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Lundi 26 février 2018

Lundi 26 février 2018

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L’événement – 1

par Serge Plenier

SNCF : vers une réforme à grande vitesse ?

Sagesse ou habileté ? Dans la présentation de son projet pour la SNCF, le Premier ministre a commencé par nous rassurer. Les petites lignes ne seront pas supprimées, contrairement à ce que préconisait le rapport Spinetta, et la notion de service public reste à l’honneur. De même, si elle ne redevient pas une société d’économie mixte, la SNCF demeurera une société nationale à capitaux publics dont les parts seront « incessibles ». Le spectre de la privatisation paraît ainsi écarté. Voilà de quoi rassurer, un peu, les usagers.
Pour les syndicats, c’est une autre affaire. Le chef du gouvernement n’a pas hésité à agiter deux chiffons rouges, le premier étant la remise en cause du statut de cheminot pour les nouveaux personnels embauchés. En somme, le statut de cheminot serait tout simplement placé en régime d’extinction, même s’il n’est pas question encore de toucher au régime des retraites.

L’autre chiffon rouge est le recours aux ordonnances. Fidèle à la philosophie d’Emmanuel Macron, Edouard Philippe veut aller vite puisqu’il s’agit de présenter le projet au Parlement avant l’été. Visiblement, le chef du gouvernement veut appliquer la méthode qui lui a réussi avec la réforme du code du travail. Nous aurons donc, après avis du Conseil d’Etat, deux débats parlementaires (habilitation et ratification).

Cela suffira-t-il à prendre de vitesse les syndicats et à éviter un mouvement social de grande ampleur ? Rien n’est moins sûr. Les syndicats sont d’ores et déjà vent début contre la réforme et parlent déjà de passage en force. De plus, la gauche d’opposition, avide de revanche, ne manquera pas de souffler sur les braises. Enfin, il faudra compter avec une opinion qui voit encore bien mal les effets de la politique actuelle sur le pouvoir d’achat. Le spectre du grand blocage de 1995 n’est pas si éloigné que le souhaiterait Edouard Philippe.

Mais si la méthode peut laisser dubitatif, l’objectif n’est pas contestable. La SNCF est malade, malade de son endettement abyssal (50 milliards d’euros), malade de l’incurie des gouvernements qui ont privilégié le TGV au détriment des lignes classiques, malade enfin de décisions managériales souvent désastreuses.

Le « nouveau pacte ferroviaire » proposé par le Premier ministre est nécessaire, mais savoir prendre son temps et refuser la précipitation ne l’est pas moins.


L’événement – 2

par Jean-Gabriel Delacour

Macron face au monde rural

On lui connaissait un grand-père commerçant, on lui en découvre un autre « cheminot ». Emmanuel Macron s’est efforcé de donner une petite touche personnelle à son échange aigre-doux avec un salarié de la Sncf au Salon de l’Agriculture. Mais, pour lui, l’essentiel était, ce samedi 24 février, de « rassurer la vache et le poulet » — tout en se comportant différemment de Jacques Chirac, de Nicolas Sarkozy et de François Hollande. Du coup, le champion des échanges mondiaux avait pris la casquette du papy gardien du pré carré : « On doit avoir une vraie Europe qui protège », assurant qu’« il y aura des contrôles et des résultats concrets » pour empêcher les arrivées en France de n’importe quelle viande ou culture.

Deux jours auparavant, il avait reçu quelque 700 agriculteurs à l’Élysée, mais que des jeunes. Il lui fallait montrer où se situent les enjeux et indiquer la voie à ceux qui vont faire l’avenir et dont on peut penser qu’ils participent de cet esprit start-up qui anime le chef de l’État. Celui-ci espérait sans doute aussi une certaine solidarité d’âge et une plus grande réceptivité à cette gigantesque opération de communication. D’autres manœuvres se trouvent enclenchées, par exemple auprès du monde des chasseurs, dont on a appris que le président les fréquentait, même s’il ne chasse pas.

Cela dit, le monde rural, qui vote de plus en plus à droite, reste à conquérir. D’abord parce qu’il appartient à cette France des territoires qui ne se reconnaît pas dans le discours jugé jacobin et parisien d’Emmanuel Macron. Ensuite parce que ce dernier semble lié à l’Europe institutionnelle qui ne fait plus du tout rêver les agriculteurs. Enfin, de manière plus générale, parce que l’image du président reste collée non seulement à celle d’un capitalisme sans frontières mais aussi à celle du banquier qui, dans sa carrière, s’est essentiellement préoccupé des grands groupes industriels.

