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Lundi 12 février 2018

Lundi 12 février 2018

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L’événement – 1

par Serge Plenier

Affaire Hulot : les dérives de la parole libérée

La polémique est un peu étrange. Le magazine « Ebdo », récemment créé met en cause le ministre de l’Environnement dans deux affaires, de viol ou de harcèlement sexuel. Seul détail gênant : la première des deux affaires a fait l’objet d’une plainte pour viol classée sans suite en 2008, tandis que la seconde concerne une ancienne collaboratrice qui nie farouchement les faits. En somme, les deux affaires en question n’en sont pas vraiment, surtout si l’on considère que la plainte classée sans suite l’a été en raison non seulement de la prescription mais encore de l’impossibilité d’établir les faits.
Tout dans cette affaire inspire le malaise : l’anonymat des femmes concernées, mais aussi l’imprécision des faits reprochés, sans parler des démentis des personnes concernées, et surtout de l’absence de preuves à l’encontre de Nicolas Hulot. La plainte de 2008 classée sans suite constitue le seul fait avéré de l’article. Cela suffisait-il à justifier la publication ? On peut en douter.

L’affaire Hulot illustre les dérives auquel nous expose l’actuelle campagne « #Balance ton porc » (ou #metoo) née dans la foulée de l’affaire Weinstein. A vrai dire, ces dérives étaient inévitables. La parole des victimes féminines a été libérée, mais avec elle une furie de délation qui bafoue allègrement des principes aussi essentiels que la présomption d’innocence. Il est significatif et inquiétant que Jacques Toubon, « Défenseur des droits », ait osé demander, en novembre dernier, le renversement de la charge de la preuve (autre principe fondamental) au détriment des auteurs supposés de harcèlement sexuel. Désormais, les accusés n’ont plus rien à faire : c’est l’accusation qui se charge de tout, comme dans les procès du fameux juge Roy Bean.

A ce point de vue, on ne peut que donner raison à Marlène Schiappa : l’article de l’Ebdo est irresponsable. Toute accusation peut maintenant devenir suspecte et la libération de la parole dont on se rengorge risque de se retrouver discréditée. Le retour de bâton n’est décidément pas loin.
Même si la preuve peut être difficile à obtenir, même si certains comportements inadmissibles peuvent difficilement être sanctionnés, c’est à la seule justice qu’il revient de punir. Le remède de la délation, médiatique ou autre, sera toujours pire que le mal.


L’événement – 2

par Jean-Gabriel Delacour

La Corse, problème local et national

Le « en même temps » macronien n’a pu jouer en Corse — à moins que l’intransigeance du chef de l’État et la froideur des élus nationalistes ne constituent le rideau de fumée derrière lequel, comme pour l’Algérie il y a un bon demi-siècle, se dérouleraient tractations et compromis. Officiellement, on en reste à l’incompatibilité entre un État toujours jacobin et des séparatistes plus ou moins camouflés justifiant leurs exigences par des spécificités anciennes et réaffirmées.

Certes, nul ne peut nier ni les caractéristiques propres de la Corse ni son histoire qui n’a pas toujours été liée au reste de la France, mais cela concerne tout autant l’Alsace, l’Aquitaine, la Bretagne ou la Savoie. Il suffit de lire l’ouvrage d’Antoine Franzini sur Un siècle de révolutions corses (Paris, Vendémiaire, 2017, 598 pages) pour voir que l’État créé par Pascal Paoli au XVIIIe siècle s’accommodait mal des ambitions autrichiennes, britanniques, espagnoles, françaises, génoises, russes et savoyardes, pour ne citer qu’elles. Cette île rebelle a néanmoins donné un empereur à la France, qui lui a accordé quelques faveurs, notamment au niveau de la fiscalité et de la fonction publique. Pourtant, aujourd’hui, elle ne compte qu’à peine 350 000 habitants, même si, comme ailleurs en Méditerranée, on estime à 5 millions les descendants des émigrés dans le monde.

Il existe sur place divers problèmes, liés à l’insularité, à l’immigration, à l’immobilier, au grand et petit banditisme et aussi à un bouillonnement culturel qui, un peu comme en Catalogne, a exalté depuis au moins une génération une approche ignorant la France. Du coup, ce ne sont pas les appels du président aux vertus de l’échange, du métissage et de la mondialisation qui ont pu lui gagner des soutiens. Tout cela est tombé à plat à côté des revendications, justifiées ou pas, de nationalistes ne cachant pas leur déception après n’avoir pas rechigné à la provocation, comme lors de leur refus de participer au « déjeuner républicain » autour du chef de l’État.
On ignore ce que pensent les Corses : la moitié n’a pas voté aux dernières élections et les nationalistes ne représentent donc qu’un quart de l’électorat. Soutenu par l’opinion nationale, Emmanuel Macron voudrait se limiter à une inscription de l’île dans la Constitution ; malgré des divergences d’interprétation, l’exécutif local entend en profiter de façon pragmatique.

Sans espérer l’enlisement du dossier, le président peut tabler sur un essoufflement de ses interlocuteurs. Mais ceux-ci, comme tous les Français attachés à leurs racines, se satisferont-ils du fameux « pacte girondin » qu’il aime prôner alors qu’il ne se montre guère concerné par les réalités des territoires ?

En revanche, la question ne se trouve pas posée au plan international. Loin apparaît le temps où l’Onu se penchait sur des contrées à « décoloniser » et où l’Union européenne prônait une « Europe des régions » au détriment des États. Outre le Brexit, la décomposition de l’Urss et de la Yougoslavie communistes a rafraîchi ces velléités ; même la Chine, membre permanent du Conseil de sécurité, les repousse, craignant pour certaines de ses provinces périphériques. Alors, la Corse…


Politiques

par Alice Tulle

Les faits d’hiver

Le paradoxe des chaînes qui diffusent de l’information jour et nuit, c’est que leur souci premier n’est pas d’informer : elles doivent retenir le téléspectateur suffisamment longtemps pour qu’il voie et entende quelques messages publicitaires. Il faut donc le toucher dans ses préoccupations quotidiennes, et l’émouvoir. « Émotion » est un mot sans cesse prononcé, au sujet d’un attentat, de la victoire d’un candidat aux élections législatives, de l’enterrement d’une vedette. Et quand on a épuisé les sujets émouvants, on en revient à la vie quotidienne.

