L’événement – 1
par Serge Plenier
Dépénaliser le cannabis ?
Ce fut un étrange moment du deuxième débat de la primaire de gauche. Les sept candidats ont doctement débattu de la légalisation ou non du cannabis, une drogue douce aujourd’hui d’usage relativement courant, malgré son interdiction. Entre Sylvia Pinel et Benoît Hamon, favorables à une légalisation encadrée et Manuel Valls et Arnaud Montebourg, partisans du statu quo, il y a eu Jean-Luc Bennhamias rappelant que la consommation de cannabis touchait plusieurs millions de personnes et dénonçant « 40 ans d’hypocrisie ».
Même si elle peut paraître déconnectée des préoccupations des Français, la question de la dépénalisation du cannabis n’est pas mineure. Elle touche aussi bien à la santé publique qu’à la sécurité et à la justice. La consommation du cannabis pose en effet de vrais problèmes sanitaires, et sa diffusion nourrit toute une économie souterraine dont profitent d’importants réseaux criminels. Rendre légales la consommation de cette drogue (même « douce ») et sa commercialisation ne vont pas de soi.
Bien entendu, les partisans de la dépénalisation de la consommation et de la légalisation de la vente soulignent que le cannabis, drogue « douce », ne présente, à tout prendre, guère plus de dangers que l’alcool et le tabac, drogues légales. De même, selon eux, mettre fin à la chasse aux petits consommateurs soulagerait la police. Reste qu’aux Pays Bas comme en Espagne, les expériences de dépénalisation ne se sont guère montrées concluantes et n’ont pas plus endigué la consommation qu’elles n’ont mis fin aux trafics. Aujourd’hui, le débat n’est toujours pas tranché.
Pour autant, l’erreur serait de croire que ce débat ne concerne que quelques intellectuels « de gauche ». Au-delà du cannabis proprement dit, il y a la question de notre rapport à la drogue en général, et à tout ce qui s’en rapproche.
Nulle société n’a pu totalement se passer de substances excitantes, relaxantes ou stupéfiantes. A l’alcool et au tabac occidentaux ont longtemps répondu la coca des Amérindiens ou l’opium oriental. Dans les sociétés traditionnelles, leur consommation est encadrée par un ensemble de règles coutumières qui atténuent leurs dangers éventuels, voire les neutralisent. Le seul recours à la loi ne suffit pas.
Le débat sur la dépénalisation du cannabis nous interroge sur la capacité de notre société à intégrer de nouveaux comportements, bref, à demeurer une société digne de ce nom.
L’événement – 2
par Jean Étèvenaux
Des buts pour l’immigration
Le 18 décembre, l’Onu proclamait « la Journée internationale des migrants […,] l’occasion de dissiper les préjugés et de sensibiliser l’opinion à leurs contributions dans les domaines économique, culturel et social, au profit tant de leur pays d’origine que de leur pays de destination ». Le 15 janvier, l’Église catholique célébrait la 103e Journée mondiale du migrant et du réfugié pour laquelle le pape François avait choisi comme thème de réflexion et de prière : « Mineurs migrants, vulnérables et sans voix ». Jointe à la pression migratoire que subit actuellement l’Europe, cette double sensibilisation pousse à un certain nombre de réflexions.
Tout d’abord, il est évident que notre continent s’est nourri de métissages successifs. D’abord, des peuples, pendant des millénaires, se sont installés les uns sur les autres. Ensuite, volontaires ou pas, d’importants déplacements de population ont rythmé son histoire, qui ne s’est d’ailleurs pas toujours révélée linéaire et tranquille — par exemple avec les dizaines de millions de déplacés et d’expulsés pendant et après la Seconde Guerre mondiale.
Ces mélanges étaient généralement ordonnés vers l’intégration sous le signe d’un christianisme garantissant une égale dignité à chacun : même si subsistaient ou se faisaient jour des différenciations sociales, politiques ou militaires, demeurait en chacun la certitude d’être un fils de Dieu, aimé par lui comme tous les autres et donc frère de chaque homme. En outre, d’un point de vue politique, la garantie de son existence et de sa liberté constituait un avantage du christianisme. Favorable aux nations particulières, au contraire de l’islam prônant le rassemblement de tous les croyants dans l’oumma, il les a toujours reconnues comme des communautés naturelles dans le cadre desquelles chacun était invité à exercer sa liberté et sa responsabilité. Si l’Europe vient d’une idée grecque, l’espace européen s’est établi et stabilisé sur les ruines de l’empire romain : l’Antiquité a donné naissance à un continent romano-chrétien, d’où la double quête impériale et chrétienne recherchée même par les anciens Barbares, une fois convertis.