L’Europe communautaire a détruit le modèle agricole auquel les paysans français s’étaient convertis. Aujourd’hui, les enjeux concernent la qualité des productions, la santé des consommateurs, la protection de l’environnement et, évidemment, des prix rémunérateurs, ce qui pose la question des rapports avec la distribution — un tiers d’entre eux gagne moins de 350 € par mois. Or, de troisième exportateur mondial il y a 15 ans, la France a rétrogradé en sixième position. Dans leur vie quotidienne, ils sont écrasés sous la réglementation et la paperasse, symbolisées par la présence d’un fonctionnaire pour vingt exploitations, avec un enchevêtrement d’organismes publics et parapublics tels que les Safer — les Sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural —, les chambres d’agriculture et les interprofessions.

Dans ce domaine comme dans les autres, les intéressés attendent des actes pour profiter de résultats. Le temps des propos de campagne et des déclarations d’intention est dépassé. Celui qui se flatte de réformer tous azimuts la société — laquelle en a effectivement bien besoin — va devoir prendre des décisions, qui vont d’ailleurs bien au-delà des frontières de la France.


Politiques

par Alice Tulle

À mots découverts

Les propos blessants tenus par Laurent Wauquiez devant les élèves d’une école de management ont provoqué de vives réactions et cinq jours de débats dans les médias. Le président des Républicains  a-t-il été piégé ou, au contraire, vient-il d’esquisser une nouvelle tactique ?

Le 16 février, la diffusion sur les antennes de remarques acerbes, blessantes, voire diffamatoires, sur Nicolas Sarkozy, Valérie Pécresse, Gérard Darmanin, Alain Juppé et Emmanuel Macron déclenche une tempête médiatique. Laurent Wauquiez, qui s’était ainsi lâché dans un cours aux étudiants de l’École de management de Lyon, s’empresse de déclarer que les étudiants étaient tenus à la confidentialité et qu’il va porter plainte. Les représentants de la majorité présidentielle s’indignent qu’un chef de parti puisse se laisser aller ainsi au cynisme et à la vulgarité. Chez Les Républicains, les réactions sont pour le moins contrastées. Xavier Bertrand déclare que Laurent Wauquiez a fait « pire que du Trump » et Valérie Pécresse affirme pour sa part qu’il y a « très clairement […] deux droites, il y a une droite des décibels et une droite de la crédibilité ».

Après avoir téléphoné à Nicolas Sarkozy pour lui présenter ses excuses, le président des Républicains décide d’assumer ses déclarations intempestives dans un entretien qu’il accorde au Figaro le 21 février. Selon lui, Gérard Darmanin, visé par une plainte pour abus de faiblesse, devrait démissionner et les députés de La République en marche – décrits comme des « guignols » mériteraient des mots plus durs… Lorsque la tempête médiatique s’apaise, 48 heures plus tard, on n’y voit pas plus clair dans le jeu de Laurent Wauquiez.

Le président des Républicains a-t-il été piégé par un enregistrement clandestin ou savait-il, dans une société où chacun porte sur soi un téléphone avec enregistreur de son et d’images, que ses diatribes seraient largement diffusées ? Les excuses adressées à Nicolas Sarkozy plaident pour la première thèse car Laurent Wauquiez n’avait certainement pas intérêt à se fâcher avec l’ancien président. Le conférencier était toutefois obligé d’assumer ses propos en invoquant le « parler vrai » – ce qui ne peut pas le desservir auprès du public qu’il vise prioritairement.

Valérie Pécresse a en effet raison de dire qu’il y a deux droites et elle sait fort bien qu’il ne s’agit pas d’opposer celle des « décibels » et celle de la « crédibilité ». La présidente de la région Île-de-France voudrait incarner la droite libérale et européenne qui fut celle de l’UDF giscardienne, du RPR puis de l’UMP et qui est aujourd’hui partiellement intégrée à la majorité présidentielle. L’autre droite, c’est la droite nationale ou nationaliste, libérale en économie mais hostile aux traités européens, que Laurent Wauquiez veut conquérir. L’électorat national-populiste s’était rassemblé autour de Jean-Marie Le Pen puis de sa fille mais la crise qui s’est ouverte au Front national après l’élection présidentielle permet d’envisager une remigration de cet électorat vers les Républicains.

Laurent Wauquiez, qui est entré en politique sous la houlette de Jacques Barrot et qui a voté oui au référendum de 2005 mais qui se montre aujourd’hui très critique à l’égard des traités européens, a pu constater que ses diatribes lyonnaises avaient été favorablement accueillies dans la France périphérique. S’il a tenu des propos délibérément provocateurs, il peut se réjouir de l’effet produit. S’il s’est laissé piéger, il peut estimer qu’il a retourné l’affaire à son avantage. 


