L’événerment
par Serge Plenier
Le fiasco de Villefontaine
L’affaire du directeur d’école pédophile de l’école de Villefontaine, dans l’Isère ne doit pas être réduite à un simple fait divers comme il en arrive dans n’importe quelle institution. Elle révèle trop de dysfonctionnements et de failles graves, aussi bien à l’Education nationale que dans l’institution judiciaire.
Rappelons quelques faits. Ces derniers jours, le directeur de l’école en question est mis en examen pour viols sur mineurs : il s’était livré à des comportements obscènes vis-à-vis de certains de ces élèves. S’agissait-il d’un événement isolé ? Pas vraiment. En 2008, le même enseignant avait déjà été condamné à six mois de prison de sursis avec obligation de soins pour avoir téléchargé sur son ordinateur des images pédopornographiques. Mieux ou pire : entendu par la gendarmerie, il avouait alors sa crainte de passer à l’acte. Le plus stupéfiant de tout cela est que ni la condamnation de 2008 (pourtant prononcée en Isère), ni les craintes formulées devant les gendarmes par l’intéressé lui-même n’ont été transmises aux autorités académiques.
Faut-il parler de connivences plus ou moins avouables ? Ce serait assurément exagéré et certainement injuste. Pour autant, cela ne doit pas interdire de s’interroger sur ce qui a rendu possible cette lamentable affaire.
L’Education nationale et la Justice sont deux institutions également anciennes et respectables, toutes deux également formidablement lourdes et centralisées. A titre indicatif, plus d’un million de personnes travaillent dans les écoles, collèges et lycées. Ce sont également deux systèmes qui fonctionnent facilement en vase clos et qui sont aujourd’hui victimes du manque de moyens. Que l’information, y compris la plus sensible, ne circule pas entre elles est la conséquence directe de ce fonctionnement, alors même que toutes deux (chacune à sa façon) assurent des missions de proximité. Le problème n’est pas un problème de complicité, mais un problème de rigidités et de centralisation.
Bien entendu, les deux ministères concernés ont diligentés des enquêtes administratives pour comprendre ce fiasco. On trouvera sans doute quelques responsabilités individuelles suivies de sanctions.
Mais qui osera chercher la vraie raison de cette catastrophe et remettre en cause les vieux dogmes administratifs ?
L’événement-2
par Jean-Gabriel Delacour
L’avenir reste incertain
Après les élections des présidents des conseils départementaux, comment ne pas poser la question : tout ça pour ça ? en pensant évidemment au fait que, au moment où la mixité était définie comme une obligation du scrutin, huit femmes seulement ont été portées à la tête des exécutifs renouvelés. De même, tout en sachant très bien que le mode de scrutin ne pouvait que le défavoriser, on doit faire remarquer que le Front national, incontestablement le premier parti du pays puisque les autres formations s’articulent comme des conglomérats, n’a obtenu aucun département — ce qu’il aurait d’ailleurs dû anticiper en prévoyant, à défaut d’alliances, des ententes de fait qui auraient évité que le Parti socialiste conserve finalement plus de départements que prévu.
Dans ces conditions, comment l’électeur de base n’aurait-il pas l’impression que les dés ont été pipés puisque la défaite des socialistes et de leurs alliés ne s’est pas transformée en déroute ? Alors que le sondage publié par Paris-Match le 26 mars expliquait comment 40 % des électeurs voulaient sanctionner « le président de la République et le gouvernement », ceux-ci n’ont affiché d’autre volonté que de garder leur cap ou de ne le modifier que pour contenter leur aile gauche…
Les Français — dont seulement un électeur sur deux s’est déplacé pour voter — ont en fait exprimé un mécontentement fondamental dû à un bilan désastreux et à l’absence de perspectives nouvelles, qu’il s’agisse de l’emploi ou du fonctionnement des entreprises, sans parler des réformes contestées du mariage pour tous, de la politique pénale ou de la mise en place d’un système étatisé de la santé. Ils ne supportent plus la suffisance teintée de mépris de gens qui croient tout savoir et non seulement veulent décider à leur place mais agissent de cette façon brouillonne qui trahit aussi bien leur ignorance des réalités que leur incompétence gestionnaire.
Mais, en face, il y a un problème : l’opposition modérée — la « droite républicaine » — n’offre aucune ligne claire ni aucune ambition concernant les questions fondamentales que tout le monde connaît : chômage, sécurité, exclusion, immigration, éducation, égalité entre public et privé… Elle ne semble au contraire se passionner que pour des querelles de personnes ou des problèmes secondaires, fuyant toute position claire ou référence à des valeurs.
