnementale, qui s’est tenue à Paris les 25 et 26 avril derniers, aura été la quatrième et la dernière du quinquennat. A un an de la fin de celui-ci, il est donc possible, au regard des actions conduites ou à conduire d’ici l’année prochaine, de tirer les premières conclusions du bilan environnemental du mandat de François Hollande.

Dans son discours d’ouverture, le Président de la République s’est montré satisfait et, comme c’est l’usage en pareil cas, a fait quelques annonces. De son côté, le Premier ministre, Manuel Valls, qui a prononcé le discours de clôture de la conférence, s’est félicité de diriger le Gouvernement « sans doute le plus écologiste qui ait jamais existé ». De fait, le Président de la République, son Premier ministre et leur ministre en charge de l’écologie et du développement durable, Ségolène Royal, peuvent s’enorgueillir de quelques beaux succès.

En premier lieu, celui d’avoir pu mener à bien, sous l’égide de l’ancien ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius, la présidence française de la 21ème Conférence des parties (CdP ou COP 21) de la Convention-cadre des Nations-Unies sur le changement climatique. Si l’accord obtenu à Paris le 12 décembre 2015 et signé à New-York le 22 avril dernier par 175 États constitue, pour plusieurs observateurs, plus un succès diplomatique qu’une véritable réussite environnementale, il marque néanmoins une étape importante dans la prise de conscience, à l’échelle planétaire, des dérèglements climatiques et la volonté de prendre, en commun, des mesures volontaristes pour y faire face.
C’est dans cet esprit que la France a voulu prendre sa part et montrer l’exemple en adoptant une loi ambitieuse sur l’énergie, promulguée en août 2015, afin d’entrer dans une véritable transition énergétique destinée notamment à rompre progressivement avec les énergies fossiles au profit des énergies renouvelables. Dans le prolongement de cette loi, le Président a annoncé la réduction de la part de l’énergie nucléaire dans la production d’électricité française à 50 % d’ici à 2025, au lieu de 75 % aujourd’hui. Sans doute pour ne pas donner l’impression de déplacer le problème dans un avenir lointain, il a également indiqué que le décret abrogeant l’autorisation d’exploitation de la centrale nucléaire de Fessenheim, une des mesures emblématiques de sa campagne, serait pris cette année.

Autre loi importante attendue d’ici la fin du quinquennat, celle sur la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages, actuellement en discussion au Parlement, devrait être adoptée d’ici l’été.
D’autres dispositions moins visibles mais néanmoins importantes ont été mises en place ou sont en cours d’établissement comme la nécessaire modernisation du droit de l’environnement.

Pour autant, du côté des associations écologistes, le son de cloche est quelque peu différent. Elles pointent, en effet, les incertitudes et les incohérences qui affectent la politique environnementale. Qu’on songe à l’abandon de l’écotaxe suite à la mobilisation des Bonnets rouges ou à la facilité accordée à la création de lignes d’autocars à bas coût par la loi Macron qui aboutissent finalement à encourager les modes de transport les plus émetteurs de gaz à effet de serre. « La qualité de l’air ne s’améliore pas, le transport routier progresse, l’utilisation des pesticides aussi, et on nous dit que le gouvernement est très écologiste » a soupiré le porte-parole de France Nature Environnement.

Toutefois, dans notre société médiatique, ce sont davantage les dossiers défrayant la chronique qui risquent de peser le plus dans la balance. Si l’affaire du barrage de Sivens semble aujourd’hui un peu oubliée, il n’en est pas de même de celle du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. La tenue du référendum, rendue désormais possible par l’adoption récente d’une ordonnance permettant l’organisation d’un tel scrutin qui aura lieu le 26 juin, sera particulièrement suivie, étant entendu que, quel que soit le résultat, il n’est pas sûr qu’il pourra se traduire par une décision incontestable et incontestée. Or, c’est pourtant celle-ci qui symbolisera, aux yeux d’une grande partie de l’opinion, le bilan environnemental de François Hollande.
A moins que celui-ci, comme il déjà su le faire pour d’autres dossiers, trouve d’ici-là le moyen de refiler le mistigri à son successeur s’il devait s’avérer que ce ne sera pas lui.


Actuallité du droit

par Christian Frémaux, avocat honoraire, conseiller prud’homme et élu local

« T’as pas cent balles (ou 1 euro) : chronique de la faillite de la Justice ».