Monde

par Yves La Marck

Chevaliers blancs

La première organisation humanitaire britannique, Oxfam, est gravement mise en cause pour des abus sexuels commis par l’un de ses directeurs en Haïti après le séisme de 2010.

L’humanitaire était sans doute l’un des derniers secteurs qui avait conservé sa crédibilité auprès du grand public si l’on en juge par l’importance du nombre de donateurs. En Grande-Bretagne, on estime que 36 % de la population contribue au financement des organisations non gouvernementales d’aide, soit d’urgence soit de développement. C’est devenu un sujet de concurrence internationale entre fondations britanniques, américaines, allemandes, néerlandaises, scandinaves, et françaises, ces dernières longtemps à la pointe du mouvement par leur créativité (French doctors), mais souvent loin derrière en termes de puissance financière. C’est aussi devenu un monde à part, qui pratique l’entre-soi avec fatalement deux handicaps : le manque de transparence et le sentiment d’impunité.

Le scandale qui a frappé Oxfam * au début de la semaine dernière et a conduit son directeur général devant une commission parlementaire à Westminster le 20 février ne porte pas tant sur les faits eux-mêmes (le recours à des prostituées peut-être mineures) que sur leur dissimulation. Un rapport interne les avait dénoncés dès 2011 ! Quatre salariés d’Oxham en Haïti avaient été licenciés, certains pour faute grave, trois avaient démissionné… Mais c’est seulement sept ans plus tard, en 2018 que l’organisation en fait la révélation ! La raison n’est pas longue à trouver : la peur panique qu’un tel aveu fasse fuir les donateurs. En quelques heures, en effet, cette semaine 7 000 donateurs réguliers se sont retirés. C’est donc le système médiatique dont dépendent ces dons qui est en cause. De même que certaines organisations ont abusé d’images tendancieuses ou franchement traumatisantes pour stimuler la générosité du public, en représentant par exemple des enfants squelettiques ou ballonnés, ce que l’on a appelé la « pornographie de la pauvreté », de même une rumeur de tourisme sexuel concernant ces « chevaliers blancs », ces anges de salut des pauvres, aurait un effet inversement désastreux.

Le fond de l’affaire est bien dans le choc des mondes. La grande nouveauté de la décision d’Oxfam est que le rapport en question a été remis au gouvernement haïtien ! Ce dernier a aussitôt annoncé suspendre les activités d’Oxfam sur son territoire pour deux mois, le temps d’une enquête…

Les personnels humanitaires qui se retrouvent d’un tsunami en Indonésie à un séisme à Haïti, d’un camp de réfugiés sud-soudanais à des installations de fortune pour les Rohingya au Bangladesh, d’hôpitaux sous les bombes au Yémen à des distributions de vivres en Centrafrique, au chevet d’ex-enfants-soldats au Liberia à celui des petites filles excisées de Somalie, ne se rendent pas toujours compte que ces endroits invraisemblables continuent de relever d’États qui, si faibles et décrépits qu’ils soient, sont en principe souverains. Et que, si déshumanisés et interchangeables que paraissent à nos yeux ces déshérités de la vie, ils sont issus de populations honorables, responsables, que ce sont des semblables, des égaux, à travers leurs différences même. Trop souvent on perçoit devant ces victimes, quelles qu’elles soient, le regard du voyeur exotique du Cœur des ténèbres de Joseph Conrad (au Congo) qui, quoi qu’il fasse à ces « sauvages », « qui sont pourtant comme nous », bénéficie de l’impunité. Les lois de l’Europe ne s’appliquent plus. Il n’y a plus d’État de droit, donc tout est permis. C’est « l’État sauvage » (Georges Conchon), un état d’exception où tout est hors normes et sans conséquences.

Le problème soulevé par l’aventure de cet humanitaire débarqué en Haïti au milieu des ruines est, hélas ! des plus banals. Il est aussi le fait de centaines de personnels militaires et civils déployés par l’ONU comme on le sait à peu près de la Centrafrique et en République démocratique du Congo. Il renvoie à un univers de  « Blancs » (même si les agents ou les soldats sont foncés de peau, ils servent un pouvoir jugé « blanc ») face à tout ce qui ne l’est pas. Aucun code de conduite n’évitera les dérives, encore moins le « regard », même s’il n’y a pas passage à l’acte, tant qu’on ne prendra pas la mesure de ce choc des mondes qui n’est pas seulement un choc de cultures mais une absence de compréhension en profondeur de ce qu’est l’humanité. Pouvons-nous imaginer l’autre et surtout nous imaginer ce que l’autre voit dans les « humanitaires » ? Face à ceux-ci, il y a un écart incommensurable entre le regard porté par le donateur potentiel dans son fauteuil devant sa télévision et celui du receveur potentiel dans son absolu dénuement, entre lesquels les « humanitaires » font le lien. On connaît l’adage : la main qui donne est toujours au-dessus de celle qui reçoit.

