L’événement-1
par Serge Plenier
Journalistes à chantage ?
A première vue, l’affaire paraît tristement banale : deux journalistes reconnus accusés d’avoir monnayé leur silence et la non-parution d’un livre dénonçant les agissements du roi du Maroc contre un gros paquet de billets. Voilà qui nous ramène à cette spécialité de la IIIème République que l’on appelait la presse « à chantage » : le patron d’un journal annonçait la parution d’un article compromettant et son intention d’y renoncer moyennant une indemnité « raisonnable ».
Pourtant, Eric Laurent et Catherine Graciet, les deux journalistes mis en cause, ne sont nullement des fripouilles. Ce sont au contraire des journalistes d’investigation reconnus, et sérieux. Eric Laurent a trente ans d’une honorable carrière derrière lui, et, jusqu’à aujourd’hui, il ne s’est jamais gêné pour dénoncer les aspects les plus troubles de la cour de Rabat. Quant à Catherine Graciet, ses précédentes publications, qui portent essentiellement sur les relations troubles entre nos dirigeants, rendent l’histoire difficilement compréhensible.
Sans anticiper sur les conclusions de l’enquête (chantage ou manipulation ?), encore moins sur un verdict éventuel, on peut se demander ce qui a poussé les deux journalistes à de tels agissements. Ici le « tous pourris » étendu aux journalistes n’explique rien, pas plus que l’accusation très à la mode de « journalisme de connivence ». On oublie un peu trop facilement qu’en dehors de quelques personnalités, la grande masse des journalistes ne bénéficie pas de revenus mirobolants, surtout dans un système où la précarité se généralise dangereusement. Ce n’est pas un hasard si Eric Laurent et Catherine Graciet ont mis en avant des excuses financières.
Aujourd’hui, le secteur de la presse (sous forme papier, mais aussi en ligne) traverse une grave crise. La plupart des magazines et des journaux censés « faire l’opinion » dépendent en grande partie de leurs gros annonceurs ou de leurs commanditaires, qui, même inconsciemment, grignotent de l’intérieur le mythe de l’indépendance de la presse. La presse écrite, comme la radio et surtout la télévision coûtent cher. Tout se passe comme si nos deux journalistes avaient fini par craquer et à vouloir tâter de l’immense gâteau que l’on ne cesse de faire passer devant leurs yeux.
Une excuse ? Certainement pas. Une explication tout au plus, mais cette explication, même incomplète pose de graves questions sur la crédibilité de nos médias nationaux.
L’événement-2
par Jean-Gabriel Delacour
Manuel Valls ou l’art de mouiller sa chemise
Le Premier ministre a donné, le dimanche 30 août, une prestation remarquable. Ce très bon discours électoral reposait sur des phrases simples, bien étudiées et joliment ciselées, convergeant toutes vers un seul but : rassembler la majorité en y incluant de force les écologistes et toutes les variétés de frondeurs. Sur le fond, il n’y avait rien, mais ce n’était pas ce qu’on attendait de lui : au chef de l’État de faire des annonces le 7 septembre lors de sa conférence de presse de rentrée.
Manuel Valls, au-delà de son souci de mobiliser toute la gauche, à commencer par le Ps, a réussi à faire oublier que, avant la présidentielle de 2012, il représentait un courant très minoritaire puisqu’il n’avait recueilli que 5,63 % des voix lors de la primaire socialiste. À La Rochelle, non seulement il s’est adressé à toutes les nuances de la gauche gouvernementale — par contre silence radio complet vis-à-vis du Pc et de Jean-Luc Mélenchon — mais il a voulu montrer que chacun avait sa place dans cette République résolument de gauche qu’il a prônée pendant plus d’une heure.
Voilà pourquoi il a cité pratiquement tous les ministres et n’a pas tari d’éloges sur le premier secrétaire du parti et les responsables de ses groupes parlementaires à l’Assemblée et au Sénat. Il est même allé jusqu’à nommer les rédacteurs de divers rapports censés soutenir son action — y compris Malek Boutih, dont il faut néanmoins relever que sa dernière étude sur le djihadisme a été fraîchement accueillie au Ps — ou la polémiste Caroline Fourest, égérie des Femen et toujours sûre d’avoir raison, y compris contre son propre camp.
On aura également noté qu’il a durement attaqué à plusieurs reprises Nicolas Sarkozy et les autres responsables des Républicains, même Alain Juppé dont il avait d’abord donné l’illusion qu’il le considérait avec sympathie. Quant aux centristes, qu’il s’agisse de François Bayrou ou de l’Udi, ils semblaient ne pas exister à ses yeux. En revanche, bien entendu, le Front national et ses dirigeants ont été exploités comme repoussoir absolu, avec une pique particulière contre Marion Maréchal Le Pen, ce qui a permis au Premier ministre de s’en prendre à un diocèse — celui de Fréjus-Toulon — qui a eu le culot de l’inviter avec d’autres responsables politiques. À propos de religion, passant sous silence le fait que les attaques contre des confessions visaient d’abord les chrétiens, il a développé une curieuse inversion de leurs places respectives dans la vie de la nation, consacrant la majeure partie de ses propos au judaïsme (0,4 % de la population selon diverses estimations), puis à l’islam (7 %) et enfin, très rapidement, au christianisme (45 %) ; au passage, il a même essayé de dissocier les protestants des catholiques, se rappelant sans doute que les premiers sont censés voter plus facilement pour la gauche que les seconds.
Le Premier ministre a vraiment mouillé sa chemise à La Rochelle. La veille il s’était grimé en capitaine de L’Hermione. Là, il a joué au généralissime. Pourtant, officiellement, il n’est que le chef d’état-major d’un président de la République bien absent de La Rochelle.
Politiques
par Alice Tulle
Écologistes : Les portes claquent
Le parti écologiste vit une nouvelle phase de sa crise, marquée par les démissions de François de Rugy et Jean-Vincent Placé sur fond d’ambitions ministérielles.
La crise a été officiellement ouverte le 27 août, lorsque François de Rugy, coprésident du groupe écologiste à l’Assemblée nationale, a annoncé qu’il quittait Europe Ecologie-Les Verts (EELV). Le lendemain, Jean-Vincent Placé, président du groupe écologiste au Sénat, a rendu publique sa démission. La crise couvait depuis longtemps : plusieurs dirigeants avaient quitté le parti de façon plus ou moins fracassante depuis 2012 et Jean-Vincent Placé multipliait depuis des mois les signes d’un désaccord croissant.
