Edit Template
Test nouveau numéro
Edit Template

Lundi 27 août 2018

Lundi 27 août 2018

Copier le lien

L’événement

par Jean-Gabriel Delacour

Incertain Zimbabwe

Que va-t-il se passer maintenant au Zimbabwe ? Après les 37 ans de règne sans partage de Robert Mugabe, qui n’avait pas réussi à passer le flambeau à son épouse Grace et avait été obligé de partir en novembre 2017, la Cour constitutionnelle a rejeté, le 24 août, le recours de l’opposant Nelson Chamisa qui dénonçait une fraude lors de la présidentielle du 30 juillet. Emmerson Mnangagwa a donc été confirmé et son intronisation a pu se tenir dès le surlendemain, toujours crédité de 50,8 % des suffrages contre 44,3 % pour son principal rival. La Cour a estimé qu’on n’avait pas « présenté devant elle de preuves claires, directes et suffisantes des irrégularités ».

Celui qui avait été le ministre de Mugabe dès 1980 après avoir combattu les Britanniques puis le gouvernement sécessionniste de Ian Smith tout en recevant une formation marxiste à la chinoise, continue à gouverner le pays au nom de l’Union nationale africaine du Zimbabwe – Front patriotique. Vice-président au moment où l’armée évinça un Mugabe de moins en moins présentable, il représente la continuité des guerilleros qui ne combattent plus depuis 38 ans. Âgé de 76 ans, il incarne l’ancienne génération face à Nelson Chamila, le leader de l’opposition qui n’en a que 40. Son plus grand défi : asseoir son autorité face aux militaires, à moins que ceux-ci se contentent des avantages qu’il est obligé de leur concéder à la fois parce qu’il leur doit son poste et parce que ceux-ci ont pris l’habitude de profiter du système dans un pays exsangue.

Son attitude vis-à-vis de ce qui reste de fermiers blancs — 300 sur 4 000 — va apparaître significative. Alors que les députés sud-africains ont voté une motion de l’extrême gauche prévoyant l’expropriation sans compensation des 35 000 fermiers blancs de ce pays, lui se pose officiellement en modérateur, déclarant par exemple le 21 juillet : « Il faut arrêter de penser en termes raciaux. Fermier blanc ou ­fermier noir, c’est un fermier zimbabwéen ». Rien de concret n’a en tout cas été proposé, les terres restant distribuées à des membres du parti, des proches du pouvoir et des amis d’amis, qui n’en ont rien fait. Le Zimbabwe est devenu importateur d’à peu près tout ce qui peut s’acheter en Afrique du Sud, alors que le nouveau chef de l’État a affirmé sur ses panneaux publicitaires vouloir « refaire du Zimbabwe un grenier ».

En présence de nombreux dirigeants du continent noir dont  le Sud-Africain Cyril Ramaphosa, le Rwandais Paul Kagame et le Congolais Joseph Kabila, Emmerson Mnangagwa a annoncé un « nouveau Zimbabwe, l’aube d’une 2e république du Zimbabwe ». Dans l’immédiat il va devoir s’attaquer au taux de chômage de 90 % et à une désorganisation telle que le pays a dû renoncer à sa propre monnaie, les transactions s’effectuant soit en dollars américains, soit par carte bancaire ou par transfert entre comptes de téléphone portable, l’inflation ayant dépassé dès 2008 le chiffre de 100 000 %.


Politiques

par Alice Tulle

Une lourde rentrée

Française ou étrangère, la presse prédit une rentrée périlleuse, pour le président de la République. Emmanuel Macron a malgré tout prévenu qu’il ne changerait rien à ses plans de réforme.

Avant même la réunion du premier Conseil des ministres, le mercredi 22 août, les principaux médias français annonçaient que le climat politique et social de l’automne serait tendu et de nombreux titres de la presse étrangère, à l’exemple du prestigieux Financial Times, affirmaient que ce serait, pour Emmanuel Macron, « la rentrée de tous les dangers ».
À l’appui de cette analyse, les médias publient des sondages qui indiquent une baisse de la popularité du président de la République. Pendant la première année du quinquennat, les Français qui soutenaient résolument Emmanuel Macron étaient minoritaires, tout comme les opposants résolus face à une opinion publique formée majoritairement d’indécis et d’attentistes. Or dans cette majorité circonspecte, un fort groupe a rejoint l’opposition sans que le gouvernement bénéficie de nouveaux ralliements.
Emmanuel Macron n’est pas affecté par le pessimisme ambiant. Venu du fort de Brégançon pour présider le Conseil des ministres, il est reparti dans sa résidence officielle pour prendre quelques jours de vacances supplémentaires. Mais il a adressé un message très clair aux ministres : « On ne lâche rien ! »  Cela signifie que « nous ne devons pas dévier de stratégie mais au contraire poursuivre son déploiement »… dans le sens de la « transformation » engagée depuis un an.