C’est ainsi que les journaux télévisés nous parlent de plus en plus de la pluie et du beau temps… ou des intempéries. Récemment, des journaux qui durent 25 minutes se sont régulièrement ouverts sur les inondations en région parisienne, puis sur les chutes de neige et cinq ou dix minutes ont été consacrées à ces événements : scènes de maisons inondées, de personnes sur des barques, de la Seine au pont de l’Alma, déclarations de météorologues suivies d’un « point météo » par le chroniqueur habituel.

Dans ce spectacle, pas plus d’une minute d’information effective. Pour les chutes de neige, la trame dramatique du récit est la même avec les sempiternelles images de voitures qui dérapent et de piétons qui avancent péniblement : la télévision n’informe pas ou très peu car elle veut avant tout participer à l’événement climatique, aux côtés des victimes avec des reporters frigorifiés, les pieds dans la neige ou dans l’eau. Le média fait sa publicité pour vendre ses minutes de publicité sur des sujets consensuels : tout le monde déplore le grand froid et la canicule.

Hors périodes de grosses intempéries, la télévision donne une place croissante aux bulletins météos : avant et après chaque journal en continu, mais aussi sous forme d’une courte annonce faite en cours de journal. L’hiver, s’y ajoute la météo des neiges (et l’été la météo des plages) mais aussi de nombreux reportages sur les stations de sports d’hiver (il y a beaucoup de neige à Courchevel, ou pas assez) qui ressemblent beaucoup à des séquences publicitaires. Les embouteillages autour des stations pendant les périodes de vacances sont eux aussi largement médiatisés.

Ces constats ne sont pas insignifiants. Les chaînes d’information en continu et les « grandes chaînes » qui les imitent diffusent une vision très parisienne des intempéries. Les inondations de cet hiver et les chutes de neige du 7 février n’ont affecté qu’une partie du territoire national et les habitants de Marseille ou de Bordeaux ne sont guère concernés par le blocage de la nationale 108 et par l’arrêt des autobus parisiens. Cette vision rétrécie de la météorologie nationale s’accompagne d’une attention excessive aux sports d’hiver : les deux tiers des Français ne se rendent jamais dans les stations pour goûter aux joies du ski.

Le sociologue Pierre Bourdieu disait qu’on regarde la télévision non pour s’informer, mais pour s’informer sur ce qui intéresse les journalistes. C’est sans doute plus compliqué. Ce qui intéresse les médias télévisés, ce sont les sujets qu’ils croient populaires selon l’idée qu’ils se font du téléspectateur et qu’ils lui renvoient en lui parlant de la météo et des faits divers. Il n’y a qu’à observer les médias sociaux pour constater qu’ils ne se trompent guère (par exemple le dessin de Chaunu ci-dessus a eu un succès considérable sur Twitter). Mais c’est sans doute aussi ce qui explique le discrédit croissant de l’information télévisée.


Monde

par Yves La Marck

Allemagne qui doute

L’accord de grande coalition signé le 7 février entre les chrétiens-démocrates et les sociaux-démocrates ne convainc pas grand monde. S’il est approuvé, ce sera le dernier mandat d’Angela Merkel.

Cinq mois -, ils en auront peut-être un pour Pâques. Sinon ce sera à la Trinité. En effet les options en cas de rejet ne sont pas nombreuses : un gouvernement minoritaire qui ne saurait durer ou de nouvelles élections qui risquent de ne pas dégager de nouvelle majorité. après les élections du 24 septembre 2017, les Allemands n’ont toujours pas de gouvernement. Si une majorité des 460 000 adhérents du SPD entérinent l’accord – les résultats de la consultation seront connus le 4 mars

Cela signerait la fin de l’ère Merkel. De toute façon, l’ère post-Merkel est déjà ouverte. Certes elle rempilerait pour un quatrième mandat dont chacun sait – elle la première – qu’il serait le dernier. Elle l’a voulu ainsi. Elle qui fut le tombeur de Helmut Kohl sait trop bien ce qui va se tramer contre elle. Ou bien des continuateurs s’imposeront et son héritage sera préservé, ou bien ses détracteurs à l’intérieur de son propre parti l’emporteront pour mener une autre politique.

Mais que veulent les Allemands ? Les deux grands partis ne se sont mis d’accord que sur des poncifs : plus d’Europe mais sans payer les dettes des autres, la distribution des résultats de la croissance – avec 45 milliards d’euros d’excédents budgétaires à répartir c’est un peu moins difficile que de combler des déficits -, une limitation du nombre des demandeurs d’asile autour de 200 000, ce qui est bien sûr en deçà des 800 000 de la crise syrienne mais n’est déjà pas mal comparé aux pays voisins. La ligne est donc la même. Sans surprise. On continue presque comme par le passé.

Il n’est donc pas étonnant que, sorti de la lecture des 177 pages du document d’accord, le débat se soit polarisé sur les personnes, les ambitions politiques des uns et des autres. On peut le regretter comme le font les Jeunes socialistes (Jusos) qui font une campagne active contre l’accord, mais c’est la loi du genre. Surtout lorsqu’on a l’impression que la classe politique est atteinte par la question générationnelle.

Il va falloir commencer à se penser sans la chancelière Merkel. Celle-ci, depuis douze ans, rassurait les Allemands. Elle les berçait, elle les endormait peut-être. La majorité des Allemands trouvaient confortable cette idée qu’on prenait soin d’eux, qu’il ne pouvait rien leur arriver, que la maman (« Muti ») était là pour veiller sur eux. Or c’est manifestement fini. Même si elle est reconduite, et même si elle reste en place jusqu’à 2021 – y compris à la tête de la CDU, ainsi qu’elle en a exprimé la ferme volonté à la télévision – le 11 février, le doute s’est insinué sur ses capacités à gouverner.
Une première tentative d’alliance avec les Verts et les jaunes (les Libéraux) qui capote en novembre. Un retour à la Grande Coalition qui n’est approuvé le 21 janvier que par 56 % d’un congrès extraordinaire du SPD, mais surtout fait grincer les dents de beaucoup de monde dans les rangs conservateurs. C’est encore le cas aujourd’hui avec la proposition d’accord et spécialement la répartition des postes ministériels qui favorise le partenaire minoritaire (Finances, Affaires étrangères, Travail et Justice).