* Oxfam vient de « Oxford Committee for Relief Famine », association fondée en 1942 à Oxford… C’est aujourd’hui une confédération de 18 grandes associations humanitaires œuvrant dans 90 pays.


Clefs

par Jean Étèvenaux

Des livres sur la période 1870-1945

La longue période, correspondant à deux générations, qui va des débuts de la IIIe République jusqu’à son effondrement et qui comprend les difficultés de la Seconde Guerre mondiale, se trouve parcourue par un certain nombre d’ouvrages. Ils permettent de l’appréhender d’une manière globale ou thématique et, en tout cas, aident le lecteur à mieux comprendre le monde d’où l’on vient.

Sous la plume de Dominique Del Boca et Marie-Anne Voirin-Clerget, on découvre ces inconnues qu’ont été Les premières dames de la IIIe République (Paris, RDBF, 2013, 376 pages). Laurent Joly nous montre ce qu’a été la Naissance de l’Action française. Maurice Barrès, Charles Maurras et l’extrême droite nationaliste au tournant du XXe siècle (Paris, Grasset, 2015, 384 pages). À l’autre bout de l’échiquier politique, Rémi Kauffer raconte Paris la Rouge. Capitale mondiale des révolutionnaires et des terroristes (Paris, Perrin, 2016, 416 pages). Deux groupes importants sont disséqués : La franc-maçonnerie au cœur de la République de 1870 à nos jours (Clermont-Ferrand, de Borée, 2016, 488 pages), par Jean-Paul Lefebvre-Filleau, et L’utopie citoyenne. Une histoire républicaine de la Ligue de l’Enseignement (Paris, La Découverte, 2016, 192 pages), par Jean-Michel Djian. Enfin, Michel Winock parcourt toute La France républicaine. Histoire politique XIXe – XXIe siècle (Paris, Robert Laffont, 2017, 1290 pages).

La Première Guerre mondiale nous vaut toujours beaucoup d’études. Hubert Monteilhet montre ce qu’a été l’Intox. 1870-1914 La presse française en délire (Paris, Éditions de Fallois, 2015, 136 pages). Pierre Monteil et Cyril Pujol décortiquent les Fausses vérités et vrais mensonges de 14-18 (Paris, Jourdan, 2017, 384 pages), tandis que Bernard Crochet dévoile l’Histoire secrète de la Grande Guerre (Rennes, Ouest-France, 2016, 144 pages). Grâce à Giovanni Dotoli, Marie-Laure Grandgirard et Éric Sivry, on débusque Les écrivains dans la tourmente de la Première Guerre mondiale (Paris, Hermann, 2016, 178 pages).

Sur le front lui-même, Mathieu Fantin montre comment Les poilus parlent aux Boches (Paris, La Boîte à Pandore, 2014, 232 pages). Jean-Pierre Turbergue détaille Les 300 jours de Verdun (Mantes-la-Jolie, 2015 [1re édition : 2006], 552 pages). Roger Fraenkel s’en prend à Joffre l’imposteur (Bruxelles / Paris, Jourdan, 2014, 452 pages). Laurent Guillemot ressuscite la Génération Champ d’honneur. Les enfants d’Auriat (Paris, Éditions de Fallois, 2013, 336 pages). Claude Secondi raconte un destin : Il était nettoyeur de tranchées en 1917 (préface de Jean Étèvenaux, Toulon, Les Presses du Midi, 2016, 116 pages). Jean-François Saint-Bastien fait redécouvrir les Chansons des tranchées (Tours, Sutton, 2016, 192 pages). Laurent Guillemot donne La liste de Foch. Les 42 généraux morts au champ d’honneur (Paris, Éditions de Fallois, 2017, 448 pages).

