L’événement – 1
par Serge Plenier
Quel air pour quelles villes ?
La pollution est de retour, et avec elle toute une série mesures destinées à limiter la circulation automobile dans les grandes agglomérations. Alors que se met en place la fameuse vignette Crit’Air destinée à distinguer les véhicules plus ou moins producteurs de particules fines, Paris et Lyon font déjà l’objet de mesures spécifiques avec la « circulation différenciée » pour la capitale et 69 communes limitrophes, et la circulation alternée selon les plaques d’immatriculation pour Lyon et Villeurbanne.
Nul ne conteste la nécessité de lutter contre la pollution atmosphérique, ne serait-ce que pour des raisons de santé publique. Du reste, les mesures prises en France peuvent paraître timides en comparaison de ce qui se fait dans d’autres métropoles mondiales. Il suffit de penser au péage urbain institué à Londres dès 2003. Partout, on se préoccupe de diminuer l’importance de l’automobile individuelle au profit des transports en commun « propres » tels que le tramway.
Pourtant, l’ensemble des mesures adoptées à Lyon et surtout à Paris, laisse un étrange arrière-goût. Bien sûr, les véhicules anciens polluent plus que les derniers modèles (de préférence hybrides ou électriques) ; mais leur propriétaire n’a pas forcément les moyens de se procurer un véhicule plus récent et les transports en commun ont leurs limites, qu’il s’agisse des horaires ou de l’impossibilité de se déplacer avec des objets sensibles ou trop encombrants. La lutte pour la qualité de l’air doit-elle passer par la discrimination sociale ?
Surtout, l’un des effets des mesures mises en œuvre est d’interdire les grandes agglomérations à une proportion non négligeable de la population rurale ou périurbaine. D’une certaine façon, les grandes villes se sanctuarisent au détriment des territoires qui les environnent. Et ce qui est vrai de Paris ou de Lyon risque de bientôt l’être pour d’autres agglomérations importantes. Insensiblement, nous en arrivons à des centres urbains réservés à certaines catégories favorisées, les autres populations (les « invisibles ») étant implacablement rejetées vers les périphéries plus ou moins lointaines. Le souci de l’air pur va achever ce que la flambée de l’immobilier a commencé. On a vu mieux en matière d’aménagement du territoire.
Il serait peut-être utile de se rappeler que l’écologie est aussi un enjeu de société.
L’événement – 2
par Jean Étèvenaux
La primaire de la gauche confirme son recul
Le Figaro et Libération ont à peu près titré de façon semblable leurs éditions du lundi 23 janvier, mettant en exergue l’opposition des « deux gauches » représentées par les finalistes de la primaire organisée par le Ps. Benoît Hamon, le « frondeur » qui s’était montré le mieux structuré et qui propose pour chacun un « revenu universel », a recueilli 36, 2 % des suffrages et Manuel Valls, l’ancien Premier ministre qui veut rassembler la gauche tout en incarnant une attitude « responsable », 31, 2 %. Mais l’enthousiasme aura été le grand absent de cette consultation.
Force est en effet de constater le courage des électeurs qui s’affichent de gauche. Certes, sur le fond, ce courant profond de la société française aura toujours légitimement à s’exprimer. Mais s’y engager aujourd’hui semble surtout amener incertitude ou déception, avec l’éparpillement des options proposées et, au moins autant, de ceux censés les personnifier. Voilà pourquoi ce premier tour n’est pas apparu comme très attrayant, avec seulement 1,7 million de participants contre 2,6 en 2011 et, davantage encore, 4, 4 millions pour le centre et la droite en novembre dernier.
Pourtant, les sept candidats officiels — quatre socialistes, deux écologistes et une radicale de gauche — ne recouvraient pas toute la gamme des sensibilités : Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron n’y concouraient pas, de même que divers tenants de l’extrême gauche, trotskiste ou pas, ou de l’« écologie politique ». La faible participation semble également montrer un sentiment oscillant entre désarroi et déroute, assez éloigné des espoirs de la Belle Alliance populaire. On peut enfin supposer que seuls les plus motivés idéologiquement ont voté, les autres se partageant entre le découragement engendré par un président démonétisé et l’espoir placé dans un Emmanuel Macron devenu la nouvelle auberge espagnole de la politique.
