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Lundi 19 mars 2018

Lundi 19 mars 2018

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L’événement – 1

par Serge Plenier

« Fake news » : un projet peu rassurant

On en sait un peu plus aujourd’hui sur le contenu de la proposition de loi sur les « fake news » et ce n’est pas forcément rassurant.

La forme est déjà problématique : il s’agit d’une proposition de loi (émanant donc de parlementaires) élaborée en liaison directe avec l’exécutif. Ainsi, c’est Françoise Nyssen, ministre de la Culture, qui a présenté les grandes lignes du texte. On ne saurait mieux montrer le peu d’estime dans lequel le gouvernement tient les parlementaires de sa majorité.

Un autre point, non moins troublant est la définition même d’une « fake new ». S’agit-il simplement d’une information mensongère ? Les choses sont plus complexes. Du reste, la loi de 1881 sur la liberté de la presse permet déjà de sanctionner la diffusion de fausses nouvelles, mais, entre le mensonge pur et simple et la vérité brute, les possibilités sont quasi infinies. Cela va d’une phrase citée hors de son contexte au cadrage et au montage fallacieux d’une vidéo diffusée sur internet. Avec un caméscope et un logiciel de montage basique, il est facile par exemple de montrer une cité sinistrée en sélectionnant quelques images de murs lépreux et d’immeubles décrépits. L’image fera le tour des réseaux sociaux, avant même que l’on puisse la contredire sérieusement. De même, chacun se souvient de l’affaire du pseudo charnier de Timisoara en Roumanie, filmé en 1989. Enfin, la manipulation d’images a permis, avec une apparente vraisemblance, de « prouver » que l’homme n’avait jamais marché sur la Lune.

Un autre point hautement problématique est le recours, en période électorale, à un « référé » permettant à un juge de suspendre la diffusion d’une supposée « fake new » dans les 48 heures en supprimant un compte individuel et en faisant retirer le contenu incriminé. On oublie simplement que les magistrats ont pour fonction première d’appliquer la loi et non de chercher la vérité. Un juge peut condamner l’usage d’un document évidemment falsifié, mais lui demander, en deux jours, de se transformer en journaliste et de démêler le vrai du faux dépasse ses fonctions. Une telle nouveauté se heurterait en outre à des règles déontologiques telles que la préservation du secret des sources.
Dans son état actuel, le projet de texte contre les « fake news » pose décidément plus de problèmes qu’il ne pourra en résoudre.


L’événement – 2

par Jean-Gabriel Delacour

Poutine plébiscité en Russie

Le jeudi 15 mars, lors de l’inauguration du salon du livre de Paris, le président Macron a ostensiblement boudé l’immense stand de la Russie, pourtant invitée d’honneur. Cela ne l’a pas empêché de « redire combien il est important de poursuivre le dialogue avec les intellectuels, avec les auteurs, avec la société civile, avec les musiciens, avec toutes celles et ceux qui portent la force de ce peuple et qui d’ailleurs parfois s’opposent avec beaucoup de courage contre tous les excès du régime en place ». Ces propos, gênants une partie des écrivains présents, n’ont pas empêché que son attitude soit rapprochée de celle de François Hollande vis-à-vis de la Syrie. Moins de dix mois plus tôt, il recevait pourtant avec magnificence Vladimir Poutine à Versailles.…

En réalité, le Kremlin n’accorde guère d’attention à ce qui pourrait être considéré comme un affront. Bien que justifiée par la solidarité avec le Royaume-Uni après un double empoisonnement selon les méthodes chères aux services secrets de Moscou, cette attitude renforce le crédit personnel du président Poutine dans son pays. Autant, en effet, il se trouve vilipendé à l’étranger autant il jouit chez lui d’une popularité que l’on peut même qualifier de grandissante.

On peut certes recenser les électeurs amenés en autocar par la police, les observateurs menacés et les bourrages d’urnes, bref tous ces milliers d’irrégularités dénoncées par l’opposition et certaines Ong. Mais cela n’enlève rien au sentiment de fierté éprouvé par beaucoup de Russes à l’égard de celui qui a redonné à leur pays non seulement une grande visibilité mais une véritable place sur l’échiquier international. S’y ajoutent, à l’occasion, des prouesses techniques comme ce service proposé à 1,6 million d’électeurs, du coup qualifiés de « mobiles », pour choisir le bureau de vote qui leur semblait géographiquement le plus facile d’accès.