En réalité, Angela Merkel est fragilisée parce qu’elle est seule. Elle s’est coupée des caciques de son parti en qui elle voyait autant de rivaux. Elle doit aujourd’hui composer plus que jamais avec son allié bavarois. Le dirigeant de la branche conservatrice – la CSU – sans avoir la carrure de son anté-prédécesseur Franz-Josef Strauss – occupera un poste de ministre de l’Intérieur élargi (au « Heimat », forme allemande de la « cohésion nationale »). La chancelière n’a pas trouvé non plus dans les autres partis de partenaires à sa taille. Le dernier en date sur lequel elle pensait pouvoir s’appuyer, le socialiste européen Martin Schultz, a explosé en plein vol. Son échec aux élections aurait dû servir le parti de Merkel. Sa totale déconfiture dans la gestion post-électorale laisse la chancelière sans « vis-à-vis ». Président du Parlement européen, Schultz a complètement raté son atterrissage en politique allemande, ce qui en dit beaucoup et sur l’Europe et sur l’Allemagne. Il ne sera même pas ministre, encore moins ministre des Affaires étrangères, ce qu’il ambitionnait. L’Allemagne n’est pas l’Europe.

Quel que soit le cas de figure, Berlin ne regagnera donc pas son autorité d’avant au sein de cette Europe. Après la Grande-Bretagne paralysée par la négociation sur le Brexit, l’Espagne tétanisée par l’indépendantisme catalan, l’Italie en arrêt-image avant des élections impossibles au 4 mars, la France présidentielle est bien seule pour entraîner un tel chariot.


Environnement

par Fabrice de Chanceuil

Qui trop embrasse mal étreint

Le débat en cours sur l’organisation institutionnelle de la Corse ne devrait avoir qu’un seul objectif : la bonne administration de l’île et de ses habitants. Or, la question est malheureusement détournée de son objet en raison de la politique, art dans lequel excellent d’ailleurs les Corses, pour le meilleur parfois, pour le pire souvent, faisant dire aux plus lucides d’entre eux : « Il y a trois calamités en Corse : les incendies, les chèvres et… la politique ! ». Ces trois items, les deux premiers sans contestation possible et le troisième, dans une certaine mesure aussi, concernent l’environnement.

Les incendies sont ceux de forêt qui, chaque année, détruisent plusieurs milliers d’hectares d’espaces boisés, soit pour des raisons accidentelles, soit à la suite d’actes de malveillance, que la chaleur et le vent fréquents dans l’île ne permettent pas de circonscrire rapidement. Les chèvres, le plus souvent sauvages, sont habiles pour se délecter des cultures mais aussi pour déambuler sur les routes escarpées, étant ainsi à l’origine de nombreux accidents de la circulation.

Quant à la politique, il n’est que de rappeler les multiples partis qui s’affrontent dans des joutes souvent jubilatoires, les élections où l’on sait que les morts votent parfois avec autant d’ardeur que les vivants et bien sûr les attentats, toujours ciblés et le plus souvent visant des biens matériels, pour s’en convaincre.

Mais à côté de la politique en général, il convient de mentionner la politique relative à l’environnement en particulier qui nous ramène au sujet initial de l’organisation territoriale de la Corse. L’environnement est un sujet consensuel en Corse car la protection de la nature et des paysages, depuis plus longtemps que sur le continent, fait l’objet d’une quasi-unanimité sur l’île. Il suffit de se poster au tournant de l’Extrême-Sud, avec une vue imprenable sur le Lion de Roccapina et la côte vierge à perte de vue de toute construction à l’exception de quelques tours génoises, pour imaginer ce que pouvait être la Côte d’Azur avant le XVIII ème siècle. De fait, pour tous ceux qui ont ou ont eu à connaître de la gestion de l’environnement, il n’y a pas de plus beau terrain d’application que la Corse. Bien sûr, à y regarder de plus près, on pourra bien apercevoir des décharges sauvages, beaucoup plus nombreuses que sur le continent, parce que la gestion des déchets est toujours plus compliquée sur une île et que les Corses, comme tout un chacun et plus encore, ne sont pas exempts d’un esprit de contradiction.

Si, globalement, l’environnement de la Corse est plutôt mieux protégé qu’ailleurs, ce n’est pas, contrairement à ce qu’avancent certains, le fait des attentats qui détruiraient les verrues dans le paysage et dissuaderaient ceux qui auraient pu avoir envie d’en implanter d’autres. En effet, les menaces sur l’environnement ne sont pas dues aux gros projets immobiliers dont les promoteurs ont quitté la Corse depuis belle lurette mais bien davantage au lent mitage de l’espace rural autorisé par les élus locaux. En fait, ce bon résultat est à mettre au crédit de l’action des pouvoirs publics dans leur ensemble.

Pour autant, on ne peut que s’étonner du nombre incroyablement élevé de services travaillant sur le sujet pour un territoire de 8 680 km² peuplé de 330 000 habitants même si l’institution de la Collectivité territoriale unique avec la suppression des deux départements au 1er janvier 2018 a quelque peu réduit la voilure. L’État à travers ses services en charge de l’environnement, de l’aménagement et de l’urbanisme mais aussi ses établissements publics comme la Conservatoire de l’espace littoral et des rivages lacustres et l’Agence française de la biodiversité, en charge notamment du nouveau Parc naturel marin du Cap corse et de l’Agriate, plus grand parc marin de métropole, la Collectivité territoriale avec ses bras séculiers que constituent l’Office de l’environnement de la Corse et l’Office de l’équipement hydraulique de la Corse, et aussi un très grand nombre d’opérateurs financés sur fonds publics à commencer par le Parc naturel régional de Corse qui, à lui seul, couvre plus d’un tiers du territoire insulaire, ainsi que plusieurs réserves naturelles dont celle des Bouches de Bonifacio, la plus grande de France, le Conservatoire d’espaces naturels de Corse en attendant l’hypothétique parc du Golfe de Porto dont la création sous forme de parc national avait échoué en 2001 : cela fait effectivement beaucoup.

Certes, tous ces services travaillent plutôt en bonne intelligence et constituent autant d’employeurs locaux sur une île qui en manquent, mais à l’heure des contractions budgétaires et de la lutte contre les déficits publics, il n’est sans doute pas raisonnable d’avoir autant d’acteurs sur le terrain. L’intérêt même que suscite l’environnement en Corse devrait en faire un sujet de prédilection et d’expérimentation pour imaginer un nouveau mode de gouvernance obligeant notamment à repenser la relation entre l’État et la Collectivité territoriale dans une juste répartition des compétences afin d’éviter tout doublon générateur de sur-administration et de complexité source d’incompréhension de la part des administrés.

En administration de l’environnement comme en tout autre sujet et en Corse comme ailleurs, qui trop embrasse mal étreint.