M.Urvoas nouveau Garde des sceaux, ministre de la Justice , après avoir audité diverses juridictions et entendu des responsables et des praticiens de la justice vient d’ énoncer une vérité simple, incontestable et dramatique : ladite justice est en faillite : il n’y a plus de thunes comme disent certains jeunes, pour la faire fonctionner correctement et pour qu’elle remplisse ses missions qui ressortissent au domaine régalien de l’Etat comme la sécurité, la défense ou la monnaie. C’est grave docteur ! mais le diagnostic est exact. Les juridictions et donc les magistrats saisis de litiges de toute nature, plus ou moins importants, n’ont plus de sous ne serait-ce que pour acheter du papier, des stylos ou des gommes, téléphoner, photocopier, imprimer les jugements , envoyer des télécopies ou des courriels, et manquent de personnel pour les aider et rendre les décisions rendues légales et exécutoires. Ils ne peuvent plus non plus payer les experts qu’ils ont missionné et comme ceux-ci ne sont pas des bénévoles des dossiers vont rester en plan. Le service public de la justice a coulé. Ce sera comme d’habitude la faute de personne car la lente agonie a commencé il y a des années. Quand c’est un artisan, un commerçant ou un chef d’entreprise qui fait faillite, quelque soit la raison, on le liquide, ou il y a un repreneur, et on le poursuit souvent en l’envoyant devant…. Le tribunal compétent. En matière de comptes publics et de gestion politique il y a des «  responsables qui ne sont pas coupables » selon la célèbre formule de Mme DUFOIX quand elle était ministre de la santé pendant le scandale du sang contaminé, et l’échec étant collectif c’est l’irresponsabilité générale : sauf cas extrême un politique n’est pas poursuivi  pour gestion calamiteuse ou insuffisante voire nocive: il quitte le gouvernement, retrouve d’autres fonctions, et parfois se fait réélire.

La justice est pourtant une institution essentielle dans notre société contemporaine où le droit (« fabriqué » par nos excellents parlementaires qui réagissent souvent en fonction de l’émotion) est partout et doit fixer des limites en régulant les comportements ; où la mondialisation oblige à garantir des règles pour tous sauf à devenir la loi de la jungle ; où l’ubérisation de pratiquement tous les domaines d’activité tire tous les prix vers le bas ( ce qui en ma qualité de consommateur me réjouit mais me désespère comme professionnel), entraine une certaine insécurité juridique (car trop d’informations générales émanant de sites émis par les start-up peut tuer l’information spécifique du professionnel ayant pignon sur rue et expérience, et adaptée au cas concret) et où le besoin d’arbitres impartiaux est impératif ; où le contribuable exige que ses litiges personnels (familiaux : de propriété ;de voisinage ; de consommation , d’achats et de ventes divers; de travail ; de ses rapports avec sa commune ou les services publics…) soient tranchés au plus vite voire l’urgence pour lui qui doit passer en priorité et si possible, au moindre coût ; où le citoyen s’indigne si le délinquant qui pourrit sa vie, ou le criminel qui lui fait peur et enfin le terroriste qu’il exècre, n’est pas « pendu »sur l’heure et si de surcroît il considère que la justice pénale est laxiste avec ceux qui dévient de la vie normale. C’est humain comme réaction , sauf que tout ceci a forcément un coût. Ceux qui ne paient pas d’impôts ou très peu (soit environ 50% des français), ne se posent pas la question du financement de la justice qui selon eux doit être gratuite, ce qui est d’ailleurs le cas outre les honoraires d’avocat (qui ne défendent pas gratis) ou les tarifs des huissiers ou notaires (collecteurs de frais pour l’Etat) ou experts qui doivent vivre de leur métier et faire fonctionner leurs entreprises, sauf à tomber en faillite !

Chaque avocat a du s’expliquer devant ses clients de la lenteur de la justice pour rendre son jugement ; des renvois d’audience qui parfois profitent aux justiciables de mauvaise foi ; de péripéties judiciaires que l’on a pas pu anticiper…Il y a souvent deux mécontents quand le jugement ou l’arrêt de la cour d’appel est rendu : celui qui gagne mais jamais assez d’autant plus qu’il a du payer son avocat ; et celui qui perd, ce qui est pour lui injuste et qu’il a du aussi payer son avocat et les frais !