Bien sûr, l’objectif du pouvoir consistait à disposer d’une participation qui, aux alentours de 70 %, attesterait la mobilisation des citoyens ; elle semble avoir été moindre, mais le pourcentage en faveur du sortant a fortement augmenté, dépassant les 70 %, face à la demi-douzaine de candidats dont la présence devait montrer que l’élection était ouverte. Malgré les critiques pouvant être adressées à ces contestataires autorisés, ils n’en montraient pas moins que la réélection du président Poutine ne pouvait pas être considérée comme une simple « farce politique ».

Au pouvoir depuis 1999, y compris entre 2008 et 2012 à travers le Premier ministre Dmitri Medvedev élu président pour respecter la Constitution interdisant plus de deux mandats consécutifs, Vladimir Poutine n’aura peut-être même pas besoin d’une réforme à la chinoise supprimant toute limite dans le temps. En 2022, près d’un quart de siècle de pouvoir lui aura permis non seulement d’imposer sa marque mais, surtout, de faire de la Russie post-soviétique une grande puissance. En fait, le problème va surtout consister à déterminer quels seront ses rapports avec les autres grandes puissances — dont manifestement l’Europe ne fait pas à ses yeux partie.


Politiques

par Alice Tulle

Mayotte : Une île à la dérive

Le cent unième département français est secoué par une révolte qui a sa cause immédiate dans les effets de l’immigration clandestine et qui ne résulte qu’en partie de la longue indifférence de la métropole.

Routes bloquées, administrations fermées, Mayotte est en grève générale depuis le 20 février. à l’origine du mouvement, des violences au lycée de Kahani qui déclenchent la grève des professeurs puis celle des chauffeurs de bus et enfin une révolte générale à laquelle participent syndicats, élus et divers collectifs…

L’insécurité en lien avec l’immigration est au centre de la protestation. Annick Girardin, ministre des Outre-mer, s’est rendue à Mayotte le 12 mars pour mettre « plus d’État, mieux d’État » dans le département. Elle s’est engagée à assurer la sécurité de la rentrée scolaire avec mille policiers et gendarmes supplémentaires et en promettant un plan d’action. La grève a cependant continué, soutenue par une population qui avait déjà manifesté son exaspération en 2011 et en 2016.

Le ministre a reconnu que « cela fait des années voire des décennies que la situation est difficile », ce qui est trop peu dire. Le poids de l’histoire qui s’ajoute aux décisions politiques de la fin du siècle dernier explique cette situation « difficile », en vérité ingérable. Après avoir très longtemps vécu sous la férule de sultans qui importèrent massivement des esclaves enlevés au continent africain, les îles de l’archipel des Comores sont passées sous protectorat français en 1896 – à l’exception de Mayotte, vendue à la France par son sultan en 1841 et érigée en colonie. En 1946, les îles sont rassemblées en un seul Territoire d’outre-mer qui se disloque à la suite du référendum d’autodétermination de 1974 : la Grande Comore, Anjouan et Mohéli choisissent l’indépendance et se réunissent en un État comorien, à l’exception de Mayotte qui a choisi de rester française – décision plusieurs fois condamnée par des résolutions de l’Onu qui considère la France comme une puissance occupante – et qui a voté en mars 2009 sa départementalisation.

