Edit Template
Test nouveau numéro
Edit Template

Lundi 2 janvier

Lundi 2 janvier

Copier le lien

L’événement – 1

par Serge Plenier

En finir avec le droit de grâce ?

La grâce de Jacqueline Sauvage aura été diversement appréciée. Certains ont applaudi un signal fort en faveur des femmes battues, d’autres au contraire, ont stigmatisé une ingérence inadmissible dans le processus judiciaire et un camouflet aux deux cours d’assises et aux magistrats en général. Enfin, certains ont profité de l’affaire pour faire une nouvelle fois le procès du droit de grâce présidentiel considéré comme la honteuse survivance d’un ancien régime honni. Ce serait une des dernières expressions du « bon plaisir » pour les contempteurs de la « monarchie républicaine » installée par la Vème République.

Aujourd’hui, le droit de grâce est régi par l’article 17 de la Constitution qui stipule, depuis 2008 : « Le Président de la République a le droit de faire grâce à titre individuel ». Le décret de grâce doit être contresigné par le Premier ministre et le Garde des sceaux. La dernière rédaction de l’article, conformément à la volonté de Nicolas Sarkozy, interdit donc les mesures de grâce collective comme celle qui était habituellement prise à l’occasion du 14 juillet.

Le droit de grâce  une survivance monarchique ? C’est indubitable. Jadis, le roi était juge suprême, la justice était rendue en son nom et l’octroi de lettres de rémissions faisait naturellement partie de ses attributions. De plus, avant la Révolution, la prison n’est pas considérée comme une peine. Les seules peines sont la mort et les galères. Le droit de grâce constitue une soupape indispensable.

En est-il de même alors que la guillotine a disparu ? Prétendre le contraire serait aller un peu vite n besogne. La prison demeure une peine sévère et qu’il vaut toujours mieux épargner à ceux qui ne l’ont pas totalement méritée. C’est ici qu’intervient ce moment d’humanité et de clémence que constitue le droit de grâce.

Mais l’humanité et la clémence ne sont pas la démagogie ni le mépris de la justice. Le droit de grâce doit s’exercer dans le même recueillement et dans le secret de la conscience du chef de l’Etat. Ses motivations peuvent être variées, des nécessités de la concorde publique et de l’apaisement à la prise en compte d’un repentir sincère. En aucun cas, il ne saurait s’accommoder de la pression de l’opinion ou des injonctions de lobbies abusifs.

Le droit de grâce doit être conservé, mais il doit aussi être exercé dignement.


L’événement – 2

par Jean-Gabriel Delacour

L’Occident hors jeu ?

Expulser 35 diplomates russes sans doute avant tout préoccupés par le renseignement ne suffit pas à Barack Obama pour définir au dernier moment une politique à l’égard de Moscou. Cette décision, comme celle interdisant les sondages pétroliers dans de vastes zones de l’Atlantique et de l’Arctique, fait surtout partie d’une volonté de baliser la Maison-Blanche avant l’arrivée de Donald Trump. Mais elle ne saurait celer le fait que, en termes de géopolitique, la balle ne se trouve plus au niveau des États-Unis, ni non plus à celui d’une Europe d’ailleurs boudée par le président sortant.

Ce qui se passe au Moyen-Orient en constitue l’illustration la plus manifeste. Tandis que le secrétaire d’État John Kerry présente un énième plan concernant Israël et la Palestine, on voit la Russie et la Turquie s’entendre directement en ce qui concerne la Syrie, laquelle a accepté une sorte de plan de paix reposant sur un cessez-le-feu effectif depuis la nuit du jeudi 29 au vendredi 30 décembre. Non seulement cet accord a été approuvé à l’unanimité par le Conseil de sécurité de l’Onu dès le 31, mais il a reçu le soutien du Haut Comité de négociations, considéré par les Nations unies comme le principal organe de l’opposition syrienne.

Tandis que Recep Tayyip Erdoğan fait face à des attentats sanglants comme celui de la discothèque d’Istanbul tout en continuant sa chasse dévastatrice aux opposants, Vladimir Poutine fait figure de grand gagnant en tant qu’ordonnateur d’une nouvelle donne au Moyen-Orient, même s’il lui a fallu pour cela reconnaître l’existence, en Syrie, des groupes d’opposition armés dits « modérés ». Des pourparlers vont se tenir à Astana, la capitale du Kazakhstan, pays allié de Moscou, autour des parrains russe, turc et iranien. Le Kremlin arrivera même peut-être à y amener des pays arabes comme l’Égypte, voire l’Arabie saoudite.