Les politiques devraient prendre garde : les Français n’attendent pas l’alternance pour l’alternance mais un renouvellement quasiment révolutionnaire de la politique. En réalité, la révolte gronde et, même si ce mouvement ne concerne pas que la France, il semble bien que le pays reste le champion du blocage et de l’incapacité à s’attaquer aux problèmes. Or, cela devient de plus en plus visible et, donc, paralysant : tandis que les uns s’arcboutent sur leurs « z’avantages z’acquis », les autres ne savent plus comment vivre tandis que les plus malins profitent de rendements financiers ruinant le pays. Si l’on n’accorde plus confiance à la gauche, peut-on pour autant placer ses espoirs dans une droite qui a perdu ses repères et ne semble attirée que par les avantages du pouvoir ?
Politiques
par Alice Tulle
Les Verts en crise
Après ses très faibles résultats aux élections départementales, le parti écologiste est une nouvelle fois divisé sur son éventuelle participation au gouvernement.
Au début du quinquennat, tout allait très bien pour Europe Écologie Les Verts (EELV). à la suite d’un accord passé avec un Parti socialiste étonnamment généreux, 17 députés écologistes ont été élus à l’Assemblée nationale, assez pour constituer un groupe dirigé en alternance par Barbara Pompili et François de Rugy. Au Sénat, le groupe EELV de 12 membres est dirigé par Jean-Vincent Placé. Cécile Duflot et Pascal Canfin siègent au gouvernement, l’un au Logement et l’autre au Développement, et leur parti semble être un partenaire de poids dans la politique menée par François Hollande et Jean-Marc Ayrault.
Puis tout se dégrade assez vite. à la suite de la défaite de la gauche aux élections municipales et de la nomination de Manuel Valls à Matignon, Cécile Duflot et Pascal Canfin démissionnent par défiance à l’égard de l’ancien ministre de l’Intérieur avec lequel ils ont eu plusieurs différends (notamment à propos de l’attitude du gouvernement à l’égard des Roms). Puis c’est le très mauvais résultat des écologistes aux élections départementales : 2,02 % des voix pour l’ensemble des candidats qui se présentent sous la seule couleur verte, moins encore que les 2,31 % obtenus par Eva Joly à la présidentielle de 2012.
Ce rappel permet de mettre en scène les principaux acteurs de la crise en cours, auxquels il faut ajouter Emmanuelle Cosse, élue secrétaire nationale d’EELV en novembre 2013.
Cette crise, qui couvait depuis l’été 2013, oppose des stratégies qui se compliquent évidemment d’ambitions personnelles avivées fin mars par les rumeurs de remaniement ministériel.
Au sein du parti, certains voudraient que toutes les forces de gauche s’unissent pour conjurer le « péril fasciste » que représenterait le Front national.
D’autres jugent que Manuel Valls n’est pas de gauche et que s’allier avec lui est tout simplement une trahison. Et puis il y a ceux qui veulent entrer au gouvernement pour constituer une force d’appoint à François Hollande en vue de l’élection présidentielle. S’y ajoute une minorité qui voudrait négocier l’introduction d’une dose de proportionnelle en échange d’un soutien à François Hollande dès le premier tour.
L’affrontement principal oppose les partisans et les adversaires du retour au gouvernement. Cécile Duflot ne veut pas entendre parler de ministres écologistes et elle accuse publiquement Manuel Valls de mener une politique inadaptée. Au contraire, Emmanuelle Cosse, qui s’est rapprochée de Manuel Valls et du Parti socialiste pendant la dernière campagne électorale, souhaite la participation des écologistes au gouvernement, de même que les chefs des groupes parlementaires : Barbara Pompili, François de Rugy et surtout Jean-Vincent Placé qui ne cache pas, depuis 2012, ses ambitions ministérielles.
Les écologistes « ministériels » — comme on disait des socialistes dans les années 1900 — ont réussi un grand coup en réunissant le 4 avril des militants EELV et des écologistes de différentes tendances qui ne se parlaient plus depuis longtemps : Corinne Lepage, Antoine Waechter, l’ancien communiste Robert Hue, mais pas José Bové qui dénonce une « bataille mortifère ».
Au cours de la réunion, on a parlé d’un « pôle écologiste pragmatique et responsable » (François de Rugy) et d’une « maison commune des progressistes, démocrates et écologistes » (Jean-Luc Bennahmias) sans prendre de décisions.
Manuel Valls ouvre les bras à l’aile droite, Jean-Luc Mélenchon tend les deux mains à l’aile gauche. Chez les Verts, il y a de la scission dans l’air.
Monde – 1
par Yves La Marck
Iran : Hôtel Beau Rivage
Il paraît qu’il y a eu un accord sur le nucléaire iranien à Lausanne le 2 avril 2015. On ne le saura que le 30 juin. Tout le monde le souhaite, mais personne n’y croit vraiment.