Une très intéressante perspective est donnée par La Grande Guerre vue par les Américains. Carnet du Cpt. Allan B. Butler Jr. de la First Division 1917-1919 (préface d’Edward M. Coffman, avant-propos de Joseph Zimet, postface de Paul Herbert, Paris, Albin Michel, 2017 [édition originale en anglais : Chicago, The Robert R. McCormick Foundation], 272 pages). Anne Peroz plonge dans le quotidien de ceux qui devaient Vivre à l’arrière du front. Vosges 1914-1918 (Moyenmoutier, Edhisto, 2015, 440 pages). Michel Amiel et Sergueï Piotrovitch d’Orlik ont dirigé les contributions d’un ouvrage accompagnant une exposition à Lyon : Rayons X. Une autre image de la Grande Guerre (Lyon, Libel, 2017, 160 pages). Delphine Baya a su mener ses élèves de terminale CAP employés commerce multi-spécialités du lycée des métiers Japy à produire Raconte-moi ton quartier durant la Première Guerre mondiale : le 2e arrondissement de Lyon (Lyon, LGO Éditions, 2016, 98 pages). Quant à Roland André, il a su décrire Les indigènes. Armée d’Afrique et troupes coloniales à pied en 1914 (Tours, Éditions Sutton, 2015, 138 pages).

Ensuite, on a un peu l’impression que tout recommence. Jacques-Alain de Sédouy raconte comment Ils ont refait le monde 1919-1920. Le traité de Versailles (Paris, Tallandier, 2017, 352 pages). Vingt ans plus tard, c’est La France défaite 1940-1945 (n° 8120, novembre-décembre 2017, de Documentation photographique). Fabrice Grenard, Florent Le Bot et Cédric Perrin désossent, en quelque sorte, l’Histoire économique de Vichy. L’État, les hommes, les entreprises (Paris, Perrin, 2017, 448 pages). Sur le plan militaire, se détache, sous la plume d’Ivan Cadeau, la figure de De Lattre (Paris, Perrin, 2017, 342 pages).


Humeur

par Erwan Violin

Toujours l’affaire Seznec

Il aura suffi de deux bouts d’os retrouvés à Morlaix, pour relancer l’affaire Seznec. Les analyses permettront de savoir si les deux morceaux en question sont bien ceux de Pierre Quémeneur, mystérieusement disparu le 25 mai 1923. Si tel est le cas, cela pourrait innocenter Guillaume Seznec, condamné au bagne pour un meurtre sans cadavre, et qui a toujours proclamé son innocence. Cela pourrait également conduire à la révision du procès.
Il ne faut jamais désespérer de la justice, dit-on. Sans doute, mais espérer pendant 95 ans, c’est tout de même un peu long.


Livres

par Catherine Pauchet

Roman

Nostalgie

L’écrivain espagnol José Carlos Llop se souvient de sa jeunesse, dans les années 1970, quand il résidait à Palma de Majorque et à Barcelone. C’était le bon vieux temps, celui de l’insouciance et de l’amitié. Avec ses copains, il vivait chez les uns et les autres, sans le sou. Il fumait un joint en écoutant de la musique sur une radiocassette : les Rolling Stones, Jimmy Hendrix, Leonard Cohen… Il récitait de la poésie aux jeunes filles, surtout celle d’Ezra Pound. Il lisait beaucoup : les romanciers (Modiano…), les philosophes (Foucault…). C’était la fin du franquisme qui laissait espérer un avenir meilleur, et plus libre. Jusqu’à ce que le sida fasse irruption.

« Rois d’Alexandrie », José Carlos Llop, éditions Jacqueline Chambon, 208 p., 20,80 €.

Roman

Celui par qui la haine vient

L’arrêt de la Cour suprême est tombé : désormais les enfants noirs fréquenteront les écoles publiques et s’assoiront à côté des élèves blancs. Un choc pour la petite ville de Caxton, au sud des Etats-Unis. La population grommèle mais s’adapte. Un jour, un inconnu, venu d’on ne sait trop où, se présente en ville. L’homme est élégant, bien éduqué, beau parleur ; il séduit. Son discours enflammé contre la nouvelle loi anti-apartheid emporte l’adhésion de quelques-uns suscitant manifestation, violence et meurtre. Publié en 1960, ce roman social qui aborde la difficile intégration des Noirs dans la société américaine a été adapté au cinéma par Roger Corman. Il vient d’être réédité.

« Un intrus », Charles Beaumont, Belfond, 448 p., 18 €.

Photographie

Noir & blanc

Souvent associé aux maîtres (Doisneau, Salgado…) et à la photo d’art, le noir et blanc fascine parce qu’il met en valeur l’essentiel : un geste, une forme… Aujourd’hui tous les boitiers offrent une option monochrome appréciée des photographes professionnels et amateurs. Dans ce manuel, le photoreporter Philippe Bachelier explique comment voir et s’exprimer en noir et blanc ainsi que la meilleure façon d’utiliser les effets spéciaux et le labo numérique.

« Le guide pratique noir & blanc numérique », Philippe Bachelier, Eyrolles, 160 p., 15 €.