Cette crise est passée au second plan lors des journées socialistes de La Rochelle, qui illustrent également le climat de conflits et de confusion qui règne à gauche. Après l’attaque menée contre les 35 heures par Emmanuel Macron devant le Medef, la ferme réplique du Premier ministre a occupé le devant de la scène médiatique mais le déclin du Parti socialiste, agité par les « frondeurs » et surtout sanctionné durement par les électeurs à de nombreuses reprises, est à mettre en parallèle avec le mouvement de décomposition qui frappe le parti écologiste.
Pourtant, après une naissance longue et douloureuse entre mars 2008 et décembre 2010, Europe Ecologie-Les Verts avait connu une période faste. Grâce à la générosité du Parti socialiste et à l’alliance avec les communistes et les radicaux, les sénateurs verts étaient passés de quatre à dix lors des élections sénatoriales de 2011 et avaient pu former un groupe parlementaire indépendant sous la présidence de Jean-Vincent Placé. Malgré le score très modeste (2, 31 %) de leur candidate Eva Joly à l’élection présidentielle, EELV avaient pu, là encore grâce à la générosité du PS, faire élire 17 députés — avec 5,46 % des suffrages exprimés au premier tour — et constituer un groupe parlementaire à l’Assemblée nationale. Deux ministres étaient entrés au gouvernement : Cécile Duflot puis Pascal Canfin.
Ce fut un feu de paille. Les tensions internes réapparaissent en 2012 et Pascal Durand, secrétaire national d’EELV est contraint à la démission en 2013 après ses vives attaques contre le gouvernement. Le congrès de novembre 2013 fait ressurgir les multiples fractures internes et, en mars 2014, Cécile Duflot décide, comme Pascal Canfin, de ne pas participer au gouvernement dirigé par Manuel Valls. Aux élections départementales de 2015, EELV n’obtient que 2 % des voix et la dispute éclate entre partisans et adversaires d’une participation au gouvernement. Ces derniers l’emportent contre l’avis très intéressé de Jean-Vincent Placé.
Entre les Verts, le conflit n’est pas idéologique mais tactique. Tous sont d’accord pour la sortie du nucléaire, le droit à l’euthanasie, la légalisation des drogues douces, l’Europe fédérale et la transformation écologique de la société. En revanche, ils s’opposent sur ce qu’il convient de faire dans les deux dernières années du quinquennat. Cécile Duflot et ses amis estiment que François Hollande a déjà perdu la bataille et veulent se rapprocher du Front de gauche pour les élections régionales. François de Rugy et Jean-Vincent Placé dénoncent la « dérive gauchiste » du parti, devenu une « structure morte » allergique au débat. Bien entendu, François Hollande voudrait bien récupérer ce courant « réformiste » et l’appuyer afin d’éviter autant que possible une candidature écologiste à la présidentielle de 2017.
Au fil de ces manœuvres, la conférence sur le climat qui se tiendra en décembre à Paris semble avoir été perdue de vue.
Monde-1
par Yves La Marck
Semaine d’ambassadeurs
La diplomatie française, devenue économique et climatique, n’en reste pas moins traditionnelle et soumise à un pouvoir politique qui peine à en tirer partie.
La traditionnelle conférence des ambassadeurs, transformée cette année en semaine du 24 au 28 août, a marqué l’apogée de l’autorité du ministre d’État et du domaine d’extension régalien inégalé du Quai d’Orsay (étendu à l’exportation, au tourisme, au climat). Ceci étant, la diplomatie est toute d’exécution et ne peut donner que ce qu’elle a, la puissance et le rayonnement de la France qui évoluent bon an mal an, dépendant de facteurs extérieurs sur lesquels même son président n’a que peu ou pas de prise.
Ainsi en va-t-il, par exemple, des questions monétaires — François Hollande regrette l’absence de gouvernement économique de l’euro - , et de manière encore plus décisive des conflits armés. Dans son discours du 25 août, il n’a jamais cité le nom du président Obama, car il n’a pas encore digéré la non-intervention militaire en Syrie bloquée par celui-ci lors de l’usage d’armes chimiques. Deux ans plus tard, le président français continue de faire remonter à cette décision les conséquences les plus amères du conflit syrien : l’apparition de l’État islamique et la crise des réfugiés lesquelles, toutes deux, frappent désormais l’Europe directement.
Le problème avec la Libye était et reste que l’intervention militaire ne fut pas accompagnée d’un règlement politique durable. Au moins n’y a-t-il pas eu de vague de réfugiés libyens et jusqu’à présent de réel soutien au terrorisme international (y compris en Tunisie), mais un vide, et donc un appel d’air pour ceux qui se trouvaient tout autour. Tel quel le problème libyen ne paraît pas insoluble. Il est en tous cas d’une moindre échelle qu’en Syrie cinq millions de réfugiés en Turquie, au Liban, en Jordanie, et l’installation de l’EI. Or la France n’a rien pu faire pour la Syrie, quelle que soit la valeur de sa diplomatie, spécialement au Moyen-Orient, et quelle que soit sa puissance de feu aérienne enviée de tous.
Bien sûr, la diplomatie ne connaît jamais d’échec définitif, car elle ne renonce jamais, quels que soient les hommes et les moyens. C’est sa vertu. Aujourd’hui, la France a vendu ses Rafale à l’Égypte, aux Émirats, à l’Arabie saoudite, et elle entend associer l’Iran aux efforts de paix en Syrie, ce qu’elle refusait de faire avant la conclusion de l’accord de Vienne. On se rapproche du but sauf que celui-ci s’éloigne au fur et à mesure.
François Hollande et Laurent Fabius se sont gardés de conclure que faute d’avoir pu jusqu’alors apporter la paix en Syrie, la France, en tant que telle, membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, avait l’obligation morale d’accueillir sur son territoire les réfugiés syriens tout en aidant les pays d’accueil. Peut-être les deux se réservent-ils pour l’ouverture de la « Conférence sur les Chrétiens d’Orient et les victimes religieuses et ethniques » qu’ils ont organisée à Paris le 8 septembre avec la Jordanie.
Certains observateurs évoquent la « dérive » de notre diplomatie, qui parle plus avec les chefs d’entreprises et les organisations de protection de l’environnement qu’avec les dissidents politiques et les défenseurs des droits de l’homme. Dans le quotidien d’un ambassadeur, c’est un simple effet d’optique. Le diplomate se doit d’être de plus en plus « tout à tous ».