Les négociateurs s’étaient donné une date limite, le 31 mars. Ils avaient partagé le travail en deux : accord politique puis accord technique, laissant à ce dernier trois mois supplémentaires pour être finalisé. Le 2 avril, après une longue nuit blanche, le ministre des Affaires étrangères iranien Mohamed Zarif et la ministre de l’Union européenne, Federica Mogherini, ont lu un texte. Avant même qu’ils aient terminé, la Maison-Blanche révélait les termes de l’accord retransmis à Téhéran. Le président Obama triomphait. Cependant aucune des cinq autres parties prenantes (Russie, Chine, France, Allemagne, Royaume-Uni) n’a cru devoir emboucher la trompette : simple « accord d’étape » à concrétiser d’ici le 30 juin ; absence de déclaration qui tranchait avec l’aplomb américain.
Le doute est donc permis. L’évidence est que Barack Obama est aujourd’hui un homme pressé. Pressé par le Congrès dont la majorité républicaine, chose exceptionnelle, a directement averti les Iraniens qu’elle ne s’estimait pas liée par cet accord. Pressé par Israël. Pressé par l’Arabie saoudite. Le Président a multiplié les promesses à l’égard de ces trois forces hostiles, mais le plus important pour lui est que celles-ci croient qu’un accord est signé, qu’elles l’intègrent dans leurs calculs comme un fait acquis. Il faut absolument qu’elles en soient persuadées même si on est encore loin du but. Le Capitole, Jérusalem et Riyad doivent savoir que Téhéran est désormais réinséré dans le jeu international. Le reste suivra. On a le temps.
Dix ans sont devenus quinze : le délai pendant lequel la plupart des restrictions au programme nucléaire iranien resteront en place. Le seuil de 6 500 centrifugeuses a été ramené à environ 5 000. Le taux d’enrichissement permis est tombé à 3 et quelques %. Mais tout ceci ne relève-t-il pas de l’accord technique ? Barack Obama voulait disposer tout de suite d’un maximum d’arguments à faire valoir ; les Iraniens rappelaient que la négociation ne portait à ce stade que sur un accord-cadre. La contradiction était flagrante : là où le ministre iranien parlait d’un climat de confiance qui selon lui devait présider aux discussions techniques qui vont s’ouvrir, Barack Obama niait expressément la confiance, insistant sur les « vérifications sans précédent » auxquelles serait sujet l’Iran. Jamais, a-t-il dit, un pays n’aura été aussi inspecté que l’Iran sous le régime qui sera mis en place.
Qui dit vrai ? La réponse la plus plausible serait : personne. Ils disent tous le faux. Il ne peut en aller autrement. Comme on dit, on ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment. Aucun des deux partenaires n’a intérêt à dire le vrai. De fait, il n’y a pas d’accord sinon un accord sur les désaccords, et une sorte de « feuille de route » pour vivre ensemble tant bien que mal pour les quinze ans à venir.
Barack Obama s’était donné comme mission historique de solder l’héritage à la fois de Kennedy et de Carter, ses deux grands prédécesseurs démocrates : Kennedy pour Cuba, Carter pour Téhéran. Il leur restera associé dans la mémoire collective. Très bien pour lui. Mais le reste du monde ? Mais l’avenir ?
S’adressant aux Républicains, le Président n’a pas craint de les opposer aux pays européens partenaires dans la négociation, une négociation, soit dit en passant, que ceux-ci avaient eux-mêmes lancée, Washington restant en retrait. En rejetant l’accord, leur dit-il, vous prendriez le risque de menacer l’Alliance. C’est une manière aussi pour Obama de rappeler ces braves Européens à l’ordre. Paris, Berlin et Londres — et Bruxelles pour ce que cela vaut — ne peuvent que s’estimer floués dans l’affaire. Washington veut être seul à tirer les marrons du feu. Mais Téhéran n’a pas dit son dernier mot.
Monde – 2
par Yves La Marck
Nigeria : un coup de balai ?
Le Nigeria connaît sa première alternance démocratique. L’image redorée du premier pays d’Afrique va-t-elle pouvoir diffuser le désir de démocratie sur tout le continent ?
La défaite du président sortant Jonathan Goodluck était envisagée mais personne n’y croyait car on craignait une fois encore la fraude. Le report in extremis de la date du scrutin du 14 février au 28 mars, la possibilité que les trois provinces du Nord-Est soient exclues du vote en raison des menaces de Boko Haram, laissaient planer le doute sur les intentions des hommes au pouvoir. Depuis la fin du régime militaire et les premières élections de 1999, aucun sortant n’avait jamais été battu et le même parti était resté au pouvoir sans interruption.