Le citoyen s’intéresse surtout à la justice pénale, celle qui condamne à de la prison, de l’inéligibilité, à des amendes. Chaque citoyen est un juge en puissance devant sa télévision, au café du commerce ou en lisant son journal. Les procureurs d’occasion dans leurs canapés qui ne connaissent rien du dossier au fond, mais ont la vérité partielle voire partiale des médias, sont légion et d’autant plus exigeants que le fonctionnement de la justice leur échappe sauf s’ils y ont comparu pour un accident de la circulation, une conduite en état d’ivresse, des coups, des injures, un peu de shit pour les plus jeunes… On veut croire que les puissants sont traités comme les misérables, même s’il y a un léger doute à ce sujet. On a du mal à distinguer le rôle des juges dit du siège (qui sont indépendants, inamovibles, et souverains dans leurs appréciations) , des membres du parquet (procureurs et substituts) dont on sait qu’ils sont nommés par la chancellerie c’est-à-dire le ministre de la justice donc le pouvoir exécutif. On subodore que ces juges sont à la « botte »  du politique, ce qui est injurieux à leur égard et globalement faux, sauf quelques cas individuels qui ne les honorent pas. A ce sujet il y a un grand débat de fond : alors qu’ils sont tous formés dans la même école de la magistrature à Bordeaaux, faut-il séparer les juges du siège, magistrats sans contestation, des membres du parquet dont la Cour européenne des droits de l’homme de Strasbourg considère qu’ils ne doivent pas être qualifiés de magistrats, et interdire de passer d’un statut à l’autre. Vaste débat aurait dit le général De Gaulle qui rappelons le, est à l’origine du malaise actuel, avec l’évolution du droit international et la volonté nouvelle des citoyens. C’est lui qui dans la Constitution de la Vème république en 1958 pour asseoir son emprise sur la gouvernance, a créé une simple autorité judiciaire, et non un pouvoir : le général considérait que seul le pouvoir exécutif était légitime, et que les juges en particulier n’avaient qu’à se cantonner à dire le droit en appliquant ou interprétant la loi votée par les parlementaires : et surtout de ne pas être un contre pouvoir ou devenir un « gouvernement des juges », comme dans d’autres pays anglo-saxons.

Mais la justice pénale a des besoins criants de fonds pour augmenter le nombre de magistrats ou démultiplier les audiences avec un juge unique : elle a besoin de greffiers et de personnel administratif pour préparer les dossiers et faciliter la tâche du juge englué dans des contentieux qui pourraient être confiés à d’autres structures (médiation ?) ,dans des missions chronophages de gestion , de statistiques, de gestion de locaux, de matériels divers ; de représentants pour l’exécution des peines ou de moyens de substitution à l’enfermement ; et pour les cas les plus graves de places de prison sachant qu’il y a 68000 détenus pour environ 57000 places disponibles, et encore sans les conditions de dignité élémentaires. Je ne parle évidemment pas de prison dites trois étoiles car j’ai conscience que la victime par exemple ou le citoyen honnête, ne comprennent pas cette prétendue sollicitude pour le coupable avéré .Ils choisissent à juste titre le camp des victimes. La sanction est nécessaire et elle doit être exemplaire, la punition n’est pas un gros mot. Mais notre société n’obéît pas aux jeux du cirque où César baissait le pouce pour le gladiateur qui avait succombé. Nous nous glorifions de notre état de droit et de nos valeurs républicaines que nous voulons universelles . Il faut donc être logique, et construire des prisons modernes (peu de maires en acceptent sur leur territoire et on comprend pourquoi) – ce qui coûte cher, et il y a des priorités ailleurs, peut être en privatisant certains services ?, ne serait –ce que pour protéger les surveillants de prison exposés tous les jours à l’agressivité de certains détenus, et aussi pour organiser la libération – qui viendra un jour – des détenus et ainsi tenter de limiter la récidive .Ce qui indigne le citoyen , c’est l’erreur d’un magistrat qui fait libérer un détenu ou un éventuel coupable parce qu’un délai a été oublié ou qu’il n’y avait plus de papier pour la télécopie voire parce qu’il a estimé à tort que la personne concernée ne présentait plus de danger. Mais ces fautes individuelles -on peut réfléchir pour ces cas extrêmes et rares à la mise en cause individuelle de la responsabilité du magistrat, comme un salarié que l’on licencie pour faute grave ou lourde ?, tout en préservant l’ indépendance de jugement des juges sinon on ouvre la boite de Pandore- ne doivent pas cacher l’ensemble des magistrats qui font leur métier en appliquant la loi (si celle –ci est mauvaise il faut la reprocher aux parlementaires) en accomplissant leur devoir avec rectitude, honnêteté intellectuelle ( même si comme citoyens ils ont le droit d’avoir des opinions partisanes et défendre leurs intérêts avec des syndicats, sans pour autant construire le mur des cons).

Mais la justice pénale représente un très petit pourcentage du fonctionnement global de la justice qui s’intéresse surtout aux affaires civiles, commerciales, sociales, donc à notre vie de tous les jours. Tout justiciable se plaint des délais très longs (avec la loi Travail présentée par Myriam El-Khomri on s’est rappelé au fonctionnement du conseil de prud’homme qui « terrorise »tout employeur surtout petit ou moyen ) : s’y ajoute la complexité de la procédure contradictoire qui est pourtant une garantie fondamentale ; on dénonce son incertitude avec une jurisprudence fluctuante qui est source d’insécurité juridique ; on déplore la difficulté pour faire exécuter les décisions et récupérer ses sous ou son bien notamment en matière de loyers impayés dans les logements : (en matière pénale il y a des dizaines de milliers de jugements ordonnant la prison , non appliqués ou transformés en des sanctions plus souples, ce que la loi permet) ;on estime ainsi que la justice est devenue une sorte de loterie judiciaire, ce qui n’est pas acceptable…

