L’événement-1
par Serge Plenier
Nuit rouge à Morlaix
L’incendie de l’hôtel des impôts et celui des locaux de la Mutuelle sociale agricole à Morlaix font irrésistiblement penser aux actions des Bonnets rouges contre les portiques de l’écotaxe. Il s’agit là encore de la Bretagne, mais aussi de l’exaspération contre une pression fiscale et règlementaire devenue délirante et enfin de la survie de la filière agroalimentaire.
Bien sûr, les deux mouvements doivent être distingués. Les manifestants de Morlaix ne sont pas les Bonnets rouges. Les premiers sont léonards (en gros le Finistère Nord) et producteurs de légumes, tandis que les seconds viennent essentiellement du Poher (centre du Finistère) et relèvent surtout de la filière animale. Surtout, les événements de Morlaix rappellent ceux qui eurent lieu en juin 1961 dans la même ville avec l’occupation de la sous-préfecture par les exploitants agricoles.
Quels que soient leur territoire et leurs antécédents, les accès de violence qui secouent aujourd’hui la péninsule armoricaine témoignent d’abord de l’agonie d’un modèle, celui de la production à outrance qui s’est imposé dans la foulée des Trente glorieuses. Pendant toutes ces années, l’agriculture bretonne, fortement encouragée par l’Etat, s’est modernisée à marches forcées, sans souci (c’était l’époque) de l’environnement ou des mutations économiques à venir. L’essoufflement venu, les paysans et les autres acteurs de la filière ont pu à bon droit se sentir abandonnés à un système devenu fou. Comment un producteur peut-il se résoudre à vendre ses légumes à perte et voir ces mêmes légumes vendus dix fois plus cher dans l’hypermarché tout proche ?
Ce sentiment d’abandon a été trop souvent renforcé par le mépris plus ou moins affiché des dirigeants parisiens. La phrase désastreuse d’Emmanuel Macron, ministre de l’Economie, sur les prétendues « illettrées » de l’abattoir Gad, est révélatrice d’une mentalité solidement enracinée (Bécassine n’est pas loin !), tout comme la sévérité affichée de Manuel Valls à l’égard des incendiaires de Morlaix. On peut condamner l’acte de ces derniers, mais à condition d’analyser sérieusement leur colère.
Tout comme les Bonnets rouges, les manifestants de Morlaix, qui ne sont ni des assistés ni des privilégiés, doivent être écoutés. Les questions qu’ils posent nous concernent tous.
L’événement-2
par Jean Etèvenaux
Sarkozy : le retour
Longuement annoncé, le retour de Nicolas Sarkozy dans l’arène politique s’est effectué par le biais des médias. D’abord, modernité oblige, sur les réseaux sociaux, puis, clin d’œil sinon connivence, sur une télévision publique. Grand animal politique, l’ancien président a marqué son territoire en même temps qu’il s’est appliqué à se montrer à l’écoute de ses concitoyens.
Il va donc tenter de réaliser ce qui ne s’est jamais produit dans les annales de la Ve République ni même de la République tout court : reconquérir sa position pour exercer à nouveau la magistrature suprême après en avoir été écarté par les urnes. Ce faisant, il pense évidemment au général de Gaulle, qui quitta le pouvoir en 1946 puis revint en 1958 — comme président du conseil même s’il exerçait de facto la fonction de chef de l’État.
Cette posture gaullienne a été développée sur Facebook le vendredi 19 avec
l’emploi des mots « nation », « rassemblement » et « France », sans oublier « sursaut » et « renouveau ». Il s’est placé au-delà des partis bien que sa première étape vise à contrôler l’Ump, autrement dit à supplanter deux anciens Premiers ministres, Alain Juppé et François Fillon, ainsi que quelques autres. Ce comportement rappelle celui de tous les responsables ayant souhaité revenir sur le devant de la scène politique. On pense ainsi au prince Napoléon-Jérôme — le fameux Plon-Plon — qui, en 1883, fit placarder dans Paris un manifeste qui entraîna son arrestation. Il y dressait un constat impitoyable de la situation du pays et se définissait aussi comme un rassembleur, lui-même ne représentant, au contraire, « pas un parti, mais une cause et un principe ». De même, Nicolas Sarkozy affirme s’adresser « à tous les Français, sans aucun esprit partisan, dépassant les clivages traditionnels qui ne correspondent plus aujourd’hui à la moindre réalité ».