Ces élections du 28 mars 2015 sont les premières élections ouvertes, transparentes, équilibrées. Elles n’ont connu aucun trouble en dépit de Boko Haram et tout le monde ou presque qui le voulait a pu voter où qu’il se trouve. Les résultats fiables mettent en évidence rétrospectivement les failles des scrutins antérieurs y compris celui de 2011. Alors que les enjeux étaient forts et que l’affluence a surpris, le nombre de suffrages est inférieur de cinq millions à celui de 2011.
Les deux candidats qui s’étaient affrontés en 2011 se sont retrouvés les mêmes en 2015 : face à Goodluck, l’opposition présentait à nouveau le général Muhammadu Buhari. Or si ce dernier progresse de près de trois millions de voix, le président sortant en perd presque dix, soit presque la moitié du total. Alors qu’il l’avait emporté par 59 % des voix, il perd cette fois avec 45 % contre 54 % à son adversaire.
La comparaison est importante car elle nous fournit les clés du changement intervenu. Ce qui a changé en l’occurrence ce n’est pas vraiment la popularité ou le programme des deux hommes déjà bien connus et bien différenciés en 2011. Le changement réside dans la perte progressive de la mainmise de l’appareil du parti dominant sur la vie politique nationale. Le Parti démocratique du peuple (PDP), parti à l’américaine, opportuniste, sans idéologie, était une simple machine à gagner les élections, à travers deux instruments principaux : la manipulation des urnes et les financements à partir des positions de pouvoir économique, le premier étant le pétrole, avec une gestion parfaitement occulte du mo-nopole d’État (70 % des ressources budgétaires).
Jonathan Goodluck, élu de la région du delta du Niger, où se trouve le pétrole, a su faire la paix avec les militants de cette région qui se plaignaient de ne pas bénéficier d’une juste part de ces ressources, mais a mécontenté beaucoup de monde dans sa gestion de l’économie (son échec à combattre Boko Haram ne vient que se surajouter à ce problème fondamental). Par exemple, le renvoi en 2013 du gouverneur de la Banque centrale qui avait dénoncé le manque à gagner pour l’État dans les revenus pétroliers et qui se trouvait être le successeur désigné de l’émir de Kano, l’un des deux pouvoirs traditionnels les plus forts au Nord, avec Sokoto, et qui est devenu émir une fois rentré chez lui, a été symptomatique. Plusieurs députés, sénateurs et gouverneurs ont changé de parti et rejoint l’opposition qui par ailleurs refaisait son unité.
Le principal faiseur de rois, l’ex-général et président Olusegun Obasanjo, apportait également il y a quelques mois, son soutien à l’ex-général et président Buhari, qu’il avait pourtant dans le temps renversé et incarcéré — après qu’il eut été son ministre du pétrole (1975-1978) y gagnant sa réputation d’incorruptibilité (le balai fut son emblème de campagne). Or Obasanjo, c’est le pays Yorouba au sud-ouest du pays. Yoroubas et Hausa-Fulani du nord comme l’émir de Kano et l’ex-général Buhari forment à eux deux 50 % de la population totale. Le Nord musulman avait toujours été acquis au candidat Buhari, le Delta chrétien à Jonathan Goodluck. La balance est assurée par le pays yorouba et ce qu’on appelle le Plateau, le centre du pays, tous deux hybrides à la fois chrétiens et musulmans. Ce sont eux qui ont donné la victoire à M. Buhari.
La démocratie africaine est trop souvent entachée de fraude et de corruption pour ne pas sombrer dans la violence dès l’annonce des résultats. Lorsque des alliances nouvelles se nouent qui prévoient un partage plus équitable du pouvoir, régional et économique, la paix civile tient. Le cas nigérian sera étudié de près sur tout le continent et devrait faire école.
Clefs
par Jean Etèvenaux
Les chrétiens premiers persécutés
Jean-Paul II l’avait déjà fait remarquer en l’an 2000 : ce sont les chrétiens qui subissent le plus de persécutions et le XXe siècle a connu des dizaines de millions de martyrs, c’est-à-dire de victimes assassinées pour leur foi — ce qui n’a rien à voir avec ceux qui se font sauter en plein milieu d’une foule pour massacrer le plus de gens possible en croyant ainsi gagner leur paradis. C’est ainsi que, en un an et demi, au moins 350 personnes ont été tuées au Kenya, pays chrétien à 80 %, dans les divers attentats des islamistes de Shebab : 67 dans le centre commercial Westgate de Nairobi en septembre 2013, une bonne centaine dans les raids qui ont ensanglanté les villages de la côte en juin-juillet 2014, 28 enseignants dans un bus fin novembre et 147 étudiants sur le campus de l’université de Garissa le 2 avril.