De nouvelles réformes vont donc être mises en œuvre dans des domaines sensibles, voire explosifs. La réforme de la Constitution, différée au début de l’été à cause de l’affaire Benalla, reste à l’ordre du jour. Le plan pauvreté, reporté à plusieurs reprises, sera annoncé à la mi-septembre et une nouvelle convention de l’assurance chômage sera mise en chantier l’an prochain. Une réforme en profondeur du système de soins est également au programme, de même que la réforme des retraites et, dans ces deux domaines, le risque de forte contestation est élevé. Nul ne sait, par ailleurs, quel sera l’effet psychologique du prélèvement à la source à partir de janvier prochain.

Le gouvernement peut se dire qu’il a gagné toutes ses batailles contre les syndicats depuis un an et qu’il peut garder la maîtrise de la situation sur le front social comme d’ailleurs sur le front politique puisque les oppositions restent profondément divisées. Il est donc assuré de faire voter un budget pour lequel on prévoit de fortes baisses de dépenses dans les domaines du travail, de l’emploi, de l’agriculture, du logement et des collectivités locales.
Somme toute, Emmanuel Macron veut accélérer sur un terrain accidenté. Pourtant, l’affaire Benalla n’est pas terminée et les travaux réalisés sans autorisation par Françoise Nyssen, ministre de la Culture, assombrissent le ciel politique. Surtout, la croissance est en train de ralentir et le chômage, toutes catégories confondues, a augmenté de 1,4 % en un an. Pour le seul territoire métropolitain, on comptait 5,63 millions de demandeurs d’emploi en juillet 2018, contre 5,55 millions en juillet 2017.

La sérénité résolue du président de la République contraste fortement avec les inquiétudes exprimées au début de l’été par Alain Minc, qui a l’habitude de dire tout haut ce que les milieux d’affaires pensent tout bas, et par plusieurs économistes proches de l’Élysée : à trop bousculer les Français, on risque de violents retours de bâton. 


Clefs

par Jean Etévenaux

Musique : les ravissements de la Chaise-Dieu

Fondé en 1966 sous les auspices du grand pianiste Georges Cziffra, le festival de la Chaise-Dieu offre chaque année pendant une semaine des œuvres et des interprètes qui attirent des milliers de visiteurs non seulement de la région Auvergne-Rhône-Alpes, qui figure au nombre de ses nombreux partenaires institutionnels, mais aussi de toute la France et de l’étranger — sans oublier les grands mécènes comme Alain Mérieux. La 52e édition, qui s’est tenue du 18 au 28 août, a apporté son lot de découvertes et de satisfactions, qui rejaillissent sur les interprètes, toujours très sensibles à l’accueil du public.

On a bien sûr commémoré la disparition, cette année, de deux piliers du festival, le hautboïste et découvreur Jean-Claude Malgoire, et l’organiste Pierre Pincemaille. Trois œuvres de ce dernier ont été programmées lors de la soirée du 24 août à l’abbatiale Saint-Robert, permettant de retrouver la féconde humilité de celui qui n’osait pas se considérer comme un compositeur.

La Chaise-Dieu constitue un lieu unique pour apprécier choristes et musiciens, chefs d’orchestre et compositeurs. On y trouve également la concrétisation d’évolutions contemporaines, telle la combinaison du chœur de chambre Spirito résultant de la fusion des Chœurs et Solistes de Lyon de Bernard Tétu et du Chœur Britten de Nicole Torti, qui dirige maintenant l’ensemble. C’est aussi le cas du Jeune Chœur symphonique qui, sous la responsabilité artistique de la même Nicole Corti, prépare l’insertion professionnelle des jeunes chanteurs régionaux.