Entre Mayotte et les autres îles, surtout Anjouan, des oppositions politiques pluriséculaires ont créé une fracture institutionnelle qu’on ne retrouve pas dans la société : sur toutes les îles, la population est musulmane et parle une langue dérivée du swahili.
L’île française, 260 000 habitants, est surpeuplée et recense 41 % de personnes adultes étrangères, pour la plupart nées aux Comores. Beaucoup de femmes comoriennes tentent de venir accoucher à Mayotte (« la plus grande maternité de France ») espérant bénéficier du « droit du sol » qui confère, depuis 1993, la nationalité française à leur enfant… 

Cette immigration massive est due au décalage économique qui existe entre Mayotte et l’Union des Comores. L’île française est le département le plus pauvre de France mais il est très riche aux yeux des Comoriens, qui viennent y tenter leur chance dans des bidonvilles. On sait aussi le poids de l’immigration comorienne dans certaines villes en France, comme à Marseille, pour les mêmes causes…

À Paris – 8 000 km de Mayotte – les gouvernements successifs n’écoutent pas beaucoup les élus et les manifestants mahorais qui dénoncent les pénuries d’eau en raison de la vétusté des équipements, la dégradation des services publics, le manque d’écoles, la faiblesse des investissements. à nouveau, un ministre a promis de réagir mais averti que cela prendrait du temps… Les citoyens de Mayotte ont trop attendu et n’en peuvent plus mais, à vrai dire, toute amélioration des infrastructures rendra l’île encore plus attractive pour ses voisins… 


Monde

par Yves La Marck

L’effet Novichok

La réélection du président Vladimir Poutine coïncide avec une grave crise dans les relations entre la Russie et l’Occident qui n’est pas sans rappeler le climat de la guerre froide.

Le Novichok, poison inédit, développé à la fin des années 1980 par la recherche militaire soviétique, semble avoir été utilisé pour éliminer le 4 mars dans une petite ville du sud de l’Angleterre, Salisbury – célèbre pour sa cathédrale gothique – un ex-agent double soviétique en retraite et sa fille. On ne sait ni le comment ni le pourquoi de cette mystérieuse opération. La contamination s’étant étendue au voisinage, la Premier ministre britannique, Teresa May, a accusé Moscou d’attaque chimique et a annoncé à la Chambre des communes des mesures de représailles le 14 mars, soit quatre jours avant l’élection présidentielle en Russie.

Vladimir Poutine n’a jamais eu autant d’ennemis extérieurs. Ceci lui permet de rassembler plus largement la population russe autour de lui, dans une espèce de sursaut patriotique. Indépendamment des circuits de désinformation de part et d’autre, le Russe moyen ne peut pas ne pas ressentir la montée des tensions extérieures. Moscou se sent assiégée. Elle entend se faire respecter. Peu importent les moyens.

La perception à l’Ouest est rigoureusement inverse. L’ex-président François Hollande est sorti de sa réserve le 12 mars au Monde : « Si la Russie est menaçante, elle doit être menacée. » Le propos visait la Syrie. Il peut être étendu.

C’est l’ensemble des relations entre la Russie, les États-Unis et l’Union européenne qui est en cause. Non plus seulement à cause de la Crimée, du Donbass ou des Pays baltes. Le pouvoir d’influence de Moscou entendrait peser sur les orientations internes aux pays occidentaux : les États-Unis avec une campagne anti-Clinton, la France avec un soutien à Marine Le Pen et, dit-on aussi, la Grande-Bretagne avec le Brexit, enfonçant un coin au sein de l’Union européenne. Le rapprochement avec quelques pays d’Europe orientale serait un autre vecteur par lequel Moscou pourrait peser sur l’évolution de l’Union, voire de l’OTAN.

La solidarité européenne, demeurée ferme sur les sanctions à l’encontre de la Russie dans l’affaire de Crimée, est à nouveau mise à l’épreuve. La question est de savoir si le renvoi de 23 diplomates russes par Theresa May et la suspension de tous contacts à haut niveau seront imités par les vingt-sept États membres (le président Macron devait se rendre à Moscou en mai). Aucun officiel ne se rendrait à la Coupe du monde de football à Sotchi en juillet. Le sommet européen de Bruxelles les 22 et 23 mars a été sollicité de s’associer plus étroitement aux Britanniques, une manière de montrer que le Brexit ne distend pas les liens de coopération en matière de défense et de sécurité.