Revue

Grand

Pour la deuxième année consécutive, L’Ecole des loisirs propose à ses jeunes lecteurs et aux « passeurs de livres et de culture » (enseignants et bibliothécaires), sa revue gratuite, grand format, tout en couleurs. Marie Desplechin est la marraine de ce numéro tiré à cent mille exemplaires. Au sommaire : Boris Cyrulnik parle des héros de fiction, un atelier BD, animer un lieu culturel, le jeu de Claude Ponti, des stickers, des étiquettes, un semainier, un poster où figurent les petites et grandes héroïnes de romans…

« Grand » n°2, L’Ecole des loisirs, gratuit, à demander en librairie et bibliothèque.


Cinéma

par Marie-Christine Renaud d’André

Mary et la fleur de la sorcière

Alors qu’elle vient d’emménager chez sa grand-mère Charlotte, la jeune Mary découvre dans la forêt une fleur étrange, que tout le monde appelle la fleur de la sorcière et qui ne fleurit que tous les 7 ans. Elle ne le sait pas, mais cette fleur aux pouvoirs magiques va lui permettre de se projeter dans un monde mystérieux, où se trouve l’école Endor, la plus performante en matière de magie. Sur place, accompagnée de Tib et Gib, deux chats du village, elle va faire la connaissance de l’étrange madame Mumblechook.

Il a fait ses classes auprès de Hayao Miyazaki, dans les studios Ghibli, pour lesquels il a réalisé les superbes Arrietty, le petit monde des chapardeurs et Souvenirs de Marnie, avant de les quitter pour créer son propre studio, Ponoc. C’est dire si Hiromasa Yonebayashi, le réalisateur de ce superbe film d’animation, a été lui aussi à une bonne école de «  magie  ». On retrouve, en effet, tout ce qui fait la charme de l’animation japonaise dans ce film très original, avec son histoire très rythmée (un peu trop, parfois !), ses superbes dessins, avec des traits fins et des couleurs vives, et son atmosphère envoûtante.

Certes, l’histoire est, parfois, un peu trop complexe pour les petits, mais elle est si distrayante et elle nous entraîne dans des endroits si extraordinaires que l’on en goûte tous les charmes sans retenue. Entre humour et émotion, ces jolies variations sur le monde fantastique de l’enfance raviront petits et grands.

Comme le plus souvent dans ce genre de scénario, l’héroïne se révèle pleine de courage, de détermination et de sens de l’autre. Ce joli film offre également une critique masquée, mais fort bienvenue, des manipulations génétiques.

Film d’animation japonais (2017) de Hiromasa Yonebayashi, d’après Mary Stewart, avec les voix françaises de Maryne Berthieaux (Mary), Gabriel Bismuth-Bienaimé (Peter), Christophe Lemoine (Flanagan) (1h42). (Adolescents) Sortie le 21 février 2018.

Moi, Tonya

En 1994, la championne de patinage sur glace Tonya Harding est soupçonnée d’avoir organisé l’agression de Nancy Kerrigan, sa rivale.

Cette histoire terrible et authentique est reconstituée avec soin par le réalisateur, qui y a inséré des interventions des acteurs de l’époque et de nombreuses touches d’humour. En braquant sa caméra sur Tonya, il montre qu’elle a été la victime consentante de terribles violences maternelles et conjugales, et, surtout, qu’elle a été stigmatisée par les juges des compétitions, car, de par ses origines modestes, elle ne correspondait pas à l’image qu’ils voulaient donner de leur pays. Outre son humour, ce film offre quelques superbes scènes de patinage.

Entre une mère affreuse et alcoolique et un mari violent, l’héroïne tente, malgré tout, de réaliser son rêve. 

Biographie américaine (2017) de Craig Gillespie, avec Margot Robbie (Tonya Harding), Allison Janney (Lavona), Sebastian Stan (Jeff Gillooly), Paul Walter Hauser (Shawn) (2h). (Adultes avec des éléments nocifs) Sortie le 21 février 2018.

Cas de conscience

Un soir, le docteur Nariman évite un chauffard et renverse une famille en scooter. Après avoir ausculté le jeune Amir, 8 ans, il conseille à son père de le conduire à l’hôpital.

Porté par une interprétation toute en nuances, ce film magistral et fort est très prenant. Surtout, il bouscule le spectateur qui ne cesse de se demander ce qu’il ferait à la place de cet homme rongé par la culpabilité, mais qui possède aussi un vrai sens moral. Ce film captivant est une magnifique réflexion sur la responsabilité individuelle.

Drame iranien (2017) de Vahid Jalilvand, avec Navid Mohammadzadeh (Moussa), Amir Aghaee (le docteur Nariman), Hediyeh Tehrani (Leila) (1h44). (Adolescents) Sortie le 21 février 2018.


