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Lundi 19 septembre 2016

Lundi 19 septembre 2016

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L’événement – 1

par Serge Plenier

Quel islam pour la France ?

C’est un peu l’histoire du verre à moitié vide ou du verre à moitié plein. Le sondage Ifop réalisé à la demande de l’Institut Montaigne rassurera ceux qui veulent à tout prix être rassurés. Cependant, il pourra en inquiéter bien d’autres.

Du côté du verre à moitié plein, on soulignera que, selon le sondage, 48% des quelques 4 à 5 millions de musulmans de France n’émettent aucune revendication et sont en voie de sécularisation. Le rapport de l’Institut Montaigne en parle comme de la « majorité silencieuse ». Un deuxième groupe, 26% des sondés se caractérise par sa forte pratique, mais aussi par son acceptation de la laïcité. Ils ne sont « que » 28% à refuser la limitation de la religion à s’opposer clairement aux « valeurs de la République » et à valoriser des comportements en opposition avec la loi tels que la polygamie ou le niqab. Exprimé plus crûment, cela veut dire que, pour 28% des musulmans vivant en France, la charia doit prédominer sur toute loi civile.

Ces 28%, et cela devient très inquiétant, sont principalement des jeunes (alors que la « majorité silencieuse » est essentiellement composée de seniors). Tous ne sont certes pas de futurs djihadistes, loin de là, mais ce déséquilibre générationnel entre un islam intégré ou en passe de l’être, et un islam « sécessionniste » (selon l’expression de l’Institut Montaigne) révèle à tous le moins une dynamique, confirmée d’ailleurs par d’autres chiffres. C’est ainsi que 80% des musulmans s’affirmant pratiquants estiment que leurs enfants doivent pouvoir manger halal à l’école.

Devant ces données, l’Institut Montaigne propose diverses mesures visant à assurer l’existence d’un islam français débarrassé des tutelles étrangères. Même si, dans les détails, ces mesures paraissent de bon sens, elles se heurtent à la réalité d’une religion fragmentée. Parmi tous les chiffres du sondage, il y a ces 68% qui ignorent le Conseil français du culte musulman. On ne réformera pas l’islam de l’extérieur.
Mais est-ce là le vrai problème ? En fin de compte, l’évolution identitaire de l’islam en France nous en dit encore plus long sur notre société et sur son incapacité spirituelle. Les jeunes musulmans se réfugient dans leur religion parce que nous sommes devenus incapables de leur proposer une identité.


L’événement – 2

par Jean-Gabriel Delacour

Une nouvelle Europe ?

La réunion de Bratislava — « informelle » pour justifier l’absence des Britanniques qui font quand même encore partie de l’Union européenne — le 16 septembre et le nouvel échec d’Angela Merkel aux élections régionales de Berlin le 18 semblent devoir résumer les incertitudes politiques du continent. On doit pourtant regarder plus clairement et de manière plus équilibrée ce qui s’y déroule. Au risque de paraître simpliste, il faut en effet constater que la vie y continue, à condition de chausser des lunettes qui ne soient pas trop déformantes.

On ne peut quand même pas se plaindre que les habitants de l’Europe s’expriment grâce aux élections ! Certes, lorsque les résultats ne conviennent pas à la pensée dominante, on fait facilement intervenir les explications « populistes » ou « xénophobes » présentant l’avantage de placer les contestataires hors du champ politique acceptable des formations labellisées par le politiquement correct. De même, si les dirigeants n’arrivent pas à s’entendre, on met en avant la désorganisation de tel pays, l’instabilité de tel autre, les difficultés économiques d’un troisième voire même la corruption d’un quatrième. En réalité, ces explications n’offrent aucun caractère novateur car les démocraties où tout apparaît lisse demeurent une vue de l’esprit et il reste normal que des divergences se manifestent non seulement entre les États — même si certains veulent les nier en les noyant dans un magma supranational — mais aussi entre les citoyens — faute de quoi on glisse vers le totalitarisme mou ou larvé qui n’accepte pas la contestation et récuse l’alternance.

En réalité, on ne fait attention qu’à certaines élections. Ainsi en a-t-il été de celles qui se sont déroulées en Croatie le 11 septembre ou en Russie le 18 et qui sont allées dans le sens des formations au pouvoir. Une analyse plus attentive aurait pourtant fait ressortir le souci de plus en plus marqué d’accorder avant tout la confiance aux forces donnant l’impression de vouloir défendre l’identité et la souveraineté de ces pays, qui n’ont retrouvé leur liberté d’agir que depuis, au mieux, un quart de siècle. Cela explique aussi, plus généralement, le souci des peuples d’Europe centrale et orientale de pas se déliter au profit de la bureaucratie bruxelloise pas plus que d’accepter des vagues migratoires pouvant submerger leurs personnalités.