Les œuvres interprétées, dont du grégorien à proprement parler et des compositions d’Hildegarde de Bingen, âgées de presque mille ans, se trouvaient évidemment en parfaite harmonie avec le lieu de la célèbre abbaye bénédictine. Les travaux en cours, qui concernent aussi la ville, vont accentuer cette si spéciale symbiose entre un bâtiment gothique et une musique qui traverse les âges, particulièrement celle d’expression religieuse ; il est vrai que le pape Clément VI, à côté du tombeau duquel il faut passer pour se rendre au cœur de l’abbatiale, y est enterré car il en fut d’abord l’un des moines. Quand on écoute une pièce comme la Messe pour double chœur a cappella composée par le fils d’un pasteur calviniste qui, sans se convertir, utilisa les textes catholiques « admirables tant esthétiquement que psychologiquement », on se rend compte de la prégnance de la vieille civilisation chrétienne occidentale.

D’autres expressions et d’autres pistes sont néanmoins ouvertes, ne serait-ce que par la multiplicité des lieux, y compris en dehors de la Chaise-Dieu. L’an prochain verra même peut-être l’ouverture d’un festival off qui permettrait d’ancrer encore davantage la manifestation dans les territoires proches, contribuant ainsi à illustrer une fois de plus ce classicisme qui relie si bien l’universel au particulier.


Humeur

par Erwan Violin

Politique au soleil

Ca sent la rentrée ! A droite et à gauche, chacun a fourbi ses arguments lors des traditionnelles universités d’été (vous savez, ces honteux vestiges de l’ancien monde honni). Jean-Luc Mélenchon s’est posé comme le premier opposant à Macron, titre que lui disputent Laurent Wauquiez et quelques autres. Accessoirement, on a aussi affûté sa stratégie contre ses propres « amis » au cas où il leur viendrait la déplorable idée de vouloir devenir calife à la place du calife.

Bien sûr, cela donne de la tablature à tous les journalistes politiques. A longueur de colonnes et sur les plateaux télé, on glose à l’infini sur les petites phrases (ou les petites blagues) des uns et des autres, mais qui s’en souviendra vraiment lorsque les choses sérieuses auront repris leur cours ?
Telle est la politique en cette fin du mois d’août : quelques phrases dorées au soleil et promises au tourbillon des vents d’automne.


Livres

par Catherine Pauchet

Rentrée littéraire

Un époux exceptionnel

Pas de rentrée littéraire sans roman d’Amélie Nothomb. La cuvée 2018, un conte cruel à l’écriture vive et aux scènes réjouissantes, plaira à ses fans. Ils suivront Dominique, épouse simple et naïve, affublée d’Epicène, une enfant surdouée, qui s’efforce d’être à la hauteur d’un mari à qui tout réussit. Cet époux exceptionnel a toutefois un défaut : il est obnubilé par le désir d’intégrer le cercle des très riches. Femme et fille sont mises à rude contribution. Il y a de la vengeance dans l’air. Tout au long de ce récit, on ne sait trop s’il faut rire ou pleurer.

« Les prénoms épicènes », Amélie Nothomb, Albin Michel, 156 p., 17,50 €.

« Le Jardin »

Ils sont apparus un beau jour sans que nul ne sache d’où ils viennent (l’Orient peut-être) et eux-mêmes demeurent muets sur leur origine. Les Golden : Néron, le père, Petronius, Lucius et Dionysos, les fils, ont emménagé dans « le Jardin », un luxueux havre de paix à New York. René, un voisin cinéaste, voit dans cette tribu excentrique le sujet de son prochain long métrage. Il parvient à s’infiltrer dans leur intimité bousculée par l’irruption de Vasilisa, une beauté russe qui séduit le patriarche à la grande colère des héritiers, et de quelques mafieux. Salman Rushdie nous offre un roman sur l’Amérique moderne servi par une belle écriture et une grande érudition. Le coup de cœur de la rentrée.

« La maison Golden », Salman Rushdie, Actes Sud, 416 p., 23 €.

Dictionnaire

Au plaisir des mots

Rien ne remplace un dictionnaire. Cet ouvrage fait de la langue, une aventure guidée par le plaisir de connaître toujours plus de mots. Après plus de cinquante ans d’existence, Le Petit Robert est devenu l’outil de référence pour une maîtrise du français. La nouvelle édition propose trois cent mille mots et sens auxquels s’ajoutent les synonymes et les contraires, des citations issues d’œuvres de la littérature mondiale, des répliques de films et des paroles de chanson. Il s’ouvre aussi aux expressions venues des pays francophones. A (s’)offrir.

« Le Petit Robert », dirigé par Alain Rey, édition 2019, 2838 p., 59 €.