Religion

par  Gérard Leclerc

Miracle à Lourdes

Mgr Jacques Benoît-Gonin, évêque de Beauvais, vient de reconnaître le caractère « prodigieux-miraculeux » de la guérison de sœur Bernadette Moriau, une religieuse de son diocèse. Celle-ci souffrait d’une grave maladie qui l’empêchait pratiquement de marcher. Le miracle est intervenu le 11 juillet 2008 par l’intercession de Notre-Dame de Lourdes et de sainte Bernadette. Il a donc été reconnu officiellement par l’Église hier 11 février, en la fête de Notre-Dame de Lourdes. L’information a été reprise par la presse, toujours un peu intriguée par cette notion de miracle qui provoqua tant de controverses entre rationalistes et chrétiens.

Si l’on se réfère, encore aujourd’hui, au dictionnaire, on perçoit un écho d’une discussion qui a toute chance de se prolonger indéfiniment : « Les historiens, lit-on par exemple sur Wikipédia, qui se situent du côté de la science, réfutent le concept de surnaturel pour expliquer quelque événement que ce soit. Leur approche est celle que définit Ernest Renan : “C’est au nom d’une constante expérience que nous bannissons le miracle de l’histoire.” » Sans vouloir entrer dans une analyse ciblée de ce genre de proposition, on ne peut s’empêcher de penser qu’en vertu d’un tel principe, les Évangiles sont rigoureusement illisibles. C’est d’ailleurs pour quoi certains intellectuels les récusent. L’un d’entre eux expliquait naguère qu’il s’intéressait aux épitres des Paul parce que, contrairement aux récits des évangélistes, il n’y était pas question de miracle. On peut y voir une sorte d’orgueil intellectuel, méprisant pour un genre littéraire populaire privilégiant le merveilleux.

Désolé, mais le Christ a passé les années de sa prédication à opérer des miracles. Les foules le suivaient à cause de cela et reconnaissaient en lui la puissance de Dieu. Celui qui a pitié de nos larmes a aussi compassion pour nos souffrances et exprime la tendresse de Dieu pour l’humanité blessée dans sa chair. La grâce de l’Évangile se manifeste singulièrement à Lourdes, qui est devenue en quelque sorte la capitale mondiale des malades. J’ai connu dans mon enfance une miraculée de Lourdes, dont la guérison n’a d’ailleurs pas été reconnue par l’Église comme un miracle. Sœur Bernadette est la soixante-dixième miraculée qui a reçu une telle reconnaissance, mais ainsi elle représente un peu tout ceux et toutes celles qui ont été touchés par la mystérieuse sollicitude de Dieu, dans le secret de leur cœur.


Libres propos

par  Christian Frémaux, avocat honoraire et élu local

L’assassinat du préfet Erignac – C’était il y a vingt ans et plus

Ce 6 février 2018 le président de la République Emmanuel Macron a commémoré sur place à Ajaccio le souvenir de l’assassinat du préfet Claude Érignac par un commando comprenant Yvan Colonna. Il s’agissait de rendre hommage à un homme sacrifié sur l’autel de la politique par la violence, et montrer que l’État se continue, qu’il ne cède ni aux menaces ni aux attaques – internes comme externes – et que l’autorité républicaine ne se délite pas en fonction de la conjoncture électorale qui a vu arriver au pouvoir les autonomistes.

Le préfet Claude Érignac a été tué le 6 février 1998 alors que sans arme, sans protection policière, à pied il rejoignait son épouse au théâtre. Il fut exécuté par trois balles tirées dans le dos.

J’ai participé comme avocat partie civile à tous les procès contre les membres du commando et Yvan Colonna qui ont duré de 2003 à 2011 devant la cour d’assises antiterroriste de Paris. Ce furent des procès difficiles sous le feu des projecteurs, des médias qui guettaient informations, rebondissements, polémiques, commentant témoignages et déclarations des uns et des autres ; avec un large public dont les familles des personnes poursuivies, acquis à leur argumentation et certains de l’innocence d’Yvan Colonna…

Avant de tuer le préfet quelques mois plus tôt le commando avait attaqué de nuit la gendarmerie de Pietrosella. Tandis qu’une partie du commando faisait sauter par explosif les bâtiments, conformément à l’usage ! l’autre partie des membres avait pris en otage deux gendarmes, leur avait mis une cagoule ou plus exactement un sac pour qu’ils ne voient rien ce qui ajoute à la peur sur le visage, les avait baladés dans le maquis en leur annonçant qu’ils allaient être exécutés. Finalement ils relâchèrent les gendarmes qui n’oublièrent pas le traumatisme qu’ils avaient subis. Mais en s’enfuyant le commando vola les deux armes de service des gendarmes qui furent déposées comme signature, pour rappeler le premier défi à l’État, au pied du cadavre du préfet le 6 février 1998.

Je ne reviens pas sur le fond des débats qui appartiennent à l’histoire judiciaire sauf pour dire que la défense des membres du commando – Yvan Colonna plaida qu’il était innocent de tout – se résuma notamment à soutenir qu’il n’avait pas voulu tuer l’homme, mais qu’il avait éliminé le représentant de l’État qu’il détestait et qui était responsable depuis des années des difficultés du peuple Corse.

J’étais partie civile pour un gendarme. Me Caty Richard pénaliste de grande qualité assistait l’autre gendarme. L’État était représenté par le talentueux et incisif Me Benoît Chabert. La famille Érignac, sa veuve Dominique et ses enfants qui ne manquèrent aucune audience, en étant dignes et sans haine malgré ce qu’ils entendaient, était défendue par le célèbre Me Philippe Lemaire. Robert, frère de M. Claude Érignac était défendu par Me Vincent Courcelle-Labrousse pénaliste confirmé.

La défense du commando comprenait des avocats de talent et était notamment assurée par Me Vincent Stagnara bâtonnier du barreau de Bastia. Ce confrère fera une chute du troisième étage de son immeuble et disparaîtra en 2010. Le procès du commando se termina le 11 juillet 2003. Les deux principaux protagonistes furent condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité (ils sont toujours détenus) ; des complices à 30 ans (qui furent ensuite acquittés) et les autres membres à diverses peines de prison.
Le 4 juillet 2003 donc quelques jours avant la fin du procès du commando, Yvan Colonna que toutes les polices de France et de Navarre recherchaient, fut capturé dans le maquis, pas loin de son port d’attache à savoir Cargèse.