Or, ne va-ton pas aujourd’hui vers une simple superposition ou juxtaposition de peuples sans leur donner des repères communs facilitant l’intégration et établissant des références communes ? En d’autres termes, ne court-on pas le risque de noyer les anciennes et nouvelles populations dans un magma informe, voire même de reléguer les nations traditionnelles soit dans les « poubelles de l’Histoire » soit dans des zones délimitées ne leur permettant plus de contrôle ? Se posent aussi les problèmes de l’aide humanitaire — extensible jusqu’à quand ? —, de la coordination des politiques nationales — avec quels moyens ? —, de la lutte contre les passeurs et de la distinction entre réfugiés politiques et migrants économiques. Il faudrait aussi s’interroger sur l’opportunité de laisser des pays neufs se dépeupler de leur jeunesse la plus vigoureuse.
Politiques – 1
par Alice Tulle
Primaire de gauche : le grand décalage
La primaire de gauche n’est guère passionnante. Les principaux candidats, décalés par rapport au monde qui se fait, s’affrontent sur des lignes en pointillés, en songeant à la réconciliation.
Ce sont deux jeunes politologues de gauche qui l’écrivent : « Les socialistes français de 2012 n’étaient pas préparés au monde tel qu’il est depuis 2008 et encore moins au monde tel qu’il allait devenir après l’annus horribilis 2015 » (Le Figaro, 9 décembre 2016). On peut être encore plus sévère et soutenir que les socialistes sont d’autant moins préparés à affronter les défis du nouveau siècle qu’ils n’ont pas compris le sens profond de la défaite de Lionel Jospin en 2002. Il y a cinq ans, François Hollande a bénéficié d’un classique vote de rejet mais s’est rapidement trouvé en décalage avec la société française secouée par le vaste mouvement populaire d’opposition à la loi Taubira.
Comme Lionel Jospin, candidat « moderne » qui avait voulu être le champion du « sociétal » faute de pouvoir continuer le combat social, François Hollande était le représentant des années quatre-vingt-dix – celles de l’Europe de Maastricht, de la mondialisation inéluctable, des gourous de la communication, des partis frères grecs, allemands, autrichiens, de la « génération morale » des potes de SOS Racisme devenus les apparatchiks du Parti socialiste. Manuel Valls, Arnaud Montebourg, Vincent Peillon et Benoît Hamon sont eux aussi les enfants de la fin du siècle passé où l’on croyait en toute bonne foi que la modernité était la fin de l’histoire, la fin de l’idéologie, la fin des vieilles structures familiales et des mœurs anciennes et qu’il suffisait de fustiger le Front national pour que le peuple revienne à sa nature première de « peuple de gauche ».
Les candidats à la primaire de gauche n’ont pas compris le sens des événements qui orientent le nouveau cours du monde : la démondialisation amorcée par la crise financière de 2008, la très classique confrontation des nations et des empires sous la fiction de la « communauté internationale », le retentissement de la crise grecque de 2015, le succès des mouvements « populistes » partout en Europe, le Brexit, l’élection de Donald Trump…
Ils n’écoutent pas les observateurs et les chercheurs de gauche qui pourraient leur fournir des repères – par exemple Hubert Védrine, les politologues Gaël Brustier et Laurent Bouvet, le géographe Christophe Guilluy… ou l’éditorialiste Jacques Julliard…
Le mythe de la fin de l’histoire les a rendus étrangers à l’histoire nationale et les jugements moralisateurs qu’ils portent sur la politique internationale comme sur la politique intérieure produisent des catastrophes et des échecs successifs qui les discréditent.
D’où le caractère technique de leurs confrontations publiques : les quatre principaux candidats à cette primaire débattent du 49-3, du CICE, du compte personnel d’activité, de la défiscalisation des heures supplémentaires, du revenu universel… tout en envoyant des messages plus ou moins bien codés, « autoritaires », « communautaristes », « sociétaux », « protectionnistes » à des segments de l’électorat de gauche comme s’ils étaient à la tribune d’un congrès.