Le ministre de la Justice a donc eu raison de dénoncer la réalité. Le budget alloué à la justice est ridicule alors qu’elle a un rôle central dans la chaîne de la sécurité : à quoi sert-il que la police et la gendarmerie, et nos services de renseignement se «décarcassent», si les présumés innocents selon la loi, mais virtuels coupables sont jugés des années après ; ou n’accomplissent pas la peine prononcée au nom du peuple français ? Le citoyen ne le supporte pas.
De même, et toute personne qui a eu à saisir la justice le sait, il est indispensable que nos litiges divers grands comme petits, ou plus personnels par exemple pour les divorces, les gardes d’enfants, les pensions alimentaires….soient jugés au plus vite, car on a besoin d’être fixés et s’organiser en conséquence quitte à maudire le juge qui ne nous a pas compris dans « sa tour d’ivoire ».

Mais tout ceci a un coût. Même en doublant le budget actuel de la justice, on part de si bas que cela sera toujours insuffisant. Il faut le faire bien sûr et donner à nos 9000 magistrats environ (sur 66 millions de sujets français et autant de sujets de mécontentement comme le disait Henri Rochefort du journal La Lanterne au 19ème siècle) les moyens de travailler vite et bien. Mais cela nécessite un préalable et de trouver un consensus sur la réponse aux questions suivantes ; que demandons nous à nos juges ? Quelle doit être la place de la justice dans nos institutions : voulons nous ou non un pouvoir judiciaire, avec des garanties et la responsabilité des juges ? Devons nous les élire et/ou nommer un Super Procureur de la nation ou de la république qui soit totalement indépendant des autres pouvoirs et nous diriger vers un système accusatoire ? quid du juge d’instruction ?Devons nous revoir la philosophie du code pénal de 1810 de Napoléon, même si elle a été révisée et corrigée au fil des années et des évènements ,en fonction de l’évolution de la société , de nos besoins, de l’ordre public que nous désirons avec la protection des libertés individuelle et publiques , ce qui est compatible .Quelle place avec droits et devoirs pour nos mineurs dont certains sont plus dangereux que des « grands » de 18 ans et plus  ? Et nos aînés comment les aider ? Devons nous revoir notre modèle social issu de la Libération et nos grands principes sont –ils gravés dans le marbre à vie ? En un mot est-il possible de réformer sans drame en France y compris la Justice ? Donc payer la reconstruction.

Chacun a soif de justice mais il veut que ce soit l’autre qui fasse l’effort. Nous n’échapperons pas à une évolution drastique et certainement pénible pour nos habitudes. Il faut juger plus rapidement avec les mêmes garanties de rigueur et de recours, mais en dépensant moins ou plus efficacement. On doit donc résoudre la quadrature du cercle. Il n’est pas scandaleux de réfléchir à des partenariats public- privé ; on peut imaginer que des contentieux de masse soient confiés à d’autres que les magistrats qui ne conserveraient que l’essentiel et ce qui concerne les intérêts vitaux du pays par la fixation des grands principes de droit .Pourquoi ne pas reprendre l’idée de faire payer, de façon symbolique, l’accès à la justice. ? Personne de bonne foi ne peut croire que la justice n’a pas un prix de revient et des frais fixes. On paie bien une prime aux assurances de protection juridique ! Naturellement les conditions de l’aide juridictionnelle doivent être complètement revues : un avocat ne peut être efficace en étant payé au minimum, même s’il est consciencieux et compétent : il a un cabinet à faire tourner. Et le client doit être certain qu’il sera bien défendu quelque soit sa situation financière. Si les parlementaires, voulant bien faire, votaient des lois obligeant juges comme avocats, à être prêts dans des délais courts, il faudrait s’y faire, à condition que les conditions matérielles suivent.

Nous n’avons donc pas le choix. La justice est un monument en péril et faute de confortement, elle va se déliter progressivement  et s’effondrer sur elle-même, droite dans ses bottes… Il y a déjà sur la marché des propositions, ou l’existence de justice « privée », d’arbitrage , de lieux -souvent payants – de règlement des litiges. Seuls ceux qui ont les moyens financiers peuvent se permettre de les saisir. C’est… injuste et inégalitaire. Nous devons donc tous, quelques soient nos choix partisans, militer pour trouver un consensus sur les mesures à prendre, les budgéter, et faire l’effort financier, ce qui ne plaira à personne. Il faut associer à la réflexion tous les professionnels concernés et les potentiels justiciables pour ne pas parler de consommateurs de justice ce que l’on peut être un jour ou l’autre dans notre vie qui s’allonge.