La voie semble étroite entre des sanctions ciblées dirigées contre des membres des services de renseignement et l’immunité du premier cercle autour de Poutine lui-même. Washington procède subtilement en prenant pour critère la corruption. Theresa May ne s’est guère aventurée sur ce terrain glissant. La Cité de Londres est en effet considérée comme la capitale du système mafieux post-soviétique. Hier Londonistan (pour sa politique laxiste face aux imams radicaux), Londres est désormais appelée Londongrad tant les investissements russes de toutes sortes, du football à l’immobilier de luxe, y ont fait florès, encouragés par des avantages officiels.

Nulle surprise que la capitale anglaise soit au centre de tous les déboires. La liste des morts suspectes s’y allonge. Certains partenaires européens peuvent penser qu’elle ne récolte que ce qu’elle a semé. Le dirigeant de l’opposition travailliste, Jeremy Corbyn, a déjà tenté de mettre une sourdine aux propos véhéments de Theresa May. Il s’est fait rabrouer par les siens. L’affaire a été tellement dramatisée que d’aucuns sur le continent s’inquiètent d’une rupture durable avec Moscou.


Environnement

par  Fabrice de Chanceuil

Le trappeur piège toujours deux fois

Les trappeurs font toujours rêver car leur vie errante et aventureuse, au-delà des risques et des dangers, est d’abord synonyme de liberté. Ils inspirent aussi la nostalgie car leur existence semble appartenir à une histoire définitivement révolue. Ceux qui le croient ne connaissent pas Rock Boivin, qui vient de passer à Paris pour présenter le livre co-écrit avec son épouse Rêves de trappeur : l’incroyable témoignage des derniers trappeurs du Yukon, paru le 15 mars dernier chez Xo Éditions et préfacé par leur ami Nicolas Vanier.

« Je m’en fiche de gagner de l’argent, de faire carrière… Je veux connaître le grand frisson dans l’immensité des glaces, je veux vivre comme un trappeur, de chasse et de pêche, courir sur les pistes, naviguer sur les rivières et me sentir en accord avec la nature. Et ce que je recherche avant tout, c’est la vérité des gens. Dans le grand froid, par moins quarante, qu’on soit riche, pauvre, indien, noir ou vert, on est tous sur un pied d’égalité ». Ainsi s’exprimait, à dix-huit ans, un jeune homme assoiffé d’aventure, un Québécois fort en gueule et grand admirateur de Davy Crockett. Il lâche alors tout, ses études, son confort, et part dans le Yukon, immense territoire du Grand Nord canadien de près de 500 000 km² mais ne comptant que 36 000 habitants, sur les traces des pionniers et des chercheurs d’or si chers à Jack London.

Au début des années quatre-vingt, sa route croise celle de Kathryn, une sorte de Calamity Jane qui tient tête à tous les hommes qui l’entourent. Elle a quitté la Colombie-Britannique pour venir travailler sur des engins gigantesques dans une mine d’or. Ces deux personnalités hors du commun et portées par les mêmes rêves, la même quête d’absolu et de liberté, décident alors de répondre à l’appel de la forêt et de s’installer au cœur du « bush », selon la tradition des coureurs des bois. Aujourd’hui, à plus de soixante-cinq ans, parents de deux grands enfants, Kyla et Ely, Rock et Kathtyn Boivin vivent toujours dans le Yukon et leur passion pour le Grand Nord est toujours aussi intense.

Mais qu’est-ce qu’un trappeur au XXIème siècle ? A l’origine, il s’agissait d’un chasseur professionnel spécialisé dans la chasse d’animaux à fourrure, ainsi nommé en raison de l’usage qu’il faisait d’un piège appelé trappe permettant d’obtenir des fourrures de qualité exemptes de coups de feu ou de pointes de flèche. Le terme n’est pas tout à fait l’équivalent d’un coureur de bois car ce dernier était plus spécialement voué au commerce de la fourrure. Rock Boivin s’inscrit bien dans cette tradition car la plupart de ces aventuriers, à la différence de Davy Crockett, étaient des Canadiens-Français comme Louis Campeau ou Jean-Baptiste Charbonneau, fils d’un explorateur et d’une Amérindienne.