Mais Manuel Valls, Benoît Hamon, Arnaud Montebourg et Vincent Peillon ne veulent pas voir que leur électorat potentiel, comme une large fraction de la population, est attiré par trois types de radicalités : celle du Front national et celle des Insoumis de Jean-Luc Mélenchon sont bien connues mais il faut y ajouter la radicalité de l’homme jeune. Emmanuel Macron ne remplit pas les salles sur son programme mais sur la promesse, physique, d’un rajeunissement. La gauche classique est bousculée par le nouveau venu, les droites risquent fort d’être dérangées.
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Monde
par Yves La Marck
Afrique : Hollande plébiscité
Le bilan africain de la présidence Hollande a été unanimement salué lors du sommet Afrique-France qui réunissait 30 chefs d’État africains à Bamako, capitale du Mali.
Le président français a fait ses adieux à l’Afrique le 14 janvier dans la capitale malienne. C’est le sixième président à le faire depuis la création de ces sommets institués en 1973. Selon le président en exercice de l’Union africaine, le Tchadien Idriss Deby, Hollande aurait été de tous « le plus honnête et le plus loyal ». Les autres ont dû apprécier. Parmi les chefs d’État africains, les plus anciens, quasi inamovibles, ont eu le temps de comparer. La question est au fond de savoir si le successeur à l’Élysée va poursuivre sur cette lancée. Le compliment est une forme de message à son adresse. Hollande a établi un record à relever.
Étrange destin pour un président au départ peu familier de l’Afrique subsaharienne et qui s’interrogeait en début de mandat sur la pérennité de ces sommets et en général de la « Françafrique » et sur le bien-fondé des interventions militaires françaises. Les huit premiers mois avaient été angoissants pour les pays africains soumis à des attaques : le Mali puis la Centrafrique.
L’Élysée se faisait tirer l’oreille, jurait qu’on ne l’y reprendrait pas. Tout a changé le 11 janvier 2013 quand Paris a décidé l’opération « Serval ». Les djihadistes contrôlaient le nord du Mali et pillaient Tombouctou sans qu’on leur cherche noise. Tout à coup ils franchissent la ligne rouge et lancent une offensive éclair sur Bamako. Il n’y a plus le choix. Et ça marche : Hollande est ravi. Il parlera du plus beau jour de sa vie politique.
Bientôt, dans l’enthousiasme de l’action, le président malien actuel, Ibrahim Boubakar Keita, lui doit une élection démocratique. La France avec quelques milliers d’hommes était encore capable en Afrique de renverser le cours de l’histoire et de changer les choses dans un sens heureux et, ici, de réparer certaines conséquences désastreuses de l’aventure libyenne. Hollande prend, ce jour-là, la stature présidentielle qu’on lui a tant contestée par ailleurs.
Dès décembre 2013, il réitère avec l’opération « Sangaris » en Centrafrique, qui a mobilisé 2500 soldats durant trois ans, laissant une situation en apparence stabilisée en octobre dernier (même si la Cour pénale spéciale qui doit juger les crimes de guerre à Bangui tarde à s’installer). Il doit donc beaucoup à l’Afrique et elle le lui a rendu : il est le premier président à avoir effectivement augmenté l’aide publique au développement, passée à vingt-trois milliards d’euros sur cinq ans, en stoppant la dispersion sur les autres continents.
Les réalités ne sont pas moins âpres. Les crises ont été militarisées. Or l’instrument militaire en opérations a atteint ses limites. On ne pourra pas tenir le rythme. Heureusement les Tchadiens pour ne citer qu’eux sont des alliés solides pour ce type d’interventions. On souhaiterait qu’il y en ait d’autres, ainsi qu’au plan européen.
Angela Merkel a récemment visité le Mali. Elle apprend. Il faut également plus de relais politiques et diplomatiques. L’Algérie n’accepte de médiation que du bout des lèvres. Un accord signé à Alger en 2014 avec les factions touarègues peine à s’appliquer. Le Maroc revient dans l’Union africaine. Mais cela ne compense pas le retrait du terrain de l’Égypte et, à l’autre bout du continent, de l’Afrique du Sud absorbée dans ses querelles internes. Le sommet de Bamako avait pour thèmes : « Partenariat, paix et émergence ». On ne voit pas bien quels sont les États qui jouent ouvertement le jeu dans ces trois domaines.
Si les moyens militaires et diplomatiques ne suivent pas toujours, les aspects économiques sont à la traîne. Les parts de marché des entreprises françaises ont encore chuté de près de moitié en dix ans (de 7 à 4 %). Elles se maintiennent autour de 12-15 % dans la zone franc, mais celle-ci, à nouveau, donne des signes de fatigue.