Avant d’être une organisation matérielle qui rend des jugements, et départage des parties ou sanctionne au nom de l’intérêt général, la Justice est une valeur, comme la liberté, l’égalité et la fraternité .Le citoyen a besoin de croire en ce qui le dépasse pour se surpasser aux côtés des considérations matérielles, qui sont fondamentales. Le vivre-ensemble – dont je ne comprends pas exactement le contenu et la portée quand certains s’en éloignent volontairement voire le combattent de façon violente – se nourrit de symboles qui grandissent. Remettons la justice sur son socle pour qu’elle domine notre société. C’est un élément d’apaisement dans notre société qui en a besoin. Si le progrès selon certains (par exemple les lycéens et étudiants contre la loi travail) consiste dans le conservatisme alors notre société reculera. Et on aura la justice que l’on méritera : inexistante ou discréditée et inaudible.

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Clefs

par Jean Étèvenaux

Les 30 bougies du Salon du Livre de Genève

Le 30e Salon du Livre et de la Presse de Genève s’est tenu du 27 avril au 1er mai. La fréquentation est restée stable, légèrement en-dessous des 100 000 entrées, avec le handicap d’un 1er mai qui n’apportait pas un jour de congé supplémentaire puisqu’il tombait un dimanche. Certains aspects grand public ont frappé les visiteurs, telle l’exposition consacrée à Paulo Coelho, digne du culte rendu à un dieu, doublée d’une rencontre avec le public dimanche après-midi, qui a presque viré à l’émeute en raison du comportement de quelques admirateurs.

L’essentiel se trouvait ailleurs, pas tellement dans les multiples à-côtés proposés par une salon dont on a pu dire qu’il prenait des allures de festival aves des vedettes n’appartenant pas toutes au monde littéraire, mais surtout à cause du livre lui-même, qui a montré qu’il attirait toujours autant les foules, même si celles-ci semblent de plus en plus rechigner à procéder à des achats. Il faut préciser que les organisateurs ont réussi à redonner des lettres de noblesse à une manifestation qui avait parfois donné l’impression de miser beaucoup sur les associations alternatives, écologistes, sectaires ou politiques. Mais il y avait pourtant beaucoup à trouver parmi les 2 200 animations proposées par 1 259 intervenants. Le lieu lui-même avait été modifié, puisque tout se tenait dans les halles 1 et 2 de Palexpo, juste à côté de l’aéroport de Cointrin, où le salon se tient désormais en raison d’un cadre plus intime — au lieu du rez-de-chaussée beaucoup plus froid auquel les visiteurs avaient dû s’habituer. Bref, on peut dire que le Salon a su revenir au cœur des divers métiers du livre, y compris au sein de la réflexion occasionnée par la présence très forte de la Tunisie, mais aussi du pavillon des cultures arabes et de divers stands offrant des livres, la plupart du temps venus d’Arabie saoudite et du Qatar, destinés à faire connaître l’islam.

Dans cette région francophone mais non française, de surcroît attachée au plurilinguisme helvétique, on a pu remarquer quelques particularités éditoriales. À côté des ouvrages de propagande islamique — Comment devenir musulman, Le message universel de l’islam, Les quarante hadiths ou Mon grand amour pour Jésus m’a conduit à l’islam — on trouvait de véritables réflexions comme ces deux titres des éditions Cabédita, L’espérance. Ce Dieu qui espère en nous !, de Michel Barlow, et Jésus, maître de communication. Comment tisser le fil de la relation, de Thierry Lenoir. Mais on pouvait aussi se pencher sur la bande dessinée de Biyong Djehuty, Chaka. L’enfance d’un roi ou sur le beau volume de Raymond H. Kévorkian et Valentina Calzolari Bouvier sur l’Arménie. À l’occasion du 500e anniversaire de l’imprimerie arménienne.

Voilà comment la Romandie, où le nombre de locuteurs francophones demeure bien inférieur à celui de beaucoup de régions de la France hexagonale, arrive à porter haut le renom de toute la littérature écrite en langue française, tout en sachant reconnaître la multiplicité des apports qui la constituent aujourd’hui.


Humeur

par Erwan Violin

Bore out

Vous connaissiez le « burn out » né du surmenage, voici maintenant le « bore out », la maladie qui affecte le salarié inoccupé (de l’anglais to bore : ennuyer).

Un ancien salarié d’une entreprise de parfums a en effet décidé de porter plainte contre son employeur coupable de l’avoir laissé sans véritable activité, ce qui aurait entraîné dépression et même pulsions suicidaires.

L’affaire n’est pas si anecdotique. En période de chômage, nous découvrons que si trouver un emploi est important, il est au moins aussi important de se sentir utile.