On s’interrogea pour savoir s’il fallait suspendre le procès du commando. Après discussions animées il n’en fut rien. Yvan Colonna principale « vedette », « bénéficia » d’un procès rien que pour lui, plus tard.

Le procès d’Yvan Colonna débuta en fin  2007. Il fut condamné, il fit appel en 2009 : à l’audience il se fâcha, quitta le box, et ses avocats le suivirent. Il fut encore condamné. Il y eut un pourvoi en cassation et le dernier procès eut lieu en juin 2011. Il fut une nouvelle fois condamné le 20 juin 2011 à la réclusion criminelle à perpétuité, sans peine de sûreté. Son pourvoi en cassation fut rejeté, de même que son recours devant la Cour européenne des droits de l’homme. Il purge sa peine sur le continent, et non en Corse ce qui est selon lui et ses avocats une double peine.

Me Philippe Lemaire défenseur acharné de la mémoire et de l’action du préfet Érignac, décéda quelques jours après l’ouverture du dernier procès contre Yvan Colonna. Il fut substitué par Me Yves Baudelot pénaliste de grande notoriété.

Me Stagnara avait été remplacé par le rugueux Me Antoine Sollacaro bâtonnier d’Ajaccio. Il sera abattu en 2012 sur son île par des tueurs qui lui logèrent des balles dans la tête alors qu’il faisait le plein d’essence de son véhicule.
Yvan Colonna fut défendu, outre M eSollacaro, par des avocats pénalistes de grand talent dont MeDupont-Moretti, M e Maisonneuve ; Me Garbarini ; Me Dehapiot. Et surtout par MeGilles Siméoni ayant une connaissance stupéfiante des volumineux dossiers, accrocheur et pugnace. L’histoire est passée. M e février disant notamment que l’exécution d’un préfet était inacceptable et ne se plaidait pas. Il va devoir gérer ses contradictions. Siméoni est désormais un homme politique, maire de Bastia et président de l’exécutif Corse, c’est-à-dire selon les autonomistes de « l’État Corse ». Il doit donc composer avec le représentant de l’État sur place puisqu’il a un devoir de responsabilité. Il n’a pas dû apprécier le discours du président de la République le 6 février.

Me Jean-Guy Talamoni, avocat, devenu aussi homme politique, élu régional et actuel président de l’assemblée Corse, était un témoin récurrent pour tous les procès. Il a refusé, je crois, d’écouter le président de la République.
L’accusation fut soutenue par des avocats généraux de grande qualité et les présidents successifs, malgré la tension, l’opinion publique corse, des attaques diverses, surent mener à bien et à terme les procès. Il y eut de multiples coups de théâtre et surprises. Ainsi lors du dernier procès d’Yvan Colonna le directeur de la police nationale en personne qui venait témoigner fit état d’une lettre qui avait été saisie, lettre envoyée depuis la prison, selon des modalités non éclaircies par Yvan Colonna, demandant à un membre du commando de l’innocenter. Cette lettre fut beaucoup discutée, tant sur sa véracité que son origine. Les avocats d’Yvan Colonna se posèrent même la question de savoir si ce n’était pas un faux émanant d’une officine. Il y eut du tumulte. Le Président Hervé Stéphan remarquable, réussit à rétablir une certaine sérénité des débats, et le procès prit fin avec la condamnation d’Yvan Colonna.

Ce sont ces souvenirs qui me sont remontés à la mémoire le 6 février dernier.
Aucune cause surtout politique dans notre démocratie ne justifie l’assassinat d’un homme, fût-il le représentant d’un État exécré. Le commando a ajouté du malheur au malheur. Les membres se sont trompés. Ils ont voulu à quelques-uns – quel culte du moi ! – modifier le destin de la Corse et faire céder la République. Ils ne pouvaient réussir. Ils le paient de leur liberté ce qui n’est que justice, car l’État, c’est-à-dire tous les Français ont été touchés par la mort de l’homme aussi préfet, et la famille Érignac souffrira à vie.

C’est à Mme Érignac toujours droite et mesurée que revient le dernier mot : « Oublier un crime est un crime… j’espère que la République ne faillira pas. » 


Clefs

par Jean Étèvenaux

L’histoire de France dans les livres :
jusqu’en 1914

Si connaître l’histoire de son pays ne permet certainement pas de prédire l’avenir, car les cycles demeurent incertains même en économie, l’on en retire au moins deux avantages. D’abord comprendre d’où l’on vient et de quoi l’on est formé, ensuite découvrir des aventures individuelles et des sagas collectives que bien des scénaristes n’auraient même pas songé à inventer. Voici donc une sélection de titres explorant le passé de la France jusqu’en 1914 — à l’exception des deux périodes napoléoniennes.

Il n’est pas anodin de répertorier les emplacements, car les hommes et les événements se sont incarnés en des endroits précis et les contraintes géographiques contribuent souvent à expliquer le déroulé des faits. Grâce à Olivier Wieviorka et Michel Winock (Michel) qui en ont assuré la direction, on découvre ainsi Les lieux de l’histoire de France (Paris, Perrin, 2017, 496 pages). Si on veut mesurer le rôle de certaines personnes, on prendra deux ouvrages de Françoise Surcouf, Rois, reines, galants et favorites. Amour, intrigues et pouvoir à la cour de France (Rennes, Ouest-France, 2016, 142 pages) et Histoire secrète des reines et princesses de France (Rennes, Ouest-France, 2017, 144 pages), qu’on pourra compléter par celui de Philippe Valode, Les grandes scandaleuses (Paris, First, 2015, 350 pages). Du même auteur, on retiendra volontiers l’Histoire des grands inventeurs français (Paris, Nouveau Monde, 2015, 336 pages).