En 2014 plus généralement, selon le rapport annuel de l’organisation protestante Open Doors, 4 344 chrétiens de toutes confessions — catholiques, orthodoxes, anglicans et protestants — ont ainsi perdu la vie, soit plus du double de l’année précédente. On en dénombre 2 484 au Nigeria, 1 088 en Centrafrique, 271 en Syrie, 119 au Kenya et 87 en Irak. D’autres décomptes donnent le double de martyrs. Plus d’un millier de lieux de culte ont également été visés.
On notera que le pape François est intervenu à plusieurs reprises sur ce sujet à la fin de la Semaine sainte, appelant notamment « tous les responsables » à « redoubler leurs efforts afin de mettre un terme à une telle violence » et déplorant tout « silence complice ». Le cardinal français Jean-Louis Tauran, président du conseil pontifical pour le dialogue inter-religieux, ne cesse de plaider pour que ses interlocuteurs musulmans, telle l’université Al-Azhar du Caire, prennent position plus clairement et se distance sans ambiguïté des islamistes.
Mais, dans bien des cas, on voit les responsables politiques, surtout en France, émettre des déclarations où l’appartenance chrétienne des victimes est soigneusement omise. Ainsi, le 15 février, François Hollande n’a pas parlé des coptes massacrés en Libye mais simplement des « ressortissants égyptiens ». De même, le 2 avril, à propos des étudiants chrétiens assassinés au Kenya, il s’est contenté d’une formulation générale contre le terrorisme « qui s’attaque à la jeunesse, au savoir et à l’éducation ».
On remarquera que cela intervient moins de trois mois après l’immense émotion suscitée par l’assassinat des journalistes de Charlie Hebdo. Cette différence d’attitude pourrait indiquer que certains morts sont plus dignes d’intérêt que d’autres ou que le principe de laïcité s’avère à géométrie variable. C’est ce qu’a également montré le refus de la Ratp d’exposer dans le métro une affiche sur laquelle était indiquée l’organisation d’un concert en faveur des chrétiens d’Orient — attitude intransigeante d’ailleurs condamnée par le parti communiste.
Humeur
par Erwan Violin
Diafoirus et Harpagon
Les employeurs de mannequins trop maigres risqueront donc une amende de 75 000 euros. C’est l’Assemblée nationale qui vient de le décider. On peut critiquer la mesure et railler d’avance son efficacité supposée, mais l’idée part d’un bon sentiment. En voit-on assez de ces allumettes sur pattes qui encombrent les podiums de la haute couture !
Espérons seulement que cela découragera les ayatollahs de la maigreur et de la nourriture « light ». Après tout, quelques rondeurs n’ont jamais fait de mal y compris à la beauté et les modèles de Rubens prouvent que les goûts n’ont pas toujours été aux formes squelettiques. Pourtant, les chantres de la maigreur ont des alliés de poids (si l’on ose dire) : ce sont les marchands de régimes amincissants et les grands prêtres d’une prétendue « hygiène de vie » ennuyeuse et finalement totalitaire.
Diafoirus marche toujours main dans la main avec Harpagon.
Livres
par Catherine Pauchet
Roman
Manderley for ever
Sans passion, pas de roman. Depuis son adolescence, Tatiana de Rosnay (Elle s’appelait Sarah) dévore les livres de Daphné du Maurier. Ils ont nourri son imagination et fait d’elle une auteure. C’est donc avec enthousiasme qu’elle l’a placée au cœur de son dernier récit. Sa vie durant, Daphné du Maurier s’est efforcée de sortir du carcan de la bonne société anglaise pour conquérir sa liberté de femme et d’écrivain, surtout après le succès rapide de Rebecca. Rébellion et amours secrètes sur fond de brume et de manoirs en Cornouailles… Tatiana de Rosnay nous transporte dans un univers qui est tout à la fois celui d’une autre et le sien.
« Manderley for ever », Tatiana de Rosnay, Albin Michel/Héloïse d’Ormesson, 458 p. + deux cahiers de photos, 22 €.
Nouvelles
Brésil. Nouvelles 2000-2015
Le Brésil, un pays où tout bouge, à commencer par la littérature. Ce recueil de vingt-cinq nouvelles du XXIe siècle en est l’illustration, avec des auteurs tels Bernardo Carvalho et Chico Buarque bien connu des amateurs de bossa nova et de samba. Et justement de la musique il y en a dans ces récits rythmés et foisonnants qui nous emportent dans les ruelles de Sao Paulo ou dans les favelas à la rencontre d’une population bigarrée toujours en mouvement : on s’aime, on se quitte, on parle politique, on se bat, on drague, on boit… c’est la vie, et le renouveau, qui s’expriment à travers ces pages.
« Brésil. Nouvelles 2000-2015 », 25 auteurs brésiliens, Métailié, 304 p., 12 €.