Dès lots, l’absence occidentale dans la résolution du conflit devient éclatante. La France, protectrice de longue date des chrétiens, ne mène plus sa politique non seulement d’équilibre mais aussi de présence active sur le terrain. En sacrifiant tout à l’objectif d’élimination de Bachar al-Assad, elle est apparue comme sortant de son rôle traditionnel. De surcroît, par ses accointances avec des monarchies défendant un islam rigoriste, elle a perdu le soutien de communautés et de groupes qui, comme au Liban, ont dû apprendre à se passer d’elle. En outre, elle n’a pas été suivie par l’Europe, réticente vis-à-vis d’un Moyen-Orient compliqué — à l’exception du Royaume-Uni, qui a su conserver des amitiés et s’est engagé militairement. Du coup, les chrétiens d’Orient se montrent de plus en plus désemparés, comme l’atteste, dernier en date le 28 décembre, Mgr Nicodemus Daoud Sharaf, archevêque syriaque orthodoxe de Mossoul, qui a mis une nouvelle fois en garde : « N’acceptez pas chez vous les réfugiés qui ont fait de nous des réfugiés ici ».

Pendant ce temps, Vladimir Poutine multiplie ses liens avec l’ensemble de l’Orient, y compris la Chine. Reprenant la politique multiséculaire de la Russie, il construit l’Eurasie autour de lui.


Politiques

par Alice Tulle

Année électorale : Visibilité nulle

Dans le domaine électoral, l’année 2016 fut celle du « On ne l’avait pas vu venir » (Brexit, Donald Trump, Fillon…). Et 2017 est pour la France une année électorale très imprévisible.

L’histoire de l’élection présidentielle depuis 1965 fut celle des choix simples entre la droite et la gauche et des choix encore simplifiés pour le deuxième tour – hors la surprise de l’élimination de Lionel Jospin en 2002. Charles de Gaulle contre François Mitterrand, et ce dernier contre Valéry Giscard d’Estaing puis contre Jacques Chirac ; Nicolas Sarkozy contre Ségolène Royal puis contre François Hollande : il était chaque fois possible – avec une marge d’erreur – de faire des prévisions raisonnables sur les chances des candidats et sur l’évolution des grands partis politiques car les prétendants venus d’ailleurs – du centre ou des extrêmes – avaient très peu de chances de l’emporter.

Nous avons en 2017 une situation inédite, qui résulte de la décomposition de la gauche et du renforcement électoral du Front national. François Fillon va affronter Marine Le Pen autant que la gauche mais le Parti socialiste a perdu sa position hégémonique et son candidat, désigné en janvier, subira la vive concurrence d’Emmanuel Macron, candidat inattendu, et de Jean-Luc Mélenchon, candidat attendu mais qui paraît en passe de réussir, fin 2016, une surprenante percée dans les sondages. La tournure que prendra la campagne présidentielle est d’autant plus imprévisible que plusieurs facteurs extérieurs peuvent la modifier – la politique des États-Unis, une crise financière toujours latente – ou la bouleverser si des djihadistes revenus d’Irak et de Syrie amplifient les opérations terroristes dans notre pays.

Le résultat des élections législatives est tout aussi incertain. Nous avons pris l’habitude de voir coïncider majorité présidentielle et majorité parlementaire. Dans un système quinquennal solidement structuré par deux grands partis, la coïncidence des deux majorités est hautement probable. Certes, Les Républicains et leurs alliés auraient de très bonnes chances d’avoir la majorité à l’Assemblée nationale si François Fillon remporte la présidentielle. Mais quelle pourrait être la couleur de la majorité parlementaire en cas de victoire d’Emmanuel Macron ? Le nouveau venu dans l’arène politique ne serait pas du tout assuré de pouvoir présider avec une majorité conforme à ses vues. L’élection d’un socialiste, pour le moment improbable, pourrait exposer celui-ci à une cohabitation avec un gouvernement de droite. S’il était élu président, les relations entre Jean-Luc Mélenchon et le gouvernement issu d’une hypothétique majorité parlementaire seraient encore plus difficiles car nul ne voit le petit Parti de gauche et le Parti communiste conquérir la majorité à l’Assemblée nationale. La situation de Marine Le Pen serait encore moins confortable car sa victoire à la présidentielle provoquerait sans doute une forte réaction lors des législatives – élections que le Front national, aux structures encore fragiles, affronterait difficilement.

Dans son allocution du 31 décembre, François Hollande a évoqué une période de bouleversements. Le commentaire est pertinent. Il aurait pu ajouter que tous les candidats rendraient service au pays s’ils cessaient de faire des campagnes de Premier ministre axées sur des promesses de réformes législatives et s’ils se montraient prêts à être « en charge de l’essentiel » selon les pouvoirs que leur accorde la Constitution. 


Monde

par Yves La Marck

Roumanie : zéro transparence

Notre sœur latine bien oubliée, la Roumanie, désespère plus d’un de ses soutiens. Où il est difficile de dissocier pouvoir et corruption.

Une crise politique majeure a été évitée à la Roumanie. Il faut parfois saluer des non-événements. Les élections législatives du 11 décembre avaient en effet redonné la victoire aux adversaires du président élu, lui, à l’élection présidentielle du 16 novembre 2015. Ce dernier, Klaus Iohannis, à la tête d’une coalition de centre-droit baptisée « alliance chrétienne-libérale », avait battu le candidat social-démocrate au pouvoir presque sans interruption depuis la chute des Ceaucescu (1989). Une accumulation de scandales en tous genres avait mené les responsables de ce parti devant les tribunaux, encourant des condamnations multiples, ce qui n’empêche pourtant pas de nouvelles candidatures de leur part ni leur réélection. C’est ce qui s’est passé le 11 décembre. Le parti libéral qui est celui du président n’a pas réuni plus de 20 % des voix contre 51 % à la coalition gouvernementale sociale-démocrate.