Si l’Afrique occidentale se porte plutôt bien, grâce au redressement de l’économie ivoirienne, ce n’est pas le cas de l’Afrique centrale au bord de la cessation de paiement. Quoique la parité du franc CFA soit la même dans les deux zones, les deux monnaies sont respectivement inconvertibles. Lors d’un sommet extraordinaire de la CEMAC (Communauté économique de l’Afrique centrale) à Yaoundé le 23 décembre dernier, le FMI a posé ses conditions pour un soutien au CFA d’Afrique centrale menacé de dévaluation (le franc CFA dans son ensemble avait été dévalué de 50 % en janvier 1994).
Bref François Hollande pourrait rétrospectivement se dire qu’il est parti à temps. Si on n’a encore que peu de visibilité sur son successeur, on sait déjà que l’Afrique, sa sécurité, sa stabilité, son développement, ses relations extérieures, n’ont jusqu’à présent pas figuré parmi les priorités des programmes des candidats déclarés, si ce n’est sous l’angle très négatif et démagogique de l’immigration. C’est une erreur qu’il faudrait corriger si on ne veut pas avoir à la regretter très vite.
BD
par Gihé
« Les Soviets » en couleur !
Dans le vaste monde des tintinophiles, tintinomanes et tintinologues, la sortie, le 11 janvier, de la version en couleur de Tintin au pays des Soviets a été vécue comme un moment exceptionnel. Quatre-vingt-huit ans après la première publication en noir et blanc et quarante-quatre après la première réédition, effectuée dans le cadre des Archives Hergé, cette mise à disposition auprès des amateurs « de 7 à 77 ans » prend un relief particulier.
D’un point de vue commercial, les 350 00 exemplaires imprimés constituent une aubaine pour Casterman. Cela va permettre de relancer une vente qui, pour l’ensemble des 24 titres, plafonnait annuellement à 500 000 pour les versions en langue française. Certes, beaucoup d’études, abondamment illustrées, sont publiées chez Moulinsart, le gestionnaire des droits, mais elles ne revêtent pas le caractère grand public des albums eux-mêmes. Pour être complet, rappelons que, depuis la création de Tintin, 230 millions d’albums ont été vendus à travers le monde, en 77 langues — la dernière traduction étant Los cigarros del faraon, Les Cigares du pharaon en languedocien.
Mais, contrairement à certains, on ne verra pas dans cette opération uniquement l’appât du gain. Le travail accompli non seulement apparaît d’excellente qualité, avec des teintes plutôt pastel sur un papier légèrement jaune, l’ensemble valorisant le trait d’Hergé ; du coup, on perçoit mieux la continuité avec les albums qui ont suivi et on discerne bien ce qui sera ensuite dénommé « la ligne claire ». Quant au fond de l’histoire, on doit constater que certains critiques et lecteurs n’ont toujours pas digéré qu’Hergé se soit livré à une charge antibolchévique finalement pas si éloignée de la réalité, comme l’avait bien noté Hélène Carrère d’Encausse dès 1999. Un seul regret : que n’ait pas été reprise la page qui devrait figurer entre les folios 101 et 102 : publiée dans Le Petit Vingtième, elle avait disparu dans l’album de 1930, tout comme dans les rééditions modernes.
Ajoutons que, au moment où se clôt l’exposition du Grand Palais à Paris, dont l’avant-dernière salle était consacrée à Tintin au pays des Soviets, on ne peut qu’apprécier ce nouvel apport à la connaissance du grand artiste que fut Hergé. Toujours modeste, celui-ci reléguait cet album parmi ses œuvres de jeunesse — il avait alors 21 ans — alors que s’y trouvent les ingrédients qui vont établir sa renommée, de l’ancrage dans les réalités du moment à la précision de certains détails, comme ceux concernant les voitures. Enfin, force est d’admettre qu’une édition en couleur reste davantage susceptible d’atteindre un public jeune qui n’a pas encore intégré les subtilités du noir et blanc et qui n’a pas encore appris le charme de la recherche des anciennes versions.
