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Lundi 19 février 2018

Lundi 19 février 2018

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L’événement – 1

par Serge Plenier

Les troubles d’une parole

Les propos de Laurent Wauquiez devant quelques étudiants d’une école de commerce de Lyon auront tenu le devant de la scène pendant tout le week-end. Les adversaires du patron des Républicains, y compris dans son propre camp se sont emparés de l’affaire avec une délectation à peine dissimulée. Le responsable du principal parti de l’opposition de droite ne devrait pas dire ça.
A le bien prendre pourtant les allégations de Laurent Wauquiez n’ont rien de bien bouleversant. Certaines sont même assez largement partagées comme les appréciations sur l’avenir politique de Gérard Darmanin ou le spectacle de Macron en bras de chemise. D’autres sont plus problématiques, voire un peu risibles comme l’espionnage des ministres par Nicolas Sarkozy ou même la fameuse rumeur sur le « cabinet noir » artisan des affaires qui ont fait tomber François Fillon, rumeurs que nous avons tous déjà entendues au détour d’une conversation de bistrot… ou lors d’un cocktail officiel. A vrai dire, cela ne choquera que ceux qui demandent à l’être.

Plus inquiétantes en revanche sont les circonstances de la publication de ce « verbatim ». Au départ, il y a un enregistrement clandestin réalisé par un étudiant contre la volonté clairement exprimée de Laurent Wauquiez, puis la transmission de l’enregistrement au Quotidien. Tout cela pose un problème déontologique qui s’apparente à celui du « off », cette information « confidentielle » distillée par certains responsables politiques sous couvert d’un anonymat souvent relatif. Il s’agit ici d’un étudiant qui a trahi la confiance du conférencier et qui s’est empressé de transmettre (et de monnayer ?) son enregistrement. Fallait-il publier de tels propos ? La question mérite d’être posée, s’agissant d’une parole privée.

Cette affaire risque-t-elle de compromettre définitivement l’avenir de Laurent Wauquiez. Certains le pensent. Il suffit de se rappeler l’effet dévastateur des propos, en « off » de Lionel Jospin sur un Chirac « vieilli, usé, fatigué lors de la campagne présidentielle de 2002.

On peut aussi penser que Laurent Wauquiez s’en remettra, voire qu’il en sortira renforcé dans son image d’homme politique qui s’exprime sans fard et refuse la langue de bois. Dans le pire des cas, il pourra également se poser en victime, ce qui peut se révéler électoralement payant.

Dans tous les cas, c’est pourtant la politique qui risque à nouveau d’être la grande perdante de ce qui n’est au fond qu’un théâtre d’ombres.


L’événement – 2

par Jean-Gabriel Delacour

L’Afrique du Sud, comme le Zimbabwe ?

Le changement de président en Afrique du Sud rappelle ce qui s’est déroulé il y a trois mois au Zimbabwe voisin. Le vieux Robert Mugabe, qui avait ruiné son pays, avait dû s’en aller. Si des conditions avantageuses lui ont été concédées, son épouse Grace se trouve en passe de voir annuler son doctorat en sociologie, obtenu plus que rapidement en 2014. Pour ce qui est de l’avenir, le nouveau chef de l’État, Emmerson Mnangagwa, ancien proche du despote, semble hésiter sur la conduite à tenir, par exemple vis-à-vis des fermiers blancs spoliés, ce qui décourage les investisseurs. Heureusement pour lui, il ne semble pas avoir à craindre l’opposition officielle qui a lutté contre le dictateur, puisque son représentant historique, Morgan Tsvangirai, est décédé le 14 février. Il existe donc un sérieux risque que les changements réels se fassent encore attendre.

Du côté de Pretoria — qui s’est d’ailleurs toujours considéré comme le parrain du Zimbabwe —, le vice-président Cyril Ramaphosa a évincé le président Jacob Zuma, lequel avait fait de même avec Thabo Mbeki en 2008. Cela reflète moins des rivalités ethniques que des oppositions internes et le souci de profiter des avantages du pouvoir, en liaison avec des groupes privés contrôlant une bonne partie de l’économie nationale. Le nouveau chef de l’État est un ancien avocat syndicaliste qui a su se construire une belle fortune dans les conseils d’administration des sociétés minières au sein desquels il a contribué à contrer les revendications des mineurs…

L’African National Congress de Nelson Mandela au pouvoir apparaît de plus en plus englué dans de nombreuses affaires tandis que la population vit dans la précarité de la récession, avec 40 % de chômeurs. Seuls semblent à l’abri les Blancs et les Noirs fortunés qui se barricadent dans des ensembles hautement sécurisés à l’abri de la violence meurtrière quotidienne. L’exemple du secteur minier, premier employeur avec 500 000 salariés — 8 % de la population active —, est révélateur : il représente 10 % du Pib mais a perdu plus de 300 000 postes depuis 1994.