Le président Iohannis avait promis de ne jamais nommer un Premier ministre soupçonné de corruption. Mais il lui faut bien nommer le candidat proposé par le parti majoritaire ! On lui a proposé un premier candidat qu’il a refusé. Le parti social-démocrate, qui avait d‘abord menacé de lancer une procédure de suspension du président allant à la crise constitutionnelle, a ensuite accepté de temporiser en proposant un second candidat qui fut retenu, un ancien ministre des Télécommunications, Sorin Grindeanu. Était-il dans ses fonctions moins susceptible de corruption que le premier candidat, une ex-ministre du Développement régional, domaine également propice à la prévarication ? On le saura bien assez tôt.

Le président Iohannis n’ayant pas motivé son premier refus a laissé se propager toutes sortes de rumeurs. Il est vrai que le personnage en question, Sevil Shhaideh, vu de l’extérieur, y donnait prise : musulmane de la petite communauté tatar de la Dobroudja (embouchure du Danube) qui ne représente que 0,3 % de la population (contre 86 % d’orthodoxes et 4,5 de catholiques), elle est depuis peu mariée à un ex-fonctionnaire syrien, immigré en 2011, naturalisé en 2015, mais continuant d’afficher son soutien au régime de Damas. On ne parle pas ici de jeunes gens, mais de personnes toutes deux dans la cinquantaine. La dame possède une longue expérience municipale à Constanta depuis 1991 et est parfaitement intégrée à la communauté locale et nationale.

L’explication la plus vraisemblable est que si l’on n’a rien trouvé officiellement contre elle, elle aurait bâti sa carrière administrative et politique à l’ombre de protections ou de parrainages des plus hauts responsables du parti social-démocrate, en même temps les plus corrompus. Le « patron » de la région de la Dobroudja est le chef du parti auquel elle avait succédé comme ministre et qui, réélu, est tout juste devenu président de la chambre des députés. La ficelle semblait trop grosse !

Femme de paille plutôt que femme au fichu, cette péripétie aura au moins eu le mérite de braquer quelques heures le projecteur sur cette minorité tatar répandue tout autour de la mer Noire, notamment en Crimée. La minorité musulmane est beaucoup plus importante en Bulgarie (13 %) où elle n’est est pas que tatar, mais  surtout vieille-turque de Thrace.

Les élections roumaines nous rappellent encore la persistance du clivage géographique, le président Iohannis étant élu de Transylvanie, parmi la petite minorité allemande demeurée sur place et de confession luthérienne, jusqu’en 1920 partie intégrante de la Hongrie (un parti de défense de la minorité magyare fait régulièrement 6 à 8 %). À l’extrême-Est, la Dobroudja, quoique fief du parti social-démocrate, avait néanmoins aussi voté pour le président Iohannis alors que le reste du pays, la Roumanie historique, continuait de voter social-démocrate.

Mme Shhaideh ne sera donc pas la première femme Premier ministre de confession musulmane d’un pays membre de l’Union européenne. Elle aurait succédé à un ancien commissaire européen, Dacian Ciolos, nommé il y a un an à la tête d’un gouvernement de techniciens après la démission forcée du social-démocrate compromis dans l’incendie d’une boîte de nuit de Bucarest (qui avait fait 64 morts). Est-ce que cette éventualité a pu aussi faire réfléchir le président Iohannis ? Il ne faut pas être Roumaine pour qu’une musulmane se retrouve en Europe à un poste de responsabilité aussi élevé. Il y a des éventualités presque partout ailleurs en Europe, soit au niveau ministériel soit même de Premier ministre. Quant à la corruption, personne n’en a l’exclusivité.


Tribune

par Régis de Castelnau

Hollande a un don

Tout au long de ce quinquennat chaotique, nous avons pu constater à quel point Pépère était à côté de la plaque. On a beaucoup reproché à Nicolas Sarkozy d’avoir insuffisamment occupé la fonction de président de la République. Le problème avec François Hollande c’est qu’il en a occupé une autre. Et qu’il est aujourd’hui impossible de savoir laquelle. Dernier exemple en date, la soudaine grâce totale de Jacqueline Sauvage. Était-il possible de faire pire ? Malheureusement non.

Rappelons que Jacqueline Sauvage a été condamnée à deux reprises successives par deux cours d’assises différentes à dix ans de réclusion criminelle pour le meurtre de son mari. Une défense fantaisiste, militante et judiciairement contre-productive a construit pour les médias une Storytelling aux antipodes de la réalité du dossier. Non, Madame Sauvage n’a pas tué son mari parce qu’il la violentait, et s’était permis des agressions sexuelles sur ses enfants. Cette présentation n’est absolument pas conforme à la réalité qui apparaît à ceux qui ont pu connaître du dossier et en particulier aux magistrats et jurés qui l’ont jugée. Cela explique la peine prononcée à son encontre à deux reprises.