Gihé
Hergé, Tintin au pays des Soviets, Tournai / Bruxelles / Paris, Casterman / Éditions Moulinsart, 2017, 144 pages
Hergé, l’exposition de papier, Bruxelles / Paris / Éditions Moulinsart / Réunion des Musées nationaux, 2016, 48 pages
Humeur
par Erwan Violin
L’éternel retour
Chaque saison a ses plaisirs, et ses dangers. La télévision, grande dévoreuse d’images, nous propose à longueur de journal télévisé, les mêmes images de villages sous la neige, de routes verglacés et de batailles de boules de neiges. Le plus souvent, nous oublions que nous avons eu droit aux mêmes images et aux mêmes commentaires l’année dernière, et les années précédentes. A vrai dire, les commentateurs ne cherchent guère l’originalité non plus et leurs propos auraient très bien pu être tenus dans le journal télévisé d’il y a dix ans, comme nous revoyons en boucle de vieilles séries dont nous connaissons par cœur chaque épisode.
Finalement, la télévision n’a peut-être été crée que pour nous faire croire à l’éternel retour.
Livres
par Catherine Pauchet
Roman
Chasse à l’homme
Bill Reed espérait avoir enterré son passé mais, au fond de lui, il n’y croyait guère. Aujourd’hui il réside dans l’Idaho, au cœur des Montagnes rocheuses. Avec son épouse, vétérinaire, il dirige un refuge pour animaux blessés. Une vie simple, en pleine nature, bousculée par les tempêtes de neige. Avant il était un paumé. Il buvait, se droguait, s’endettait au jeu ; il commettait des larcins. Pour effacer ses erreurs de jeunesse et entamé une seconde vie, il avait traversé les Etats-Unis et menti à ses proches. A présent qu’il a gagné l’estime de tous, un ancien acolyte sorti de prison se rappelle à lui. Dans ce roman où la nature est un personnage à part entière, Christian Kieffer nous entraîne dans une chasse à l’homme mémorable.
« Les animaux », Christian Kieffer, Albin Michel, 386 p, 25 €.
Essai
Tout en nuances
Ecrit en 1933, cet essai sur le clair-obscur dans l’esthétique japonaise par contraste avec la lumière si recherchée dans l’art occidental est réédité dans une nouvelle traduction. A l’origine de ce texte, il y a l’installation de Jun’ichirô Tanizaki dans une maison à rénover et sa volonté de trouver un équilibre entre la tradition domestique et la modernité apportée par l’électricité. Puis l’auteur étend sa réflexion à l’architecture et aux matières, à la cérémonie du thé et aux couleurs des pâtes de fruits, aux costumes du kabuki et aux femmes magnifiées par les ombres. Un écrit autant philosophique que poétique.
« Louange de l’ombre », Jun’ichirô Tanizaki, éditions Philippe Picquier, 112 p., 17 €.
Histoire
Eruption volcanique
Avril 1815. Soudain le volcan Tambora se réveille. Sur l’île de Sumbawa (Indonésie), la population entend son grondement à des kilomètres avant qu’il ne crache son soufre maléfique jusque dans la stratosphère. L’impact de l’éruption se ressentira à travers le monde. En 1816, sécheresse et pluie diluvienne se succèdent, il gèle l’été. En Asie, faute de riz, les paysans affamés se reconvertissent dans la culture de l’opium et une épidémie de choléra atteint la Russie. En Europe, la famine puis le typhus poussent les pauvres à la révolte et à l’exil : ce sera la première vague d’émigration irlandaise vers les Etats-Unis. Plus étonnant, cette catastrophe climatique et humaine donnera à Mary Shelley l’idée de Frankenstein.
« L’année sans été », Gillen d’Arcy Wood, La Découverte, 304 p., 22 €.
Revue
Molière
Toujours moderne Molière, malgré les siècles. Il s’est moqué des dévots et du sectarisme (Tartuffe), a plaidé pour l’émancipation féminine (L’Ecole des femmes), a défendu la liberté d’écriture contre l’académisme dans ses comédies ; il a su se jouer de la censure. Le Magazine littéraire lui consacre un dossier avec une interview de Fabrice Luchini. Au sommaire aussi : un portrait de Sylvain Tesson, un grand entretien avec Daniel Pennac à propos du retour de Malaussène, Blaise Pascal, Arthur Miller…
« Molière », Le Magazine littéraire, janvier 2017, 6,20 €. En kiosque.
Cinéma
par Marie-Christine Renaud d’André
La Grande Muraille
William Garin, un mercenaire cupide, se trouve en Chine, à la recherche de la poudre noire. Nous sommes au XIIe siècle, et ce produit est une arme inconnue des Occidentaux. Quand il arrive au pied d’une immense muraille, il est fait prisonnier par des soldats de l’Ordre Sans Nom, qui sont chargés de protéger la Grande Muraille contre les hordes de TaoTei, ces créatures fantastiques et monstrueuses qui dévorent les humains et les attaquent tous les 60 ans.