Le nouveau président devra naviguer entre les milieux d’affaires pro-occidentaux dont il est issu et les ultras de l’Anc dont le radicalisme s’accompagne de racisme, notamment contre les Blancs, mais qui constituent la base militante du parti. Or, d’élection en élection, celui-ci recule : aux municipales de 2016, il est descendu à 54,4 %, soit sept points de moins qu’à celles de 2011, perdant plusieurs grandes villes dont la première, Johannesburg, et la capitale, Pretoria. Même l’emblématique archevêque anglican Desmond Tutu ne vote plus pour lui depuis 2014.

Sur le plan international, enfin, l’Afrique du Sud, qui ambitionne toujours une place de premier plan, a vu son prestige terni par le refus, à deux reprises, de délivrer un visa au dalaï-lama pour satisfaire Pékin ainsi que par sa volonté de ne pas déférer le président soudanais El Béchir à la Cour pénale internationale. En outre, se sont produites, l’an passé, des attaques contre des ressortissants nigérians dans la périphérie de Johannesburg.


Politiques

par Alice Tulle

SNCF : Épreuve de force

Ministres, dirigeants politiques de droite ou de gauche et syndicalistes s’accordent au moins sur un point : le rapport Spinetta préconise un traitement de choc. Il heurte l’organisation générale de la SNCF. Il va bouleverser les habitudes du personnel de l’entreprise publique et des usagers. Seul le gouvernement n’est pas choqué puisque le rapport a été commandé par le Premier ministre selon les intentions exprimées par le président de la République. 

Inaugurant la ligne à grande vitesse Le Mans-Rennes le 1er juillet, Emmanuel Macron avait été très clair : Pour être franc, je pense que le modèle sur lequel on a vécu, le mythe de la SNCF, n’est pas celui sur lequel on construira la SNCF du XXIe «siècle. » Aussi le président de la République appelait-il à réinventer » « l’entreprise ferroviaire. La réinvention est maintenant couchée sur le papier et devra être transformée en projet de loi si le gouvernement décide de reprendre les principales propositions du rapport – ce qui est certain.

Quant à la situation actuelle, le constat est rude : la régularité du service n’est pas satisfaisante et l’information des voyageurs déficiente, « les besoins de modernisation du réseau restent considérables » et les finances sont lourdement déséquilibrées. En d’autres termes, la direction de la SNCF n’a su ni innover ni gérer. Avant l’ouverture d’une consultation avec les usagers et les syndicats, les objectifs de la réforme ont été fixés.

D’abord la création d’une société anonyme. La SNCF est un établissement public industriel et commercial et ce statut n’est pas conforme aux directives européennes car une direction étatique implique des subventions publiques qui portent atteinte à la concurrence. Selon le rapport, deux filiales de l’établissement public – SNCF Mobilités et SNCF Réseau – devront être transformées en sociétés anonymes à capitaux publics. Cette réforme aura une portée considérable : non seulement la SNCF ne bénéficiera plus de la garantie illimitée de l’État mais elle se trouvera placée dans une logique de concurrence qui conduira à privilégier les questions financières et à aligner les méthodes de gestion sur celles du secteur privé. En échange du changement de statut, l’État pourrait effacer tout ou partie des dettes considérables de l’entreprise, selon l’idée lancée en juillet par Emmanuel Macron.

Ensuite l’ouverture accélérée à la concurrence, dès 2019 au lieu de 2023 pour les lignes régionales déjà largement subventionnées par les régions et dès la fin de 2020 pour les TGV. Les petites lignes seront laissées aux régions afin que la SNCF puisse se concentrer sur les transports autour des grandes agglomérations et sur les dessertes TGV des grandes villes françaises. Ce dispositif entraînera la fermeture de nombreuses lignes secondaires.