Saisi une première fois après une campagne furieuse du lobby féministe victimaire, François Hollande avait accordé dans l’urgence une grâce partielle. C’était passablement louvoyant, méthode habituelle de ce Président comme on avait pu le voir dans la ridicule affaire Leonarda. Mais c’était déjà un camouflet pour tous ceux qui avaient eu à connaître judiciairement de ce dossier et pris les décisions, magistrats du siège, procureurs et jurés, que cette grâce chèvre-chou présentait déjà comme des brutes sans cœur ayant failli à leur mission.

À deux reprises par la suite, la juridiction de l’application des peines a rejeté, sur la base des dossiers qui lui étaient soumis, une demande de libération conditionnelle anticipée. Les lobbies féministes ont à nouveau embouché les trompes pour insulter les magistrats qui avaient fait leur boulot.

Nouvelle campagne au moment des fêtes, on nous a prévenus à grands cris que Jacqueline Sauvage n’aurait pas d’autorisation de sortie pour les passer en famille. En omettant de dire que c’était pour une bonne raison : elle n’en avait pas fait la demande !

Et voilà que François Hollande, virtuose du contresens, tout à son besoin compulsif de laisser dans l’Histoire la trace d’un ahuri, vient d’accorder à Jacqueline Sauvage une grâce, cette fois-ci totale. Pourquoi cette décision, et à ce moment ? La seule motivation ne peut être que la volonté de bafouer ce qu’ont décidé les juges de l’application des peines, seuls événements intervenus depuis la grâce précédente.

Soyons clairs, tant mieux pour celle qui a retrouvé la liberté.
Mais à quel prix ? Tant pis pour la Justice et ceux qui la rendent, magistrats et jurés, juges de l’application des peines qui ont accompli leur mission, celle que la République leur a confiée, en conscience et avec mesure. Ils se débrouilleront avec ce bras d’honneur présidentiel.

Tant pis pour la dignité de l’institution, à croire que celle-ci ne pèse pour rien dès lors qu’il s’agit de satisfaire de petits lobbies parisiens. Parce que sinon, quel intérêt pour François Hollande que d’essayer d’améliorer sa popularité alors qu’il n’en a plus besoin, ayant décidé de sauter par-dessus bord du navire qu’il a conduit vers l’iceberg ? Simplement par inconséquence, lui et ses amis auront ainsi passé cinq ans à nous les abîmer, ces institutions. 

repris du blog www.vududroit.com


Clefs

par Jean Étèvenaux

Wagram encore aujourd’hui

Après le ministre de la Défense présent le Nouvel An en Jordanie en compagnie des soldats français combattant Daesh, le président de la République s’est rendu le 2 janvier en Irak. Depuis septembre 2014, nos forces armées ont effectué plus de 5 000 sorties, réalisé plus de 1 000 frappes et neutralisé quelque 1 600 objectifs en Irak et en Syrie. Second contributeur de la coalition après les États-Unis, la France totalise environ 15 % des bombardements, réputés pour leur précision. Depuis la mi-octobre, on note plus particulièrement l’action de la task force Wagram, cette unité de l’armée de terre qui effectue des frappes d’artillerie. On n’en parle pas beaucoup à la fois parce que le renseignement militaire se montre naturellement discret et parce que le parlement n’a pas expressément autorisé cette mission au sol. Mais le nom de Wagram a été ainsi remis à l’honneur.

Pour reprendre le jargon actuel, américanisé aussi en ce qui concerne les armées, cette task force constitue une force opérationnelle réunissant quelque 150 artilleurs avec leur environnement — commandement, génie, maintenance, protection, soutien et transmissions — s’inscrivant dans le total des 500 militaires français présents en Irak. Depuis la fin du mois de septembre, ils ont mené aux alentours de 150 campagnes de tir, essentiellement pour appuyer les 10 000 hommes des forces d’élite irakiennes, dont la moitié a d’ailleurs été formée par la France et qui sont parties à la reconquête de Mossoul, peut-être toute proche. Ils ont également la charge de sécuriser les lieux et mènent des missions de tirs d’interdiction pour fixer les troupes de Daesh.

Dans le cadre de l’opération Chammal, ces hommes sont installés sur la base américaine Q-West, soit le camp militaire de Qayyarah à 77 km au sud de Mossoul, à 130 km à l’ouest des forces kurdes à Erbil et à 350 km au nord de Bagdad. Les troupes françaises se trouvent donc aux côtés de celles des États-Unis ; mais, sur place, on reconnaît leurs tirs parce qu’ils s’avèrent plus secs que ceux des Américains. La portée de tir des 4 canons Caesar de 155 mm se situe entre 4, 5 km et 40 km à un rythme de 6 coups par minute, sur une distance maximale de 40 km, un cinquième étant gardé en réserve. Caesar constitue l’acronyme de CAmion Équipé d’un Système d’Artillerie et cette fabrication française est aussi vendue à l’étranger. Opérationnels sur le territoire national depuis 2008, ils ont été utilisés dès l’année suivante par les forces françaises en Afghanistan.