Cette merveille de l’humanité, d’une longueur d’environ 2 225 km et dont la construction a duré plus de 1 500 ans, a rarement été prise comme décor pour un film. C’est donc le principal atout de cette œuvre spectaculaire, dirigée par Zhang Yimou (Épouses et concubines, Hero, Le secret des poignards volants) qui offre une superbe plongée dans la culture chinoise. Et l’on reste ébloui par tant de scènes spectaculaires, avec des décors et costumes splendides. Mais ce qui fascine le plus, ce sont ces armes singulières (mais authentiques !), utilisées par les Chinois de l’époque pour se défendre. Mené à un rythme soutenu, ce film spectaculaire est un bonheur pour les yeux, même si l’histoire et la psychologie des personnages ne sont guère développées.
Ces animaux fantastiques représentent, dans la mythologie chinoise, l’avidité, la cupidité et la rapacité des hommes. Ce que le héros finit par comprendre, et il peut vivre ainsi une évolution très positive, avec une fin surprenante. Mais, comme il se doit dans une guerre, il y a quelques violences… superbement chorégraphiées.
Aventures fantastiques américano-chinoises en 3D (2016) de Zhang Yimou, avec Matt Damon (William Garin), Pedro Pascal (Pero Tovar), Jing Tian (le commandant Lin Mae), Willem Dafoe (Ballard), Hanyu Zhang (le général Shao), Lu Han (Peng Yong) (1h44). (Adolescents) Sortie le 11 janvier 2017.
Un sac de billes
Pendant l’Occupation, le jeune Joseph mène une vie heureuse, avec ses parents et ses trois frères. Mais le jour où les Allemands décident de faire porter une étoile jaune aux Juifs, il découvre ce que veut dire être Juif. Son père, comprend que la situation devient dangereuse pour eux, et il décide de quitter Paris pour Nice, mais séparément, pour ne pas se faire repérer. C’est ainsi que Joseph part sur les routes, seul avec son frère Maurice, à peine plus âgé que lui.
Si la Seconde Guerre mondiale a inspiré les cinéastes, rares sont ceux qui l’ont fait à hauteur d’enfant. Ce film bouleversant est l’adaptation des Mémoires best-seller de Joseph Joffo, déjà portés à l’écran par Jacques Doillon, en 1975. C’est le Québécois Christian Duguay (Belle et Sébastien, l’aventure continue, Jappeloup) qui a mis en scène ces deux enfants livrés à eux-mêmes sur les routes d’une France dévastée. La reconstitution de l’époque est très soignée, et quelques touches d’humour viennent alléger une histoire terrible. Et l’on demeure stupéfait du courage et de l’astuce de ce jeune enfant, qui réussit à se sortir de toutes les situations les plus difficiles, soutenu par les conseils judicieux de son père chéri.
Les jeunes Dorian Le Clech et Batyste Fleurial Palmieri sont impressionnants de naturel et de spontanéité. Mais il y a des longueurs et une musique envahissante.
Le courage de ces deux gamins, leur droiture et leur sens du pardon forcent le respect. Et, pour une fois, le film montre comment les prêtres et les institutions catholiques se battent pour sauver ces jeunes Juifs. Mais il y a quelques violences inévitables.
Drame franco-canadien (2017) de Christian Duguay, d’après Joseph Joffo, avec Dorian Le Clech (Joseph), Batyste Fleurial Palmieri (Maurice), Patrick Bruel (Roman), Elsa Zylberstein (Anna), Bernard Campan (Ambroise Mancelier), Kev Adams (Ferdinand), Christian Clavier (le docteur Rosen) (1h50). (Adolescents) Sortie le 18 janvier 2017.
Live By Night
Son passage dans l’armée, lors de la Première Guerre mondiale, a rendu Joe Coughlin réfractaire à toute autorité et à toute légalité. Il est donc devenu un braqueur de banques.
Dans cette adaptation de Dennis Lehane, Ben Affleck fait revivre, dans un film nerveux et haletant, les mafias de la Prohibition, avec ses gangs rivaux qui se livrent une guerre sans merci. Mais, dans la seconde partie, il verse dans le mélo romanesque, et confère à son œuvre très violente une belle touche d’émotion. Cependant, il y a trop de scènes inutiles et de longueurs.
Si la violence est très pénible, le racisme affreux, en particulier avec la présence haineuse de membres du Ku Klux Klan, et la sensualité bien présente, l’évolution positive du héros est très émouvante.