Pour le second tour, les jeux se trouvent loin d’être accomplis. Il faut tenir compte du fait que le troisième homme, Arnaud Montebourg (17, 9 %), a appelé à voter pour Benoît Hamon. On peut penser que, plus généralement, va jouer la dynamique du « tout sauf Valls » et que celui-ci va se trouver écartelé entre sa première image de représentant de la droite du Ps, de chef de gouvernement de François Hollande et de rassembleur des diverses tendances du Ps. En outre, en prévision de la présidentielle, il doit empêcher les électeurs de rejoindre, sur sa gauche, Jean-Luc Mélenchon et, sur sa droite, Emmanuel Macron ; il lui faudra néanmoins éviter l’erreur d’Alain Juppé qui avait mené une campagne présidentielle alors qu’il ne s’agissait que d’une primaire.
La suite reste jalonnée d’incertitudes. D’autant que se profile toujours le spectre de 2002, où la gauche avait été éliminée du second tour de la présidentielle. À l’époque, le Front national représentait 18 % des voix alors que, aujourd’hui, il se situe aux alentours de 25 %. Un sondage Ipsos donne d’ailleurs Benoît Hamon ou Manuel Valls en cinquième position au premier tour…
Politiques
par Alice Tulle
Quand Hamon paraît
La victoire de Benoît Hamon, l’un des représentants de l’aile gauche, sur Manuel Valls, ne donne pas d’indications pour la présidentielle. C’est l’avenir du Parti socialiste qui est en jeu.
La mobilisation pour cette primaire a été moins importante qu’il y a cinq ans (entre 1,6 et 1,7 million de votants — les décomptes n’étant pas définitifs au moment où nous écrivons – contre 2,6 millions en 2012) mais ce n’est pas l’humiliation que la direction socialiste redoutait. Les résultats ne disent rien quant à l’élection présidentielle : pour des raisons qui touchent à la sociologie de l’électorat socialiste et à la répartition des bureaux de vote, ce sont surtout les habitants des villes qui ont voté et ce sont les jeunes électeurs de la gauche urbaine et diplômée qui ont assuré la victoire de Benoît Hamon avec près de 35 % des suffrages devant l’ancien Premier ministre avec moins de 32 %.
Comme prévu, les candidats écologistes – François de Rugy (3,49 %) et Jean-Luc Bennahmias (1,6 %) – ont été écrasés, de même Sylvie Pinel (2,1 %), la candidate des radicaux de gauche. C’est la question de l’avenir du Parti socialiste qui était au cœur des enjeux de la primaire – non l’avenir de la gauche en France qui se décide depuis trois mois dans une autre bataille, avec les percées d’Emmanuel Macron et de Jean-Luc Mélenchon. Il faut aussi noter que Vincent Peillon a été éliminé avec un très mauvais score (6,48 %) mais de bons connaisseurs de l’appareil socialiste assurent qu’il a rempli sa mission suicidaire : prendre des voix à Manuel Valls qui se retrouve en deuxième position. C’est sans doute vrai mais l’ancien Premier ministre subit d’abord les conséquences de l’échec du quinquennat de François Hollande auquel il reste associé. La cinglante défaite d’Arnaud Montebourg (moins de 18 %), pourtant donné comme l’un des grands favoris, s’explique par la campagne en demi-teinte souverainiste d’un homme qui ne paraît pas en mesure de diriger le Parti socialiste dans une tempête qui va croître en intensité.
Beaucoup annoncent d’ailleurs la disparition dès l’été 2017 du parti fondé en juin 1971 au congrès d’Épinay. Mais, s’il est vrai que le vieux vaisseau est à la dérive et se couche sous les bourrasques, l’équipage, lui, ne veut pas mourir. Le PS n’est plus un parti de militants mais un parti d’élus et de fonctionnaires ou d’assistants rétribués qui travaillent pour ces élus. Pour survivre aux législatives de juin, qui s’annoncent catastrophiques, il faut résister au naufrage lors de la présidentielle. Mais avec quel candidat ? Les socialistes sont à la peine.