La machine Sarko s’est remise en route et il saura la faire fonctionner, avec la complicité, même involontaire, de toutes les formes de presse ainsi que de celle de ses adversaires, trop heureux de pouvoir à nouveau le désigner comme le mal absolu. Or, si l’ancien président apparaît, comme on dit aujourd’hui, « clivant », il déchaîne autant les enthousiasmes que les répulsions. De toute manière, il va jouer à fond la carte de l’homme neuf, de celui qui a changé, qui reconnaît ses erreurs et qui écoute ses compatriotes. Il explique d’ailleurs venir « proposer aux Français un nouveau choix politique » tout en récusant le rôle d’homme providentiel.
À ce stade, on n’en est évidemment pas au contenu, aux idées, au programme, même s’il a dû se montrer un peu plus loquace dans l’interview qu’il a donnée pendant trois quarts d’heure le dimanche 21 à France 2. Il n’en a pas moins profité pour décocher quelques petites phrases sur l’équipe au pouvoir, qu’il s’agisse de François Hollande, dont il « ne pense rien », ou d’Emmanuel Macron, dont il dit : « On ne s’invente pas ministre de la République ».
Politiques
par Alice Tulle
Improvisations
Tour à tour, le Premier ministre et le président de la République se sont livrés dans leurs déclarations à des improvisations sur des thèmes connus.
Depuis leur victoire, les socialistes ont inscrit leur politique économique et sociale dans trois « pactes » qu’il faut sans cesse se remettre en mémoire. Il y a en 2012 le pacte de stabilité européen, qui impose un gros effort d’économies budgétaires ; il y a, toujours en 2012, le pacte de compétitivité qui permet de financer par le biais d’une hausse de la TVA un crédit d’impôt pour les entreprises ; il y a, en 2013, le pacte de responsabilité qui allège les cotisations sociales des entreprises en échange d’une augmentation du nombre des embauches. Autrement dit, c’est dans le cadre contraignant des traités et accords européens que la gauche a décidé de mesures générales de soutien aux entreprises, selon les présupposés théoriques qui font consensus dans l’Union européenne.
Toute la gauche ? Non. à la gauche radicale, hostile depuis 2012 à la politique d’austérité, s’ajoutent maintenant les « frondeurs » du Parti socialiste et les députés d’Europe-Écologie. D’où la crise interne à la gauche, marquée par la constitution d’un nouveau gouvernement dirigé à nouveau par Manuel Valls qui a très normalement sollicité de l’Assemblée nationale un vote de confiance dans une ambiance dramatisée par les médias. Le discours du Premier ministre ne pouvait être autre chose qu’un grand exercice de communication interne, destiné à rétablir la discipline dans les rangs des élus de gauche.
Le résultat a été décevant : certes, la confiance a été votée à la majorité absolue des suffrages exprimés mais pas à la majorité des députés comme c’est d’ordinaire le cas. Trente-deux députés socialistes se sont abstenus — trois fois plus que lors du premier vote de confiance — et ils ont été rejoints par les écologistes, les trois chevènementistes et les députés du Front de gauche.
Dans son discours, Manuel Valls a voulu donner une image de fermeté mais il a fait des concessions aux frondeurs sur les retraites et sur la fiscalité.
Quant aux annonces sur les réductions d’impôts, qui ont fait grand bruit, l’improvisation a été manifeste. Le 16 septembre, dans sa déclaration de politique générale, le Premier ministre annonçait que six millions de contribuables seraient concernés en 2015 par la baisse de l’impôt sur le revenu. Le 17 septembre au matin, Manuel Valls évoquait sur les ondes neuf millions de bénéficiaires de cette baisse comme si le discours devant les députés n’avait qu’une importance toute relative.
La conférence de presse de François Hollande, le 18 septembre, a été balayée par les résultats du référendum en Écosse et par l’annonce du retour de Nicolas Sarkozy. Les médias ont retenu que le Président s’était trouvé dans l’obligation de dire qu’il irait jusqu’au bout de son mandat — preuve manifeste de son impopularité.