Livres

par Catherine Pauchet

Polar

Condor

Gabriela, Chilienne d’origine Mapuche, est destinée à devenir chamane. Pour l’instant, elle étudie le cinéma. Chaque jour, avec sa caméra cachée, elle arpente les rues de Santiago en quête de reportages pour une chaine télévisée alternative. A La Victoria, un quartier pauvre, quatre adolescents sont retrouvés morts par overdose de cocaïne. Ce trafic finance des activités mafieuses montées par d’anciens alliés du général Pinochet. Pour assister les familles des jeunes victimes auprès de la justice, Gabriela recrute Esteban, un avocat « spécialiste des causes perdues », fils d’une riche famille et en rupture de ban. Amour, corruption et retour sur les années noires du Chili, avec cette intrigue bien ficelée, Caryl Férey (« Zulu », « Mapuche ») confirme son talent de maître du polar.

« Condor », Caryl Férey, Gallimard série noire, 422 p., 19,50 €.

Roman

Nature morte aux miettes de pain

Trente ans plus tôt, la photographe Rebecca Winter a connu la gloire grâce à sa photo Nature morte aux miettes de pain. Affiches, produits dérivés…, elle gagnait bien sa vie et habitait un bel appartement au cœur de Manhattan. Puis le succès a commencé à décliner, les factures à s’accumuler et l’argent à manquer. La voilà contrainte de quitter New York pour s’installer à la campagne. Sa maison craque de partout et un raton laveur squatte son grenier. Rebecca est à bout de nerfs. Quand la situation semble désespérée, elle rencontre Sarah qui tient un salon de thé et Jim, un charpentier passionné d’ornithologie. Un roman sur le temps qui passe et l’amitié qui libère.
« Nature morte aux miettes de pain », Anna Quindlen, Belfond, 288 p., 20,50 €.

Témoignage

Le dernier salaire

Avant, Margaux Gilquin était assistante de direction. Pour obtenir ce poste, elle s’est formée : elle a passé son bac à trente-quatre ans, un diplôme de secrétaire bilingue à trente-cinq, un BTS à trente-sept. Ensuite il y a eu son licenciement suivi d’ateliers à Pôle Emploi, de jobs dating, de centaines de CV et de lettres de motivation, d’une foule de petits boulots. Aujourd’hui, à cinquante-cinq ans, elle cherche encore un vrai travail, et ça urge. Bientôt elle touchera « son dernier salaire », la fin de ses allocations chômage, avec la crainte de se retrouver à la rue.

« Le dernier salaire », Margaux Gilquin, XO document, 224 p., 16,90 €.

Revue

L’espionnage

« Les espions, comme les diamants, sont éternels ». C’est ce qu’affirment Les Cahiers de Science & Vie qui retracent 4000 ans de manipulations. Les espions apparaissent en Mésopotamie et en Egypte, ils fournissent les renseignements utiles au destin de ces Etats. Durant la Guerre de Cent ans, ils furent derrière toutes les portes. Louis XV créa le Secret du Roi pour sa diplomatie parallèle. Le XXe siècle voit l’apogée de la guerre de l’ombre. Au sommaire aussi : les papyri d’Oxyrhynque, Pompéi qui renaît de ses cendres, l’athéisme…
« L’espionnage », Les Cahiers de Science & Vie, mai 2016, 5,95 €. En kiosque.


Cinéma

par Marie-Christine Renaud d’André

La résurrection du Christ

Comment les Romains ont-ils interprété, à l’époque, la résurrection du Christ ? Si les Évangiles ne sont pas très diserts sur le sujet, un cinéaste s’y est intéressé.

Ponce Pilate convoque le tribun Clavius pour lui confier une importante mission : enquêter sur la disparition du corps de Yeshua, un homme récemment crucifié, et dont il craint que cet événement ne soit utilisé par les juifs, qui le prennent pour le Messie, pour faire croire à sa résurrection. 
Hollywood s’est souvent intéressé au Christ, et l’on ne compte plus les films le mettant en scène. Après des années d’absence, à la suite de plusieurs échecs cuisants, Kevin Reynolds (Robin des Bois, prince des voleurs, Waterworld) revient en force avec cette histoire qui adopte un point de vue original, celui de l’enquête sur la «soi-disant résurrection» du Christ. Certes, le film n’est pas sans défauts, en raison d’un budget assez modeste et de certaines scènes lourdes et plutôt ratées (la mort du Christ, avec une Vierge en larmes qui ne tient plus debout, le repas du Ressuscité avec ses disciples, qui ressemble à un dîner entre potes, l’Ascension, etc.). Surtout, l’acteur qui interprète le rôle du Christ est tout sauf convaincant, avec son sourire niais et ses yeux sans caractère. Mais qu’importe les défauts, on suit cette histoire avec beaucoup d’intérêt, d’autant plus qu’elle raconte le parcours d’un sceptique qui va, peu à peu, ouvrir son cœur et être transformé au contact du Ressuscité. 