Pourtant, un nouvel équilibre pourrait se profiler au sein de l’Europe. Malgré tous ses problèmes, l’Allemagne demeure en effet la principale puissance du continent. François Hollande fait certes tout ce qu’il peut pour coller à Angela Merkel, mais, outre la faiblesse grandissante de la France, on ne peut exclure que la fille d’un pasteur allemand se sente plus proche de la fille d’un révérend britannique, l’une et l’autre de surcroît sans enfants. Dans cette perspective, le Brexit ne ferait figure que de donnée accessoire dans le cadre d’une redistribution des cartes en Europe. Et il ne faut pas davantage oublier que Berlin a toujours aussi su regarder du côté de Moscou…


Politiques

par Alice Tulle

Colère à Belfort

À Belfort, les salariés de l’usine Alstom menacée de fermeture, les élus et la population se mobilisent pour sauver le site industriel et les emplois. Étrangement surpris, le gouvernement cherche des solutions.

Tout allait si bien ! Concentré dans les transports depuis la vente à General Electric de ses activités dans le domaine de l’énergie, Alstom avait remporté en mai et juin des contrats en Grande-Bretagne et en Italie puis un autre, très important, aux États-Unis où Alstom construira le TGV Boston-Washington. L’entreprise française annonçait il y a quelques mois déjà une forte baisse de son endettement et un retour aux bénéfices avec de belles perspectives de croissance pour les prochaines années, surtout à partir de 2020.

Le 7 septembre, la direction d’Alstom annonce cependant qu’elle met fin à la production de trains sur son site de Belfort, celui-là même qui avait vu naître l’entreprise. Cette décision entraîne la suppression de 400 emplois sur place, avec possibilités de reclassement essentiellement sur le site de Reichshoffen. à Belfort, l’émotion est considérable : l’usine est emblématique et la suppression des 400 emplois industriels va mettre en péril 1 200 emplois indirects. Les salariés, les élus et les citoyens qui s’inquiètent depuis longtemps de l’avenir de l’industrie française se tournent donc vers le gouvernement.

À Matignon, on manifeste un douloureux étonnement et Emmanuel Macron qui avait assuré, lorsqu’il était ministre, que le site de Belfort n’était pas menacé, affirme que la décision n’était « ni attendue, ni prévue ». La surprise officielle est rapidement mise en doute : l’État, qui dispose de 20 % des droits de vote dans Alstom, est représenté au conseil d’administration par Pascal Faure et, par ailleurs, le député-maire de Belfort affirme que « cela fait dix-huit mois que l’on dit au gouvernement qu’il y a des difficultés sur le site de Belfort ».

Très vite, le gouvernement comprend que le dossier est d’autant plus explosif qu’il peut perturber gravement la campagne présidentielle. Le PDG d’Alstom, Henri Poupart-Lafarge, est prestement convoqué à Bercy, une réunion de crise se tient à l’Élysée le 11 septembre et le président de la République lance un appel à la mobilisation pour que les activités ferroviaires soient maintenues à Belfort. Après avoir annoncé aux salariés que le site serait fermé quelles que soient les promesses de l’État, Henri Poupart-Lafarge suspend sa décision le temps d’étudier des commandes possibles.

Il est vrai que, depuis dix ans, aucune locomotive n’a été commandée à Belfort : faute de présenter des matériels riches d’innovations et à cause de prix de revient supérieurs, Alstom a perdu en 2006 au profit du canadien Bombardier l’appel d’offres lancé par le Syndicat des transports de l’Île-de-France (Stif), de même qu’il a perdu au profit d’un constructeur allemand un appel d’offres lancé par une filiale de la SNCF.

En urgence, il faut donc compenser les défaillances dans la conception et la gestion privées – mais l’environnement administratif est également en cause –, par des commandes publiques : la SNCF, le Stif et la RATP sont vivement incités par le gouvernement à choisir l’entreprise française. François Hollande, qui avait promis de sauver l’activité sidérurgique de Florange avant de laisser ArcelorMittal fermer le site et qui avait permis la vente à General Electric de 70 % de l’activité d’Alstom (au grand dam d’Arnaud Montebourg), voudrait pouvoir démontrer, à la veille de sa campagne présidentielle, qu’il est encore capable de défendre l’industrie française. Mais la volonté, en politique, souffre de l’imprévision et de l’improvisation… 