Le chef du groupement explique sans ambiguïté le nom donné au dispositif : « Wagram, comme la victoire napoléonienne de 1809, où le rôle de l’artillerie a été décisif ». Certes, l’Empereur ne l’avait sans doute pas vraiment prévu. Pourtant, à Friedland, il avait déjà donné une autonomie à l’artillerie pour augmenter la capacité de feu. Conscient de l’affaiblissement d’une infanterie où les recrues étaient de plus en plus nombreuses et où les contingents alliés manquaient de motivation, il avait voulu accroître l’importance du bombardement pour gagner.


Humeur

par Erwan Violin

Le complot des crêpiers

Le saviez-vous ? La France est sous la coupe des lobbies, et notamment du plus dangereux de tous, celui des crêpiers. Dénonçant un peu à la légère les formation de crêpiers, le député mariniste Gilbert Collard a en effet stigmatisé ce lobby capable de faire plier les plus hautes instances et de soumettre le pays entier à la loi inflexible de la « complète » (œuf, jambon, fromage) ou de la « Guéméné » (n’utiliser que l’andouille du même nom à l’exclusion de toute autre). D’ailleurs qui nous dit que le lobby des crêpiers n’est pas à l’origine de l’attentat de Sarajevo, du 11 septembre et de la crise des subprimes ?
Mais que Gilbert Collard prenne garde. Le soir de la Chandeleur, une escouade de crêpes pourrait bien se tenir en embuscade, prête lui faire un mauvais parti.


Livres

par Catherine Pauchet

Romans

Les faibles ont toujours tort

Avec sa tignasse rousse et ses fringues démodées, Yvan est le souffre-douleur de sa classe. Insultes, moqueries, coups… depuis son plus jeune âge, rien ne lui est épargné ; il supporte en silence. Pour son malheur, sa mère collectionne les étiquettes des boites de camembert qu’il va lui chercher en fouillant les poubelles. Découvert, cet apprenti menuisier devient la risée de son lycée professionnel et s’enferme dans la solitude. Quand un gamin est retrouvé assassiné près d’une décharge, de suite la police le soupçonne. Il a beau crier son innocence, personne ne l’écoute. La machine judiciaire se met en marche : défenseur commis d’office, procès, prison où il trouve une certaine paix en fabriquant des meubles. Jusqu’au jour où tout bascule. Frédéric Viguier excelle dans ce roman social à la lisière du polar.

« Aveu de faiblesses », Frédéric Viguier, Albin Michel, 216 p., 18 €.

A la recherche d’une mère

Devenue adolescente, Jenna tente de comprendre. Dix ans plus tôt, sa mère, Alice, avait disparu. La jeune femme, scientifique reconnue, étudiait la psychologie des éléphants : leur mémoire, leur rapport au deuil… elle se rendait souvent en Afrique. Elle avait été trouvée sur une scène de crime, inanimée, victime d’un mauvais coup, et transportée à l’hôpital. Ensuite nul ne devait la revoir. Etait-elle partie de son plein gré ? L’avait-on enlevée ? Est-elle morte ? Vivante ? Qui sait ? Jenna ne croit pas que sa mère l’ait abandonnée. Elle se lance à sa recherche avec l’aide d’un ancien policier pour enquêter dans le monde des vivants et d’une voyante pour interroger les esprits. Surtout elle rouvre le journal de bord qu’Alice tenait et met ses pas dans les siens. Jodi Picoult signe un roman sur l’amour filial proche du fantastique.

« La tristesse des éléphants », Jodi Picoult, Actes Sud, 432 p., 23 €.

Psychanalyse

Explorer le rêve

Sans interprétation des rêves, il n’y aurait pas d’exploration de l’inconscient. C’est ce que démontre l’œuvre de Sigmund Freud, en particulier cet essai très pédagogique paru en 1901 et qui est réédité en format poche avec une nouvelle traduction. Quels sont les mécanismes de formation de nos rêves ? Que peut en retirer l’analyse ? En douze chapitres fondés sur des cas pratiques, Freud dresse un panorama : rêves des enfants, contenu visuel, rôle du refoulement, importance du sommeil, symbolique… un classique de la psychanalyse.

« Sur le rêve », Sigmund Freud, Petit bibliothèque Payot, 160 p., 5,40 €.

Revue

Australie

La revue A/R (aller/retour) consacre un dossier à l’Australie. Ce pays qui attire bon nombre de Français, touristes et travailleurs, regorge de beautés naturelles : son centre rouge avec les monts d’Uluru, ses canyons, ses parcs, sa faune (requins-baleines, kangourous, koalas…), auxquelles s’ajoutent la rencontre avec les peuples autochtones ainsi que la visite de Sydney et de ses plages, le long de la mer de Tasman. Autres sujets traités : un entretien avec Douglas Kennedy, le prix du billet d’avion, les parcs du Karnataka (Inde), la région du Loch Ness (Ecosse), la vallée d’Engelberg (Suisse)…

« Australie », A/R, hiver 2016/2017, 6,30 €. En kiosque.