Enfin la disparition progressive du statut de cheminot. Les personnes qui entrent à la SNCF ne bénéficieront plus de ce statut, qui comporte un régime de Sécurité sociale et de retraite spécifiques (avec notamment des départs en retraite précoces). La généralisation des emplois contractuels assorti d’un « plan de départs volontaires » alignera peu à peu l’entreprise sur les modes de gestion privés.

La fin du service public, la disparition de lignes et celle du statut des cheminots va provoquer de fortes réactions et des grèves – une première manifestation nationale aura lieu le 22 mars, date symbole en ces temps de commémoration de Mai 68. Le gouvernement est prêt à engager l’épreuve de force. 


Monde

par Yves La Marck

Afrique du Sud : Une nouvelle ère ?

La démission du président sud-africain, régulièrement accusé d’agressions sexuelles et de corruption, ouvre une nouvelle phase dans l’histoire du pays depuis l’avènement de Mandela en 1994.

Le président Jacob Zuma a renoncé à ses fonctions le 14 février avec « effet immédiat ». Après de longs débats, le comité national exécutif de l’ANC (African National Congress, le plus vieux parti africain, fondé en 1912) avait dans la nuit de lundi à mardi demandé son « rappel ». Mais la Constitution n’exigeait pas qu’il obéisse au parti. Néanmoins, s’il ne l’avait pas fait, une motion de défiance aurait été votée par la Chambre des députés (où l’ANC dispose de la majorité absolue). Le vice-président a été désigné président par la Cour constitutionnelle. Cyril Ramaphosa avait été élu à la présidence de l’ANC le 21 décembre dernier dans un ultime bras de fer avec les partisans de Jacob Zuma. 214 voix seulement sur 4 701 le séparaient de sa rivale, Nkosazana Dlamini-Zuma, ex-épouse du président sortant. C’est dire que les choses n’étaient pas écrites d’avance.

Ramaphosa avait déjà échoué avec la même marge en 1997 contre Thabo Mbeki, le prédécesseur de Zuma qui avait à son tour contraint celui-ci à démissionner en 2008 pour prendre sa place. Depuis le départ de Mandela, ce sont ainsi deux décennies qui se sont écoulées au cours desquelles la discipline interne du parti a été maintenue alors que son audience déclinait lentement d’abord, puis de plus en plus vite : en 2016 l’ANC avait perdu Johannesburg. L’opposition d’abord constituée d’un parti de blancs « libéraux », l’Alliance démocratique, contrôlant la province du Cap, s’est africanisée. Elle s’est renforcée depuis 2013 d’une dissidence de gauche, née au sein de l’ANC, avec les Combattants de la liberté économique (Economic Freedom Fighters, EFF) de Julius Malema. Entre les deux, l’ANC a survécu sur les souvenirs de la lutte contre l’Apartheid. Dirigé par d’anciens exilés (Mbeki) ou prisonniers (Mandela, Zuma), le mouvement est régi par une sorte de cooptation de l’intérieur et un centralisme démocratique hérité des partis révolutionnaires (le parti communiste en est toujours membre). C’est la raison pour laquelle il a été si difficile au parti de sacrifier ses dirigeants historiques mais c’est aussi de là que viennent sa force, sa capacité à décider et à exécuter les décisions.

Ramaphosa est un personnage à part dans cette configuration. Il a joué un rôle majeur dans la libération de Mandela et la négociation de la Constitution succédant au « pouvoir blanc ». Mais il l’a fait non à partir de l’ANC, exilé ou prisonnier, mais de la lutte syndicale, habitué des épreuves de force mais aussi des accords de compromis. Il aurait pu succéder à Mandela en 1998 mais le parti a choisi Mbeki. On avait dit alors qu’il y avait eu une sorte de partage du pouvoir laissant à Mbeki, l’idéologue, la politique, Ramaphosa, le pragmatique, investissant l’économie et favorisant l’émergence d’une économie « noire ». Il est lui-même le second homme d’affaires noir le plus riche d’Afrique du Sud. Un multimillionnaire président et de l’ANC et de l’État ! 