Monde

par Yves La Marck

Hongrie : croisière sur le Danube

L’abandon du projet de répartition obligatoire des réfugiés rend inutile le référendum hongrois sur le sujet prévu le 2 octobre. C’est une victoire pour la « Mitteleuropa ».
En cédant devant les pays d’Europe centrale au sommet des Vingt-Sept à Bratislava, le 16 septembre, la chancelière allemande a montré une nouvelle fois son pragmatisme ou, selon d’autres commentaires, son opportunisme. Elle a fait le constat qu’elle n‘était que mollement suivie par le partenaire français qui n’arrive pas à gérer une répartition interne de quelques centaines de personnes et ne se voit donc pas imposer à d’autres l’accueil de plusieurs milliers. Elle a donc tranché au détriment de la Grèce et de l’Italie, tablant au moins dans le premier cas sur la pérennité de l’appui turc, Ankara et Budapest s’étant entretemps rapprochés (ne serait-ce qu’autour du souvenir de Soliman le Magnifique, décédé sur le sol hongrois en 1566 !).

Angela Merkel a surtout tranché en faveur de l’Est contre le Sud. Car l’Est pour elle c’est d’abord et encore l’ex-RDA. Il est exclu pour elle, née, éduquée et ayant commencé sa carrière professionnelle et politique de l’autre côté du Mur, de perdre l’Est. L’Union en Allemagne qui est le qualificatif de son parti, la CDU, « Union chrétienne-démocrate », ne serait plus l’Union si elle venait à perdre son audience dans l’ex-RDA comme l’ont montré les élections régionales du 4 septembre en Mecklenbourg-Poméranie occidentale. Cela signifierait aussi que le passé communiste n’aurait pas été dépassé. De fait il ne l’est pas si l’on se réfère au taux de chômage écrasant prévalant dans ces zones déshéritées. La plupart des immigrés sont à l’Ouest mais la majorité des chômeurs sont à l’Est.

Or ce qui est valable de l’ex-RDA l’est aussi de la Pologne, de la Hongrie, de la Tchéquie et de la Slovaquie voisines. Il s’agit moins d’idéologie que de mode de vie. L’accès à la société de consommation occidentale s’est accompagné d’un bouleversement existentiel. Les nouvelles générations arrivées à maturité dans les vingt-cinq dernières années ou bien démissionnent ou bien s’interrogent sur leur destin. Le poids de l’histoire du XXe siècle joue à cet égard un rôle déterminant. Les querelles immenses sur l’entre-deux-guerres – la liquidation de l’empire d’Autriche-Hongrie – la période nazie, le stalinisme, ne sont pas encore vidées. L’Union, pour reprendre ce terme, suppose dans chaque pays des gouvernements de large rassemblement. Ce n’est pas un hasard si la Pologne et la Hongrie ont développé depuis la chute du Mur des partis à vocation majoritaire. Le Fidesz de Viktor Orban ne peut se maintenir s’il ne continue pas de rassembler des majorités de 40 à 60 %. Comme la CDU allemande. Car ils sont quelque part les représentants de l’Union nationale au sortir de ce siècle historiquement écrasant. S’ils ne remplissaient pas cette mission, on verrait surgir à leur droite et à leur gauche des extrêmes. La montée du Jobik en Hongrie et de l’AfD (Alternative pour l’Allemagne) en République fédérale ne s’explique pas autrement.

Ces perspectives n’empêchent évidemment pas de critiquer des mesures jugées contraires à un État de droit, des restrictions de libertés, auxquelles s’oppose en Pologne comme en Hongrie une proportion importante de la population. Mais elles obligent à calibrer le discours. Rien ne peut être plus agréable aux forces extrêmes que la désignation de boucs émissaires étrangers et surtout bruxellois – ou en l’occurrence luxembourgeois.

Le ministre des Affaires étrangères de ce pays, Jean Asselborn, ami de son compatriote Juncker – qui l’a néanmoins désavoué – avait suggéré la suspension provisoire de la Hongrie de l’UE. Une Initiative citoyenne européenne (pétition qui réclame un million de signatures) avait été esquissée dans le même sens par la très franc-maçonne Fédération humaniste européenne… L’Union se constitue alors autour de la position victimaire où excellent les Hongrois depuis le traité de Trianon qui a privé la Hongrie d’une large partie de son territoire et de sa population. L’adhésion à l’UE avait été acquise sous condition de l’acceptation des frontières existantes. Comment expliquer à des Hongrois aujourd’hui qu’ils doivent ouvrir ces mêmes frontières à des non-Hongrois ? Sous prétexte que l’Ouest avait ouvert le rideau de fer aux Hongrois en mai 1989 ? Comment peut-on ainsi s’adresser aux Hongrois contemporains à quelques semaines du soixantième anniversaire du soulèvement de Budapest (23 octobre 1956) ? Pour mémoire : 2 800 morts, 15 000 blessés, 200 000 Hongrois réfugiés à l’Ouest.