Thriller américain (2016) de Ben Affleck, d’après Dennis Lehane, avec Ben Affleck (Joe Coughlin), Zoe Saldana (Graciella Suarez), Elle Fanning (Loretta Figgis), Sienna Miller (Emma Gould), Brendan Gleeson (Thomas Coughlin) (2h09). (Adultes) Sortie le 18 janvier 2017.
Le chiffre de la semaine
179,1 millions
C’est le nombre de bouteilles de cognac vendues à l’exportation en 2016, selon les chiffres publiés par le Bureau national interprofessionnel du cognac (BNIC). Ce chiffre équivaut à un montant de 2,76 milliards d’euros. Les expéditions enregistrent une progression en volume de 6% et, en valeur, de 6,8% pour la deuxième année consécutive. C’est la sixième année d’affilée pour laquelle la barre des 2 millions d’euros a été franchie.
L’essentiel de cette progression est à mettre au compte de l’ALENA (zone de libre-échange nord-américain) avec 77,3 millions de bouteilles expédiées, soit une augmentation de 14,2% en volume. Les USA se taillent la part du lion avec 74,1 millions de bouteilles expédiés en 2016.
D’un jour à l’autre
France
Tempête
Le 12 janvier, près de 200 000 personnes ont été privées d’électricité suite à la tempête dans l’Ouest de la France. Le même jour, la rosace de la cathédrale de Soissons a été soufflée par le vent et a endommagé l’orgue dans sa chute.
Abattoirs
Les députés ont rétabli l’installation de caméras de surveillance, à partir du 1er janvier 2018, dans les 263 abattoirs français, dans le projet de loi sur l’abattage des animaux qu’ils discutaient le 12 janvier.
Viande
Pour la première fois depuis 1998, les États-Unis autorisent l’importation de viande bovine française.
Automobile
Le parquet de Paris a ouvert une enquête sur les moteurs diesel de Renault dont les tests de pollution auraient pu être truqués.
La vignette « Crit’Air » est entrée en vigueur à Paris le 16 janvier. Le site Internet où l’obtenir était aux abonnés absents les 15 et 16…
Espace
Le 13 janvier, le spationaute français Thomas Pesquet a effectué une mission de 6 heures à l’extérieur du vaisseau spatial international en compagnie de son homologue américain.
Alcool
Les exportations de cognac ont établi un record en 2016 : 179,1 millions de bouteilles pour 2,76 milliards d’euros.
Gauche
Le Conseil national du Parti communiste a investi, le 14 janvier, ses 253 premiers candidats aux législatives. Jean-Luc Mélenchon a annoncé qu’il disposait de 517 parrainages pour sa candidature à l’élection présidentielle (500 sont nécessaires). Il sera en meeting à Lyon le 5 février et à Paris en même temps grâce à un hologramme. Gérard Filoche a apporté son soutien à Arnaud Montebourg.
Justice
Le 11 janvier, à Saint-Herblain (Loire-Atlantique), David, 8 ans, est mort noyé dans une baignoire. Sa mère, originaire de Côte d’Ivoire, et son compagnon ont été inculpés d’actes de torture et de barbarie. Deux hommes âgés de 24 et 25 ans ont été mis en examen le 15 janvier pour « viol et vol accompagnés d’actes de torture et de barbarie » sur une octogénaire à Château-Thierry (Aisne). La victime est vivante.
Disparition
Le célèbre avocat pénaliste Paul Lombard est mort le 15 janvier à 89 ans.
Monde
Afrique
La 27e réunion Afrique-France s’est tenue au Mali le week-end dernier avec François Hollande et une trentaine de chefs d’État africains. Le 15 janvier, le président élu de Gambie, Adama Barrow, a quitté Bamako pour Dakar plutôt que de rentrer à Banjul où le mandat du président Yahya Jammeh se terminait en principe le 19 janvier.
Automobile
Les autorités américaines accusent Fiat-Chrysler d’avoir utilisé un logiciel pour truquer les tests de pollution de certains de ses modèles. La firme allemande Volkswagen a négocié une amende de 4,3 milliards de dollars pour limiter les poursuites dont elle fait l’objet aux États-Unis sur ce même sujet des logiciels truqueurs.
Syrie
Le 14 janvier, malgré des frappes aériennes russes et américaines, le groupe djihadiste État islamique s’est emparé d’un nouveau quartier de Deir ez-Zor où l’armée syrienne garde le contrôle d’un peu plus de 35 % de la ville habités par près de 100 000 personnes.