Vincent Peillon, trop gaffeur, et Arnaud Montebourg, trop fragile pour sauver l’appareil, ont été écartés. Manuel Valls bénéficie d’une réputation d’autorité et d’une pugnacité qui peuvent lui permettre de sauver les apparences à la présidentielle et de refonder ensuite un parti social-libéral mais l’aile gauche, sociale (le revenu universel proposé par Benoît Hamon) et industrialiste (Arnaud Montebourg qui s’est rallié au vainqueur de la primaire) se sentira abandonnée et pourrait alors regarder vers Jean-Luc Mélenchon.
De son côté, Benoît Hamon ne manque pas d’atouts. Ce catholique breton milite au Parti socialiste depuis 1986 et il s’était presque naturellement inscrit dans le courant rocardien – celui de la deuxième gauche inspirée par le christianisme social. Il a gravi toutes les marches de l’appareil et conquis tous ses grades avant d’être par deux fois ministre au cours du présent quinquennat. Mais la victoire de Benoît Hamon au second tour de la primaire provoquerait, au sein de l’aile droite, des ralliements massifs à Emmanuel Macron.
Subir l’attraction macronienne avant la présidentielle, ou subir l’attraction mélenchonienne après le mois de juin ? En l’une ou l’autre pince de la tenaille, le choix ne peut être que douloureux…
Monde
par Yves La Marck
L’administration Trump
Investi le 20 janvier, le 45e président des États-Unis inaugure une nouvelle administration mais aussi un transfert de pouvoir de Washington au « peuple américain ».
La cérémonie d’ «inauguration » fut haute en couleurs. Tous les rituels de cette grand-messe de la religion civile et patriotique ont été respectés. Les bénédictions ont été prononcées par le cardinal Dolan, archevêque de New York, aux côtés de Franklin Graham, fils du célèbre Billy Graham, d’une télé-évangéliste de Floride, d’un pasteur latino de l’Évangile de la prospérité, d’un révérend afro-américain de Détroit et d’un rabbin du centre Simon-Wiesenthal.
Le plus vieux (il est né le 14 juin 1946 à New York) président accédant au pouvoir étant aussi le plus prolifique, (3 épouses successives, 5 enfants) plus qu’un homme ou un couple, on a eu le sentiment que c’est une famille élargie, une véritable dynastie, qui entre avec lui à la Maison-Blanche. N’a-t-il pas nommé sa fille aînée, Ivanka, et le mari de celle-ci, Jared Kushner, ses proches conseillers ? Il faut revenir à l’ère Kennedy inaugurée en 1961 pour trouver un précédent, une autre grande tribu de milliardaires (le frère du président était ministre de la Justice).
Au-delà de la famille, ce sont 4 000 postes de responsabilité qui, en vertu du système des dépouilles, sont renouvelés. Le président élu avait défendu un programme de diminution du nombre des administrations : de fait il a nommé à la tête de certaines d’entre elles des opposants notoires au tout-État. Des agences comme celles de l’Énergie, de l’Environnement ou du Logement et du Développement urbain pourraient être supprimées. Les départements de la Santé et de l’Éducation seront dirigés par des libéraux qui veulent respectivement se débarrasser de l’assurance maladie universelle dite Obamacare et briser le monopole de l’école publique. En économie, Trump a promu les dérégulateurs financiers en parallèle aux protectionnistes.
En réalité, il a composé son entourage de telle façon qu’il y ait une forme d’équilibre entre conservateurs et libertariens, entre modérés et extrémistes, ou plutôt entre expérience et invention. Pour la première fois, le pourcentage des membres du cabinet et postes du niveau cabinet possédant une expérience politique n’est que légèrement supérieur à 50 %. Ce qui veut dire que le nombre de nominations parmi la société civile lui est à peu près équivalent, alors que sous les présidents antérieurs, l’ensemble des fonctions étaient réservées aux politiques sauf rares exceptions. Deux sénateurs, quatre représentants, deux gouverneurs, deux ex-gouverneurs, ce n’est pas faire preuve d’inexpérience politique, mais on imagine la réaction si un Premier ministre en France faisait appel au président de Total comme ministre des Affaires étrangères, à celui d’AXA pour les Finances et nommait un ancien chef d’état-major à la Défense. Sauf qu’en France le gouvernement est parlementaire donc responsable devant l’Assemblée Nationale alors qu’aux États-Unis, régime présidentiel, le cabinet n’est responsable que devant le président.