Toutefois, de nos jours, la fourrure naturelle n’est plus guère prisée et si la chasse aux animaux qui en portent n’est pas totalement interdite, celle-ci vise désormais la viande, comme le colletage des lièvres toujours pratiqué au Québec.

Rock Boivin n’échappe pas à la règle et son activité porte davantage aujourd’hui sur la conduite de chiens de traîneaux. C’est d’ailleurs comme cela qu’il a connu Nicolas Vanier qui lui a fait doubler certaines scènes acrobatiques de son film Le Dernier Trappeur. Cette production a aussi contribué à faire connaître cette région et à susciter l’envie de la découvrir. Les organisateurs de voyage ont vite compris l’intérêt de ce nouveau filon désormais plus prometteur que l’or et trouvé, pour cela, le guide parfait : « Dans le Yukon, nous organisons avec Rock Boivin, de véritables raids en traîneaux à chiens avec nuitées en chalets, cabanes en rondins ou tentes de trappeurs », déclare l’un d’eux sur un site spécialisé dans les voyages d’affaires. Ainsi va le Monde où les terres les plus reculées ne sont plus inaccessibles, même aux moins aventureux.

Le coureur de bois contemporain n’y perd pas forcément son âme pour autant : toujours intrépide et courageux, il change seulement de commerce. Après avoir piégé la bête à fourrure, il cible désormais le touriste en acrylique. A souhaiter néanmoins, quitte à passer pour élitiste, que ce nouveau tourisme ne devienne massif, au risque de faire disparaître ce que ceux qui viennent dans ces espaces perdus sont venus chercher et que le trappeur ne se piège lui-même.

La fourrure non plus n’a jamais été un produit de masse !


Clefs

par Jean Étèvenaux

L’état du livre

La 38e édition du salon du livre de Paris, resserrée sur quatre jours, du vendredi 16 au lundi 19, a attiré le public habituel, heureux de déambuler dans des espaces agréables à la rencontre de quelque 1 200 exposants représentant une cinquantaine de pays. Certes, l’invité d’honneur a été malmené par le président de la République, qui l’a évité lors de l’inauguration pour des raisons politiques, alors que ce stand de la Russie se trouvait à la hauteur culturelle d’une nation pour laquelle les diverses formes de littérature ont toujours compté ; un éditeur comme le saint-pétersbourgeois Nauka publie même directement en français — même si des progrès linguistiques restent à accomplir. Autre invité spécial, la ville de Sharjah, capitale éponyme de ce territoire constitutif des Émirats arabes unis et qui fait partie de la grande conurbation de Dubaï, a voulu se montrer accueillante tout en distribuant parcimonieusement sa littérature ; elle ne cache pourtant pas ses ambitions dans ce domaine : élue capitale mondiale du livre pour 2019 par l’Unesco et déjà honorée du titre de capitale culturelle arabe en 1998 et de capitale culturelle islamique en 2014, ce qui s’accorde assez bien avec sa pratique plutôt rigoriste de la foi musulmane.

Ailleurs, le Pavillon des Lettres d’Afrique, tout comme les emplacements dévolus à l’Algérie, au Maroc et à la Tunisie, permettait de prendre conscience de l’importance de la francophonie. Il en était de même avec ceux de l’outre-mer français où, malgré les difficultés de la diffusion et de la vente sur place, de nombreux éditeurs demeurent très actifs, tels Au Vent des Îles pour le Pacifique ou Ibis rouge et Idem pour les Antilles et la Guyane. Quant aux multiples maisons des régions métropolitaines, elles demeuraient fort bien représentées.

La bonne impression que l’on retirait de Livre Paris, nom officiel du salon, s’est trouvée confirmée par les chiffres de l’édition française pour l’année écoulée. Malgré le fait que, comme pour toute année électorale, les achats sont restés bloqués le premier semestre, ont tout de même été vendus 356 millions de livres — dont 1,6 million pour le seul Astérix et la Transitalique. Certes, cela marque une baisse d’environ 1 % à la fois en nombre et en chiffre d’affaires, mais force est de constater qu’on continue à lire et sans doute plus que dans d’autres pays, peut-être d’ailleurs grâce au livre de poche. Le livre numérique, lui, n’a été vendu qu’à 13,2 millions d’exemplaires.