Ce sont donc bien deux visions de l’Afrique qui s’affrontaient. À l’évidence Ramaphosa est un visionnaire mais froid, standardisé, en complet veston, familier des multinationales, et en général du monde « blanc » où il a réussi, lui l’enfant détribalisé de Soweto, le grand quartier populaire de Johannesburg. Le clan Zuma représente, à égalité, une autre Afrique, que son ex-épouse, ex-ministre des Affaires étrangères, a défendue quand elle était secrétaire exécutive de l’Union africaine (UA) de 2012 à 2016 : celle du « peuple », ou des « masses », ou des « jeunes », qui ont trop attendu les fruits de la redistribution des richesses qui devaient suivre l’avènement de la majorité noire : un quart de siècle c’est, en Afrique, plus long qu’une génération. Une majorité de la population y a moins de vingt-cinq ans. Le programme de l’ANC c’est aussi la gratuité de l’enseignement, une réforme agraire, un salaire minimum…
L’ANC survivra-t-elle à une nouvelle élection ? L’échéance présidentielle n’était qu’en 2019. L’opposition a réclamé des élections anticipées.

Normalement l’ANC comme mouvement de libération devrait se reconvertir en parti démocratique. Mais, coupé en deux fractions quasi égales, entre une aile sociale-démocrate à l’européenne et une aile populiste fonctionnant au charisme sinon à l’ethnisme, l’écart risque de se creuser davantage.

En un an, on a vu la chute en douceur de Robert Mugabe au Zimbabwe, le retrait de José dos Santos en Angola, et maintenant le départ de Jacob Zuma. Leurs successeurs respectifs annoncent un changement d’ère. Pour autant, les partis de la lutte armée sur l’ex-ligne de front contre le pouvoir blanc, entre 1974 et 1994, le ZANU sud-rhodésien, le MPLA angolais et l’ANC sud-africain sont toujours fermement installés au pouvoir. 


Clefs

par Jean Étèvenaux

À Paris, une exposition inattendue sur Stalingrad

Il y a un peu plus d’un an, les mauvaises relations entre les autorités françaises et celles de Russie — situation aggravée par le fait que Nicolas Sarkozy avait originellement patronné l’opération — empêchèrent Vladimir Poutine de venir à Paris inaugurer la cathédrale orthodoxe de la Sainte-Trinité, au coin du quai Branly et de l’avenue Rapp. Seul le patriarche Cyrille se rendit sur place pour la consécration officielle du bâtiment le 4 décembre 2016 ; le président Poutine la visitera néanmoins le 29 mai 2017 lorsqu’il sera invité dans la capitale par Emmanuel Macron.

Centre administratif du diocèse de Chersonèse, qui regroupe les paroisses orthodoxes relevant du patriarcat de Moscou en France, en Suisse, en Espagne et au Portugal, l’édifice construit par Jean-Michel Wilmotte comprend également un centre culturel. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle certains la considèrent comme faisant avant tout office de vitrine du régime russe en France, d’autant qu’existaient déjà à Paris l’ancienne cathédrale des Trois Saints Hiérarques et la cathédrale Saint-Alexandre-Nevsky, cette dernière dépendant du patriarcat de Constantinople.

On ne sera donc pas étonné de trouver, dans la partie culturelle de la cathédrale de la Sainte-Trinité, une double exposition consacrée à la bataille de Stalingrad. Celle-ci a été mise en place le 5 février, pour seulement vingt jours, en présence du maire de Volgograd, de l’ambassadeur du Kazakhstan et de l’ambassadeur du Bélarus. Destinée à marquer le 75e anniversaire de la victoire remportée contre les troupes allemandes dans le cadre de la « Grande Guerre patriotique », elle permet de comprendre la mémoire russe de ces événements, qui se terminèrent par la reddition du maréchal Paulus le 2 février 1943.

Réalisée par la Fondation internationale de la bataille de Stalingrad établie avenue Lénine à Volgograd — le nom de la ville depuis 1961 —, la manifestation ne témoigne pas de grandes qualités muséographiques, tout comme la brochure de 48 pages qui en reprend l’essentiel. Elle fait beaucoup penser aux articles de la propagande soviétique d’autrefois. On y remarque surtout la volonté de montrer tout un peuple héroïque en lutte, le souvenir qui en est resté en France avec les 86 localités où existe une artère dénommée Stalingrad ainsi qu’à travers les visites des présidents de Gaulle et Mitterrand, la participation à la Résistance française de combattants soviétiques et d’émigrés russes — certainement un des aspects les plus intéressants de l’exposition —, le tournant majeur qu’a été au niveau mondial la défaite nazie et aussi son écho au Royaume-Uni et aux États-Unis avec distribution d’un livre sur le sujet édité en Suisse en langue anglaise. Un concours en ligne est également organisé (https://www.facebook.com/groups/stalingradsdmv).