Les deux personnes exerçant les plus hautes responsabilités à la Défense et aux Affaires étrangères sont reconnues comme les plus expérimentées : respectivement le général James Mattis, ex-commandant en chef du Commandement central de l’OTAN en charge de sa transformation, Rex Tillerson, jusque-là PDG d’Exxon-Mobil. Or en face d’eux Trump a mis en place des spécialistes de la provocation redoutés de beaucoup, fertiles en gaffes ou débordements plus ou moins maîtrisés, comme Steve Bannon, communicateur versé dans la polémique, fondateur de Breitbart News, chaîne de contre-information, ou le général Mike Flynn, qui avait publié en 2015 un ouvrage controversé sur « la guerre globale contre l’islam radical » (pour l’anecdote, les deux sont catholiques pratiquants au sein d’un cabinet largement dominé par des protestants évangéliques).
Autre trait de ce cabinet : sa provincialisation. Personne des deux côtes ou des États les plus peuplés. Les politiques sont issus d’une minorité d’États petits ou moyens de l’Amérique profonde que l’étranger ne connaît pas et qui ne connaît pas l’étranger mais qui est représentative d’un électorat où le vote se compte non par tête mais par États comme Hillary Clinton l’a appris à ses dépens.
L’entrée de Donald Trump à la Maison-Blanche marque donc un complet rééquilibrage dans l’administration du pays et l’image que désormais il veut projeter dans le reste du monde.
Clefs
par Jean Étèvenaux
Gounod chez soi grâce au Met
Le 21 janvier, après le Nabucco de Verdi et en attendant La Belle au bois dormant et Le lac des cygnes de Tchaïkovski, le Metropolitan Opera de New York a proposé aux spectateurs d’un certain nombre de cinémas en France et ailleurs — 350 000 personnes dans 70 pays — le Roméo et Juliette de Charles Gounod, avec un livret de Jules Barbier et Michel Carré. Cette production, qui reprend un des opéras les plus populaires depuis sa création, a été retransmise par satellite, en image hd et son 5.1, ce qui a assuré une qualité et un confort de vision et d’écoute à peine troublés par une petite difficulté en fin d’émission. L’ensemble a représenté quelque trois heures d’affilée, comprenant un long entracte heureusement ponctué d’interviews, en anglais, et de visites dans les coulisses de ce qui se désigne de plus en plus simplement comme le Met.
Au-delà de l’exploit technique et de la sensation de se sentir en communion avec des centaines de milliers d’autres spectateurs, il faut saluer la beauté et la qualité de ce qui a été offert. On peut même ajouter que l’œil de la caméra, tout en ne négligeant pas les panoramas et les vues de groupes, permettait de se fixer sur une expression, un air ou un costume de manière que, depuis sa place dans l’enceinte new-yorkaise, le simple spectateur n’aurait pu espérer. On se réjouira des sous-titres projetés sur l’écran en français qui, malgré de rares erreurs, aidaient à suivre les répliques certes bien prononcées des interprètes, mais pas toujours aisées à décrypter car chantées.
En n’oubliant pas que le thème de Roméo et Juliette a inspiré beaucoup d’auteurs et de musiciens — on dénombre pas moins de vingt-quatre opéras — et que les adaptations les plus diverses en ont été tirées, on rappellera que Gounod, volontiers présenté outre-Atlantique, comme un héraut du romantisme, s’est montré parmi les plus fidèles à l’esprit de Shakespeare. Au niveau de l’interprétation, on applaudira sans réserve au jeu de la soprano allemande Diana Damrau et du ténor italien Vittorio Grigolo, dirigés par Gianandrea Noseda ; il faut néanmoins savoir que d’autres artistes sont amenés, cette saison, à tenir les mêmes rôles au Metropolitan Opera.
On peut certes formuler quelques interrogations. Pourquoi, par exemple, avoir situé l’action dans l’Italie du XVIIIe siècle alors que la saga des Capulet et des Montaigu avait pour cadre le Quattrocento des débuts de la Renaissance et qu’elle apparaît dans l’histoire littéraire anglaise à la fin du XVIe, notamment avec Shakespeare ? Pourquoi, aussi, osciller entre le style mélodramatique de certaines scènes, renforcé par certains maquillages très appuyés, et une approche plus réaliste exprimée par les décors et les habits ? Mais ce ne sont que détails.