Revues
Le siècle de Voltaire
Voltaire, Rousseau, Lavoisier, Linné, d’Alembert… philosophes ou scientifiques, ces penseurs ont contribué, par leur engagement en faveur de la liberté et du progrès, à modifier la société en profondeur. Mais « le siècle des Lumières » est aussi celui de l’ombre : c’est l’âge d’or de l’esclavage et des superstitions. Les Cahiers de Science & Vie consacrent un numéro aux deux versants du XVIIIe siècle. Parmi les thèmes abordés : l’Europe des idées neuves, un entretien avec Michel Delon sur la liberté d’expression, la passion des sciences, les esprits éclairés et les laissés-pour-compte, la thérapie magnétique, la traite des esclaves…
« Le siècle de Voltaire. L’ombre et les Lumières », Les Cahiers de Science & Vie, avril 2015, 5,95 €. En kiosque.
Photo de rue
Les photos prises dans la rue envahissent les réseaux sociaux. Simples, faciles, elles semblent à la portée de chaque possesseur de smartphone. Pour autant, la véritable photographie de rue, celle des professionnels, obéit à des règles strictes tant techniques qu’éthiques. Le Monde de la Photo lui consacre un dossier complet (éclairage, cadrage, boîtier, focale, approche…). Au sommaire aussi : la photo de paysage urbain, un cahier consacré à la retouche sur Photoshop, Kares Le Roy et Fabrice Milochau détaillent leurs prises de vues, la technique du contre-jour…
« Photo de rue et paysage urbain », Le Monde de la Photo, avril 2015, 6 €. En kiosque.
Cinéma
par Marie-Christine Renaud d’André
Lost river
Dans cette ville qui se meurt, les maisons sont abandonnées par des familles surendettées, et les rares habitants qui y demeurent sont accablés de problèmes (chômage, dettes, délinquance, etc.). Lost River est une ville fantôme, dans laquelle Billy vit avec ses deux enfants, Bones et Franky. Par l’intermédiaire de son banquier, Billy trouve un travail dans une sorte de cabaret local, ce qui devrait lui permettre de continuer à rembourser le prêt de sa maison. Bones, lui, récupère des tuyaux de cuivre dans les maisons abandonnées. Mais il est pris à parti par le caïd local, Bully.
Ce qui frappe, dans ce premier film du comédien Ryan Gosling, c’est cette atmosphère envoûtante d’une ville laissée à l’abandon, située dans la banlieue de Detroit. En s’inspirant des différents réalisateurs avec lesquels il a tourné (Derek Cianfrance, Nicolas Winding Refn, etc.) Ryan Gosling révèle un vrai talent de cinéaste, avec quelques scènes éblouissantes et une photographie superbe, due au talent de Benoît Debie.
L’interprétation est dominée par l’excellent Ian De Caestecker, véritable sosie du réalisateur, et Christine Hendricks, révélée par la série « Mad Men ». Mais l’histoire, très sombre, est, parfois, un peu trop confuse, et les références cinématographiques trop nombreuses pour le commun des spectateurs. Mais qu’importe ! Un cinéaste est né, et on attend son prochain film avec impatience.
Drame américain (2014) de Ryan Gosling, avec Christina Hendricks (Billy), Ian De Caestecker (Bones), Saoirse Ronan (Rat), Matt Smith (Bully), Ben Mendelsohn (Dave), Reda Kateb (le chauffeur de taxi), Barbara Steele (la grand-mère), Eva Mendes (Cat) (1h35). (Grands adolescents) Sortie le 8 avril 2015.
Dark Places
En 1985, Libby a 8 ans, quand sa mère et ses deux sœurs sont assassinées sous ses yeux. Elle accuse son frère Ben, 16 ans.
Cette histoire très prenante, mais affreuse, est portée par l’interprétation habitée de Charlize Theron, à des années-lumière de ses rôles glamour. Méconnaissable, mutique et sans aucune féminité, elle campe une femme qui n’a jamais réussi à surmonter la tragédie qu’elle a vécue et le fait qu’elle ait témoigné contre son frère. Malgré de trop nombreux retours en arrière on suit cette histoire tragique jusqu’à son surprenant dénouement final.
Ce dénouement, que l’on ne peut révéler, appelle, bien sûr, des réserves dans une œuvre terrible.
Drame franco-américain (2015) de Gilles Paquet-Brenner, avec Charlize Theron (Libby Day), Nicholas Hoult (Lyle Wirth), Chloë Grace Moretz (Diondra jeune), Christina Hendricks (Patty Day), Corey Stoll (Ben Day) (1h54). (Grands adolescents) Sortie le 8 avril 2015.
Journal d’une femme de chambre
Au début du XXe siècle, Célestine est femme de chambre.