Sous une apparence parfois désuète ou marquée par l’amateurisme, il s’agit d’une intéressante mise en perspective de la Deuxième Guerre mondiale peu habituelle pour le public français. Et aussi l’occasion de découvrir que la ville s’était appelée Tsaritsyne de 1589 à 1925.


Humeur

par Erwan Violin

Un tombeau pour un académicien

Les cendres de Michel Déon doivent reposer à Paris. C’est ce que pensent une centaine d’écrivains et d’éditeurs, de droite comme de gauche, outrés par le refus d’Anne Hidalgo d’accorder au grand écrivain une place dans un cimetière parisien. Il est vrai que la maire de Paris, réfugiée dans ses arguties juridiques, n’a guère le beau rôle dans cette affaire.
Au fait, pourquoi forcément Paris ? Après tout, d’autres villes, d’autres régions ont également eu leur place dans la littérature française, qu’il s’agisse du Bordeaux de Montaigne ou Mauriac, ou du Val de Loire de Ronsard et du Bellay.

Michel Déon aimait les îles ? Qu’on l’enterre sur le Grand Bé, non loin de Chateaubriand.


Livres

par Catherine Pauchet

Romans

Un homme blessé

Ils se connaissent depuis le lycée et ne se quittent plus. Diplôme en poche, ils s’installent à New-York avec la ferme volonté de s’imposer dans la société : Malcolm veut être architecte, Willem acteur, JB artiste peintre et Jude, avocat. Hanya Yanagihara suit leur parcours, avec des moments de crise et de retrouvailles, pendant quarante ans. Mais c’est Jude qui retient l’attention. Le lecteur le découvre par bribes. C’est un homme tourmenté, violement meurtri dans sa chair et son cœur ; il marche avec peine, il est incapable d’aimer. Il se mure dans la souffrance et l’autodestruction malgré l’amitié dont il est entouré. Un grand roman sur les blessures de l’enfance qui jamais ne se referment.

« Une vie comme les autres », Hanya Yanagihara, Buchet-Chastel, 816 p., 24 €.

Clientèle

Comme l’auteur, Cécile Reyboz, la narratrice est avocate spécialisée en droit du travail, dans un cabinet où transpirent l’humain et ses angoisses. Elle accumule les preuves et monte des dossiers, elle plaide ou négocie, elle (ré)conforte ses clients. La plupart sont en conflit avec leur entreprise. Colère, résignation ou désespoir, quand il y a licenciement, chacun réagit à sa manière. Le soir, elle devient une épouse amoureuse, une mère attentive, une femme qui aime sortir et danser. Car il lui faut une soupape : de l’amour et de l’amitié, pour affronter la dureté de notre société et la détresse de ceux qui sont mis de côté.

« Clientèle », Cécile Reyboz, Actes Sud, 208 p., 19 €.

Beau livre

Tant d’amour

Nièce de Jean Cocteau à qui elle a dédié six livres, Dominique Marny se passionne pour l’entre-deux-guerres et les « Années folles ». A l’époque, Paris était au cœur du renouveau artistique. Des artistes célèbres arpentaient Montmartre, Montparnasse et Saint-Germain-des-Prés pour s’enivrer de l’effervescence de la ville et créer des chefs-d’œuvre. Des idylles se nouent. Ce beau livre, illustré de photos, tableaux et affiches, retrace les amours de huit couples de légende (Louis Aragon et Elsa Triolet, Henry Miller et Anaïs Nin…) à travers les établissements (restaurant La Coupole, cabaret Le Lapin Agile…) qu’ils ont fréquentés.

« L’amour fou à Paris, 1920-1940 », Dominique Marny, Omnibus, 208 p., 35 €.

Revue

Contes & légendes

Paradis, enfer, bois sacré, centre de la Terre… peuplent bien des récits suscitant apaisement ou effroi, parfois les deux ensemble. Mais de nouveaux lieux : ville, désert… ont envahi l’imaginaire moderne provoquant d’autres espoirs ou peurs. Le bimensuel Contes & Légendes explore ces espaces qui oscillent entre mythe et réalité et où les animaux (agneau, bœuf, dauphin…) apparaissent en miroir de nos âmes. Cette revue publie aussi un hors-série consacré à la nature grâce à laquelle les personnages de contes (Cendrillon, Le Petit Poucet…) mènent une quête initiatique.