Abordons des personnages et des moments plus particuliers. Ainsi, Gerd Krumeich étudie Jeanne d’Arc à travers l’Histoire (Paris, Belin, 2017 [première édition : Albin Michel, 1993], 414 pages). Antoine Franzini propose, de façon particulièrement bienvenue, Un siècle de révolutions corses (Paris, Vendémiaire, 2017, 598 pages) tandis que Stéphane Genêt révèle Les espions des Lumières. Actions secrètes et espionnage militaire sous Louis XV (Paris, Nouveau Monde éditions / Ministère de la Défense, 2013, 512 pages). Grâce à Dominique Sabourdin-Perrin revit la figure lumineuse autant que discrète de Madame Élisabeth de France (1764-1794). L’offrande d’une vie (Paris, Salvator, 2017, 96 pages). Et l’on doit à Henri Servien une Petite histoire des guerres de Vendée (Chiré-en-Montreuil, Éditions de Chiré, 2017, 208 pages).
Pour comprendre l’évolution de notre pays on recommandera la synthèse réalisée sous la direction d’Olivier Wieviorka avec Julie Le Gac, Anne-Laure Ollivier et Raphaël Spina, La France en chiffres de 1870 à nos jours (Paris, Perrin, 2015, 670 pages). Gilles Richard, lui, décortique l’Histoire des droites en France de 1815 à nos jours (Paris, Perrin, 2017, 640 pages). Plusieurs ouvrages sont d’ailleurs consacrés à la période fondatrice du régime parlementaire en France : Jean-Claude Caron et Jean-Philippe Luis ont dirigé celui intitulé Rien appris, rien oublié ? Les Restaurations dans l’Europe post-napoléonienne (1814-1830) (Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2015, 474 pages), tandis qu’Emmanuel de Waresquiel en restitue une partie avec C’est la Révolution qui continue ! La Restauration 1814-1830 (Paris, Tallandier, 2015, 430 pages), tout comme Benoît Yvert dans La Restauration. Les idées et les hommes (Paris, Cnrs Éditions, 2013, 264 pages) ; Jean-Paul Clément, avec le concours de Daniel de Montplaisir, s’est attaché à Charles X. Le dernier Bourbon (Paris, Perrin, 2015, 574 pages).

En ce qui concerne la projection de la métropole sur des terres plus ou moins lointaines, plusieurs directions peuvent être proposées. C’est d’abord la grande figure de la conquête de l’Algérie, scrutée par Ahmed Bouyerdene dans La guerre et la paix. Abd el-Kader et la France (Paris, Vendémiaire, 2017, 646 pages) et par Thérèse Charles-Vallin dans Abd El-Kader Aumale. Identités meurtries (Paris, La Bisquine, 2017, 240 pages). Ensuite revivent, sous la plume de Farid Ameur, Les Français dans la guerre de Sécession 1861-1865 (Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2016, 356 pages). À l’autre bout de la planète, relatant ce qu’il a accompli et vu, Ludovic Garnier des Garets avait envoyé ses Lettres de Chine 1859-1861. Lettres du sous-lieutenant de Garnier des Garets à sa famille. Campagne de Chine et de Cochinchine (photographies de Felice Beato reporter de guerre, texte établi et présenté par Geneviève Deschamps, Odile Bach et Thierry des Garets, introduction de Jean-Philippe Rey, préface de Bernard Brizay, Gleizé, Éditions du Poutan, 2013, 320 pages). Le propos est élargi par Jean de La Guérivière qui se place dans l’autre perspective avec Les Français en Chine. Portraits et récits choisis des Long-Nez dans l’Empire céleste (Paris, Éditions Bibliomane, 2015, 288 pages). La problématique se trouve élargie grâce à Éric Jennings dans Illusions d’empires. La propagande coloniale et anticoloniale à l’affiche (Paris, Les Échappés, 2016, 144 pages). Enfin, sous la direction de Benoît Van Reeth et Isabelle Dion, on a une idée des sources exploitables en France avec leurs Histoires d’outre-mer. Les archives nationales d’outre-mer ont 50 ans (Aix-en-Provence / Paris, Archives nationales d’outre-mer / Somogy, 2017, 360 pages).


Humeur

par Erwan Violin

Le cauchemar mathématique

Les maths ne seront plus le cauchemar des élèves. C’est promis. Avec la méthode du bon professeur Villani, les élèves, collégiens et lycéens apprendront plus facilement grâce à des méthodes ludiques et attractives.
Pourquoi pas ? Il est temps que ceux qui arrivent au collège sachent faire les quatre opérations élémentaires. Le problème risque de venir plus tard avec les équations des premier et second degrés (voire différentielles), les dérivées et autres exponentielles népériennes, sans oublier les nombres complexes ou la trigonométrie. Là, plus question de manipuler des cubes.

Exercice pratique (et ludique) : à l’aide de dix cubes emboîtables, visualisez la dérivée de la fonction exponentielle népérienne de x. Vous avez dix minutes.


Livres

par Catherine Pauchet

Roman

Quatre vies

Qui ne s’est pas interrogé : si j’avais fait d’autres études, un autre choix, si… si… quelle vie aurais-je eu ? Meilleure ? Pire ? Cette question, Paul Auster y répond dans ce roman d’apprentissage. Né en 1947 à Newark, New Jersey (comme l’auteur), son héros, Archibald Isaac Ferguson, y mène quatre vies parallèles, de la naissance à l’âge adulte, avec un même désir : devenir écrivain. Chaque existence est l’occasion de varier les liens familiaux, de faire des rencontres inattendues, de poser un regard différent sur l’Amérique des années cinquante et soixante : conflits raciaux, guerre du Vietnam… Ces quatre chemins concurrents mèneront le jeune Ferguson vers son destin. Un livre foisonnant, avec de nombreux personnages secondaires bien campés, qui témoigne d’une grande maîtrise de la narration.

« 4 3 2 1 », Paul Auster, Actes Sud, 1024 p., 28 €.

Roman historique

Dansez maintenant

Juillet 1518. Strasbourg est accablée : on y crève de faim et de maladies ; la canicule écrase les survivants. Comme si cela ne suffisait pas, les Turcs sont annoncés aux portes de la ville. Rue du Jeu-des-Enfants, Enneline, qui vient de jeter au fleuve son nouveau-né qu’elle ne peut nourrir, se met à danser. Bientôt des centaines de misérables la rejoignent, des bourgeois aussi. Tous dansent nuit et jour, parfois jusqu’à la mort. La ville devient folle. Médecins imbus d’eux-mêmes et prélats qui spéculent sur les denrées alimentaires se disputent sur l’origine de cette curieuse épidémie : fièvre inconnue ou punition divine. Avec son langage fleuri et imagé, Jean Teulé raconte ce fait divers incroyable mais vrai.

« Entrez dans la danse », Jean Teulé, Julliard, 320 p., 22 €.

Nature

Secrets de plante

Les plantes ne se contentent pas de pousser pour nous éblouir de leur beauté. Comme les humains, elles vivent et réagissent aux stimuli de l’environnement. Le biologiste Daniel Chamovitz les observe scientifiquement (et amoureusement) depuis des années. Vue, odorat, goût, toucher, ouïe, orientation, mémoire, leurs mécanismes sensoriels et leur faculté d’adaptation sont complexes et attestent d’une « conscience » de leur milieu.