L’entreprise est souvent sans commune mesure avec les possibilités d’action d’un seul pays comme la France ou même de la France présente à l’intérieur de tous les réseaux et groupes multilatéraux. On a peu parlé au cours de cette semaine de la démultiplication d’influence offerte par la diplomatie européenne et encore moins de notre alliance avec les États-Unis. Dans cette mesure, cette semaine a entretenu le complexe de suffisance plutôt qu’une juste conscience de nos limites et des remèdes à y apporter.
Monde-2
par Yves La Marck
Réfugiés et migrants : Crimes de l’Orient-Express
Les tragédies de l’exil se multiplient à terre comme en mer depuis l’ouverture de nouvelles routes de migration à l’Est européen. L’Allemagne est en première ligne.
Le phénomène migratoire est éminemment évolutif. Si une route devient hasardeuse, elle est remplacée par une autre et ainsi de suite. L’été a ainsi connu un basculement de la Méditerranée occidentale vers la Méditerranée orientale et les Balkans. L’Union européenne, confrontée aux drames de Lampedusa et de la Sicile, avait réagi en juin. Le problème s’est déplacé de l’Italie vers la Grèce. Il s’était focalisé sur les Africains, il est désormais moyen-oriental. Syriens et Afghans constituent depuis quelques semaines les plus gros contingents d’arrivées depuis la Turquie (qui accueille plus de deux millions de Syriens) sur les îles grecques proches de l’Asie mineure. D’autres passent directement à travers la Thrace et la Bulgarie. Les Grecs n’ayant eu d’autre idée plus géniale que de faire transiter ceux arrivés sur leurs îles vers les mêmes axes transbalkaniques, tout ce beau monde s’est retrouvé aux confins de la Serbie et de la Hongrie, d’une frontière Schengen à l’autre, suivant le parcours de la légendaire ligne de l’Orient-Express.
Le danger s’éloigne peut-être du territoire français qui était plus exposé face à l’Afrique du Nord, mais c’est pour se fixer de l’autre côté du Rhin ! C’est d’abord l’Allemagne que ces nouveaux migrants recherchent. Il était de beau jeu d’accuser Berlin de refuser la solidarité à l’égard des arrivants de Sicile. Mais l’on oubliait que l’Allemagne était le pays qui accueillait déjà le plus grand nombre de demandeurs d’asile, sauf que ceux-ci venaient plutôt du Sud-Est que du Sud-Ouest. Angela Merkel vient à nouveau de prendre la tête du mouvement en indiquant que l’Allemagne avait la capacité de faire face à cet afflux, mais aussi le reste de l’Europe, s’inscrivant en faux contre tous les populistes y compris chez elle. Berlin a annoncé que l’Allemagne avait exempté les Syriens de l’obligation de la règle dite de Dublin de la première entrée. Au cours des sept premiers mois de 2015, l’Allemagne aurait reçu 218 000 demandeurs d’asile sur les 340 000 arrivés dans l’Union (dont 120 000 Syriens). Elle en escompte 800 000 pour toute l’année. Comment dire que c’est exagéré quand on sait qu’il y a cinq millions de migrants en route, qu’ils soient Syriens ou Africains ? C’est selon elle un défi plus grand pour l’Europe que celui de la Grèce dans l’euro.
Pourquoi l’Allemagne ? Sans remonter aux routes traditionnelles vers ou depuis l’Orient — le Bagdadbahn qui prolongeait l’Orient-Express à travers la Turquie vers la Syrie et l’Irak était le principal investissement en cours avant et après la Première Guerre mondiale — on pense à la croissance économique allemande qui se nourrit d’ailleurs d’un emploi à bon marché. Il reste que la rumeur parmi les migrants se répand que l’intégration y est plus facile que, par exemple, en France. Il en va de même de l’attractivité britannique dont la France subit le contrecoup à Calais.
Pour ce qui concerne l’Allemagne, l’une des raisons est que l’intégration y est de la compétence des Länder, tout comme l’éducation. à part la Bavière, les États fédérés allemands sont majoritairement gouvernés par des coalitions, mais le simple fait de la régionalisation des décisions réussit à promouvoir des politiques de proximité plus efficaces que dans un cadre centralisé. Le modèle pourrait inspirer les nouvelles régions françaises.
La France est le pays qui comprend le plus grand nombre d’immigrés, concept historique qui projette son ombre souvent dévalorisante sur toute forme de migration. Aujourd’hui elle nous empêche de prendre conscience d’un problème de réfugiés inédit depuis la Seconde Guerre mondiale. La guerre de Yougoslavie avait été un premier exemple mais largement confiné à l’Allemagne. Celle de Syrie est désormais devenue européenne.
Chroniques juridiques
par Christian Fremaux, avocat et élu local
Ordre public et libertés individuelles
L’actualité pousse à réagir car le citoyen doit se faire entendre et comprendre alors que le système représentatif est contesté et que l’on ne croit plus dans ceux que nous avons élu, mais qui sont légitimes, et que nous voulons participer aux prises de décision .Ce sera le grand débat de l’élection présidentielle de 2017 : comment le citoyen peut il être entendu et surtout écouté, et que les élus se concertent avec lui pour les décisions qui engagent l’avenir du pays ? En attendant il faut gérer les problèmes quotidiens.
L’attentat perpétré dans le Thalys fin août, a entrainé une nouvelle fois une polémique sur ce qu’il faut faire ou non. M.Bernard Cazeneuve ministre de l’intérieur a réuni 9 collègues européens pour décider de mesures à prendre dans les trains , en concertation avec la SNCF qui a déjà fait des efforts en ce sens. On doit les soutenir. En premier lieu il faut une véritable coopération concrète avec les pays voisins et tous les membres de l’union européenne, ce qui est plus facile à décider que mettre en pratique .Il faut sûrement revoir les accords de Schengen qui prônent la libre circulation des biens et des personnes et qui repoussent les contrôles aux frontières externes de l’Europe. En second lieu il faut durcir notre législation interne, et c’est là que le débat commence parfois avec rage : Le ministre propose la fouille des bagages et des voyageurs pas systématiquement ,mais par sondage d’abord (contrôles aléatoires et pas au faciès bien sûr) ; l’obligation de donner son identité pour l’achat de billets (sauf pour les petits trajets tels que ceux du RER ou des trains de banlieue sinon chaque jour ce sont des millions de voyageurs qui seront concernés !): il suggère aussi de donner plus de pouvoirs aux agents SNCF dans les trains outre le fait que déjà, il y a des personnels de sécurité ici et là. Et l’on entend aussitôt les cris d’indignation de ceux qui n’ont évidemment rien, dans aucun domaine, à se reprocher, et pour qui donner des leçons est leur travail permanent, avec la défense individuelle de nos libertés, comme si on était ignorant que l’on n’osait pas protester – pour des français c’est un comble – et qui s’offusquent que l’Etat ose faire son devoir, à savoir protéger la société.