La ch’tite famille

Designer à la mode, Valentin D. a tourné le dos à sa famille ch’ti modeste, afin d’être reconnu à Paris.

Si le héros a renié les siens, ce n’est pas le cas de Dany Boon, qui, une fois encore, rend hommage à leur chaleur humaine et leur sens de l’autre. Malheureusement, si l’idée de départ est intéressante, avec une excellente critique du snobisme parisien et de l’art moderne, il y a trop d’outrances et pas assez de moments drôles pour convaincre totalement. Il reste que l’interprétation est sensationnelle, et confère beaucoup d’humanité à cette histoire, et qu’il y a une scène très émouvante à la fin. On aurait parfois besoin de sous-titres car tout le monde ne comprend pas le ch’ti.

Le mépris de certains personnages pour les autres est choquant. Fort heureusement, la famille, qui permet de savoir qui on est réellement, est au cœur de cette comédie.

Comédie française (2018) de Dany Boon, avec Dany Boon (Valentin), Line Renaud (maman Duquesne), Laurence Arné (Constance), Valérie Bonneton (Louloute), Guy Lecluyse (Gustave), François Berléand, Pierre Richard (1h46). (Adolescents) Sortie le 28 février 2018.


Le chiffre de la semaine

8%

C’est le taux de progression, entre janvier 2017 et janvier 2018, des dépenses d’indemnités journalières versée par l’assurance-maladie. Sur les douze derniers mois, cela représente un coût de 10,3 milliards d’euros pour le régime général. Les deux tiers de cette progression sont dus au plus grand nombre de jours d’arrêt-maladie et le dernier tiers à des montants plus élevés.

Plusieurs explications sont avancées pour expliquer le phénomène. Si certains mettent en avant la reprise de l’emploi qui accroîtrait la population susceptible de bénéficier de ces arrêts, d’autres soulignent le rôle de la crise économique qui pousserait les salariés à aller jusqu’au bout de leurs forces. Pour certains enfin, la retraite à 62 ans entraînerait la présence de salariés plus vulnérables.


D’un jour à l’autre

France

Rail

Le Premier ministre a confirmé le 26 février que le gouvernement procédera par ordonnances pour réformer la SNCF. Le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, a appelé à une manifestation nationale des cheminots, le 22 mars, pour protester contre les réformes de la SNCF préconisées dans le rapport Spinetta. La question de la fermeture des petites lignes sera cependant remise à plus tard.

Nucléaire civil

Cinq cents gendarmes ont expulsé, le 22 février, la quinzaine d’opposants au projet d’enfouissement de déchets radioactifs à Bure (Meuse) qui occupaient le site depuis 2016. Sébastien Lecornu, secrétaire d’État auprès de Nicolas Hulot devait rencontrer le lendemain, 23 février, des élus et des associations opposés au projet lesquels, devant les événements, ont refusé son invitation.

Tourisme

2017 a été une année record pour le tourisme en Île-de-France : 33,8 millions d’arrivées hôtelières, soit une hausse de 9,5 % par rapport à 2016. 20,8 milliards d’euros ont été dépensés par la clientèle française et internationale. Le Louvre a connu une hausse de fréquentation de 9,5 % (plus de huit millions de visiteurs) et Versailles une progression du nombre de touristes de 15,1 % (7 700 000).

Vélo

L’entreprise hongkongaise Gobee.bike, qui mettait des vélos vert pomme en libre-service à Paris, Lille, Reims et Lyon depuis octobre 2017, a annoncé son retrait à cause des vols et de la destruction de 60 % de sa flotte par des utilisateurs indélicats. À Paris, le nouveau concessionnaire du service Velib, Smovengo, n’a pour l’instant ouvert que 250 stations au lieu des 600 prévues.

Justice

Le parquet a requis, le 20 février, la confirmation de la peine de trois ans de prison à laquelle l’ancien ministre de l’Économie Jérôme Cahuzac avait été condamné en première instance. La cour d’appel de Paris rendra son jugement le 15 mai.

FN

Marion Maréchal-Le Pen a pris la parole juste après le vice-président américain Mike Pence, le 22 février, au Conservative Political Action Conference, près de Washington. Elle a repris à son compte plusieurs slogans du Président Trump, disant vouloir « rendre à la France sa grandeur ». Elle a également annoncé la création d’une « académie de sciences politiques ».
Jean-Marie Le Pen a annoncé qu’il renonçait à se rendre au congrès de refondation du FN les 10 et 11 mars à Lille.