La liste des cinémas Pathé et Gaumont assurant ces retransmissions en région parisienne et ailleurs en France, généralement en direct, ainsi que les possibilités de réservation sont disponibles sur www.cinémasgaumontpathe.com
Humeur
par Erwan Violin
A tu et à toi
Les primaires sont une belle chose. Cela ressemble beaucoup à une vraie élection avec des candidats de différents partis qui débattent, généralement fort courtoisement.
On est aussi courtois, lors des débats d’une primaire, mais il s’y mêle quelque chose de plus, une familiarité, fort naturelle d’ailleurs à ces membres d’un même parti, ayant bien souvent milité côte à côte. On débat, on discute, mais entre vieux camarades. Parfois même, on se laisse un peu aller.
Finalement, ce qui distingue un débat de primaire, c’est peut-être tout simplement que l’on peut y tutoyer l’adversaire.
Livres
par Catherine Pauchet
Roman
Rêves brisés
Avec un père autoritaire et une mère soumise, Justine a grandi inquiète et sans joie. Elle tombe amoureuse d’Alex, beau gosse et bohème, mais épousera son frère, Nicolas. Un mari solide qui lui apporte ce qui lui a tant manqué : l’amour et la stabilité. Tous deux ont une bonne situation : il est directeur financier, elle est infirmière en psychiatrie ; ils auront deux enfants. Puis Nicolas est licencié. Dévalorisé et humilié, il entre en dépression tandis que Justine voit affluer les brisés par la crise économique. La vie dont il rêvait part en lambeaux. Seule leur fille semble prête à révéler les défis des temps nouveaux. A travers le portrait d’une famille sur trois générations, François Roux (Le bonheur national brut) poursuit l’auscultation de notre société, des années 1990 aux attentats récents.
« Tout ce dont on rêvait », François Roux, Albin Michel, 326 p., 20 €.
Littérature portugaise
Contes et fables
Ecrivain prolixe et protéiforme, Fernando Pessoa est un auteur majeur de la littérature portugaise contemporaine. Voici édités pour la première fois plusieurs textes courts qui témoignent de la diversité de son style : fables philosophiques ou politiques, récits de compassion ou d’horreur, lettres « sans destinataire » qui sont autant de clins d’œil aux lecteurs et divers conseils dont l’un aux mal mariés. Humour grinçant et dialogues ébouriffants, Pessoa crée un monde souvent absurde mais plein de poésie.
« Contes, fables et autres fictions », Fernando Pessoa, éditions de la Différence, 192 p., 18,90 €.
Histoire
Conquérir les mers
De l’Ancien régime, la mémoire collective retient les fastes de la Cour et les batailles. Peu de récits traitent de ce continent que les Bourbons vont conquérir : la mer, et qui fait qu’aujourd’hui encore la France reste une puissance maritime. Olivier Chaline comble cette lacune avec un ouvrage magistral. Méditerranée, Atlantique, Océan Indien… les navigateurs français sont partout, défiant les vagues et la peur, créant des routes maritimes. Au fil des pages, un univers apparaît : celui de la vie à bord des navires avec son organisation et sa hiérarchie, ses cartes et ses instruments de mesure tel le compas. L’essor de la marine marchande ouvre la voie au commerce de la morue péchée au large de Terre-Neuve et du sucre ramené des Antilles. Ce livre d’histoire, incluant deux cahiers d’illustrations, se lit comme un roman d’aventure.
« La mer et la France », Olivier Chaline, Flammarion, 554 p., 25 €.
Revue
Ethiopie
L’Ethiopie est la plus ancienne terre chrétienne d’Afrique. C’est aussi un pays de lettrés comme en témoignent son écriture vieille de 3 000 ans et les manuscrits qu’elle nous a légués. L’Histoire consacre un hors-série à cet Etat dont le passé offre une grande richesse. Au sommaire : notre ancêtre Lucy, la reine de Saba et l’Arche perdue, Aksoum, Rimbaud l’Abyssin, le roi des rois Hailé Sélassié, un nouvel eldorado africain…
« L’Ethiopie », L’Histoire, les collections, janvier/février 2017, 6,90 €. En kiosque.