Contes & légendes : « Lieux sacrés et imaginaires », février 2018, 9,50 €. « La nature, une quête initiatique », hors-série, 12,90 €. En kiosque et en librairie.


Cinéma

par Marie-Christine Renaud d’André

La forme de l’eau

Elle est muette, mais pas sourde, ce qui permet à Elisa d’entretenir des relations normales avec son voisin, un homosexuel qui vit seul, et sa collègue de travail. Nous sommes en pleine guerre froide, et elle est femme de ménage dans une base militaire secrète.

Un jour, elle voit arriver une curieuse créature, mi-homme, mi-poisson, qui est soigneusement gardée dans une grande mare d’eau. Très vite, avec des gestes et de la musique, elle parvient à entrer en contact avec elle, et une étrange relation s’instaure entre eux, faite de complicité et de compréhension mutuelle. Mais le colonel Strickland décide qu’il est temps de tuer la créature pour la disséquer.

Dès les premières images, on est subjugué par cette œuvre étonnante et poétique, qui raconte une histoire fantastique, mais très émouvante, de la rencontre improbable entre un monstre et une humaine pas tout-à-fait normale.

L’interprétation, dominée par la douce Sally Hawkins, confère à cette œuvre une réelle profondeur humaine. Ce conte pour adultes fait immédiatement penser à La Belle et la Bête, mais sans parole entre les deux héros, ce qui ajoute une part supplémentaire de mystère et de poésie à une œuvre impressionnante par la superbe qualité de sa photographie.

Ouverture à l’autre, respect de la différence, amour sincère qui permet de surmonter toutes les épreuves, etc., elles sont nombreuses les qualités humaines de ce film à l’esthétique remarquablement travaillée.

Film fantastique américain (2017) de Guillermo del Toro, avec Sally Hawkins (Elisa Esposito), Michael Shannon (Richard Strickland), Richard Jenkins (Giles), Octavia Spencer (Zelda Fuller), Doug Jones (l’amphibien), Michael Stuhlbarg (le docteur Robert Hoffstetler), David Hewlett (Fleming) (2h03). (Adultes avec des éléments nocifs) Sortie le 21 février 2018.

Le retour du héros

Le capitaine Neuville, fiancé de Pauline, est parti à la guerre, et la laisse sans nouvelles. Élisabeth, la sœur de Pauline, décide d’envoyer à celle-ci des lettres d’amour… signées Neuville…

Avec une reconstitution soignée de l’époque, Laurent Tirard (Un homme à la hauteur, Le petit Nicolas) signe une comédie relativement originale et assez amusante, qui met en scène un personnage haut en couleur. Certes, il n’évite pas les outrances, mais l’ensemble est si distrayant, et l’interprétation de Mélanie Laurent si malicieuse (contrairement à son partenaire Jean Dujardin, un peu trop dans l’excès ), que l’on passe un excellent moment.

Comédie française (2018) de Laurent Tirard, avec Jean Dujardin (le capitaine Neuville), Mélanie Laurent (Élisabeth), Noémie Merlant (Pauline), Féodor Atkine (le général Mortier-Duplessis), Évelyne Buyle (Madame Beaugrand) (1h30). (Adultes) Sortie le 14 février 2018.

La princesse des glaces

Gerda et son frère Kai se rendent dans des écoles pour raconter aux enfants comment ils ont vaincus le roi et la reine des Neiges.
Ce film d’animation russe, produit par le studio Wozart, qui fait suite aux deux épisodes de La reine des neiges, n’a rien à voir avec le film de Disney, mais il offre des belles aventures, avec une animation de qualité, même si les yeux globuleux des personnages ne sont guère élégants. Malgré un rythme un peu frénétique, on se laisse séduire par cette histoire distrayante.

Animation russe (2016) de Aleksey Tsitsilin, avec les voix de Isabelle Volpe (Gerda), Jean Adrien Espiasse (Kai), François Créton (Rollan) (1h28). (Adolescents) Sortie le 14 février 2018.

Phantom Thread

Dans les années 50, à Londres, Reynolds Woodcock est un couturier célèbre qui ne vit que pour son art.