Le passé n’excuse rien. Il n’oblige pas à se taire devant les excès ou les dérives de tel gouvernement. On le sait d’Israël. Il invite néanmoins à formuler ses critiques d‘une manière positive. Ce n’est pas en braquant le peuple hongrois qu’on l’aidera à assumer son histoire et à dépasser ses problèmes existentiels. 


Clefs

par Jean Étèvenaux

L’histoire de l’Europe à travers les livres

Voici un certain nombre de titres se rapportant à l’histoire de l’Europe, soit d’une manière générale soit à travers des territoires ou des personnages ayant joué un rôle primordial. Ils nous aident à comprendre la complexité actuelle du continent et sa richesse.

L’imprégnation romaine demeure certainement la caractéristique fondamentale. Ainsi Pierre Cosme étudie-t-il Auguste, maître du monde. Actium, 2 septembre 31 avant J.-C. (Paris, Tallandier, 2014, 144 pages). Le passage de l’Empire au christianisme revit à travers l’interprétation qu’en donna Eusèbe de Césarée dans sa Vie de Constantin (texte critique : F[riedhelm] Winkelmann, introduction et notes : Luce Pietri, traduction : Marie-Josèphe Rondeau, Paris, Le Cerf, Sources chrétiennes n° 559, 2013, 580 pages). La suite immédiate est décrite par Pierre Maraval dans Les fils de Constantin (Paris, Cnrs Éditions, 2013, 336 pages) et l’écroulement par Max Gallo dans La chute de l’empire romain (Paris, XO Éditions, 2014, 254 pages) et par Michel De Jaeghere dans Les derniers jours. La fin de l’Empire romain d’Occident (Paris, Perrin, 2016 [1re édition : Les Belles-Lettres, 2014], 800 pages). Du coup, Michel Kaplan s’interroge sur la longévité de la partie orientale : Pourquoi Byzance ? Un empire de onze siècles (Paris, Gallimard, 2016, 496 pages). Pour l’autre côté du continent, Marie Pinsard décrit Nos ancêtres les Francs (Rennes, Ouest-France, 2013, 128 pages) tandis que Max Gallo se place dans la peau du plus célèbre roi des Francs, qui se voulut aussi restaurateur de la romanité : Moi, Charlemagne, empereur chrétien (Paris, XO Éditions, 2016, 192 pages). Quant à Jean Delumeau, il rappelle La seconde gloire de Rome (Paris, Perrin, 2016 [1re édition : 2013], 352 pages).

On peut maintenant se plonger, en compagnie de Georges Minois, dans l’Histoire du Moyen Âge. Mille ans de splendeurs et misères (Paris, Perrin, 2016, 528 pages). La période est décryptée par Florian Meunier dans son Guide secret du Moyen Âge. Le Moyen Âge redécouvert (Rennes, Ouest-France, 2016, 144 pages). Jean Favier a fait revivre la construction originale réalisée par Les Plantagenêts. Origines et destin d’un empire XIe – XIVe siècle (Paris, Tallandier, 2015 [1re édition : Fayard, 2004], 962 pages), Aude Mairey s’appliquant à rehausser le plus maudit de la dynastie, Richard III (Paris, Ellipses, 2011, 312 pages). C’est également le temps, retracé par Jacques Heers, de l’Histoire des croisades (Paris, Perrin, 2014, 336 pages), qui retient aussi l’attention de Max Gallo avec Dieu le veut. Chronique de la Première Croisade (Paris, XO Éditions, 2015, 208 pages) et de Xavier Hélary avec La dernière croisade (Paris, Perrin, 2016, 320 pages). De là date encore, comme le montre John Charpentier, L’ordre des Templiers (Paris, Tallandier, 2015 [1re édition : 1977], 368 pages). Enfin, il y a les ambiguïtés décrites par Sylvain Gouguenheim, de Frédéric II. Un empereur de légendes (Paris, Perrin, 2015, 432 pages). On n’oubliera d’ailleurs pas la thématique abordée il y a quelques années par ce dernier auteur et qui est développée, sous la direction de Catherine Richarté, de Roland-Pierre Gayraud et de Jean-Michel Poisson, au travers des Héritages arabo-islamiques dans l’Europe méditerranéenne (Paris, La Découverte, 2015, 494 pages).