Cinéma
par Marie-Christine Renaud d’André
La La Land
À chacune de leurs rencontres, cela c’est mal passé entre Mia et Sebastian, ce dernier ayant maladroitement renversé sa tasse de café sur le chemisier de la jeune femme… juste avant qu’elle ne se rende à une audition. Car elle rêve de devenir actrice. Quant à Sebastian, fou de jazz, il gagne sa vie en jouant du piano dans des clubs, où il est forcé de jouer une musique qu’il n’apprécie guère. Son rêve à lui serait d’ouvrir un club de jazz, où l’on jouerait ce jazz intemporel… que notre époque semble oublier. Quand ils réalisent qu’ils sont fous l’un de l’autre, Mia et Sebastian vont tout faire pour réaliser leurs rêves.
Quand il a découvert les films de Jacques Demy (Les parapluies de Cherbourg, Les demoiselles de Rochefort, etc.), Damien Chazelle n’a eu qu’un rêve : réaliser une comédie musicale dans le style de ces films et de ceux de Stanley Donen (Chantons sous la pluie) ou de Vincente Minnelli (Un Américain à Paris), sans oublier tous les films avec Fred Astaire et Ginger Rogers. Et le pari est magnifiquement gagné avec cette œuvre enchanteresse et euphorisante, qui met en scène un couple de notre époque, mais souvent habillé de façon intemporelle, et dont les numéros de danse sont très entraînants… comme ceux de l’âge d’or d’Hollywood.
Ryan Gosling et Emma Stone, qui ne sont jamais doublés, se sont entraînés pendant trois mois, avant le tournage, et Ryan Gosling a, en plus, appris à jouer au piano. Le résultat est un film époustouflant, à la fois original, drôle et émouvant, qui fait chaud au cœur.
Dans ce joli film visible en famille, l’histoire montre que, pour réaliser ses rêves, il faut accepter d’en payer le prix, quel qu’il soit. Un brin de mélancolie dans une œuvre pleine de charmes et de rythme.
Comédie musicale américaine (2016) de Damien Chazelle, avec Ryan Gosling (Sebastian), Emma Stone (Mia), John Legend (Keith), J.K. Simmons (Bill), Rosemarie DeWitt (Laura), Finn Wittrock (Greg) (1h50). (Adolescents) Sortie le 25 janvier 2017.
Tous en scène
Directeur d’un théâtre, Buster Moon, un élégant koala, a une idée géniale pour le relancer : organiser un concours de chant.
Mené à un rythme trépidant, ce film d’animation met en scène une galerie d’animaux tous plus originaux et hilarants les uns que les autres. La bande-son entraînante revisite les grands classiques de la chanson (My Way, de Frank Sinatra, Firework, de Katy Perry, etc.). C’est drôle, plein de trouvailles, mais parfois outrancier au point d’être lassant.
La détermination des personnages à sortir de leur quotidien et à réaliser leur rêve est impressionnante.
Film d’animation américain en 3D (2016) de Garth Jennings et Christophe Lourdelet, avec Matthew McConaughey/Patrick Bruel (Buster Moon), Reese Wither-spoon/Jenifer Bartoli (Rosita), Scarlett Johansson/Élodie Martelet (Ash) (1h48). (Adolescents) Sortie le 25 janvier 2017.
Au prix du sang
En 1982, Roberto Torres travaille sur un livre retraçant la vie de Josémaria Escrivà, fondateur de l’Opus Dei. Il prend contact avec son père, Manolo, ami d’enfance de Josémaria.
Les va-et-vient incessants, entre différentes périodes rendent le film assez confus. Certes, la reconstitution de l’époque est très bien faite, avec des scènes de batailles de la guerre d’Espagne réalistes. Mais on a du mal à supporter une musique envahissante, et ces Espagnols qui parlent anglais. La belle figure de Josémaria Escrivà aurait mérité un meilleur traitement.
Les scènes avec le fondateur de l’Opus Dei sont bouleversantes, car toutes ses déclarations, sur la foi, les silences de Dieu, le pardon, et nos dragons intérieurs, sont sources de profondes méditations. L’attitude de Manolo est très contestable.