Drame américain (2016) de Kevin Reynolds, avec Joseph Fiennes (Clavius), Tom Felton (Lucius), Cliff Curtis (Yeshua), Peter Firth (Ponce Pilate), Stephen Hagan (Bartholomé), María Botto (Marie-Madeleine) (1h42). (Adolescents) Sortie le 4 mai 2016.

Maggie a un plan

Parce qu’elle est seule, Maggie décide d’avoir un enfant par insémination artificielle. 

Fille de l’écrivain Arthur Miller, Rebecca Miller s’essaye à la comédie, avec cette histoire d’une jeune femme qui veut tout diriger dans sa vie. Grâce à la présence pétillante de Greta Gerwig, elle a réussi une satire de ces intellectuels new-yorkais, qui discutent de tout à l’infini. On se croirait dans un Woody Allen, mais en moins drôle. Car, si la première partie est assez enlevée, la seconde tourne un peu en rond.

Comédie américaine (2015) de Rebecca Miller, avec Greta Gerwig (Maggie), Ethan Hawke (John), Julianne Moore (Georgette), Bill Hader (Tony), Travis Fimmet (Guy Childers) (1h38). (Grands adolescents) Sortie le 27 avril 2016. 


Vendeur

Serge est un vendeur de cuisine hors pair.

Pour un premier film, Sylvain Desclous frappe fort avec cette plongée fascinante dans le monde, parfois cynique, de la vente. Mais le réalisateur montre également l’envers du décor, avec ce héros solitaire, dont la vie n’est faite que de prostituées, d’alcool et de drogue. Gilbert Melki est impressionnant de justesse dans un rôle difficile. Mais il y a des longueurs et des facilités.

Comédie dramatique française (2016) de Sylvain Desclous, avec Gilbert Melki (Serge), Pio Marmaï (Gérald), Pascal Elso (Daniel), Clémentine Poidatz (Karole), Sara Giraudeau (Chloé) (1h29). (Adultes avec des éléments nocifs) Sortie le 4 mai 2016.

Eddie the Eagle

Médiocre sportif, Michael Edwards veut à tout prix participer aux JO de Calgary, en 1988, en saut à ski.

Taron Egerton campe avec finesse et humour cet anti-héros, qui a réussi à captiver le public de Calgary, malgré ses piètres résultats sportifs. Cette histoire authentique a enchanté les Britanniques, tant ce jeune homme a su les conquérir par son courage et sa détermination. Et il en faut du courage pour s’élancer du haut d’une piste de 90 mètres… sans être un sportif confirmé. Malgré des lourdeurs et une musique envahissante, le spectateur est transporté par une histoire étonnante, drôle et réconfortante, qui est l’illustration de la phrase du baron Pierre de Coubertin : « Le plus important aux Jeux olympiques n’est pas de gagner, mais de participer. »

Comédie américano-britannico-germanique (2016) de Dexter Fletcher, d’après le livre de Simon Kelton, avec Taron Egerton (Michael Edwards, alias « Eddie l’Aigle »), Hugh Jackman (Bronson Peary), Christopher Walken (Warren Sharp), Keith Allen (Terry Edwards), Jim Broadbent (le commentateur) (1h45). (Adolescents) Sortie le 4 mai 2016.


LE CHIFFRE DE LA SEMAINE

10,1%

C’est le taux de la baisse des ventes de tablettes tactiles au dernier trimestre 2015, selon les chiffres diffusés par Strategy Analytics. Selon ce cabinet d’analyse économique, ce chiffre est révélateur de l’effondrement du marché des tablettes. Avec 46,5 millions de tablettes vendues au premier trimestre 2016, la baisse annuelle atteint les 10%. Selon Strategy Analytics, cette chute est due à la désaffection du public désormais tenté par les appareils « deux en un ».

Pour la marque Apple, la baisse atteint 18,8% par rapport au dernier trimestre 2015, avec seulement 10,3 millions d’iPads vendus, tandis que son concurrent Samsung voit ses ventes diminuer de 28,1% par rapport à l’année dernière.


D’un jour à l’autre

France

Armement

Le 26 avril, l’Australie a annoncé qu’elle confiait à DCNS, Thalès et la Direction générale de l’armement (DGA) la construction de 12 sous-marins à propulsion diesel dérivés du Barracuda. Le marché est estimé à 34,3 milliards d’euros mais les sous-marins seront construits à Adélaïde avec des transferts de technologie. Le Premier ministre français a fait une étape à Canberra le 2 mai pour remercier son homologue australien.

Commerce

La Fnac va racheter Darty (valorisé à 1,16 milliard d’euros), Conforama ayant, le 27 avril, renoncé à surenchérir.

Terre

Un séisme de magnitude 5,2 a eu lieu le 28 avril entre La  Rochelle et Rochefort, sans faire de victimes ni de gros dégâts.