On ne peut oublier les anciennes puissances continentales qui n’ont pu finalement accéder au rang d’État-nation. Philippe Tourault s’attarde ainsi sur Les ducs et duchesses de Bretagne (Paris, Perrin, 2016 [1re édition : 2009,] 416 pages), Élodie Lecuppre-Desjardin sur Le royaume inachevé des ducs de Bourgogne (XIVe – XVe siècles) (Paris, Belin, 2016, 432 pages) et Thérèse et Jean-Pierre Leguay sur La Savoie des origines à nos jours (Rennes, Ouest-France, 2014, 128 pages). La Renaissance a fait aussi éclater certains cadres, comme Max Gallo l’expose dans Machiavel et Savonarole. La glace et le feu (Paris, XO Éditions, 2015, 368 pages), tandis que Luc Torres et Hélène Rabaey présentent l’étude qu’ils ont dirigée sur Pauvres et pauvreté en Europe à l’époque moderne (XVIe – XVIIIe siècle) (Paris, Garnier, 2016, 438 pages).
Autre problématique, celle décrite par Luigi Delia et Aurélie Zygel-Basso dans les recherches qu’ils ont conduites sur L’Europe et le monde colonial au XVIIIe siècle (Paris, Honoré Champion, 2013, 216 pages). La question se trouve évidemment abordée par Michèle Escamilla dans Le siècle d’or de l’Espagne. Apogée et déclin 1492-1598 (Paris, Tallandier, 2015, 846 pages) et par Bartolomé Bennassar au sein de son Histoire de Madrid (Paris, Perrin, 2013, 512 pages). Manuel Chaves Nogales reste, bien sûr, au XXe siècle dans sa description de La défense de Madrid (Paris, Quai Voltaire, 2014, 176 pages).
En remontant vers les rivages orientaux du continent, on se plongera, grâce à Neal Ascherson, dans les Chroniques de la mer Noire. Berceau de la civilisation et de la barbarie. De Périclès à Poutine (Paris, Éditions de Fallois, 2016 [édition originale en anglais : 1995 – 1re édition en français : Tierce, 1986], 304 pages). Du coup, on étudiera aussi bien, sous la plume de Jean des Cars, Nicolas II et Alexandra de Russie. Une tragédie impériale (Paris, Perrin, 2015, 464 pages) que, sous celle de Jean Bérenger, les rapports entre Habsbourg et Ottomans (1520-1918) (Paris, Champion, 2015, 360 pages). Pour ces derniers, on pourra ajouter les deux ouvrages d’Hamit Bozarslan, Histoire de la Turquie. De l’Empire à nos jours (Paris, Tallandier, 2015 [1re édition : 2013], 686 pages) et Histoire de la Turquie contemporaine (Paris, La Découverte, 2016 [1re édition : 2004], 128 pages).

Puisqu’on aborde les vicissitudes contemporaines, il sera utile de suivre, dans l’étude dirigée par Patrice Gueniffey et Thierry Lentz, La fin des empires (Paris, Perrin / Le Figaro Histoire, 2016, 480 pages). On se plongera ensuite avec Michel Meyer dans Le roman de l’Allemagne, ou l’histoire secrète d’une renaissance (Paris, Éditions du Rocher, 2013, 352 pages), avec Bruno Colson dans Clausewitz (Paris, Perrin, 2016, 528 pages) et avec François-Charles Mougel dans Une histoire du Royaume-Uni. De 1900 à nos jours (Paris, Perrin, 2014, 576 pages). Keith Lowe montre L’Europe barbare 1945-1950 (Paris, Perrin, 2015 [édition originale en anglais : 2012, 1re édition en français : 2013], 720 pages). Enfin, grâce à Jean Sellier et André Sellier, on fixera mieux ses idées avec leur Atlas des peuples d’Europe centrale (Paris, La Découverte, 2014 [1re édition : 1991], 200 pages).



Humeur

par Erwan Violin

L’homme d’Etat de l’année

François Hollande a été sacré « Homme d’Etat mondial ». Le sacre a eu lieu à New York dans le cadre de la fondation « The appeal of conscience ». Ce n’est pas une blague ni un piège. Le président à 8%, qui va finir par trouver du pétrole à force de descendre dans les sondages, a rencontré de bonne âmes, sans doute bien décidées à lui mettre un peu de baume au cœur. Après tout le même titre a été accordé à Nicolas Sarkozy et à David Cameron.

Après tout, de telles récompenses ne sont pas si ridicules. Peut-être faudrait-il même les multiplier pour les gouvernants à la peine. Cela les consolerait d’être aussi pathétiques. C’est une question de charité.


Livres

par Catherine Pauchet

Rentrée littéraire

Romans

L’Archipel d’une autre vie

Un inconnu entre dans la forêt, le narrateur le suit et c’est autour d’un thé et d’un feu de bois que l’homme raconte son périple. Il s’appelle Pavel Garsev. En 1952, en tant que vétéran, il est convoqué par l’armée soviétique pour une préparation à la troisième guerre mondiale. Tandis qu’il crapahute, un détenu s’évade d’un camp voisin. Avec quatre autres soldats dont un commissaire politique, il reçoit mission de capturer le fugitif, mais celui-ci est retors : il se place en vue de ses poursuivants, les nargue puis les sème, chaque jour il recommence ; la traque se transforme en cauchemar. Andreï Makine revient sur le temps de l’URSS avec cette folle aventure où dominent les tourments de l’âme humaine et la beauté des paysages d’Extrême Orient.