Dans ce film magnifique et envoûtant, Paul Thomas Anderson reconstitue, avec beaucoup de brio, le Londres de la haute couture des années 50, avec ses décors et ses robes splendides, et une photographie de qualité. Daniel Day-Lewis, qui a annoncé prendre sa retraite après ce film, campe avec beaucoup de finesse et de machiavélisme ce personnage obsédé par son art. Mais la révélation de ce film fascinant, c’est la belle Vicky Krieps, qui va sûrement refaire parler d’elle.

Le héros se révèle assez pervers, avec ses manies, ses phobies, son mépris des autres et, surtout, son art de la manipulation. Mais l’amour sincère de sa compagne, même s’il se révèle finalement assez tordu, est touchant.

Comédie dramatique américaine (2017) de Paul Thomas Anderson, avec Daniel Day-Lewis (Reynolds Woodcock), Vicky Krieps (Alma), Lesley Manville (Cyril), Harriet Sansom Harris (Barbara), Brian Gleeson (2h11). (Grands adolescents) Sortie le 14 février 2018.


Le chiffre de la semaine

40

C’est le nombre maximum de loups qui pourront être abattus en 2018, selon le ministère de la Transition écologique. Ce chiffre s’inscrit dans le cadre du « Plan loup » pour les années 2018-2023. Ce Plan Loup prévoit d’atteindre pour 2023 une population totale de 500 loups, la population actuelle étant estimée à 360 individus. Le texte précise également que ce plafond de 40 loups pourra être révisé « une fois connus les chiffres de la population au printemps, pour être porté à 10 % de la population ».

Les prélèvements ne pourront avoir lieu qu’entre septembre et décembre. Toutefois, les éleveurs sont autorisés à se défendre en cas d’attaque de leur cheptel. Disparu de France en 1930, le loup a fait sa réapparition, principalement dans les Alpes depuis 1998.


D’un jour à l’autre

France

Politique

Des propos « privés » de Laurent Wauquiez devant des étudiants de l’école de management de Lyon, ont été enregistrés et diffusés. Ils comportent de violentes attaques contre Nicolas Sarkozy, accusé d’avoir mis ses ministres sur écoute, sur Emmanuel Macron soupçonné d’avoir mis en route une cellule secrète pour téléguider la chute de François Fillon, sur Gérard Darmanin, dont les démêlés avec ses accusatrices sont qualifiés d’ « affaire Cahuzac puissance 10… ». Laurent Wauquiez s’est excusé auprès de Nicolas Sarkozy…

Justice

Grâce aux examens scientifiques des indices par l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie, les en-quêteurs ont convaincu Nordahl Lelandais d’avouer le meurtre de la petite Maëlys. Le squelette de celle-ci a été retrouvé le 14 février dans les gorges de Chailles, près de Pont-de-Beauvoisin (Isère). L’assassin est également suspecté dans d’autres meurtres. Il a été hospitalisé à sa demande.

La plainte pour viol visant le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin a de nouveau été classée sans suite le 16 février. La plaignante, une ancienne call-girl, a cependant l’intention de renouveler sa plainte en se constituant partie civile. Par ailleurs, une habitante de Tourcoing poursuit le même ministre pour « abus de faiblesse ». Elle l’accuse de lui avoir demandé des faveurs sexuelles en échange d’un logement.

Laura Smet et David Halliday, les enfants de Johnny Halliday, ont annoncé le 12 février qu’ils attaquaient, devant la justice française, le testament californien de leur père qui a transmis toute sa fortune à sa femme Laeticia et aux deux filles qu’il a adoptées avec elle.

Un rapport d’experts dévoilé par la presse indique que les policiers qui ont arrêté Théodore Luhaka à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), le 2 février 2017, n’auraient commis aucune faute professionnelle. Un juge devait se prononcer cette semaine.

Incarcéré depuis 2016 à Saint-Domingue après avoir organisé l’évasion de deux Français condamnés pour trafic de cocaïne, Christophe Naudin a été autorisé à terminer sa peine de cinq ans de prison en France. Arrivé le 16 février, il a aussitôt été hospitalisé.

Tariq Ramadan, le prédicateur musulman accusé de viols, en détention provisoire à Fleury-Mérogis, a été hospitalisé le 16 février. Ses avocats demandent sa libération conditionnelle parce que sa sclérose en plaques est incompatible avec une incarcération.