L’institut d’études sur la consommation GfK, le Centre national du livre et le Syndicat de la librairie française ont décomposé le prix d’un livre. 21 % revient à l’édition, 15 % à la fabrication, entre 12 % et 22 % à la diffusion et à la distribution et entre 28 % et 40 % aux libraires — mais qui ne leur laisse, compte tenu de leurs charges, que 1 % de marge. Les auteurs, eux, bénéficient d’un contrat leur donnant entre 8 % et 12 %, avec toutes sortes de possibilités, y compris inférieures, et l’obligation de partager lorsque des dessinateurs, voire des coloristes, s’ajoutent aux scénaristes. Le lecteur doit aussi savoir que le prix du livre augmente finalement moins vite que l’inflation.


Humeur

par Erwan Violin

Soap opera

Cela devient le feuilleton du moment, l’un de ces feuilletons américains qui tapent l’incruste depuis des années sur l’une ou l’autre chaîne, toujours plus insipides et aux rebondissements toujours plus improbables. L’affaire de l’héritage de Johnny Halliday ne cesse d’accaparer nos écrans et nos postes de radio. A ma gauche, la veuve et son clan qui semblent ne reculer devant rien, à ma droite les ex et leurs enfants dépouillés. La moindre phrase d’iceux et d’icelles, même la plus banale, est soigneusement recueillie et savamment décortiquée. On se croyait devant les Atrides, on se retrouve avec un « soap opera » fadasse comme les studios hollywoodiens en produisent au kilomètre.
Johnny n’avait certainement pas mérité ça.


Livres

par Catherine Pauchet

Thriller

Enlèvement

Dix ans plus tôt, Patrick et Rhys avaient été kidnappés dans la banlieue cossue de New York, sous les yeux de la fille au pair. Malgré la rançon, les gamins de six ans n’étaient pas réapparus. Et voilà qu’un mail anonyme indique qu’ils vivraient à Londres. Repéré dans un quartier mal famé, Patrick parvient à s’échapper. Harlan Coben signe le retour de Myron Bolitar et Win Lockwood. Les détectives privés vont reprendre l’enquête policière depuis le début, non sans risques : la mafia ne libère pas facilement ses proies, surtout les plus tendres. Action et suspense garantis.

« Sans défense », Harlan Coben, Belfond noir, 400 p., 21,90 €.

Littérature

Des bêtes et des écrivains

On entre dans ce livre avec LUCA, né il y a plus de trois milliards d’années, ancêtre commun à tout le vivant (homme, plante…) et on en sort avec le chat qui fascine nos sociétés modernes. Entre les deux, la romancière Christine Van Acker nous conte les heurs et malheurs de la faune : poisson, mouton… au gré de ses coups de cœur pour les animaux et les écrivains qui les ont honnis ou aimés. Ainsi Victor Hugo, dans La coccinelle, écrit : « Les bêtes sont au Bon Dieu, mais la bêtise est à l’homme » ou Jean Giono qui, dans Le grand troupeau, s’émerveille d’un vol d’hirondelles.

« La Bête a bon dos », Christine Van Acker, éditions Corti, coll. Biophilia, 190 p., 18 €.

Histoire

Génocide

Pendant vingt-cinq ans, Laurence Rees a accumulé les témoignages de victimes et de bourreaux. Il a ainsi pu retracer le processus menant à l’holocauste. Les premiers à être tués seront les Slaves. Les Allemands ont besoin d’espace à l’est : deux millions de Russes périront dans les camps. L’utilisation d’un gaz mortel sera initiée sur les handicapés mentaux. L’historien anglais le démontre : la construction d’un « Etat ethnique » va de pair avec la volonté de supprimer « les parasites ». Quand viendra le tour des juifs, les techniques de massacre de masse seront rodées et Hitler pourra compter sur l’antisémitisme très virulent en Europe centrale et sur l’apathie des pays occidentaux pour mettre en place « La solution finale ».

« Holocauste », Laurence Rees, Albin Michel, 635 p., 24,90 €.