Après s’être exprimé en chef des Armées quant à la situation en Irak, il a classiquement plaidé pour une « réorientation de l’Europe » et pour « aller plus loin avec l’Allemagne dans des politiques intégrées, comme la transition énergétique, le numérique et les infrastructures » en rappelant sa volonté de soutenir les entreprises et de réduire les dépenses publiques.
Comme le nouveau cours européen n’est pas encore esquissé, comme les résultats économiques se font attendre, les Français, dans leur majorité, continuent de broyer du noir.
Environnement
par Fabrice de Chanceuil
Un pinceau, une palette et un bol d’air: le pleinairisme
L’été qui s’attarde sur la France nous incite à prolonger les promenades pour profiter du grand air et de la beauté des paysages. Parmi les promeneurs, il convient de s’arrêter sur une catégorie particulière constituée par les peintres. S’il nous paraît aujourd’hui tout à fait normal de voir un peintre déplier son chevalet et représenter, d’un coup de pinceau, la scène qui se présente à ses yeux, il faut savoir que cette pratique est relativement récente et qu’elle a fait naître ce que les spécialistes de la peinture appellent le « pleinairisme ».
C’est une lente évolution qui a conduit les peintres à sortir de leur atelier. Une évolution des mentalités d’abord, les peintres s’écartant progressivement des sujets conventionnels inspirés par la mythologie ou la religion pour s’intéresser au paysage, dans le sillage des maîtres hollandais du XVIIIème siècle et en suivant le précepte du peintre anglais John Constable de faire de la nature, non plus le sujet, c’est-à-dire le décor d’autre chose, mais l’objet même du tableau. Une évolution des transports ensuite, en permettant à l’artiste de se rendre rapidement et à un prix abordable au plus près du sujet: en France, les peintres de Barbizon doivent beaucoup au chemin de fer Paris-Melun comme ceux de Crozant au Paris-Limoges ouverts successivement en 1849 et 1856, de même que les peintres de Newlyn, en Grande-Bretagne, ont pu développer leur art grâce à l’ouverture du Great Western Railway en 1877. Une évolution de la technique picturale enfin, avec l’apparition, en 1859, du tube en étain facilement transportable et qui permet de s’affranchir du broyage de pigments en atelier.
Ainsi naissent de véritables colonies de peintres qui se retrouvent le plus souvent dans des hôtels comme l’Auberge Ganne à Barbizon, l’Hôtel Lépinat à Crozant ou l’Hôtel des Voyageurs à Pont-Aven. On les regroupe sous le nom d’ « écoles » même si ce terme est de plus en plus contesté, le lien unissant ces peintres étant davantage constitué par un lieu que par un style. Si les sujets tournent toujours autour du thème de la nature et des paysages, certains peintres s’intéressent beaucoup à ceux qui y vivent et en vivent, mettant ainsi en valeur le monde rural au moment-même où se développent l’industrialisation et l’urbanisation.
Il est difficile de recenser toutes ces écoles mais il est indéniable que la première d’entre elles, dans l’ordre chronologique, est celle de Barbizon, du nom du village éponyme situé à la lisière de la forêt de Fontainebleau où une colonie de peintres se retrouva entre 1825 et 1875 autour de Jean-Baptiste Corot, Jean-François Millet et Théodore Rousseau, offrant des paysages le plus souvent habités et d’une facture encore assez classique. De son côté, l’école de Crozant, plus longue dans sa durée puisqu’elle s’étale de 1830 à 1950, se concentre davantage sur le paysage. Elle doit son origine à Georges Sand qui, résidant à proximité, attira les premiers artistes séduits par les ruines féodales surmontant le confluent de la Creuse et de la Sédelle. Le membre le plus connu est Armand Guillaumin mais il faut mentionner aussi Eugène Alluaud, Paul Madeline et Alfred Smith. Ce dernier est certainement le plus représentatif, ayant ici abandonné l’académisme de ses précédentes compositions italiennes pour une peinture plus intimiste et plus authentique annonçant déjà l’impressionnisme. Ce qui n’est pas surprenant quand on sait que, tout à côté, à Fresselines, Claude Monet, rendant visite à son ami le poète Maurice Rollinat, s’est laissé emporter par le lieu au point d’y consacrer 23 toiles.