La SNCF ou la RATP, et Air France précédemment attendent en revanche que les pouvoirs publics leur donnent les moyens légaux d’agir et ils se réjouissent que la sécurité des voyageurs soit renforcée.
Cette polémique est stupide et contre-productive. Déjà lors du débat sur le loi sur le renseignement validée par le conseil constitutionnel qui a considéré que nos libertés individuelles (aller et venir, penser, respect de notre vie privée…) n’étaient pas en danger en donnant aux professionnels du contre-espionnage et de la prévention du terrorisme des moyens de lutter avec efficacité contre l’ennemi , le même débat avait eu lieu. Personne n’entend sacrifier ses droits et libertés individuels mais face à une réalité , à une situation de fait exceptionnelle, face à la guerre que certains nous livre sans foi (ou plutôt avec leur croyance dite radicale) et sans loi (nos principes et valeurs leur sont odieux voire impies) si nous ne prenons pas des mesures sévères et aussi dérangeantes pour notre petit confort, nous périrons progressivement car nous donnerons des signaux de faiblesse et pour avoir voulu l’honneur des principes et la tolérance, nous aurons le déshonneur de n’avoir pas pris les bonnes décisions, et subirons les effets de l’intolérance des autres .Les terroristes savent que les démocraties ne sont pas armées car nous respectons l’état de droit, les règles de notre justice et le débat démocratique. Quel est le risque du terroriste ?: être capturé, être mis en examen par un juge d’instruction en bénéficiant d’un excellent avocat même gratuitement car commis d’office ; puis connaître nos prisons (que certains à tort définissent comme trois étoiles : puis attendre sa libération. ! Les victimes pour leur part, seront handicapées à vie, voire mortes. La lutte est inégale , il est donc temps de ne pas tergiverser et faire savoir à nos gouvernants, à travers nos maires, députés, sénateurs responsables de tous niveaux et domaines, que nous sommes d’accord. La sécurité est l’affaire de tous comme le prône l‘Institut National des hautes études de la Sécurité et de la Justice qui siège à l’école militaire à Paris qui réfléchit à la sécurité intérieure du pays et fait des propositions au gouvernement. Ordre public et libertés individuelles sont compatibles .On peut croire en l’Homme en général-à l’exception du tueur quelques soient ses motivations et raisons- mais on a le devoir d’être réaliste quand on a des ennemis déclarés qu’ils viennent de l’Etat islamique (daech), d’Al Qaida, ou d’individus y compris …français de naissance .Le choix est simple : subir en respectant à la lettre nos valeurs et mourir : ou réagir quitte à adapter nos principes de droit à la barbarie qui nous guette .Le droit doit protéger le faible et le faible c’est le peuple ou tout individu innocent. Ce qui est en cause c’est la perpétuation de nos valeurs et notre capacité à répondre unis collectivement.
A chaque citoyen de prendre ses responsabilités.
A quoi sert le conseil constitutionnel ?
Le conseil constitutionnel est souvent cité dans les médias soit pour l’approuver soit pour le critiquer : le français aime avoir des idées et des préférés même s’il …se trompe à l’insu de son plein gré ! Le conseil valide la loi qui peut donc être mise à application ou « retoque » ,c’est-à-dire annule soit toute la loi votée par nos excellents parlementaires, soit une ou des parties du texte, qu’il estime contraire à la constitution. Il motive sa décision pour qu’elle ne soit pas subjective ou dictée par des considérations partisanes, et pour qu’elle puisse former une jurisprudence à savoir un raisonnement constant source de sécurité juridique .Le quidam, où qu’il se trouve sur notre beau territoire habitant un hameau, un village ou une ville , veut comprendre car on lui rappelle souvent l’adage que « nul n’est censé ignorer la loi »., quand on lui reproche telle ou telle infraction et que sa responsabilité juridique est recherchée, son avocat –honnête bien sûr, lui disant que rien n’est certain devant un tribunal d’autant plus quand il faut prouver que l’on n’a rien fait, contrairement au principe de la présomption d’innocence en matière pénale, notamment. Mais les voies de la justice sont impénétrables ! Il s’interroge : comment des sénateurs ou des députés , l’élite de notre pays, peuvent-ils faire des lois qui ne sont pas légalement parfaites et pourquoi tout le travail est il annulable ? Sont-ils incompétents, malgré des qualités personnelles indéniables ou dépassés par l’œuvre à accomplir ou pris dans le système des partis –ce qui rappelle les heures plutôt regrettables de la 3ème ou 4ème République – alors qu’ils ont l’aide d’assistants rémunérés en réalité par le contribuable, ou celle des services très documentés et du personnel dévoué bardé de diplômes, des assemblées ? Ou la loi n’est-elle qu’un effet d’annonce pour montrer au bon peuple que l’on sait réagir face à un problème et que les réformes promises seront tenues, tout en sachant que cela ne passera pas le contrôle du conseil constitutionnel, et qu’en réalité chacun est dans son rôle ; le gouvernement agit, l’opposition s’oppose car par principe elle ne peut approuver, même si c’est une bonne mesure, en espérant que le conseil constitutionnel invalidera le texte ?
Prenons l’exemple concret de la loi dite Macron du jeune et sémillant ministre de l’ économie, sorti des grandes écoles et de la banque réunies, mais pas de la promotion de l’ENA dite Voltaire , celle du chef de l’Etat. Le texte s’appelle : « loi sur la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques « .Elle a fait l’objet de discussion entre les députés et sénateurs pendant plusieurs mois : des milliers d’amendements (qui ajoutent au texte ou le modifient) ont été déposés et disséqués.. Les fameux frondeurs se sont opposés à la majorité (du parti socialiste) dont ils font partie (SIC) et à bout d’arguments et aussi de nerfs, le 1er ministre a utilisé l’article 49 alinéa 3 de la constitution qui consiste à faire voter la loi d’un bloc, en engageant sa responsabilité. Sans commentaire, car l’épisode n’est pas glorieux.
La loi avait été votée le 16 juin 2015 et le conseil constitutionnel avait été saisi par des parlementaires .Le conseil constitutionnel n’est pas une cour suprême comme aux USA où le système judiciaire doit tenir compte du fédéralisme et de la volonté législative des Etats membres de l’union. En France les deux cours de dernière instance sont le conseil d’Etat pour le droit public, et la cour de Cassation pour le droit privé en général, dont le droit pénal qui défraye toujours la chronique , et intéresse le badaud pour les affaires les plus sordides ou lorsque une personnalité de préférence politique est mise en cause. On ne pardonne rien aux puissants ou présentés comme tels . Depuis la réforme initiée par le président Sarkozy en 2008,n’importe quel justiciable selon une procédure que connaissent bien les avocats, peut poser une question prioritaire de constitutionnalité (Q.P.R.)pour faire juger que la loi qu’on lui oppose n’est pas conforme à la constitution.