Revue

La Fontaine

Les Fables de La Fontaine ont instruit des générations d’écoliers mais les connaissons-nous vraiment ? Le Figaro fait redécouvrir cet enchanteur qui fut aussi un homme de théâtre. En quelques lignes, le fabuliste a su dépeindre une société où règnent la prétention, l’avarice et l’égoïsme, où la loi du plus fort conduit le plus faible à la mort. Parmi les thèmes abordés : les animaux, Molière, les Paladins, un entretien avec Fabrice Luchini… Dessins de Rabier, gravures et tableaux illustrent ce hors-série.

« Dans le secret des fables. La Fontaine. L’ami retrouvé », Le Figaro hors-série, 8,90 €. En kiosque et en librairie.


Le chiffre de la semaine

173 000

C’est le nombre d’actes de violences aux personnes (hors vol) recensés depuis le 1er janvier, selon les chiffres fournis par la police et la gendarmerie. Ce nombre équivaut à 956 agressions par jour. A cela il faut ajouter 24 884 cas de violences sexuelles recensés de janvier à juin, soit une progression de 11% pour le premier semestre. Encore faut-il noter que ce chiffre ne concerne que les cas déclarés. Selon les forces de l’ordre, le nombre réel de violences sexuelles pourrait être 5 fois supérieur.
Si les violences non crapuleuses augmentent de façon inquiétante, le nombre des vols avec violence poursuit sa baisse avec 45 520 faits en six mois (contre 51 498 pour le semestre précédent), soit une baisse de plus de 11%.


D’un jour à l’autre

France

Rentrée politique

La France insoumise avait donné rendez-vous à ses militants du 23 au 26 août à Marseille, le Parti socialiste, à ses élus du 23 au 25 août, à La Rochelle, Le Parti communiste avait son université d’été du 24 au 26 août, à Angers. Valérie Pécresse avait convoqué ses amis de « Libres » à Brive-la-Gaillarde (Corrèze) le 25 août et Laurent Wauquiez Les Républicains (LR), le 26 août au mont Mézenc (Haute-Loire).

Sondages

La cote de popularité d’Emmanuel Macron serait tombée de 39 % en juillet à 34 % en août selon l’Ifop.

Tourisme

On espère que 90 millions d’étrangers passeront dans notre pays en 2018, soit 3 millions de plus qu’en 2017.

Budget

Le Premier ministre a présenté le 26 août, son projet de budget 2019. Il prévoit un déficit de 2,6 % malgré quelques « coups de rabot » notamment dans la fonction publique, les retraites et le renvoi à plus tard d’allègements promis des charges sociales sur les salaires.

Commémorations

Le président américain Donald Trump sera aux cérémonies du 11 novembre à Paris.

Culture

À la suite de révélations du Canard enchaîné, une enquête préliminaire a été ouverte sur des travaux d’aménagement intérieurs effectués sans déclarations (en 1997 et en 2012) à Paris dans les locaux des éditions Actes Sud dont la ministre de la Culture Françoise Nyssen est l’ancienne dirigeante. Il y a deux mois, le même journal satirique avait dénoncé des faits similaires au siège d’Actes Sud à Arles.

Médias

Les fondateurs de la web télé sur abonnement Le Média, proches des Insoumis de Jean-Luc Mélenchon, sont en conflit ouvert sur la gestion de Sophia Chikirou, qui a dû quitter la direction.

Monde

Zimbabwe

Le nouveau président du Zimbabwe Emmerson Mnangagwa, 75 ans, a prêté serment le 26 mai. Il doit sortir le pays d’une inflation à plus de 10 000 000 % et d’un chômage à 90 %.

RDC  

Depuis le 1er août, le virus Ebola a déjà fait 61 morts dans le Nord-Kivu, qui s’ajoutent à ceux de la guerre civile larvée.

Afghanistan

Saad Arhabi, émir de l’État islamique, et dix de ses hommes, ont été tués par un raid aérien le 25 août.

États-Unis

Le sénateur John McCain, 81 ans, ancien prisonnier au Vietnam, grande figure du Parti républicain, hostile à Donald Trump, est mort d’un cancer du cerveau le 26 août.

Irlande

Le Pape François a imploré « le pardon du Seigneur » pour les agressions sexuelles commises par des prêtres pédophiles irlandais, lors de son déplacement en Irlande, le 26 août.

Mars

La Nasa a déclaré le 22 août avoir la preuve qu’il y a de la glace sur la surface de Mars.

Cinéma

L’actrice Asia Argento, 42 ans, figure de proue du mouvement anti-harcellement sexuel à Hollywood, doit faire face aux accusations lancées par l’acteur Jimmy Bennett, 22 ans, qui dit qu’elle l’a violé quand il avait 17 ans.