L’impressionnisme doit en effet beaucoup au pleinairisme même si les paysages ne sont pas les seules sources de l’inspiration de ses représentants. Ici, pas d’école reliée à un lieu mais davantage la volonté de fuir les salons officiels. Si le groupe, miné par ses désaccords, n’a finalement produit que de 1874 à 1886, il a marqué durablement l’histoire de la penture avec, outre celles de Claude Monet, les toiles d’Eugène Boudin, Paul Cézanne et Alfred Sisley montrant respectivement la Côte normande, la Montagne Sainte-Victoire et la Vallée de la Seine.
Au même moment, à partir de 1865 et jusqu’au milieu de l’Entre-Deux-Guerres, se développe l’école de Pont-Aven en Bretagne: elle réunit des peintres séduits par la côte rocheuse du Finistère et aussi les jeunes femmes qui acceptent de poser dans leur décor naturel. Paul Gauguin, Maxime Maufra et Paul Sérusier sont représentatifs de cette école qui va de l’impressionnisme au synthétisme. Un peu plus tard, entre 1910 et 1930, issue de l’impressionnisme mais annonçant déjà le cubisme, l’école de Murol rassemble, autour de l’abbé Léon Boudal, curé de cette petite paroisse d’Auvergne, des peintres comme Victor Charreton ou Jules-Emile Zingg qui n’hésitent pas à affronter la neige pour aller saisir la lumière du Massif du Sancy.
A l’étranger, il faut citer l’école de Newlyn constituée entre 1880 et le début du XXème siècle dans ce village côtier de Cornouailles autour de Larmona Birch: si les peintres de Barbizon s’intéressent aux travaux des champs, ceux de Newlyn, s’attachent aux marins-pêcheurs dans des compositions très réalistes. A Laethem-Saint-Martin, dans la Flandre belge, ce n’est pas une mais quatre écoles qui vont se succéder de 1895 à 1965, posant leur regard sur les rives bucoliques de la Lys, dont la seconde, avec Gustaaf et Léon de Smet et Constant Permeke, est également très marquée par l’impressionnisme.
Mais le pleinairisme, ce sont aussi tous ces peintres du dimanche et des RTT qui, plus ou moins inspirés, rendent hommage au paysage de leur cœur pour nous le faire aimer, nous rappelant que l’art est avant tout une émotion.
Clefs
par Jean Etèvenaux
Le fabuleux contrat de mariage de Napoléon
Le prix du document établissant le contrat de mariage entre Bonaparte et Joséphine a atteint 437 500 euros — 350 000 euros hors frais. Ce record constitue un formidable témoignage du regain d’intérêt que connaît l’univers napoléonien depuis quelque temps, sauf dans les milieux politiques où il reste de bon ton de snober le premier empereur des Français. On en aura sans doute encore d’éclatantes manifestations les 15 et 16 novembre, lors de la dispersion des objets napoléoniens de la collection des princes de Monaco. Ce n’est pas non plus par hasard que le même commissaire-priseur, Me Jean-Pierre Osenat, préside aux deux manifestations ; elles expriment d’ailleurs la continuité qui se fait jour au travers d’événements fortuits — le contrat de mariage a été vendu par un particulier alors que les objets de la collection princière ont été rassemblés durant des années. De toute manière, que les enchères soient menées à Rueil-Malmaison ou à Fontainebleau, on reste dans les hauts lieux de l’épopée napoléonienne.
Estimé au départ entre 80 000 et 100 000 euros, le contrat de mariage a été acquis par le musée des Lettres et Manuscrits à Paris à l’issue d’une vente où les ordres se sont vite envolés. « C’est un prix exceptionnel pour une pièce exceptionnelle, a souligné le commissaire-priseur. Elle symbolise la passion qui tourne autour de l’Empereur. C’est la magie de Napoléon qui est parti de rien pour arriver au sommet. Cette adjudication fantastique sanctionne cette ascension extraordinaire qui fascine des millions de gens ». Au contraire de quelques intellectuels militants et des politiques qui les suivent peureusement, le personnage et tout ce qui le concerne garde une immense aura, comme le montre le succès des multiples reconstitutions qui ont été données de la campagne de France en attendant celles concernant, l’an prochain, les Cent Jours.