« La plante et ses sens », Daniel Chamovitz, Buchet-Chastel, coll. verte, 218 p., 18 €.

Revue

La mort du roi

C’est à une visite guidée du « cimetière aux rois », la nécropole royale de Saint-Denis, que Les Cahiers de Science & Vie nous convient. Maladies, embaumement, profanation, symbolique… les scientifiques et les historiens analysent les dépouilles des rois de France et le cérémonial mortuaire, autant de thèmes d’études délaissés depuis la Révolution. Parmi les autres sujets traités : le carnaval de Venise, l’imagier d’Homo sapiens, les archives du Négus…

« La mort du roi », Les Cahiers de Science & Vie, 6,50 €. En kiosque.


Cinéma

par Marie-Christine Renaud d’André

L’apparition

Grand reporter de guerre, Jacques, qui vient de perdre son collègue et ami au cours d’une périlleuse mission, est contacté par le Vatican. Un archevêque lui demande de faire partie d’une commission chargée de mener une enquête canonique sur de prétendues apparitions de la Vierge à une voyante de 18 ans dans le sud-est de la France. D’abord réticent, car il n’est pas croyant, il finit par accepter et se rend sur place, où les pèlerins affluent de plus en plus nombreux, afin de rencontrer la jeune Anna. 

Peut-on prouver la réalité d’une apparition mariale ? Autant demander si l’on peut apporter la preuve de l’existence de Dieu ! Tel est le thème de ce film original et passionnant, qui pose d’excellentes questions sans jamais y répondre… comme il se doit. En choisissant de mener une enquête journalistique sur les pas de son héros, Xavier Giannoli (A l’origine, Marguerite) (Aborde, une fois encore, les thèmes de l’illusion et de la foi, qui habitent tous les hommes.

Avec sa rigueur professionnelle, mais sans a priori, le héros va mener une enquête qui va le conduire là où il ne s’attendait pas à aller. C’est passionnant et magistralement interprété.

Vincent Lindon est habité par son personnage, comme toujours, et la jeune Galatea Bellugi refera parler d’elle très vite, tant elle illumine l’histoire. Ce beau film montre, s’il en était besoin, que l’Église sait se montrer prudente sur ces questions et préfèrera toujours « passer à côté d’un véritable phénomène plutôt que de reconnaître une imposture ».

Si les doutes qui habitent le héros et d’autres personnages sont salutaires, ils n’empêchent pas une belle épaisseur spirituelle d’imprégner cette œuvre, avec une fin surprenante et bouleversante.

Comédie dramatique française (2017) de Xavier Giannoli, avec Vincent Lindon (Jacques), Galatea Bellugi (Anna), Patrick d’Assumçao (le père Borrodine), Anatole Taubman (Anton), Elina Löwensohn (le docteur de Villeneuve) (2h17). (Grands adolescents) Sortie le 14 février 2018.

Belle et Sébastien 3 – Le dernier chapitre

Le père de Sébastien va se marier et quitter ses chères montagnes, ce qui ne plaît guère à l’enfant. Quand Joseph, l’ancien maître de Belle apparaît et réclame son dû, c’est la catastrophe.
Cet ultime épisode de cette belle saga, adaptation de la série TV des années 60 de Cécile Aubry, est une nouvelle belle réussite. Comme toujours, les paysages sont superbes, tout comme les animaux, et l’histoire est pleine de charme, mais aussi d’angoisse. Le jeune Félix Bossuet, qui semble n’avoir guère vieilli depuis toutes ces années, est toujours aussi sympathique et déterminé. Une réussite !

Aventures françaises (2017) de Clovis Cornillac, avec Félix Bossuet (Sébastien), Tchéky Karyo (César), Clovis Cornillac (Joseph), Thierry Neuvic (Pierre) (1h30).(Adolescents) Sortie le 14 février 2018. 

Jusqu’à la garde

En instance de divorce, Antoine et Miriam se disputent, dans le bureau du juge, pour la garde de leurs deux enfants, car Miriam accuse Antoine de violences, ce qu’il conteste.

Pour son premier film, Xavier Legrand frappe fort avec cette histoire très prenante, voire envoûtante, qui retrace un douloureux combat entre ex-époux. Comme dans la scène chez le juge, le spectateur oscille entre les deux versions et se demande qui dit la vérité et qui ment… jusqu’à la fin. Les comédiens sont impressionnants de justesse.

Drame français (2017) de Xavier Legrand, avec Denis Ménochet (Antoine Besson), Léa Drucker (Miriam Besson), Mathidle Auneveux (Joséphine) (1h33). (Grands adolescents) Sortie le 7 février 2018.

Le 15h17 pour Paris

Trois jeunes Américains, un étudiant et deux soldats, parviennent à mettre hors d’état de nuire un terroriste lourdement armé, dans le Thalys en route pour Paris.

Pour rendre hommage à ces hommes ordinaires qui ont su faire des choses extraordinaires et sauver la vie de centaines de passagers, Clint Eastwood retrace leur enfance, leur adolescence et leurs années de jeunesse. Malheureusement, il peine un peu trop souvent à retenir l’attention et à émouvoir. C’est bien dommage, car la fin, avec l’attaque dans le train, est magistralement reconstituée.

Le courage de ces trois hommes force l’admiration, comme leur volonté de se mettre au service des autres. La dimension spirituelle est bien présente, avec la magnifique prière de saint François d’Assise : « Là où il y a de la haine, que je mette l’amour…» Des violences.

Drame américain (2018) de Clint Eastwood, avec Anthony Sadler (lui-même), Alek Skarlatos (lui-même), Spencer Stone (lui-même), Jenna Fischer (Heidi), Judy Greer (Joyce), Ray Corasani (Ayoub) (1h34). (Grands adolescents) Sortie le 7 février 2018.


Le chiffre de la semaine

8

C’est le nombre de villes ayant accueilli les Jeux olympiques d’hiver qui ne pourront plus le faire en 2050, en raison d’une température trop élevée interdisant la pratique du ski. Ce chiffre provient de l’étude réalisée par le chercheur canadien Daniel Scott sur l’impact du réchauffement climatique sur la pratique des sports d’hiver. Les 8 villes concernées sont Oslo, Chamonix, Innsbruck, Sarajevo, Grenoble, Squaw Valley, Sotchi et Garmisch-Partenkirchen. Le risque existe également pour PyeongChang et Pékin (qui accueillera les JO d’hiver en 2022).