Armées

Deux soldats français de la force Barkhane au Mali ont été tués, le 21 février, au passage de leur véhicule blindé sur un engin explosif improvisé.

Enseignement

Les sénateurs ont voté le 21 février une proposition de loi visant à mieux encadrer l’ouverture d’établissements hors contrat, de plus en plus en plus nombreux – progression de 15 % dans le primaire en septembre 2017. Sans aller jusqu’à un régime d’autorisation préalable, les sénateurs souhaitent allonger d’une semaine à trois mois le délai dont dispose un maire pour s’opposer à l’ouverture d’une école primaire.

Sans-abri

2 000 bénévoles de la Nuit de la solidarité ont recensé 3 624 personnes couchant dehors dans la nuit du 15 au 16 février dans les vingt arrondissements de Paris.

Froid

Deux personnes ont été retrouvées mortes de froid, dans les Yvelines le 23 février et à Valence, le 25 février. Face aux températures sibériennes, on observe une forte mobilisation des associations.

Monde

États-Unis

Deux semaines après la tuerie qui a coûté la vie à 17 personnes dans un lycée de Floride, les élèves de l’établissement et leurs parents continuent de se mobiliser au cri de « plus jamais ça ». Donald Trump a reçu les familles des victimes à la Maison-Blanche le 21 février et a évoqué la possibilité d’armer les enseignants.

Syrie

Dans la Ghouta orientale, enclave rebelle à l’est de Damas, assiégée depuis 2013, 1 400 personnes ont été blessées et 320 sont mortes sous les bombes entre le 18 et le 26 février. Le conseil de sécurité de l’Onu a voté à l’unanimité une demande de cessez-le-feu d’un mois « sans délais » le 24 février. Le président Poutine a ordonné une « trêve humanitaire quotidienne »,  de 9 h à 14 depuis le 27 février, et des couloirs humanitaires.

Disparition

Le plus populaire des télévangélistes, Billy Graham, « le pasteur de l’Amérique », s’est éteint le 21 février à l’âge de 99 ans. Il aura prêché dans 185 pays devant plus de 200 millions d’auditeurs et aura été l’aumônier officieux de la Maison-Blanche pendant plus d’un demi-siècle.

Nigeria

L’organisation djihadiste Boko Haram – dont le nom signifie « l’éducation occidentale est un péché » – a enlevé 111 jeunes filles, le 19 février, dans un internat de l’État de Yobe, à l’extrême nord du pays.

RDC

Malgré les engagements du gouvernement, les manifestations des catholiques congolais le 25 février contre le président Kabila, ont été sévèrement réprimées et une personne a été tuée.

Arabie saoudite

Le royaume wahhabite, qui applique une version rigoriste de l’islam, a annoncé, le 22 février, vouloir investir 64 milliards de dollars dans le divertissement, sur dix ans : construction de cinémas, d’un opéra et programmation, en 2018, de plus de 5 000 événements culturels.

Chine

Le Parti communiste chinois a annoncé le 25 février un projet de réforme constitutionnelle qui supprimerait la limite de deux mandats de cinq ans pour le président, offrant à Xi Jinping le droit de rester président peut-être à vie.

Australie

Le groupe français Thales a annoncé le 26 février qu’il signait un contrat de 777 millions d’euros pour la gestion de la totalité du trafic aérien civil et militaire du pays. L’Australie gère le plus vaste espace aérien dans le monde.

Corées

La trêve olympique n’aura pas duré, Donald Trump ayant annoncé dès le 23 février « des sanctions les plus lourdes jamais imposées à un pays » considérées comme « un acte de guerre » par la Corée du Nord qui a envoyé, à la cérémonie de clôture des Jeux, le 25 février, un très haut gradé de son armée, également vice-président du comité central du Parti des travailleurs.

Israël

L’ambassade américaine sera officiellement transférée de Tel-Aviv à Jérusalem en mai prochain, pour coïncider avec le 70e anniversaire de la création de l’État hébreu, le 14 mai 1948. Les Palestiniens parlent de « provocation » car cette date est aussi la Nakba (la catastrophe, en arabe) qui a vu des milliers de civils arabes jetés sur les routes de l’exil.

Sport

Jeux olympiques d’hiver

Le biathlon tricolore a offert à lui seul le tiers des 15 médailles obtenues par la France, aux Jeux de PyeongChang. Martin Fourcade apporte aux Bleus ses trois médailles d’or, lesquelles s’ajoutent aux deux médailles d’or gagnées aux Jeux de Sotchi en 2014 et qui font de lui le Français le plus titré de l’histoire des Jeux. La Norvège triomphe à ces Jeux d’hiver avec 14 médailles d’or.


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