Cinéma

par Marie-Christine Renaud d’André

Your Name

Elle vit dans une petite ville, au bord d’un lac, avec sa petite sœur et sa grand-mère. Mitsuha, une jolie adolescente, a perdu sa mère, et son père, le maire de la ville, a laissé à sa belle-mère le soin d’élever ses deux fillettes. Un peu lasse de l’atmosphère très traditionaliste de sa famille, la jeune fille rêve d’aller à Tokyo, pour y vivre la vie trépidante d’une grande ville. Un jour, à sa stupéfaction, elle se réveille à Tokyo… dans le corps d’un jeune garçon prénommé Taki. Celui-ci, de son côté, se réveille dans le corps de Mitsuha. Quelques jours plus tard, chacun retrouve son corps, mais pas pour longtemps.

Immense succès en salles au Japon, où il a réuni plus de quinze millions de spectateurs, ce superbe film d’animation est aussi original que poétique et beau. Dans cette étrange histoire d’échange de corps, le cinéaste se pose d’intéressantes questions sur les relations entre garçons et filles, sur les liens entre le passé et le présent de son pays, et sur l’impact sur les Japonais des catastrophes naturelles qu’ils ont vécues tout au long de leur histoire. Cette histoire fantastique, aux dessins expressifs et à l’animation fluide, décrit, avec beaucoup d’originalité, la naissance du sentiment amoureux entre deux adolescents.

Le cinéaste réussit à émailler sa jolie histoire de touches d’humour et de moments émouvants. À n’en pas douter, la relève de Hayao Miyazaki est bien assurée.

Chacun des personnages apprendra à connaître l’autre, son mode de vie, ses peurs, ses amitiés, etc., d’une bien étrange façon. Fort heureusement, le cinéaste, malgré son sujet, a réussi à éviter toute ambiguïté.

Film d’animation japonais (2016) de Makoto Shinkai, avec Ryûnosuke Kamiki/Yoann Borg (Taki Tachibana), Mone Kamishiraishi/Alice Orsat (Mitsuha Miyamizu), Masami Nagasawa (Miki), Etsuko Ishihara (Hitoha), Kana Hazanawa (Teacher) (1h46). (Adolescents) Sortie le 28 décembre 2016.

La vallée des loups

Fasciné par la nature sauvage, Jean-Michel Bertrand a passé trois ans dans une vallée, afin de trouver des loups sauvages.

On est frappé par la beauté de ces paysages sauvages et par l’attitude de ce réalisateur hors normes. Certes, il est un peu trop présent à l’image, mais sa quête, dont il sait qu’elle peut déboucher sur un échec, est impressionnante. Avec lui, on surveille les traces laissées par ces animaux sauvages qui ont hanté l’imaginaire des hommes pendant des siècles, et on espère les rencontrer. Et quand cela se produit enfin, on admire ces magnifiques louveteaux qui jouent entre eux et ne semblent pas troublés par la présence de l’homme. Malgré des longueurs, ce film magnifique est un bel hommage à une nature sauvage qui n’a pas (encore !) été souillée par l’homme.

Documentaire français (2016) de Jean-Michel Bertrand (1h30). (Adolescents) Sortie le 4 janvier 2017.

Le cœur en braille

Marie, 12 ans, rêve d’intégrer le Conservatoire. Mais elle est atteinte d’une maladie dégénérative qui lui fait perdre la vue.

Michel Boujenah signe une œuvre pleine de charme et de tendresse qui décrit une amitié amoureuse entre deux adolescents, mais aussi leurs relations chaotiques avec leurs parents. En filmant à hauteur de ses héros, le réalisateur évite tout pathos. Car le rire, tout comme l’émotion, sont souvent de la partie dans cette histoire charmante… filmée de façon trop sage. Les jeunes Alix Vaillot et Jean-Stan du Pac sont impressionnants de justesse et de finesse.

Le courage de cette jeune fille prête à tout pour réaliser son rêve est réconfortant. Mais si les sentiments sont délicats, il est dommage que le langage du jeune Victor soit, parfois, grossier.

Comédie dramatique française (2016) de Michel Boujenah, d’après Pascal Ruter, avec Alix Vaillot (Marie), Jean-Stan du Pac (Victor), Charles Berling (le père de Marie), Pascal Elbé (1h25). (Adolescents) Sortie le 28 décembre 2016.

Fais de beaux rêves

Le jeune Massimo vit avec sa mère une relation fusionnelle. Mais celle-ci meurt brutalement lorsqu’il a neuf ans.

En adaptant Massimo Gramellini, Marco Bellocchio signe un film bouleversant qui montre bien les dégâts causés par la mort brutale d’une maman. Construite sur de nombreux flash-back, cette œuvre explore le passé et le présent d’un homme traumatisé. Certes il y a quelques longueurs et scènes inutiles, en particulier celles concernant l’activité de journaliste du héros, mais les scènes entre la jeune maman et son fils sont magnifiques, tout comme l’interprétation du jeune Nicolo Cabras.