« L’Archipel d’une autre vie », Andreï Makine, Seuil, 288 p., 18 €.


Derniers feux sur Sunset

C’est le roman d’une dégringolade, celle de l’auteur de Gatsby le magnifique : Francis Scott Fitzgerald. En 1937, il lui reste trois ans à vivre. Après le temps de la gloire, des beuveries et des extravagances, il est ruiné. L’inspiration lui manque : Zelda, son épouse et égérie, est enfermée dans un asile psychiatrique. Il doit payer la pension de leur fille, avec quoi ? Il lui faut s’installer à Hollywood. Il multiplie les scénarios médiocres et gaspille son temps avec Bogart et Hemingway entre piscine et alcool avant de s’éprendre d’une jeune journaliste. Stewart O’Nan décrit avec minutie le monde du cinéma à travers les dernières années de Fitzgerald, écrivain tourmenté, à la fois génial et veule.

« Derniers feux sur Sunset », Stewart O’Nan, éditions de l’Olivier, 396 p., 23 €.

Manga

Je suis un chat

Grand succès de la littérature mondiale, le roman de Sôseki Natsume devient un manga grâce à l’illustrateur Cobato Tirol. Au début du vingtième siècle, un adorable petit chat errait dans le jardin du professeur Kushami. Aussitôt adopté, le matou s’installe dans la maison et observe ses habitants : famille et visiteurs dont certains très farfelus, ainsi que les chats du voisinage qui ne manquent pas de fantaisie. Autant de portraits d’humains et de félins qui montrent la société japonaise avec humour.

« Je suis un chat », Cobato Tirol d’après Sôseki, éditions Philippe Picquier, 208 p., 14,50 €.


Revue

Magnifique Afrique

Des paysages à couper le souffle et des animaux majestueux. Le mensuel Géo consacre un numéro à cette magnifique Afrique qui fait tant rêver. Parmi les sujets traités : la préservation de la vie sauvage au Botswana, le braconnage des rhinocéros, le sel d’Ethiopie, les pygmées, le point de vue de Jean-Christophe Rufin et Titouan Lamazou, le patrimoine, un poster réunissant cinquante sites inoubliables… illustrés de photos sublimes.

« Magnifique Afrique », Géo, septembre 2016, 5,90 €. En kiosque.


Cinéma

par Marie-Christine Renaud d’André

Kubo et l’armure magique

On le sait, les Japonais sont passés maîtres dans un certain style de films d’animation. Mais certains Américains ont eu la bonne idée de piocher dans leur culture et leurs traditions si riches pour réaliser une œuvre que même Hayao Miyazaki n’aurait pas reniée.

Dans une grotte près d’un village, il vit seul avec sa mère. Mais celle-ci perd un peu la tête, et Kubo gagne sa vie en étant conteur de rue. Un jour, lors d’un de ses rares moments de lucidité, sa mère lui raconte comment il a perdu un œil, arraché par l’une de ses tantes, qui l’a donné à son grand-père, le roi Lune. Un soir, il est attaqué par des esprits malfaisants.

Quel petit bijou ! Une fois encore, les studios Laika (Coraline, Les Boxtrolls) frappent fort avec ce film éblouissant, tant dans les images que dans les détails de l’histoire. Dans cette fresque magnifique, ce sont les grands mythes japonais qui revivent, avec l’art des estampes, les samouraïs, les épées magiques, etc. On ne peut éviter de penser au film d’Akira Kurosawa et de Hayao Miyazaki, avec un souffle épique à la David Lean. Dans chaque scène, les scénaristes comme les animateurs ont fait preuve d’une imagination et d’une créativité étonnantes.

C’est spectaculaire, émouvant et drôle, même si l’on aurait aimé davantage de touches d’humour. Ce conte initiatique est un régal pour les amateurs, et il réjouira petits et grands.

Si le jeune héros se montre aussi courageux qu’imaginatif, il est entouré de deux personnages qui mettent tout en œuvre pour le protéger et lui éviter de rejoindre le monde froid et sans âme de son grand-père.

Certaines scènes risquent d’impressionner les tout-petits.

Film d’animation américain en 3D (2016) de Travis Knight, avec les voix de Charlize Theron (Madame Singe), Art Parkinson (Kubo), Ralph Fiennes (le roi Lune), Matthew McConaughey (Scarabée), George Takei (Hosato) (1h42).(Adolescents) Sortie le 21 septembre 2016.