Le conseil constitutionnel a été crée par la Constitution du 4 octobre 1958 voulue par le Général De Gaulle, revenu au pouvoir .L’article 61 prévoit qu’avant leur promulgation, les lois peuvent lui être déférées par le Président de la République (ce fut le cas avec la récente et nouvelle loi discutée pour son étendue et ses conséquences sur les libertés individuelles, sur le renseignement), le Premier Ministre, le président de l’assemblée nationale ou du sénat, ou 60 députés ou sénateurs.
Le conseil vérifie que la future loi respecte les dispositions de la Constitution, c’est-à-dire le texte formel, la jurisprudence du conseil ; et les textes d’essence supérieure inclus dans la Constitution tels les préambules de Constitutions précédentes ; et de la Convention européenne des droits de l’homme .Le conseil constitutionnel est composé de 9 membres, nommés pour 9 ans non renouvelables. Le Président de la République en désigne trois dont le président du conseil ; un autre tiers est choisi par le président de l’assemblée nationale ; et le tiers restant par le président du sénat. Les anciens présidents de la République sont membres de droit, et participent aux discussions ou s’en dispensent. Le président actuel en exercice est M.Jean-Louis Debré.
Le conseil constitutionnel est aussi le juge du contentieux de l’élection du Président de la République, et de celle des députés et sénateurs.
Saisi de l’examen d’un texte de loi, le conseille le valide ou l’annule en tout ou partie. Pour être effective la loi doit ensuite être promulguée. (art.22 de l’ordonnance n°58-1067 du 7 novembre 1958 portant loi organique sur le conseil constitutionnel.) La loi MACRON a été promulguée –sans les articles annulés – le 6 août 2015, et publiée au journal officiel le 7 août. Les dispositions rejetées comme une partie de la réforme des prud’hommes, feront l’objet d’un nouveau texte de loi ou.. non, selon la volonté du pouvoir exécutif. Chacun peut donc comprendre l’extrême importance du rôle du conseil constitutionnel dans la vie législative, c’est –à – dire dans le corpus de textes qui régissent la vie de chaque jour des français .Les joutes verbales, et parfois le spectacle misérable que l’on voit à la télévision le mercredi- où l’on est plus près de la cour d’école et des injures que de la sérénité et le sérieux dans cette période qui devrait inciter à la mesure et au respect car des citoyens souffrent- ne sont pas qu’anecdotiques ! Elles portent sur notre vivre-ensemble, le fonctionnement de nos institutions,- et la Nation a besoin d’exemples vertueux, pour que le particulier, l’entreprise ,enfin tous ceux qui osent et ne se résignent pas à une croissance zéro, se sentent soutenus, aidés et compris.
Le citoyen, certes perdu par la complexité de l’administration, du droit, et de notre organisation territoriale – malgré la réforme des régions qui, je le crains ne va pas apporter d’économies au moins à court terme- doit s’intéresser au conseil constitutionnel que beaucoup de pays nous envient et essaient de copier, car c’est une institution essentielle de notre état de droit et de notre démocratie.
Religion
par Gérard Leclerc
Marion Maréchal-Le Pen à la Sainte-Baume
L’invitation faite à Marion Maréchal-Le Pen, pour participer au colloque organisé par le diocèse de Fréjus-Toulon à la Sainte-Baume, a suscité beaucoup de réactions, certaines sans doute sincères, mais beaucoup surjouées. Comme s’il était insupportable d’ouvrir une discussion avec une dirigeante d’un parti définitivement ostracisé ! Décidément, on ne se départit pas aisément d’une sorte de réflexe inquisitorial qui consiste à frapper d’interdit moral et canonique l’adversaire politique ! Et ce sont ceux qui se targuent le plus d’ouverture à l’autre, quelles que soient ses différences, qui sont les plus implacables. À ’encontre du conformisme qui continue à sévir dans le catholicisme français, je n’hésiterai pas à affirmer que la venue de la jeune dirigeante à la Sainte-Baume s’inscrit dans un processus inévitable. Il est impossible désormais d’ignorer un secteur d’opinion qui regroupe au moins un quart de l’électorat français. L’attitude, qui consiste à imaginer qu’on pourrait l’entourer d’une sorte de cordon sanitaire isolant des millions d’intouchables, relève d’une étrange mentalité.
Qu’on m’entende bien. L’inviter à un débat n’équivaut pas à avaliser les idées du partenaire. Il s’agit, bien au contraire, de les soumettre à examen à partir d’une rigoureuse éthique de discussion. C’est grâce à l’échange des arguments que peuvent s’établir des convictions raisonnables. Donner la parole à quelqu’un, ce n’est pas par avance lui donner quitus de son idéologie, c’est lui permettre de sortir de son cercle d’origine pour l’amener, sous le regard de l’autre, de préférence bienveillant, à une confrontation qui délivre de toute logique solipsiste. Par ailleurs, si la thématique de l’immigration est aujourd’hui cruciale dans le débat public, il est d’autant plus utile de la projeter dans une lumière qui tienne compte de son infinie complexité. La radicalité du Front national s’oppose de fait à l’incertitude évidente des autres formations politiques, souvent déconcertées par l’ampleur du défi.
Il faut aussi tenir compte dans cette affaire de la personnalité singulière de Marion Maréchal-Le Pen. Son rapport à la foi et à l’Église se distingue par un attachement qui n’est sûrement pas superficiel. De ce point de vue, elle est sans doute une des mieux structurées intellectuellement et spirituellement dans son organisation. Le rejet d’une telle personnalité, à coup d’anathèmes, ne s’avèrerait pas seulement contre-productif, il serait désastreux à un moment où le catholicisme français doit faire face à une crise gravissime, où se décide le destin national.
Clefs
par Jean Etèvenaux
Carte postale des châteaux de la Loire
Le 13 septembre, on va commémorer le 500e anniversaire de la bataille de Marignan. Il n’y aura d’ailleurs sans doute aucune cérémonie officielle et la ministre de l’Éducation nationale n’enverra pas une circulaire pour qu’on explique cette date aux enfants et aux adolescents. Pourtant, comme cette même année 2015 rappelle aussi l’avènement de François Ier — juste au 1er janvier —, il n’est pas sans intérêt de se pencher sur ces liens multiples avec l’Italie. Ils ont permis à la France d’entrer dans les fastes de la Renaissance et ont laissé les traces monumentales que des millions de touristes, français et étrangers, visitent chaque année dans le Val de Loire.