Il y a de nombreuses touches de spiritualité dans ce film qui met en scène un bel amour entre une mère et son fils. Mais le suicide, dont on se doute depuis le début, jette un voile sombre sur cette histoire émouvante.

Drame franco-italien (2016) de Marco Bellocchio, d’après Massimo Gramellini, avec Valerio Mastandrea (Massimo), Bérénice Bejo (Elisa), Guido Caprino (le père de Massimo), Nicolo Cabras (Massimo enfant) (2h10). (Grands adolescents) Sortie le 28 décembre 2016.

Le chiffre de la semaine

212,71 millions

C’est le nombre d’entrées dans les salles de cinéma pour l’année 2016, selon les chiffres fournis par le CNC (Centre national du cinéma et de l’image animée). Ce chiffre équivaut à une progression de 3,6% de la fréquentation cinématographique par rapport à l’année précédente. Il s’agit du deuxième niveau le plus haut enregistré depuis cinquante ans, derrière celui de l’année 2011 (217,19 millions). La fréquentation des salles de cinéma en France demeure ainsi la plus élevée d’Europe.

Avec 75,17 millions d’entrées, la fréquentation des films français progresse de 3,1% pour une part de marché de 35,3%, derrière celle des films américains qui progressent de 5,5%, soit 111,80 millions d’entrées.


D’un jour à l’autre

France

Justice

Le président Hollande a gracié, le 28 décembre, Jacqueline Sauvage, 69 ans, qui est sortie de prison immédiatement. Elle avait assassiné son mari violent et été condamnée à 10 ans de prison par deux cours d’assises successives. Il y a, à ce sujet, un dialogue de sourds entre les défenseurs de l’État de droit et de l’indépendance de la justice et les défenseurs des droits des femmes.

Primaire

Gérard Filoche et Fabien Verdier ont été déboutés, le 28 décembre, par le tribunal d’instance de Paris de leurs recours contre la décision de la Haute Autorité de la primaire de « la belle alliance populaire » de les écarter de la compétition faute de parrainages.

Renault

L’annonce du montant des stock-options de Carlos Ghosn — 6 millions d’euros — a provoqué une vive réaction des syndicats du constructeur automobile.

Famille

Le divorce par consentement mutuel sans juge mais avec deux avocats et un notaire est entré en vigueur le 1er janvier.

Disparitions

Claude Gensac (épouse de Louis de Funès dans les Gendarmes) est morte le 26 décembre à 89 ans. Le parolier Pierre Barouh (chansons Un homme et une femme et La Bicyclette) est mort le 28 décembre à 82 ans. Jean-Christophe Victor, expert en géopolitique (fils de l’explorateur Paul-Émile Victor), animateur de l’émission Le dessous des cartes, sur Arte, est mort le 28 décembre à 69 ans. L’académicien français Michel Déon est mort à 97 ans dans sa maison irlandaise le 28 décembre.

MONDE

Syrie

Un cessez-le-feu entre le régime et la rébellion (Coalition nationale syrienne), négocié sous l’égide de la Russie et de la Turquie, a été annoncé le 29 décembre par le président Poutine qui organise une réunion de négociations à Astana, au Kazakhstan où l’Iran et les Kurdes du PYG sont invités, mais pas les représentants du Front Fateh al-Cham (proche d’Al-Qaïda) et encore moins ceux de Daech.

Selon des sources officieuses syriennes, 150 « officiers étrangers » ont été arrêtés dans le dernier réduit reconquis d’Alep-Est, le 22 décembre, dont 17 « instructeurs français ».

Les démineurs russes et syriens font état de la découverte de plusieurs charniers de prisonniers exécutés par les islamistes à la veille de leur évacuation des quartiers de Soukkari et Al-Kallassé. L’ONU a reconnu le massacre dans ces conditions d’au moins 82 civils, dont 11 femmes et 13 enfants.

Un Tupolev-154 qui se rendait à Lattaquié en Syrie, s’est écrasé en mer Noire le 25 décembre. Ses 92 passagers (dont 60 chanteurs des chœurs de l’Armée rouge) sont morts.

Palmyre est toujours tenue par 5 000 combattants de l’État islamique qui l’ont reprise le 11 décembre dernier.

Irak

L’armée de Bagdad a annoncé le lancement d’une deuxième offensive sur Mossoul encore largement tenue par l’E.I.

Nucléaire

Le conglomérat japonais Toshiba qui avait misé, faute de débouchés au Japon depuis la catastrophe de Fukushima, sur la construction de centrales nucléaires aux États-Unis, notamment en investissant dans la firme américaine Westinghouse, doit faire face à un scandale de sous-évaluation du prix des marchés remportés, qui va lui coûter des milliards de dollars.

Transport maritime

Le groupe italien Fincantieri est le seul à avoir déposé un dossier au tribunal de commerce de Séoul pour reprendre les chantiers navals de Saint-Nazaire au conglomérat coréen STX Offshore & Shipbuilding en redressement judiciaire. Les syndicats français sont inquiets notamment à cause du partenaire chinois du constructeur italien.