Comme dans l’acte d’état-civil établi par la mairie d’Antin, siège du second arrondissement de la capitale, le général s’est vieilli, dans le contrat, d’un an et demi tandis que la citoyenne Bonaparte s’est soustrait quatre ans. L’acte a été signé la veille du mariage, soit l’après-midi du 8 mars 1796 [18 ventôse an IV] et il a été enregistré dix jours plus tard. Ajoutons que le premier article stipule qu’« il n’y aura aucune communauté de biens entre les futurs époux », ce qui signifie qu’ils « ne seront nullement tenus des dettes et hypothèques l’un de l’autre ». Le notaire avait d’ailleurs fortement déconseillé l’union à Joséphine : « Vous avez le plus grand tort. Vous vous en repentirez, vous faites une folie, vous allez épouser un homme qui n’a que la cape et l’épée ».
Un autre exemplaire existe, aux Archives nationales [cote : MC/MI/RS/801]. Revêtu des signatures des époux, il figure dans les Minutes et répertoires du notaire Maurice Jean Raguideau de La Fosse — lequel a d’ailleurs confondu l’an IV et l’an VII dans le document. Il s’agirait de celui de Napoléon, dont il ne put prendre possession du fait de son départ pour l’armée d’Italie.
Humeur
par Erwan Violin
Vive le Sénat !
C’est dimanche prochain 28 septembre qu’auront lieu les élections sénatoriales. Inutile d’être grand clerc pour subodorer que ces élections ramèneront une majorité de droite au palais du Luxembourg.
Régulièrement, des voix s’élèvent pour demander la fin de cette assemblée élue considérée par certains comme une « anomalie démocratique ». Ceux-là oublient un peu vite qu’abolir le Sénat impliquerait constitutionnellement d’obtenir l’accord… du Sénat lui-même !
Il est vrai que les débats sénatoriaux paraissent bien moins palpitants que ceux de l’Assemblée nationale. Pourtant, on travaille beaucoup dans cette Haute Assemblée où les sénateurs sont élus essentiellement par les élus locaux. C’est un travail généralement discret (mais non secret), souvent très technique, toujours fouillé, mais qui se déroule dans une atmosphère sereine assez loin des effets d’annonce qui plaisent tant à la presse.
Le Sénat n’est pas une institution très médiatique, et c’est tant mieux.
Livres
par Catherine Pauchet
Rentrée littéraire
L’amour et les forêts
Bénédicte Ombredanne est professeur dans un lycée de Metz. Cette femme simple et appréciée de son entourage vit un enfer quotidien : elle est victime de harcèlement conjugal. Chacun de ses gestes, chacune de ses paroles lui vaut insultes et brimades de la part d’un époux dépressif. Un jour de grand désespoir, elle prend un amant qui lui offre quelques heures de bonheur. Le mari jaloux ne tarde pas à comprendre que sa femme a eu une aventure et va s’acharner sur elle. Avec cette histoire qui saisit le lecteur à la gorge et dont on pressent que l’héroïne ira au bout d’elle-même, Éric Reinhardt (Cendrillon, Le Système Victoria) figure sur toutes les sélections en vue d’un prix littéraire.
« L’amour et les forêts », Éric Reinhardt, Gallimard, 368 p., 21,90 €.
Roman épistolaire
Les singuliers
Pont-Aven, 1888. L’été venu, les peintres affluent avec chevalet et bagage dans cette cité bretonne. La nature y est verte, la rivière coule en douceur et les Bretonnes, coiffe blanche sur la tête, sont charmantes. Ils peignent en plein air et débattent sur l’art et la société. Hugo Boch, fils d’une riche famille d’industriels belges, s’installe à la Pension Gloanec. Il va y séjourner deux ans durant lesquels il correspondra avec sa cousine Hazel, qui vit à Paris, et son ami Tobias resté en Belgique. A travers cet échange de lettres, Hugo décrit une joyeuse communauté d’artistes menée par un certain Gauguin, jeune homme plein d’avenir, et d’autres encore (Van Gogh, Meyer De Haan…) qui aspirent à la reconnaissance. Avec ce roman épistolaire où s’entremêlent personnages réels et fictifs, Anne Percin (Le Premier été, adapté par France 3) fait revivre les écoles de peinture et les débuts de la photographie.