Drame américano-argentin (2013) de Roland Joffé, avec Charlie Cox (Josémaria Escrivà), Wes Bentley (Manolo Torres), Olga Kurylenko (Ildiko), Dougray Scott (Roberto Torres), Rodrigo Santoro, Charles Dance (1h46). (Grands adolescents) Sortie le 25 janvier 2017.
Les confessions
Daniel Roché, patron du FMI a invité les dirigeants du G8 à un sommet. Mais il a également invité un moine. Le lendemain matin, il est retrouvé mort. Meurtre ou suicide ?
Ce beau film, à la fois lumineux et feutré, met en scène un magnifique personnage de moine, magistralement interprété par Toni Servillo, qui refuse de violer le secret de la confession, et fait basculer l’histoire du policier au conte philosophique et spirituel. On pense à La Loi du silence, d’Alfred Hitchcock, cité par un des personnages, tant l’atmosphère et les débats sont profonds. Mais l’ensemble peut dérouter certains spectateurs.
Avec son silence, le moine met les participants de ce sommet face à leurs responsabilités et aux conséquences de leurs décisions, et il souligne la puissance du spirituel sur le matérialisme ambiant. Mais le cynisme de ces derniers fait froid dans le dos.
Drame franco-italien (2016) de Roberto Ando, avec Toni Servillo (Roberto Salus), Daniel Auteuil (Daniel Roché), Connie Nielsen (Claire Seth), Marie-Josée Croze, Lambert Wilson, Moritz Bleibtreu, Stéphane Freiss (1h40). (Adolescents) Sortie le 25 janvier 2017
Le chiffre de la semaine
3 469
C’est le nombre de personnes mortes sur la route en 2016, selon les chiffres publiés par le ministère de l’Intérieur. Ce nombre équivaut à une augmentation de 0,2% par rapport à l’année 2015 (8 morts en plus). Cette augmentation annuelle est la troisième consécutive. En 2014, la hausse avait atteint 3,15% (3384 morts, soit 116 de plus qu’en 2013), tandis qu’en 2015, la hausse était de 2,3% avec 3461 décès. S’exprimant devant le Conseil national de sécurité routière, Bruno Le Roux, ministre de l’intérieur, a déclaré : « L’année 2016 s’inscrit dans une tendance à la stabilisation, sans malheureusement cette rupture qu’on était en droit d’attendre ».
Le gouvernement et plusieurs responsables associatifs sont unanimes à dénoncer un relâchement des comportements.
D’un jour à l’autre
France
Justice :
L’enquête sur Jean-Marc Morandini sur le harcèlement sexuel que dénonçaient des comédiens d’une web-série osée, a été classée sans suite le 18 janvier. Le présentateur de télévision reste mis en examen dans une affaire pour « corruption de mineurs aggravée ».
Patrick de Carolis, ancien patron de France Télévisions, et Bastien Millot, fondateur de la société Bygmalion, ont été condamnés, le 19 janvier, à 5 mois de prison avec sursis chacun et à de fortes amendes pour avoir passé des contrats entachés de favoritisme.
Politique
Le 16 janvier, à la sortie de la mairie de Lamballe, un homme de 18 ans a giflé Manuel Valls. Il a immédiatement été condamné à 6 mois de prison avec sursis et 105 heures de travaux d’intérêt général.
Famille
Un sondage Ifop réalisé pour La Manif pour tous montre qu’un Français sur deux s’inquiète des effets de la politique familiale actuelle.
Réfugiés
En 2016, 41 % de titres de séjours supplémentaires, par rapport à 2015, ont été accordés pour motif humanitaire – soit 9 382 personnes en plus : Soudanais, Afghans, Haïtiens, Albanais, Syriens…
Natalité
785 000 bébés sont nés en 2016, soit 14 000 de moins qu’en 2015 et 34 000 de moins qu’en 2014. Au 1er janvier 2017, la France comptait 66 991 000 habitants.
Primaire
Le 22 janvier, entre1,6 et 1,7 million d’électeurs ont mis en tête de la primaire de la Belle Alliance : Benoît Hamon (36 %), Manuel Valls (31 %), et Arnaud Montebourg (17 %). Ce même jour, François Hollande visitait une centrale photovoltaïque EDF au Chili.
Aéronautique
Safran et Zodiac ont annoncé leur fusion le 19 janvier. Le nouveau géant tricolore devient le n°2 mondial des équipements aéronautiques avec un CA de 31 milliards d’euros. Safran est le premier motoriste mondial et Zodiac n°1 dans les équipements montés à bord.