Si certains considèrent aujourd’hui François Ier comme un homme de chimères ayant ruiné son pays auquel il aurait peu apporté, il n’en reste pas moins comme celui qui, après ses deux prédécesseurs Charles VIII et Louis XII, s’ancra en Italie non seulement sur le plan militaire à partir de prétentions dynastiques mais, d’une façon plus durable, culturellement. Rapidement, grâce à des artistes et artisans transalpins, la cour de France a pu disposer de châteaux somptueux évoluant vite du gothique flamboyant aux lignes ordonnées de la Renaissance. Voilà pourquoi nombre d’entre eux portent des marques liées à des souverains précis ; si François Ier figure évidemment au premier rang, on y trouve aussi ses divers successeurs, Henri II, François II, Charles IX, Henri III et Henri IV, et jusqu’au frère de Louis XIII, Gaston d’Orléans, cet éternel comploteur finalement exilé à Chambord, après avoir nourri de grands projets à Blois. Ce dernier domaine prendra le nom de principauté de Wagram lorsque Napoléon le donnera au maréchal Berthier avant de devenir l’éphémère résidence du comte de Chambord, celui qui ne réussit jamais à devenir Henri V.
Aujourd’hui, ces demeures apparaissent très composites et, néanmoins, leur splendeur retient l’attention. Elles ont souvent au moins en partie été refaites, à cause non seulement des destructions de la Révolution, mais aussi de la friabilité du tufeau, la pierre blanche extraite des proches coteaux. Leur mobilier est plus récent car, à la Renaissance, on déplaçait tout d’un château à l’autre.
Depuis 2000, le Val de Loire est inscrit, dans sa plus grande partie, au patrimoine mondial de l’Unesco. Sur place, État, collectivités territoriales, associations ou fondations et particuliers ont su se coordonner avec les diverses ressources d’accueil : hôtels, restaurants, cafés et bars à vin — 68 appellations —, gîtes et chambres d’hôtes. Ils ont décliné leur offre dans les domaines culturel, viticole, gastronomique, ludique et sportif, avec des randonnées pédestres et des circuits cyclistes. Les enfants se voient souvent proposer des activités ciblées, à travers les traditionnels jeux dans les parcs et jardins mais aussi grâce à des visites adaptées, complétées par des livrets dont les questions-réponses permettent de fixer ce qui vient d’être vu. Ainsi peuvent-ils, lorsqu’ils se promènent à dos d’âne autour de Cheverny, évoquer le voyage ultime de Léonard de Vinci à dos de mulet depuis son Italie natale — avec trois tableaux dont La Joconde !
Humeur
par Erwan Violin
Courage
Naguère, on appelait cela le courage physique : placé devant une menace devant une situation dangereuse, on hésitait rarement à affronter l’agresseur, fût-ce en mettant sa vie en danger. Il est vrai qu’en ces temps pas si lointains, rares étaient ceux qui n’avaient pas connu une situation difficile (guerre, occupation ou autre).
Aujourd’hui, ceux qui se sont opposés aux tueurs du Thalys sont considérés à bon droit comme des héros. Mais on peut raisonnablement se demander pourquoi ils étaient si peu nombreux.
Livres
par Catherine Pauchet
Rentrée littéraire
Romans
Discours d’un arbre sur la fragilité des hommes
Dans la famille Zhang, on honore les ancêtres, et quand ceux-ci reposent, au terme d’une existence de dur labeur, sous un arbre à laque (« l’arbre qui pleure »), on se mobilise pour garder le terrain dans lequel il plonge ses racines et la masure délabrée qui le côtoie, acquise au prix de lourds sacrifices financiers. A travers l’affection portée à cet arbre, Olivier Bleys (Le Maître de café, primé en 2012) raconte le combat de Wei, chef d’une famille pauvre et digne, menacée d’expulsion suite à la découverte d’un gisement de minerai dans leur sous-sol, et qui a juré à ses aïeux de ne jamais les abandonner quand bien même il devrait y laisser sa liberté. Un livre émouvant sur la piété familiale et la tradition méprisées par la Chine capitaliste d’aujourd’hui.
« Discours d’un arbre sur la fragilité des hommes », Olivier Bleys, Albin Michel, 294 p., 20 €.
La dernière nuit du Raïs
Le Raïs, c’est Mouammar Kadhafi. Fiévreux, illuminé, rongé par le doute. Est-il orphelin, comme le lui rabâche sa famille ? Ou bâtard, comme le souffle la rumeur ? A coup sûr, il est un bédouin pauvre, rejeton d’une tribu déchue. Une blessure à l’origine de tout : sa soif de revanche, son appétence pour le pouvoir, sa domination sur les femmes, sa mégalomanie, son héroïnomanie… et sa fin. Yasmina Khadra (L’Attentat, Ce que le jour doit à la nuit) s’est glissé dans l’esprit du tyran. C’est au « je » qu’il écrit ce roman. Dans la nuit du 19 au 20 octobre 2011 qui sera sa dernière, piégé dans Syrte, le Raïs ressasse le passé par flash-backs successifs en guettant l’arrivée de son fils qui le sortira de la souricière, mais il viendra trop tard. Planqué dans une canalisation, il est repéré par des miliciens et mis à mort dans un délire général. Ainsi fut la vie du dictateur Kadhafi, tour à tour adulé, craint, honni, et massacré.
« La dernière nuit du Raïs », Yasmina Khadra, Julliard, 208 p., 18 €.
Vidéo
Maîtriser sa GoPro
En peu de temps, la « GoPro » a conquis le jeune public aimant l’action et le sport. Accrochée au poignet, au guidon d’un vélo, ou sur une planche de surf, cette caméra qui tient dans la poche est un condensé de technologie. Avec elle, on peut faire aussi bien de petites vidéos que des films professionnels à condition de savoir s’en servir. Dans ce manuel, deux concepteurs de clips, Bradford Schmidt et Brandon Thompson, montrent comment il est possible de créer de belles images et de raconter de vraies histoires en maîtrisant les réglages, les techniques de prise de vue et de montage. L’ouvrage mentionne également des liens pour visionner des vidéos de qualité.
« Maîtriser sa GoPro », Bradford Schmidt et Brandon Thompson, Eyrolles, 312 p., 26 €.