Avec élégance, Benoît Jacquot porte à l’écran le célèbre roman d’Octave Mirbeau, en se concentrant surtout sur la famille Lanlaire. Léa Seydoux est une domestique lucide et critique très convaincante, mais, malgré la qualité de l’interprétation, on suit sans passion cette belle œuvre.
Comédie dramatique française (2014) de Benoît Jacquot, d’après Octave Mirbeau, avec Léa Seydoux (Célestine), Vincent Lindon (Joseph), Clotilde Mollet (Madame Lanlaire), Hervé Pierre (Monsieur Lanlaire), Patrick D’Assumçao (le capitaine), Dominique Reymond (la placeuse) (1h35). (Adultes) Sortie le 1er avril 2015.
Clochette et la créature légendaire
Rebelle, Noa est une fée qui aime les animaux, au point qu’elle est toujours en train de les aider, au mépris du danger.
On se demande pour quelle obscure raison les studios Disney ont intitulé ce film Clochette et la créature légendaire, car la célèbre fée n’est guère présente à l’écran, l’héroïne de cette histoire fantastique étant Noa. Construite sur une légende (et pas toujours compréhensible pour des petits), cette œuvre distrayante ravira les enfants, mais un peu moins leurs parents, tant la naïveté est au programme. Les dessins sont agréables, et l’histoire se suit sans ennuis. Mais on attendait davantage du célèbre studio.
Film d’animation américain en 3D (2014) de Steve Loter, avec Ginnifer Goodwin/Anna Ramade (Noa), Mae Whitman/Lorie Pester (Clochette), Rosario Dowson/Alizée (Nyx) (1h16). (Adolescents) Sortie le 8 avril 2015.
LE CHIFFRE DE LA SEMAINE
11%
C’est le pourcentage de personnes âgées de 16 à 64 ans ayant consommé du cannabis en France, durant l’année 2014, selon les statistiques de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) et de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes) dans le cadre de leur « Baromètre Santé ». Ces statistiques notent une nette progression chez les hommes de 18 à 55 ans et les femmes de 18 à 40 ans. Cependant, la plus forte progression par rapport à l’année 2010 concerne les 18-25 ans avec 34% chez les hommes et 23% chez les jeunes femmes. La hausse de la consommation concerne également l’ectsasy, tandis que la consommation de cocaïne demeure stationnaire.
La consommation d’héroïne, de LSD ou de champignons hallucinogènes n’atteint « que » 0,2% de la population.
D’un jour à l’autre
France
Politique
Le 2 avril, provoqué par Jean-Jacques Bourdin sur RMC, Jean-Marie Le Pen a confirmé qu’il pense que les chambres à gaz de la Seconde Guerre mondiale sont « un détail de l’histoire », propos pour lesquels il a déjà été condamné par la justice qui les a jugés négationnistes. Le parquet de Paris a ouvert une nouvelle enquête pour « contestation de crime contre l’humanité » tandis que la polémique enfle hors et à l’intérieur du Front national.
Religion
Le 1er avril, la RATP a censuré au nom de la « laïcité » une affiche du concert du groupe Les Prêtres dans le métro parisien, au motif qu’elle affichait la mention « en faveur des chrétiens d’Orient ». Le président du Sénat Gérard Larcher a décidé d’auditionner les responsables de cette censure. Finalement, la RATP a fait marche arrière en offrant la possibilité, avant une décision de justice, d’une nouvelle campagne de publicité où le logo de l’Œuvre d’Orient pourra apparaître.
Le président du Conseil Français du Culte Musulman (CFCM) Dalil Boubakeur a appelé à doubler le nombre de mosquées en France d’ici deux ans, lors d’un discours le 4 avril au Rassemblement annuel des musulmans de France, organisé par l’Union des Organisations Islamiques de France (UOIF) proche des Frères musulmans. Le financement de telles constructions reste très problématique.
Santé
Le vendredi 3 avril, l’Assemblée nationale a adopté un amendement ouvrant le don du sang aux personnes homosexuelles, en contradiction avec l’avis rendu récemment par le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) présidé par Jean-Claude Ameisen.
Dans le cadre de l’examen du projet de loi Santé et afin de lutter contre l’anorexie, l’Assemblée nationale a voté vendredi 3 avril l’interdiction du recours à des mannequins trop maigres. Elle avait déjà voté dans la nuit de mercredi 1er au jeudi 2 la création d’un délit d’incitation à la maigreur excessive, visant notamment les sites Internet « pro-ana (pro-anorexie).
Selon l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes), 10 % des Français ont fumé du canabis en 2014 (contre 8 % en 2010).
Faits divers
Le 31 mars, il a été prouvé que la mort en 2012 et 2014 de deux bébés est survenue à cause des vaccins RotaTeq et Rotarix contre la gastro-entérite. De 2006 à 2014, 491 000 nourrissons ont été vaccinés. Les recommandations de vaccination risquent d’être modifiées.