Turquie

Le procès en cour d’assises de la romancière Asli Erdogan le 29 décembre à Isanbul a donné lieu à sa mise en liberté provisoire par les juges. Elle est accusée de « terrorisme » pour ses articles dans le quotidien réputé pro-kurde Özgür Gündem, interdit en août. Elle risque la prison à vie. 150 autres journalistes et écrivains turcs attendent en prison d’être jugés.

Un attentat à la kalachnikov dans une boîte de nuit à Istanbul au petit matin du 1er janvier a fait une quarantaine de morts, dont une Française et une Belge, et 65 blessés.

États-Unis

Accusant la Russie de cyber-attaques lors de la campagne présidentielle américaine, le président Obama a expulsé 35 diplomates russes le 29 décembre. Le président Poutine a déclaré qu’il n’expulserait personne de Russie.

Italie

Pour sauver la très ancienne banque Monte dei Paschi (BMPS), l’État italien va porter sa participation à 70 % en y injectant 6,6 milliards d’euros.

RD-Congo

Le ministre de la Justice congolais a annoncé le 31 décembre que, grâce à la médiation de l’Église catholique, un accord sur l’élection présidentielle a été trouvé avec l’opposition. Cette élection aura lieu fin 2017, Joseph Kabila reste au pouvoir mais ne sera pas candidat et il nommera un Premier ministre issu du « Rassemblement ».

Pologne

La fondation des princes Czartoryski a cédé à l’État polonais, le 29 décembre, pour une somme comprise entre 100 et 230 millions d’euros, une collection de peintures estimée à 2 milliards d’euros. Elle comprend La Dame à l’hermine, de Léonard de Vinci.


Disparitions

Le chanteur George Michael est mort le 25 décembre à 53 ans. Zsa Zsa Gabor, est morte à 99 ans, le 18 décembre. Carrie Fisher (princesse Leïa dans La guerre des étoiles) est morte à 60 ans le 27 décembre. Sa mère, Debbie Reynolds (Singing in the Rain), est morte le lendemain à 84 ans. 


Plantes

par Pascal Lambot

Le noisetier

(corylus avellana).

Le noisetier, nommé parfois avelinier, coudrier, nouzilier, doit être considéré comme l’un des arbres indigènes les plus précieux. Il croît naturellement dans nos forêts et est cultivé dans la plupart des jardins, tant par son port et la beauté de son feuillage que pour l’utilité de ses diverses parties, en industrie, en médecine ou dans l’alimentation.

Le noisetier est une juglandée. On le multiplie par semis, et plus communément par boutures.

Son bois tendre et d’un grain égal est utilisé par les layetiers pour les caisses d’emballages, et, les tonneliers. Il donne un charbon léger, dont on fait les fusains pour esquisser. Ce bois est aussi un très bon bois de chauffage, qui brûle avec une flamme claire et vive, bien qu’il se consume très rapidement.

Ses feuilles cordiformes ou ovales, caduques, sont dentées avec un sommet en pointe. Les fleurs mâles, jaunâtres, forment des épis pendants ou chatons de 6 cm, et les fleurs femelles, très condensées, forment des épis dressés.

Les fruits de cet arbuste sont les noisettes qui ont une saveur exquise, et en font un très bon aliment. La moitié du poids d’une noisette est faite d’une huile comestible. Huile utilisée par les artistes pour sécher les couleurs, et qui pouvait servir à s’éclairer.

Dans l’ancienne médecine on faisait boire à jeun de l’huile de noisette pour faire périr et évacuer le tenia ou ver solitaire. De même la coque des noisettes pillée et réduite en poudre, est riche en tanin, et son astringence permettait de combattre les écoulements de toute nature, ainsi que les fleurs mâles contre les pertes de sang. Contre les fièvres on faisait prendre aux patients des tisanes préparées à partir de l’écorce de jeunes rameaux cueillie avant la montée de sève.

La décoction des feuilles était utilisée pour soigner les maladies de peau.

Son nom latin corylus vient de corolus qui dériverait du grec Korus, « casque », en référence à la forme des cupules membraneuses et frangées qui entourent la noisette.

Avellana se rapporterait à la ville italienne d’Avella, dans la province d’Avellino, dont les noisettes étaient réputées. à moins qu’il ne dérive du gaulois Aballo, « pomme ». Une « aveline » est une grosse noisette presque ronde et « avelinier » est le nom ancien de cette sorte de noisetier.

Le mot noisetier ne serait apparu qu’au XVIe siècle, venant du fruit : noisette.
En Catalogne, on plantait des branches de noisetier autour des bergeries pour éloigner les loups et les serpents. Quelques feuilles dans le lait conjuraient les mauvais sorts. En Roussillon, les branches permettaient de se protéger des sorcières et, plantées autour des champs, de la grêle.

Pour les Celtes le noisetier était l’arbre magique, associé aux sources ou aux fontaines. Arbre de la science, du savoir et de la sagesse, dont seul on pouvait fabriquer des baguettes magiques, que les sourciers utilisent encore aujourd’hui. Alors la prochaine fois que vous couperez une branche de noisetier pour vous en faire un simple bâton, faites-le avec précaution.


Laisser un commentaire