Jeux
100 casse-tête infernaux
Entretenir ses cellules grises, c’est l’affaire de chaque jour, et si – en plus – on muscle son cerveau en jouant, pourquoi s’en priver ? Ce petit livre, à emporter partout, propose cent casse-tête : jeux d’équilibre, énigmes, grilles à remplir, tableaux mystères, calculs, et jusqu’à des codes secrets à déchiffrer ! De quoi développer des capacités de logique et de déduction, toujours utiles.
« 100 casse-tête infernaux », Larousse, 143 p, 5,90 €.
Cinéma
par Marie-Christine Renaud d’André
Dheepan
Oublier les horreurs de la guerre n’est pas chose aisée, surtout si l’on se trouve dans un pays étranger, avec une famille qui l’est tout autant. Tigre tamoul, Dheepan est contraint de quitter son pays, le Sri Lanka. Pour cela, il récupère les papiers d’une famille décédée et demande à Yalini, une inconnue, de partir avec lui, non sans avoir récupéré une fillette, afin de rendre crédible leur famille fictive. Arrivé en France, Dheepan trouve un emploi de gardien d’immeuble. Mais, dans cette cité sensible, des jeunes s’adonnent au trafic de drogue.
Après De rouille et d’os et Un prophète, Jacques Audiard, l’un de nos cinéastes les plus doués, s’attaque à un sujet très différent, celui des réfugiés politiques. Mais, comme à son habitude, il s’intéresse surtout à l’humain. En centrant sa caméra sur son héros, formidablement incarné par Antonythasan Jesuthasan, ancien enfant soldat tamoul, qui s’est réfugié en France, en 1993, à l’âge de 25 ans, il décrit les difficultés de celui-ci, non seulement dans un pays d’accueil dont il ne connaît rien, mais aussi et surtout au sein d’une famille empruntée, dont il ne connaît pas les membres. Le résultat est un film bouleversant, qui montre alternativement la violence que le héros a voulu fuir et qui finit par lui exploser à la figure, mais aussi la douceur d’une famille, qui est seule susceptible d’apaiser son âme tourmentée, comme le montre l’image finale. Quant à la violence, Jacques Audiard, qui maîtrise à merveille l’art de la suggestion, n’en montrera pas grand-chose, laissant au spectateur le soin de l’imaginer.
Si elle est donc suggérée, cette violence est, néanmoins présente. Mais elle n’est rien comparée à la douceur de cette femme d’emprunt, qui va réussir, peu à peu, à imposer son amour à sa famille de circonstances. ν
Drame français (2014) de Jacques Audiard, avec Antonythasan Jesuthasan (Dheepan), Kalieaswari Srinivasan (Yalini), Clau-dine Vinasithamby (Illayaal), Vincent Rottiers (Brahim), Marc Zinga (Youssouf), Frank Falise (le dealer) (1h50). (Grands adolescents) Sortie le 26 août 2015.
La volante
Neuf ans après la mort de son fils, Marie-France s’immisce dans la vie profession-nel-le et familiale du responsable de l’accident qui l’a tué.
On ne peut éviter de penser à Alfred Hitchcock avec ce thriller assez prenant, qui met en scène une vengeance terrible, qui se déroule des années plus tard. Nathalie Baye campe avec beaucoup de finesse cette manipulatrice inquiétante qui réussit à infiltrer la vie familiale de son patron, en devenant une mère de substitution pour son jeune fils. Mais il est dommage que le scénario ne soit pas davantage fouillé, ce qui laisse le spectateur sur sa faim. Quant à la conclusion, elle verse dans le grand-guignol.
Face à cette femme étrange, seul l’enfant semble avoir eu l’intuition de sa dangerosité. Dommage que ce thème n’ait pas été davantage approfondi.
Thriller franco-belgo-luxembourgeois (2015) de Christophe Ali et Nicolas Bonilauri, avec Nathalie Baye (Marie-France), Malik Zidi (Thomas), Johan Leysen (Éric), Sabrina Seyvecou (Audrey), Jean-Stan Du Pac (Léo), Pierre-Alain Chapuis (Jean-Marc), Hervé Sogne (Pierre), Aissatou Diop (Iman) (1h27). (Grands adolescents) Sortie le 2 septembre.
Cemetery of Splendour
Dans les bâtiments d’une école abandonnée, reposent des soldats atteints d’une maladie mystérieuse.
Après sa Palme d’or surprise (et contestée), avec Oncle Boonmee (celui qui se souvient de ses vies antérieures), en 2010, le cinéaste thaïlandais revient avec cette œuvre contemplative et poétique, qui séduira maints spectateurs… mais risque d’en dérouter beaucoup d’autres.
La spiritualité orientale qui imprègne le film n’est sans doute pas toujours accessible à un public occidental.
Comédie dramatique thaïlandaise de Apichatpong Weerasethakul, avec Jenjira Pongpas Widner (Jenjira), Banlop Lomnoi (Itt), Jarinpattra Rueangram (Keng), Petcharat Chaiburi (2h02). (Grands adolescents) Sortie le 2 septembre 2015.
Mission : Impossible – Rogue Nation
L’équipe IMF (Mission : Impossible) vient d’être dissoute.
Toujours aussi en forme (c’est lui qui assure ses cascades !), Tom Cruise mène ce cinquième opus à un rythme d’enfer, enchaînant les bagarres homériques, telle celle qui se déroule dans les coulisses de l’Opéra de Vienne, et les courses-poursuites à un rythme d’enfer. Mais cette succession de scènes explosives ne serait rien sans un humour réjouissant et une multitude de retournements de situation qui distillent un suspense constant. La belle et athlétique Rebecca Ferguson, qui assure aussi toutes ses cascades, volerait presque la vedette à un Tom Cruise au mieux de sa forme, malgré ses 53 ans.
S’il y a quelques violences, elles sont limitées, et le héros est toujours un chevalier sans peur et sans reproche.
Aventures américaines (2015) de Christopher McQuarrie, avec Tom Cruise (Ethan Hunt), Jeremy Renner (William Brandt), Rebecca Ferguson (Ilsa Faust), Simon Pegg (Benji Dunn), Alec Baldwin (Alan Hunley) (2h12). (Adolescents) Sortie le 12 août 2015.