D’autres experts soulignent que, d’ici la fin du siècle, la neige ne tombera plus guère en dessous ‘une altitude de 1800 mètres. Enfin, l’OCDE, dès 2007, annonçait qu’avec une hausse de 2° des températures, 40% des 666 stations de sports d’hiver cesseraient d’être rentables.


D’un jour à l’autre

France

Justice

Jérôme Cahuzac, 65 ans, comparaît depuis le 12 février devant la cour d’appel de Paris. Il est défendu par Me Dupont-Moretti. L’ancien ministre du Budget (2012-2013) a été condamné, en décembre 2016 en première instance, à trois ans de prison et cinq ans d’inéligibilité pour fraude fiscale et blanchiment.

Jacques Cassandri, receleur présumé du « casse du siècle » à la Société générale de Nice en 1976, est jugé depuis le 12 février à Marseille.
La cour d’assises de Haute-Loire a condamné en appel à vingt ans de réclusion Cécile Bourgeon, mère de la petite Fiona, tuée par son ex-compagnon Berkane Makhlouf, mais dont le corps n’a jamais été retrouvé. En première instance Cécile Bourgeon n’avait été condamnée qu’à cinq ans de prison.

Scandale

Le nouveau journal Ebdo, dirigé par l’ancien ministre socialiste de la Santé Thierry Mandon et le grand reporter Patrick de Saint-Exupéry, a révélé le 9 février que le ministre de l’Écologie Nicolas Hulot a été accusé de viol par deux femmes. L’une d’elle est Pascale Mitterrand, petite-fille de l’ancien Président. Les faits remonteraient à une vingtaine d’années, sa plainte date de 2008 et avait été classée pour cause de prescription.

Lourdes

Le 11 février, Mgr Jacques Benoît-Gonnin, évêque de Beauvais, a re-connu le soixante-dixième miracle de Lourdes. Il s’agit de la guérison inexpliquée de Sœur Bernadette Moriau en 2008 au cours d’un pèlerinage à Lourdes.

Chanson

La candidate au télé-crochet The Voice (le samedi soir sur TF1), Mennel, 22 ans, étudiante française d’origine « turco-syrienne et algéro-marocaine » habitant en Franche-Comté, était apparue, le 3 février, avec un turban sur la tête pour chanter Hallelujah de Leonard Cohen. Son clip Souris Palestine la montre la tête revêtue d’un hijab (voile islamique). La redécouverte de ses commentaires complotistes sur les réseaux sociaux après les attentats de Nice et de Saint-Étienne-du-Rouvray a suscité une vaste polémique. On lui a également reproché d’avoir partagé sur Facebook des publications de Tariq Ramadan ou de Dieudonné et d’être proche de l’association Lallab (Frères musulmans). Elle s’est excusée sur son compte Facebook mais elle a finalement annoncé son retrait du concours.

Politique

Nathalie Kosciusko-Morizet démissionnera cet été de son siège de conseillère municipale de Paris, tandis qu’elle s’apprête à rejoindre, dès février, le groupe Capgemini à New York, où elle s’occupera de cybersécurité dans les entreprises. Battue aux législatives de juin dernier, elle avait annoncé son intention de prendre du recul avec la vie politique nationale.

Commerce

La balance commerciale de la France a été déficitaire de 62,3 milliards d’euros en 2017, quand l’Allemagne affichait un excédent commercial de 244,9 milliards d’euros.

Transports aériens

La compagnie aérienne Emirates a confirmé sa commande à Airbus de 20 gros-porteurs A380 et maintient une option pour 16 autres avions. Ces 36 avions représentent 13 milliards d’euros.

Monde

Syrie

L’armée turque a reconnu le 10 février qu’un de ses hélicoptères a été abattu à la frontière de la province turque du Hatay et de la région d’Afrin où elle tente, depuis le 20 janvier, de déloger les Unités de protection du peuple kurde (YPG), avec l’aide de supplétifs arabes et turkmènes issus de l’Armée syrienne libre (ASL).

Le même jour un drone venu de la région de Palmyre s’est approché de la frontière nord d’Israël et a été abattu par un hélicoptère Apache israélien. Des F16 israéliens ont alors lancé une opération de représailles contre une douzaine d’objectifs iraniens en Syrie. Mais l’un des F16 a été touché par la défense antiaérienne syrienne et s’est écrasé en Israël à son retour. Un des pilotes est grièvement blessé.

Le 3 février un avion russe Soukhoï Su-25 avait été abattu (son pilote s’était fait exploser avec une grenade pour ne pas tomber aux mains de ses ennemis) par les islamistes qui tiennent une partie du gouvernorat d’Idlib face à l’armée syrienne de Damas d’une part (soutenue par les Russes) et aux FDS (Forces démocratiques syriennes soutenues par les Américains) d’autre part.
Les Américains ont annoncé  avoir tué dans cette région plus de 100 membres des forces du régime de Damas lors d’un bombardement pour soutenir leurs alliés des FDS.

Selon un communiqué de l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) du 8 février, 210 civils ont été tués et des centaines blessés dans les raids aériens menés entre le 5 et le 8 février par l’aviation syrienne contre le fief rebelle de la Ghouta orientale, près de Damas.

Indonésie

Un prêtre catholique et deux fidèles ont été assassinés à coups de machette par un islamiste au cours de la messe, le 11 février, dans un village du Yogyakarta. Il a été abattu par la police.

Russie

Un avion de ligne russe s’est écrasé à 70 km au sud-est de Moscou le 11 février. Les 71 personnes qu’il transportait sont mortes. La piste terroriste a été exclue par les autorités.

Allemagne

Angela Merkel essuie de nombreuses critiques dans son propre parti, après l’accord de coalition signé le 7 février qui octroie notamment le poste clé des Finances au SPD.

Espace

Lancée le 6 février, par la société SpaceX, propriété de Elon Musk, la fusée Falcon Heavy transporte un cabriolet électrique rouge de la marque Tesla, propriété du même milliardaire et doit rester plusieurs années en orbite.

Sport

Jeux olympiques d’hiver

Perrine Laffont, 19 ans, a offert sa première médaille à la France aux Jeux de Pyeongchang, le 11 février : l’or, dans le ski à bosses.

Rugby

Une semaine après sa défaite face à l’Irlande, l’équipe de France de rugby s’est inclinée en Écosse (26-32), le 11 février, pour son deuxième match dans le tournoi des Six-Nations.


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