Éducation

Le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer, a annoncé, le 14 février, une simplification du baccalauréat avec seulement 4 épreuves écrites comptant pour 60 % de la note finale qui dépendra pour 40 % du contrôle continu. Par ailleurs, la Terminale s’appellerait désormais « classe de maturité ».

Pour améliorer le niveau des écoliers en mathématiques, le député LRM Cédric Villani et l’inspecteur général de l’Éducation nationale Charles Torossian ont déposé à l’Assemblée nationale le 12 février, 21 propositions pratiques reposant sur « la manipulation, la verbalisation et l’abstraction ».

Rail

Le rapport remis le 15 février par Jean-Cyril Spinetta, au Premier ministre, préconise notamment l’abolition progressive du statut des cheminots. La CGT a appelé à une grève le 22 mars.

Chimie

Deux ouvriers ont perdu la vie dans une explosion le 17 février dans une usine de traitement d’huile à Dieppe (Seine-Maritime).

Musique

Le violoniste de jazz Didier Lockwood est mort d’une crise cardiaque le 18 février, à 62 ans.

Monde

Afrique du sud

Cyril Ramaphosa, président du Congrès national africain (ANC), a été élu chef de l’État, le 15 février, par le Parlement au lendemain de la démission de Jacob Zuma désavoué par leur parti à cause de scandales de corruption.

Éthiopie

Après l’annonce, le 15 février, de la démission du Premier ministre éthiopien Hailemariam Desalegn, le gouvernement a décrété l’état d’urgence pour six mois.

Israël

La police a recommandé, le 13 avril, l’inculpation du Premier ministre Benjamin Netanyahu pour corruption. Mais celui-ci n’a pas l’intention de démissionner.

Danemark

Le prince Henrik (Henri de Montpezat), mari de la reine Margrethe II, est mort le 13 février à 83 ans.

Grande-Bretagne

Henry Bolton a été démis de la présidence de l’Ukip par un congrès extraordinaire des adhérents de ce parti anti-européen le 17 février. Sa liaison extra-conjugale avec une femme beaucoup plus jeune que lui et qui s’était signalée par des SMS racistes lui était reprochée par les tabloïds britanniques.

Des responsables de l’organisation humanitaire Oxfam, sont accusés d’avoir usé de prostituées en Haïti et dans d’autres pays. Une enquête est en cours.

Mexique

Un hélicoptère qui transportait le ministre de l’Intérieur vers les lieux d’un tremblement de terre a eu un accident le 16 février, causant la mort de 13 personnes, mais le ministre est indemne. Le séisme, d’une magnitude de 7,2, à 600 km au sud de Mexico, n’a pas fait de victimes.

États-Unis/Russie

Le 14 février, dans un lycée de Parkland, en Floride, un ancien lycéen de 19 ans, exclu l’année précédente pour une question de discipline, a tué 17 personnes avec un fusil d’assaut.

La justice américaine a inculpé, le 17 février, 13 citoyens russes et trois entités russes pour ingérence dans les élections américaines. L’acte d’accusation désigne Evguéni Prighozine, oligarque proche de Vladimir Poutine, comme organisateur d’un complot pour faire perdre Hillary Clinton et compromettre le candidat Trump.

Le même Evguéni Prigojine est désigné par les médias comme étant le commanditaire du « groupe Wagner » envoyant des mercenaires russes en Syrie en soutien à Damas.

Belgique

Sur plainte de la Commission de la protection de la vie privée (CPVP), un tribunal d’instance néerlandophone de Bruxelles a lourdement condamné Facebook, le 16 février, pour atteinte à la vie privée des internautes.

Syrie

Olivier Le Clainche, dit Kendal Breizh, Français de 40 ans, qui avait participé au combat des Unités de protection du peuple kurde pour libérer Raqqa de Daech, a été tué le 18 février par l’armée turque alors qu’il défendait Afrin, ainsi que deux autres Européens, un Espagnol et un Hollandais.

Irak

La Française Mélina Bouhedir, 27 ans, membre de la police des mœurs de Daech à Mossoul, a été libérée le 19 février par la justice irakienne et expulsée vers la France.

Sport

Jeux olympiques d’hiver

Le skieur de fond Martin Fourcade a remporté sa quatrième médaille d’or en biathlon aux JO d’hiver de Pyeongchang. Il est aujourd’hui le Français ayant remporté le plus de médailles d’or dans l’histoire des JO.