LE CHIFFRE DE LA SEMAINE
3 551 600
C’est le nombre de chômeurs de catégorie A (sans aucune activité) enregistré en juillet 2015, selon les chiffres fournis par Pôle Emploi. Ce chiffre équivaut à une baisse de 0,1% par rapport au mois précédent (-1 900). Pour un an, et toujours en catégorie A, le nombre de demandeurs d’emploi a progressé de 5,9% (+134 800 demandeurs d’emploi). Toutes catégories confondues, le nombre total de demandeurs d’emploi, à la fin du mois de juillet, s’élevait à 5 412 500 en métropole et à 5 717 800, Dom compris.
Le nombre de demandeurs d’emplois âgés de 25 à 49 ans enregistre cependant une hausse annuelle de 3,1% (+65 400) en catégorie A. La baisse relative du mois de juillet ne concerne pas les hommes âgés de plus de 50 ans avec 3 500 demandeurs d’emploi supplémentaires enregistrés.
D’un jour à l’autre
France
Politique
Suite aux « rencontres d’été » communes à La Rochelle, le président du groupe écologiste au Sénat Jean-Vincent Placé a annoncé vendredi 28 août sur Europe 1 qu’il quittait le parti Europe Écologie-Les Verts (EELV), aggravant la crise déclenchée la veille par la décision similaire annoncée par le co-président du groupe à l’Assemblée, François de Rugy. Lors du grand dîner rassemblant les militants PS et plusieurs membres du gouvernement, Manuel Valls a été copieusement sifflé. Dans son discours, le Premier ministre a cependant appelé à l’unité et évoqué la nécessité d’accueillir les migrants.
Travail
Jeudi 27 août, devant les patrons du Medef, le ministre de l’Économie s’est fendu d’une phrase assassine sur les 35 heures, fustigeant la gauche « qui a cru que la France pourrait aller mieux en travaillant moins ». Manuel Valls lui a répondu en fermant la porte à toute réforme.
Diplomatie
Jeudi 27 août, les deux journalistes Éric Laurent et Catherine Graciet, qui ont écrit un livre accusateur contre le roi marocain Mohammed VI en 2012, « Le roi prédateur » (Éditions du Seuil), ont été mis en garde à vue après l’avoir fait financièrement chanter. Ils demandaient trois millions d’euros en échange de la non parution d’un ouvrage contenant des passages supposés compromettants.
Immigration
La menace d’expulsion qui planait sur le campement de Roms – le bidonville du Samaritain –, installé sur un terrain communal en bordure de l’A86 depuis près de huit ans, a été mise à exécution jeudi 27 août.
Faits divers
Mardi 25 août, dans un camp des gens du voyage, un homme alcoolisé de 73 ans, a fait feu dans un camp de gens du voyage de la petite de Roye (Somme), tuant trois membres d’une même famille, une jeune femme de 19 ans, sa fille de neuf mois et son beau-père. Il a ensuite abattu un gendarme de 44 ans. Gravement blessé par les gendarmes qui avaient riposté, il a été transporté au CHU d’Amiens, puis placé en garde à vue le lendemain.
Économie
Lundi 24 août, la Bourse de Paris a démarré en forte baisse de plus de 8%, à l’instar des bourses européennes qui ont perdu entre 4,6 et 5,9%. Elles ont été entraînées dans la chute par de fortes baisses des marchés asiatiques. Shanghai s’est effondrée de 8,5%. À l’heure de la fermeture, Paris a un peu limité les dégâts et affichait une chute de 5,35%.
Transports
Vendredi 28 et samedi 29 août, un groupe étonnamment organisé de la communauté des gens du voyage a bloqué l’autoroute A1 au niveau du péage de Roye, provoquant des embouteillages monstres. L’attitude du gouvernement est mise en cause par l’opposition.
Monde
Immigration
Jeudi 27 août, 71 corps de migrants syriens ont été extraits d’un camion abandonné sur une aire d’autoroute autrichienne, près de la Hongrie et de la Slovaquie. Le même jour, en Méditerranée, 30 corps de migrants ont été repêchés et des dizaines d’autres ont été portés disparus après le naufrage d’une embarcation qui transportait environ 200 personnes au large de la Libye. Par ailleurs, un bateau des garde-côtes suédois a accosté en Sicile jeudi soir avec 52 cadavres de migrants récupérés mercredi après une longue dérive.
Etats-Unis
Mercredi 26 août, Vester Flanagan, 41 ans, a tiré sur la journaliste Alison Parker (24 ans) et son caméraman Adam Ward (27 ans), alors qu’ils intervenaient en direct dans une émission de la chaîne WDBJ7. Il a lui-même filmé la tuerie avant de la poster sur les réseaux sociaux, en soutenant qu’il avait été discriminé en raison de sa couleur de peau et de son orientation homosexuelle. Poursuivi par la police, il s’est suicidé quelques heures plus tard.
Hongrie
Mercredi 26 août, le chef de la police hongroise, Karoly Papp, a annoncé que son pays allait renforcer de 2106 policiers le contingent de 1000 qui surveillent le flux de migrants sur la zone frontalière pour intercepter les migrants illégaux. Il a noté également que la Hongrie a entamé la construction d’une barrière le long de ses 175 km avec la Serbie, afin de contenir le flux de migrants qui tentent de rejoindre l’Espace Schengen.
Nigeria
Vêtus de leurs emblématiques tee-shirts rouges, les proches des 200 lycéennes de Chibok kidnappées en avril 2014 par la secte islamique Boko Haram ont marché, le jeudi 27 août, dans Abuja, la capitale fédérale du pays, pour marquer le 500e jour de cet enlèvement.
Liban
Des dizaines de milliers de libanais ont manifesté dans les rues de Beyrouth le samedi 29 août avec comme slogan « Vous puez », en référence au non-ramassage des poubelles dans les rues libanaises depuis de nombreuses semaines. Les manifestants laissent donnent un ultimatum de 72h au gouvernement pour qu’il démissionne.
Égypte
Samedi 29 août, l’emprisonnement des trois journalistes de la chaîne Qatarie Al-Jazeera (trois ans de prison ferme) a provoqué un tollé dans la communauté internationale. L’Australien Peter Greste, le Canado-Égyptien Mohamed Fahmy et l’Égyptien Baher Mohamed ont été reconnus coupables, par un tribunal du Caire, d’avoir « diffusé de fausses informations » et travaillé sans les autorisations nécessaires en 2013.
Sport
Football
Le PSG caracole en tête du classement après sa victoire (0 à 3) sur Monaco lors de la 4ème journée du championnat de Ligue 1. A noter aussi la cinglante défaite de l’OM face à Guingamp (2 à 0).
Judo
Le Français Teddy Riner a remporté la la finale des Mondiaux de judo qui se tenaient à Astana (Kazakhstan). Ce 8ème titre mondial est une première dans les annales du judo.