Juste la fin du monde

Au début, on ne supporte pas ces gens qui hurlent et parlent tous en même temps, sans que l’on comprenne ce qu’ils se disent. Puis, peu à peu, le talent du cinéaste commence à poindre, et l’on se surprend à apprécier ces joutes familiales. Filmant, comme à son habitude, au plus près de ses personnages, et servi par une interprétation exceptionnelle, le cinéaste surdoué finit par emporter le spectateur dans ce maelström familial, et suscite une émotion contenue.

Cette famille qui se déchire sans cesse pour des raisons que l’on ignore finit par devenir émouvante, même si la réconciliation n’est pas certaine.

Drame franco-canadien (2016) de Xavier Dolan, d’après une pièce de Jean-Luc Lagarce, avec Gaspard Ulliel (Louis), Nathalie Baye (la mère), Léa Seydoux (Suzanne), Vincent Cassel (Antoine), Marion Cotillard (Catherine) (1h35). (Grands adolescents) Sortie le 21 septembre 2016.

Cézanne et moi

Paul Cézanne, issu d’une famille riche, et Émile Zola, fils d’immigrés pauvres, sont amis depuis le lycée.

En s’inspirant de la correspondance entre les deux artistes, Danièle Thompson livre le récit d’une amitié qui se délite. Entre Paris et Aix-en-Provence, la cinéaste fait revivre avec soin une époque riche. Si les paysages du Midi sont splendides et l’interprétation de très grande classe, en particulier celle de Guillaume Gallienne, impressionnant en artiste méprisé, la construction déstructurée, avec des allers-retours incessants entre différentes époques obscurcit le récit et empêche de saisir toutes les nuances de cette amitié. Quelques anachronismes dans les dialogues.

Cette belle amitié entre deux artistes d’origines sociales différentes ne survivra pas aux aléas de la notoriété.

Comédie dramatique française (2016) de Danièle Thompson, avec Guillaume Gallienne (Paul Cézanne), Guillaume Canet (Émile Zola), Alice Pol (Alexandrine Zola), Déborah François (Hortense Cézanne), Sabine Azéma, Gérard Meylan, Laurent Stocker (1h53). (Grands adolescents) Sortie le 21 septembre 2016.

Victoria

Victoria, une avocate débordée de travail, élève seule ses deux jumelles.
Si Virginie Efira confirme son grand talent pour la comédie, avec un vrai sens du rythme et un visage très expressif, le scénario part dans toutes les directions, et l’ensemble frôle souvent l’hystérie. On rit de temps en temps, mais pas toujours, et l’on est souvent agacé par des situations outrancières, absurdes ou invraisemblables.

Il y a des scènes touchantes entre l’héroïne et ses filles. Mais le contexte est à la licence des mœurs, scène érotique à l’appui.

Comédie française (2016) de Justine Triet, avec Virginie Efira (Victoria), Vincent Lacoste (Sam), Melvil Poupaud (Vincent), Laurent Poitrenaux (David) (1h36). (Adultes avec des éléments nocifs) Sortie le 14 septembre 2016.



Le chiffre de la semain
e

1,8%

C’est le taux de l’augmentation de la production dans le secteur de la construction entre juin et juillet 2016, dans la zone euro, selon les chiffres publiés par Eurostat (Office statistique de l’Union européenne). Cette production progresse de 1,1% pour la même période dans l’ensemble de l’Union européenne. La production n’avait augmenté que de 0,3% pour la zone euro en juin, et était restée stable pour l’ensemble de l’UE. Cette hausse est due à celle de 2,2% enregistrée dans la branche bâtiment, tandis que le génie civil enregistrait une progression de 0,4%.

Les hausses les plus marquées concernent la France (+4,8%), la Slovénie (+2%), l’Espagne (+1,9%) et l’Allemagne (+1,8%). Par contre, les baisses les plus marquantes sont enregistrées en Slovaquie (-23,3%), en Hongrie (-17,6%) ainsi qu’en Pologne (-15,1%).


D’un jour à l’autre

France

Migrants

Environ 2 000 migrants soudanais, afghans et érythréens qui campaient  autour de la place de Stalingrad dans le nord de Paris, ont été évacués par la police le 16 septembre pour être répartis dans des camps de transit. Mais de nouveaux migrants se sont installés aux mêmes endroits dès le lendemain.

Justice

Dans l’affaire de la rixe de Sisco le 13 août dernier, le tribunal correctionnel de Bastia a jugé 5 personnes (2 villageois et 3 hommes d’une famille d’origine marocaine) le 16 septembre. Deux ans de prison ferme ont été prononcés contre Mustapha Benhaddou, 33 ans. Les autres ont reçu des peines avec sursis.