Turquie
Le Parlement a voté avec la majorité des 3/5es requise, le 15 janvier, en première lecture, les 18 articles de la réforme des institutions voulue par le président Erdogan qui devrait être soumise à référendum le 3 novembre 2019. Une deuxième lecture était prévue pour le 18 janvier.
Optique
Le français Essilor, n°1 mondial de l’optique ophtalmologique, et l’italien Luxottica, premier fabricant mondial de montures de lunettes ont annoncé leur prochaine fusion qui constituera un groupe de 140 000 salariés et 16 milliards d’euros de chiffres d’affaires. L’Italien Leonardo Del Vecchio, 81 ans, sera le premier actionnaire de l’ensemble avec 31 % du capital qui pèse 46 milliards d’euros.
Corée du sud
La justice devait dire, le 18 janvier, si l’héritier du groupe Samsung, Lee Jae-yong, devait être incarcéré à la demande des policiers qui enquêtent sur un scandale de corruption (34,2 millions d’euros) qui a déjà provoqué la destitution par le Parle-ment de la présidente Park Geun-hye, dont la confidente Choi Soon-sil rançonnait les principaux conglomérats coréens.
Brésil
Une trentaine de détenus ont été tués le 15 janvier lors d’une émeute dans la prison d’Alcaçuz (Rio Grande do Norte). Des évasions massives ont eu lieu dans d’autres prisons.
Sports
Football
Monaaco a pris la tête du classement en battant Marseille par 1 à 4 lors de la 20ème journé du championnat de Ligue 1. Nice tenu en échec par Metz (0 à 0) reste en 2ème position.
Sport automobile
Le 14 janvier à Buenos Aires, Stéphane Peterhansel (Peugeot) a remporté le Dakar auto (c’est sa 13e victoire sur le Dakar : 6 en moto et 7 en auto) devant Sébastien Loeb (Peugeot). Le Dakar moto a été gagné par Sam Sunderland (KTM).
Plantes
par Pascal Lambot
La chicorée sauvage.
(cichorium intybus).
Très commune dans les campagnes, avant les désherbants, on l’a surnommait chicoraille, herbe à café, herbe amère, intybe. Elle a pour origine l’Europe, l’Afrique du Nord et l’Asie. De la famille des astéracées, cette composée attire les regards, d’août à septembre, par de grandes fleurs bleues ou blanchâtres, tantôt solitaires, tantôt disposées deux à deux, le long des tiges ou à l’extrémité des rameaux. Comme beaucoup de fleurs elles se referment à la tombée de la nuit ou par temps de pluie. Ses longues tiges portent des longues feuilles fortement découpées à la base, puis lancéolées et embrassant la tige. Les feuilles du haut étant réduites à des bractées, les fruits (akènes à aigrettes) sont surmontés d’une couronne de poils écailleux très courts. La racine est pivotante.
Cette racine desséchée, puis torréfiée, est ensuite broyée, ce qui nous donne la chicorée qui peut remplacer le café, et, est même parfois mélangée à ce dernier pour en diminuer la force en caféine.
La poudre de racine de chicorée est très saine, son infusion s’emploie avec avantage pour tonifier l’intestin, combattre la constipation, relever l’appétit, ranimer les fonctions languissantes. Elle rend d’incontestables services dans les engorgements du foie et de la rate et les affections chroniques de la peau.
L’infusion des feuilles est apéritive, diurétique, laxative et fébrifuge. On l’a recommande contre les coliques hépatiques ou intestinales, la goutte, l’hydropisie, la gravelle et dans le traitement des fièvres.
Contre la constipation des bébés on peut à partir du suc filtré de la chicorée sauvage, faire un sirop.
En tisane, elle combat les rhumes. toux et autres affections de poitrine.
Elle est à l’origine de nombreux cultivars, chicorée frisée, scarole, endives…
Elle se sème, en place, d’avril à mai, dans des sols frais et profonds.
La racine de la chicorée sauvage, comme toutes les chicorées, peut être replantée à l’automne, dans un endroit sombre et sablonneux, pour donner des feuilles blanches et très tendres que l’on nomme barbe-de-capucin, qui constitue une salade, certes un peu amère mais très agréable et saine.
La France est le plus gros producteur d’endives au monde. Les principales régions de production étant le Nord, la Picardie et la Bretagne.
Pour aider à la digestion de vos bons repas, rien de tel qu’une petite cure de chicorée sauvage !