Médias
Le 3 avril, l’assemblée générale des grévistes de Radio France a voté à la quasi-unanimité une motion de défiance contre son directeur, Mathieu Gallet. La radio publique est en grève depuis le 19 mars.
Monde
Kenya
Le jeudi 2 avril, quatre islamistes shebab ont fait irruption à l’aube dans un campus universitaire à Garissa (150 km de la frontière somalienne), tuant 148 personnes. Les assaillants, qui ont bénéficié de complicités à l’intérieur du campus, ont tué les étudiants chrétiens (en leur souhaitant cyniquement de « bonnes vacances de Pâques ») et ont épargné les musulmans. Ils se seraient suicidés lors de l’assaut des forces de l’ordre qui n’a eu lieu qu’en fin de journée. Le cerveau de l’attaque serait un brillant juriste kényan, Mohamed Mohamud, déjà re-cherché pour d’autres massacres. Le premier corps identifié des assaillants est celui d’un étudiant en droit kényan. Un deuil national de trois jours a été proclamé.
Etats-Unis
Le mardi 31 mars, la législature de l’Arkansas, après celle de l’Indiana et de 19 autres États américains, a voté une loi de « restauration de la liberté de religion » (RFRA) : en faveur par exemple d’un traiteur ou d’un photographe qui refuserait de travailler pour le mariage de deux hommes en raison de ses convictions religieuses. Sous la pression des associations LGBT et de la direction des supermarchés Walmart, qui estimaient que cette loi offrait un cadre légal à l’homophobie, le gouverneur a obtenu que cette loi soit amendée dans un sens moins précis.
Iran
Le jeudi 2 avril, à Lausanne (Suisse), un accord-cadre entre les grandes puissances et la République islamique d’Iran a été conclu. Il élabore un régime d’inspection des sites nucléaires qui va constituer la ligne de vie de cet accord qui est censé se finaliser le 30 juin prochain.
Etats-Unis
Un Nord-Américain de 37 ans, Louis Jordan, porté disparu en mer depuis plus de deux mois, a été repéré le jeudi 2 avril par un pétrolier au large de Miami et sauvé. Frank Jordan a estimé que son fils était resté vivant grâce à sa « constitution robuste » et à ses prières continuelles.
Nigeria
Muhammadu Buhari, 72 ans, qui avait déjà dirigé le Nigeria de 1984 à 1985 en tant que président militaire, a remporté le 30 mars les élections présidentielles.
Yémen
Les miliciens houthis ont progressé dans Aden malgré les frappes de l’aviation et de la marine saoudienne. Les bombardements ont fait 520 morts et 1 700 blessés dans la population civile d’après le HCR. Al Quaïda en a profité pour renforcer ses positions, notamment dans l’ancien sultanat de l’Hadramout. Au siège de l’Onu, le Conseil de sécurité, présidé par la Jordanie tarde à statuer sur une demande de pause humanitaire demandée par la Russie et discute de sanctions proposées par la coalition sunnite contre les parties yéménites qui leur résistent.
Italie
Dans la seule journée du 4 avril, plus de 1 500 immigrés africains qui traversaient la Méditerranée depuis la Libye à bord de plusieurs barques, ont été secourus par différents navires européens.
Syrie
Selon l’OLP, 2 000 personnes, ont pu fuir, les 4 et 5 avril, le camps palestinien de Yarmouk (banlieue à 7 km du centre de Damas) conquis par l’État islamique et al-Nosra, et se réfugier dans le quartier limitrophe de Zahira, tenu par l’armée. Il resterait 16 00 personnes dans ce camp qui était jusque-là contrôlé par des miliciens proches du Hamas et assiégé par l’armée syrienne qui y largue des barils de dynamite.
Le poste-frontière Jaber-Nassib, qui restait la seule sortie des camions syriens vers la Jordanie, a été pris par le Front al-Nosra, le 1er avril. La zone franche, à cheval sur la frontière, a été pillée (on estime les pertes à plus de 100 millions de dollars). En revanche l’armée, aidée du Hezbollah, a renforcé le siège de Zabadani, ville rebelle à une cinquantaine de km au nord-ouest de Damas et frontalière du Liban.
Sport
Football
C’est un grand pas en avant vers le titre que vient d’effectuer le PSG en battant l’OM sur son propre terrain (2 à 3), lors de la 31ème Journée du championnat de Ligue 1. Les Parisiens sont cependant talonnés par Lyon, vainqueur de Guingamp (1 à 3).
Tennis
Novak Djokovic a remporté le Masters 1000 de Miami en battant Andy Murray avec un score de 7-6 (7/3), 4-6, 6-0. C’est la 5ème victoire du joueur serbe et Numéro 1 mondial dans cette épreuve.