Manifestations

Un syndicaliste (SUD) manifestant le 15 septembre à Paris contre la loi Travail a perdu l’usage d’un œil après avoir reçu des éclats de grenade. Cinq policiers ont été blessés, dont l’un brûlé à la jambe par un cocktail Molotov.

Patrimoine

Plus de 12 millions de Français ont visité un monument ouvert pour la Journée du patrimoine le 18 septembre.

Sécurité

Une fausse alerte téléphonique à la prise d’otages, lancée par deux adolescents, a provoqué le bouclage par la police du quartier des Halles à Paris le 17 septembre.

Jacques Chirac

L’ancien président de la République, 83 ans, a bénéficié d’un rapatriement sanitaire à Paris le 17 septembre, victime d’une pneumonie lors d’un séjour de vacances au Maroc.

École

Le rapport Regard sur l’éducation 2016 classe la France au dernier rang des 35 pays membres de l’OCDE pour le nombre de jours passés en classe (162 par an à l’école primaire en 2016, contre 200 jours pour les élèves d’Australie, du Brésil, de Colombie, du Danemark, d’Italie, d’Israël, du Japon et du Mexique…)

MONDE

Grande-Bretagne

La députée européenne Diane James, 56 ans, a succédé, le 16 septembre, à Nigel Farage à la tête de l’Ukip (United Kingdom Independence Party).

Syrie

L’aviation américaine a bombardé, par erreur selon l’ambassadrice américaine auprès des Nations unies Samantha Power, le 18 septembre, des troupes du régime de Damas, tuant entre 60 et 90 soldats qui tentaient une contre-attaque autour de Deir Ezzor tenue par Daech. La Russie a demandé une convocation d’urgence du Conseil de sécurité de l’Onu. Plusieurs atteintes à la trêve ont été commises dans la Ghouta orientale près de Damas et dans les provinces de Hama et Homs.

Russie

Les élections législatives n’ont mobilisé que 47 % des inscrits. Le parti Russie Unie, du président Vladimir Poutine, obtient 54,2 % des voix.

Allemagne

À Hambourg, Munich, Francfort, Cologne Stuttgart, Leipzig et Berlin plus de 100 000 Allemands ont manifesté contre les projets de traités de libre-échange transatlantique (TTIP avec les États-Unis et CETA avec le Canada).

Allemagne

L’Union chrétienne-démocrate (CDU) de la chancelière Angela Merkel n’a recueilli que 18 % des suffrages aux élections régionales à Berlin, le 18 septembre (au lieu de 23 % en 2011). Ces élections ont été remportées par le parti social-démocrate (SPD) avec 23 % des voix. L’extrême droite de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), obtient 12 % et entre au Parlement local avec une vingtaine de députés. Les 16  des Verts et les 15 %  de Die Linke (extrême gauche) permettront à une coalition de gauche de garder le pouvoir.

Banque

La justice américaine réclame 14 milliards de dollars à la Deutsche Bank pour son rôle dans la crise des subprimes en 2008.

États-Unis

Le 17 septembre, 9 personnes ont été blessées au couteau, dans un centre commercial du Minnesota, par un Américain d’origine somalienne criant « Allahu akbar ». Il a été abattu par la police. Le même jour, une explosion sur le parcours d’une course organisée par des Marines à Seaside Park dans le New Jersey n’a pas fait de blessés, contrairement à une explosion qui a blessé légèrement 29 personnes dans le quartier de Chelsea à New York (5 suspects ont été arrêtés).

Israël  

À 93 ans, l’ancien président israélien Shimon Peres a été victime d’un accident vasculaire cérébral et a été hospitalisé près de Tel-Aviv, le 13 septembre.

Maroc

Le rapport Regard sur l’éducation classe le Maroc en 73e position sur 76 des pays étudiés par l’Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE) pour la qualité de l’enseignement scolaire jusqu’à 15 ans (derrière la Syrie, l’Irak ou le Yémen ).

Belgique

Les autorités ont annoncé le 17 septembre que, pour la première fois depuis la loi de 2014, un mineur a été euthanasié à sa demande.

Inde

17 soldats indiens ont été tués le 18 septembre dans l’attaque d’une base militaire à Uri au Cachemire indien par des islamistes pakistanais.

Sport

Handisport

Les jeux paralympiques à Rio se sont achevés le 18 septembre. L’équipe de France est à la 12e place du classement des nations avec 9 médailles en or.

Football

Monaco est toujours en tête du classement après sa victoire par 3 à 0 face à Rennes, lors de la 5ème journée du championnat de Ligue 1. Il est suivi par Nice qui a fait match nul (1 à 1) devant Montpellier.

Formule 1

Nico Rosberg (Mercedes) a remporté le Grand Prix de Singapour sur le circuit de Marina Bay. Avec cette victoire, le pilote allemand prend la tête du championnat.