« Les singuliers », Anne Percin, éditions du Rouergue, 400 p., 22 €.
Revues
Louis XIV. Sa passion pour la Chine
On l’oublie souvent mais le règne de Louis XIV a été marqué par un essor remarquable des arts et des sciences. En témoigne l’intérêt que le Roi Soleil a porté à la civilisation chinoise et qui s’est traduit par le développement des relations diplomatiques et celui de la navigation maritime vers l’Asie. Historia consacre son dossier à cet engouement qui s’est poursuivi bien après le décès du monarque. Au sommaire également : Strasbourg devient française, Roustan le mamelouk de Napoléon, les dernières volontés de Mme Récamier, Vespasien, l’écureuil symbole de Nicolas Fouquet…
« Louis XIV. Sa passion pour la Chine », Historia, septembre 2014, 5,70 €. En kiosque.
Que reste-t-il de Sagan ?
Il y a soixante ans paraissait Bonjour tristesse, le livre qui rendit célèbre Françoise Sagan. Le Magazine Littéraire consacre un dossier complet à cet écrivain et l’examine sous plusieurs angles : inspiration, style, théâtre, chansons, amitiés, frasques mondaines… Au sommaire aussi : l’actualité des lettres, les années 1990 vues par Emmanuel Adely, un grand entretien avec Haruki Murakami…
« Que reste-t-il de Sagan ? », Le Magazine Littéraire, septembre 2014, 6,20 €. En kiosque.
Cinéma
par Marie-Christine Renaud d’André
L’incroyable histoire de Winter le dauphin 2
Après participé au sauvetage de Winter, le dauphin qui a été amputé de sa queue, le jeune Sawyer Nelson est devenu ami avec lui et nage avec l’animal équipé d’une prothèse, dans les eaux du Clearwater Marine Aquarium, dont la mission est de soigner, sauver et libérer les animaux marins. Quand on propose à Sawyer un stage en mer avec des dauphins sauvages, l’adolescent hésite d’autant plus qu’il n’a pas envie de quitter son ami, plongé dans la dépression depuis la mort de sa mère de substitution.
Le premier épisode des aventures authentiques de ce dauphin amputé avait connu un tel succès dans le monde que l’animal était devenu la vedette du Clearwater Marine Aquarium. Dans cette suite de ses aventures, toujours aussi réelles, le même réalisateur a pris les mêmes comédiens pour retracer l’histoire de cette rencontre entre Winter et un jeune dauphin. Au début, il faut s’habituer à un doublage assez médiocre et à des scènes un peu artificielles et lourdes. Mais, peu à peu, les choses s’arrangent et l’on s’attache à ces personnages sympathiques et à cet animal sauvage qui évolue dans l’eau avec tant de grâce. Les images des ébats des dauphins dans l’eau sont magnifiques, et l’on est touché de la relation presque amicale qui unit l’animal avec les bénévoles qui s’occupent de lui. Les images d’archives de la fin montrent que l’histoire n’est pas inventée.
Comédie dramatique américaine (2014) de Charles Martin Smith, avec Nathan Gamble (Sawyer Nelson), Harry Connick Jr. (le docteur Clay Haskett), Cozi Zuehlsdorff (Hazel Haskett), Morgan Freeman (le docteur Cameron McCarthy), Ashley Judd (Lorraine Nelson), Kris Kristofferson (1h47). (Tous) Sortie le 24 septembre 2014.
Bon rétablissement !
À la suite d’un accident, Pierre se retrouve à l’hôpital.