Manifestations

Le 28 avril était jour de grèves et de manifestations contre la loi travail dans toute la France (170 000 manifestants selon la police, 500 000 selon les syndicats). Des violences ont eu lieu notamment à Paris, Lyon, Rennes (où un étudiant a perdu un œil par un tir de flash-ball) ou Marseille. Au moins 24 policiers ou gendarmes ont été blessés dont 3 grièvement. Le cortège unitaire (CGT, FO, Solidaires, FSU, Unef, Unl et Fidl) du 1er mai à Paris a aussi été l’occasion de violences par des casseurs infiltrés.

Éducation: 
La ministre de l’Éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem a annoncé une revalorisation d’une prime pour les enseignants du premier degré, lors des « Journées de la refondation » au Palais Brogniart à Paris, les 2 et 3 mai.

Terrorisme

Salah Abdeslam, survivant des commandos djihadistes qui ont fait 130 morts le 13 novembre à Paris, a été transféré le 27 avril de Belgique à la prison de Fleury-Mérogis. Sifflé par d’autres détenus musulmans qui lui reprochent de ne pas avoir été jusqu’au bout, il a été placé à l’isolement.

Automobile

Les actionnaires de Renault doivent désormais être consultés sur la rémunération des dirigeants de Renault. Le 29 avril, ils ont désapprouvé à une courte majorité la rémunération annuelle de Carlos Ghosn (7,25 millions chez Renault, et 8 millions chez Nissan). Mais le conseil d’administration a maintenu cette rémunération qui tient compte des excellents résultats actuels de ces deux firmes.

Front national

Le 1er mai à Paris, Jean-Marie Le Pen a rendu hommage à Jeanne d’Arc place des Pyramides, tandis que sa fille, présidente du Front national, déposait une gerbe place Saint-Augustin avant un banquet de 2000 participants organisé à La Villette.


Monde

Italie

Trois immigrés d’origine marocaine et une Italienne convertie à l’islam, soupçonnés de préparer des attentats contre le Vatican et l’ambassade d’Israël à Rome, ont été arrêtés le 28 avril dans le nord de l’Italie.

Espace
Le 28 avril, en présence du président Poutine, le nouveau cosmodrome de Vostochny (sud-est de la Sibérie orientale) — qui doit remplacer Baïkonour que le Kazakhstan loue aux Russes jusqu’en 2050 — a vu le départ de sa première fusée, un Soyouz, 2 qui a placé dans l’espace trois satellites d’observation scientifique.

Syrie

Un des derniers hôpitaux dans la zone d’Alep tenue par les rebelles (250 000 habitants) a été bombardé le 28 avril par l’aviation de Damas. Selon Médecins sans frontières, tout a été détruit et il y a eu au moins 30 tués. L’Unicef a rendu hommage au docteur Mohammed Wassem Maaz, pédiatre, tué dans l’opération. Les attaques sur divers quartiers auraient fait 400 morts à Alep en une semaine.

Irak

Le 30 avril, à la suite d’un nouvel échec pour constituer un gouvernement de technocrates et d’un attentat contre un pèlerinage chiite, des milliers de partisans de l’imam Moqtada Sadre ont envahi et saccagé le Parlement à Bagdad.

Kenya

105 tonnes de défenses d’éléphants et de cornes de rhinocéros ont été brûlées le 30 avril en présence des présidents kényan et gabonais et de Ségolène Royal qui a annoncé l’interdiction de tout commerce d’ivoire en France. Plus de 30 000 éléphants d’Afrique sont tués par des braconniers chaque année afin d’alimenter le marché chinois.

Automobile

Volkswagen, qui a déclaré le 22 avril une perte annuelle de 4,1 milliards d’euros, conséquence du scandale des moteurs truqués, versera aux douze membres de son directoire 63,24 millions d’euros au titre de 2015.

Migrants

Le naufrage d’un canot pneumatique, à 7 km au large de Sabrata, en Libye, le 29 avril, a fait 84 disparus, selon les témoignages des 26 rescapés recueillis par un cargo italien.

Pérou

Gerson Galvez, principal baron de la drogue au Pérou, a été arrêté le 30 avril à Medellin, en Colombie.

Venezuela

Les Vénézuéliens ont avancé leur montre de 30 minutes le 30 avril, ce changement de fuseau horaire est censé faire quelques économies d’énergie, dans un pays en faillite où les fonctionnaires ne travaillent plus que deux jours par semaine et où les députés ne sont plus payés. Le président chaviste Nicolas Maduro s’accroche au pouvoir face à un Parlement majoritairement de droite depuis décembre 2015.

Japon

Le dollar est tombé à 106,31 yens à New York le 30 avril, son plus bas niveau depuis octobre 2014.

Sport

Football

Le PSG a battu Rennes par 4 à 1 los de la 36ème journée du championnat de Ligue 1.

Formule 1

Nico Rosberg, sur Mercedes, a remporté le Grand prix de Chine, sur le circuit de Shanghai.

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