Monde
Gambie
Le 21 janvier, le président sortant Yahya Jammeh, sous pression militaire de la Cédéao (Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest), a cédé le pouvoir à Adama Barrow, président élu le 1er décembre, et s’est exilé en Guinée équatoriale.
Nigeria
Le 16 janvier, une très jeune fille s’est faite exploser dans une mosquée du campus universitaire de Maiduguri, ville du nord-est du Nigeria. Il y a au moins 4 morts. Boko Haram a revendiqué l’attentat.
Le 17 janvier, un avion gouvernemental a bombardé par erreur un camp de déplacés dans le nord du Borno (nord-est du pays), faisant 80 morts et plus de 120 blessés.
Mali
Un kamikaze s’est fait exploser le 18 juin dans un camp de réfugiés touaregs à Gao, dans le nord du pays, faisant plus de 40 morts.
Libye
80 combattants de l’État islamique auraient été tués le 18 janvier par un bombardement américain dans la région de Syrte.
Etats-Unis
Le 17 janvier, le président sortant Barack Obama a accordé une réduction de peine à la lanceuse d’alerte Chelsea (ex-Bradley) Manning qui avait transmis plus de 700 000 documents confidentiels (sur l’Afghanistan et l’Irak) au site wikileaks. La lanceuse d’alerte (elle a changé de sexe en prison) devrait être libérée en mai. Le même jour, la Russie a prolongé de deux ans le permis de séjour sur son sol d’Edward Snowden, le lanceur d’alerte dont les États-Unis réclament l’extradition.
Brexit
Encouragée par Donald Trump, qui la reçoit à la Maison-Blanche ce 27 janvier, Theresa May a affirmé, le 17 janvier, sa volonté « claire et nette » de quitter l’Union européenne.
Davos
Le 17 janvier, le président communiste chinois Xi Jinping s’est posé en champion de la mondialisation en louant les vertus du libre-échange. Il prend le contre-pied de Donald Trump qui a fait campagne sur le protectionnisme et l’isolationnisme. La Chine reste l’un des marchés les plus fermés pour les Occidentaux.
Inégalités
À la veille de l’ouverture du Forum de Davos, l’ong Oxfam dresse dans son dernier rapport un constat vertigineux : huit personnes dans le monde détiennent autant de richesses que la moitié la plus pauvre de la population.
Europe
L’Italien Antonio Tajani, de centre droit, a été élu, le 17 janvier, président du Parlement européen, avec les voix des libéraux et sans l’appui de la gauche. C’est la fin de la grande coalition qui prévalait jusqu’à présent.
Turquie
Par 339 voix sur les 330 requises, le Parlement a adopté le 21 janvier la ré-forme constitutionnelle vers un régime présidentiel.
Pologne
Un pic de pollution a frappé le pays. Sont incriminés les trois millions de poêles sans filtre et les combustibles de piètre qualité.
Italie
Un hôtel a été emporté par une avalanche dans les Abruzzes, le 19 janvier : au moins 5 morts et une vingtaine de disparus. Le pays connaît ses plus fortes chutes de neige depuis 50 ans. Un car qui transportait des lycéens hongrois a brûlé près de Vérone : 26 morts et 13 blessés graves.
Yémen
70 combattants houthis auraient été tués à Mokha sur la mer Rouge le 22 janvier par la coalition saoudienne.
Brésil
Le juge à la Cour suprême fédérale Teori Zavascki est mort dans un crash d’avion le 19 janvier. Chargé de l’enquête sur le scandale Petrobras, il avait obtenu la condamnation de nombreux politiques. Son successeur doit être nommé par le président Michel Temer, lui-même cité dans l’affaire.
Sports
Football
Monaco reste en tête du classement de la Ligue 1 après sa victoire sur Lorient par 4 à 0 lors de la 21ème journée du championnat de Ligue 1. Nice reste en 2ème position aprèss avoir obtenu le nul face à Bastia (0 à 0)
Vendée Globe
Armel Le Cléac’h a remporté la 8e édition de la course le 19 janvier, après 74 j 3 h 35 min et 46 s. En mer, battant le record de l’épreuve.