On retrouve le style et l’atmosphère des films de Jean Becker dans cette histoire d’un misanthrope, qui va changer au fil de ses rencontres à l’hôpital. Gérard Lanvin est parfait dans ce rôle d’un personnage antipathique, mais le film ne décolle jamais, malgré ses bons sentiments distribués à la louche.
Comédie dramatique française (2014) de Jean Becker, avec Gérard Lanvin (Pierre), Fred Testot (Maxime), Jean-Pierre Darroussin (Hervé), Swann Arlaud (Camille), Claudia Tagbo (Myriam), Mona Jabeur (Maeva), Anne-Sophie Lapix (Florence) (1h21). (Grands adolescents) Sortie le 17 septembre 2014.
Saint Laurent
Seconde biographie d’Yves Saint Laurent, cette œuvre s’attache à l’âme de ce styliste de génie, qui révolutionna la mode. Le film constitue donc une plongée dans le monde de la haute couture et dans la personnalité torturée de son héros. Si le début est un peu fatigant, avec ces scènes interminables dans les boîtes de nuit, peu à peu, le film se révèle brillant, avec une superbe photographie et une mise en scène élégante. Gaspard Ulliel est époustouflant de ressemblance avec son modèle. Mais c’est vraiment trop long.
Ce monde des homosexuels (drogue, partouses, vagabondage sexuel, etc.) est difficile, même si le réalisateur a évité les scènes trop choquantes. Mais le héros peine à susciter la moindre empathie, sauf vers la fin ?
Biographie française (2014) de Bertrand Bonello, avec Gaspard Ulliel (Yves Saint Laurent), Jérémie Renier (Pierre Bergé), Louis Garrel, (Jacques de Bascher), Helmut Berger (Yves Saint Laurent en 1989), Léa Seydoux, Amira Casar (2h30). (Adultes avec des éléments nocifs) Sortie le 24 septembre 2014.
Avant d’aller dormir
À son réveil, Christine découvre avec stupéfaction un homme dans sa chambre. Celui-ci lui explique calmement qu’il s’appelle Ben et qu’ils sont mariés depuis des années. Mais la jeune femme, victime d’un accident, perd la mémoire chaque matin, et, chaque matin, son mari lui explique qui elle est et ce qu’elle fait là.
Cette adaptation d’un roman de S. J. Watson, dont l’histoire fait, parfois, un peu penser à celle du « Memento », de Christopher Nolan (en nettement moins brillant !), bénéficie de l’interprétation éblouissante de Nicole Kidman et Colin Firth. Ils sont les atouts majeurs d’une œuvre très prenante, malgré une réalisation lourde et souvent très répétitive.
Thriller britannique (2014) de Rowan Joffé, d’après le roman de S. J. Watson, avec Nicole Kidman (Christine), Colin Firth (Ben), Mark Strong (le docteur Nasch), Anne-Marie Duff (Claire) (1h32). (Grands adolescents) Sortie le 24 septembre 2014.
LE CHIFFRE DE LA SEMAINE
37 milliards de tonnes
C’est le niveau que devraient atteindre en 2014 les émissions de dioxyde de carbone provenant de la combustion des hydrocarbures, soit une augmentation de 2,5% par rapport à l’année précédente. Ce chiffre provient du rapport Global Carbon Project publié par le mensuel scientifique Nature Geoscience. Déjà, en 2013, les émissions de dioxyde de carbone avaient augmenté de 2,3% à 36,1 milliards de tonnes. Aujourd’hui, ces émissions sont supérieures de 65% à leur niveau de 1990. En cause : les émissions de la Chine, supérieures à celles des USA et de l’Union européenne cumulées.
Cette augmentation remet fortement en cause les objectifs de réductions nécessaires à la limitation du réchauffement climatique.
D’un jour à l’autre
France
Politique
François Hollande a tenu, le 18 septembre, sa 4ème conférence de presse. A cette occasion, le président de la République a défendu son action tout en reconnaissant que les résultats tardaient à venir. S’exprimant sur la situation en Irak, il a également annoncé le soutien de la France à l’offensive aérienne de l’OTAN.
C’est à une majorité de 269 voix contre 244 que Manuel Valls a obtenu la confiance de l’Assemblée nationale, lors du vote du 16 septembre. Les Verts se sont abstenus à la quasi unanimité, ainsi que 31 députés socialistes « frondeurs ». Le Premier ministre a annoncé plusieurs mesures parmi lesquelles la suppression de la première tranche de l’impôt sur le revenu et le versement d’une prime de 40 euros pour les petites retraites.
Nicolas Sarkozy a annoncé, sur son compte Facebook puis au 20 h de France 2, le 21 septembre, sa volonté de reprendre la présidence de l’UMP en vue d’une candidature à l’élection présidentielle de 2017. S’exprimant le 21 septembre sur France 2, l’ancien président de la République a déclaré qu’il n’avait « pas le choix », mais n’a jamais mentionné l’UMP lors de son intervention.
Aviation
Les pilotes d’Air France hostiles à la filiale low coast d’Air France ont entamé une deuxième semaine de grève extrêmement suivie. C’est la survie de la compagnie qui est maintenant en jeu.
Syndicalisme
André Bergeron, secrétaire général de Force ouvrière de 1963 à 1989, est décédé le 19 septembre à l’âge de 92 ans à Belfort.
Dette
Contrairement à ce qui avait été annoncé ici ou là, l’agence de notation financière Moody’s a maintenu le 19 septembre la note de solvabilité financière de la France à son niveau de AA1 avec perspective négative.
Intempéries
Des pluies diluviennes ont provoqué la crue de plusieurs cours d’eau dans les départements de l’Ardèche, de l’Hérault et du Gard les 18 et 19 septembre. On déplore 4 noyés dans un camping de l’Hérault. Des centaines de personnes ont dû être évacuées, parfois par hélicoptère. Les dégâts matériels sont importants.
Immigration
La Grande-Bretagne va débloquer 15 millions d’euros pour participer à la sécurisation du port de Calais et tenter de freiner ainsi l’immigration.
Monde
Irak
46 Turcs enlevés le 11 juin à Mossoul par l’État islamique (EI) en Irak ont été libérés le 20 septembre dans des circonstances obscures.
Syrie
L’État islamique assiège la ville de Kobané après s’être emparé d’une soixantaine de villages depuis le 16 septembre grâce à une offensive éclair de chars dans le nord de la Syrie. 130 000 Kurdes (sur les 450 000 habitants de la région), fuyant les exécutions de civils par les djihadistes, s’étaient déjà réfugiés en Turquie entre les 20 et 22 septembre.
Liban
Un soldat libanais chiite enlevé par des miliciens sunnites d’Al-Nostra près d’Aarsal, à la frontière avec la Syrie, a été exécuté par ses ravisseurs a-t-on appris le 18 septembre.
Yémen
Le Premier ministre a démissionné le 21 septembre après la victoire des tribus zaïdites (ou Houthis du nom d’une des branches minoritaire du chiisme) dans Sanaa sur la milice sunnite plus ou moins lâchée par l’armée. Un accord de gouvernement de réconciliation nationale négocié par un émissaire marocain de l’Onu devrait faire la part belle aux partisans de l’ancien imanat zaïdite renversé en 1962.
Afghanistan
Ashraf Ghani a été désigné le 21 septembre vainqueur de la présidentielle afghane, après avoir signé avec son rival Abdullah Abdullah un accord de partage du pouvoir.
Chine
Le 19 septembre, Jack Ma, le Chinois qui a créé en 1999 le site de vente en ligne Alibaba, qui concurrence les américains eBay, Amazon et Google, a levé plus de 25 milliards de dollars à la Bourse de New York alors que seule une demande sur cinq a pu être satisfaite. La valorisation boursière de l’entreprise atteindrait ainsi près de 200 milliards de dollars.
Sport
Football
Marseille a pris la tête du classement après avoir battu Rennes par 3 à 0 lors de la 6èe journée du championnat de Ligue 1. Les Girondins de Bordeaux arrivent en 2ème position après leur victoire sur Evian (2 à 1).
Formule 1
Lewis Hamilton (Mercedes) a remporté le Grand Prix de Singapour, prenant la tête du championnat des conducteurs après l’abandon de son coéquipier Nico Rosberg. C’est sa 7ème victoire de la saison.