Revue

Bitcoin

Si la cryptomonnaie, bitcoin en tête, gagne du terrain, c’est l’outil informatique dit blockchain permettant sa sécurisation qui retient l’attention du mensuel Pour la science. Destinée à réduire le contrôle des banques, la blockchain pourrait devenir un instrument de domination en gérant nos données personnelles. Autres sujets traités : un scalpel contre le diabète, le télescope de Charles Féry, l’algorithme des coquillages, le sonar du cachalot…

« Bitcoin et blockchain », Pour la science, mars 2018, 6,90 €. En kiosque.


Cinéma

par Marie-Christine Renaud d’André

La prière

Quand il arrive dans cette communauté située en pleine montagne, Thomas, 22 ans, ne sait pas encore comment il va parvenir à sortir de l’enfer de la drogue. Dès le début, un homme lui explique les règles qui régissent cette communauté : le travail, la solidarité, le chant et la prière. Bien sûr, les téléphones portables, les ordinateurs, la télévision, le tabac, l’alcool, etc., sont bannis.

Dès le début, on est happé par le visage très expressif d’Anthony Bajon, qui incarne avec beaucoup de finesse le héros de ce film magnifique, qui plonge le spectateur dans cette communauté, qui aide les anciens toxicomanes à sortir de leur addiction.

En suivant le parcours de ce jeune héros, on découvre les règles quasi monacales imposées par les encadrants. Des règles, destinées à aider ces jeunes en détresse à sortir de leur solitude et de leur enfermement.
Agnostique déclaré, Cédric Kahn filme avec talent cette communauté, sans jamais prendre parti, mais en réussissant à capter la présence de l’invisible. Les paysages splendides des Alpes apportent une belle dimension spirituelle à cette œuvre. On suit, avec émotion, cette histoire aussi poignante que profonde, interprétée par une bande de jeunes comédiens inconnus, mais qui habitent magistralement leurs personnages.

Comédie dramatique française (2018) de Cédric Kahn, avec Anthony Bajon (Thomas), Damien Chapelle (Pierre), Alex Brendemühl (Marco), Louise Grinberg (Sybille), Antoine Amblard (le père Luc), Maïté Maillé (Agnès), Hanna Schybulla (sœur Myriam), Magne-Havard Brekke (1h47). (Adultes avec des éléments nocifs) Sortie le 21 mars 2018.

Un juif pour l’exemple

En 1942, à Payerne, en Suisse, un groupe d’habitants a prêté serment au parti nazi allemand.

Cette libre adaptation du livre de l’écrivain Jacques Chessex, témoin de ces événements à l’âge de 8 ans, offre une excellente reconstitution de l’époque, avec le fanatisme de ces gens, prêts à tout pour tenter de séduire Hitler. Si l’interprétation, dominée par le toujours excellent Bruno Ganz, est sensationnelle, l’ensemble est, parfois, un peu confus.

Si le témoignage de l’écrivain est salutaire, que dire de ces barbares qui adhèrent aux délires nazis, tel ce pasteur inconséquent ? Une scène gênante et sadique, et des violences atroces.

Drame suisse (2016) de Jacob Berger, d’après Jacques Chessex, avec Bruno Ganz (Arthur Bloch), André Wilms (Jacques Chessex), Aurélien Patouillard (Fernand Ischi), Paul Laurent (Ballotte), Baptiste Coustenoble (1h19). (Grands adolescents) Sortie le 14 mars 2018.

Mektoub my Love – Canto uno

En 1994, le jeune Amin revient, pour les vacances d’été, dans sa ville natale de Sète.

Dans cette libre adaptation de François Bégaudeau, on retrouve tout ce qui fait l’immense talent d’Abdellatif Kechiche (mise en scène très brillante, interprétation éblouissante des jeunes comédiens, scènes très réalistes et pleines de vitalité, photographie superbe, etc.), mais aussi ses défauts (scènes interminables, complaisances dans les images, etc.).

Le film commence avec une très longue scène érotique (voire hard !), et il est émaillé de nombreux gros plans sur les fesses plantureuses des jeunes filles. Il reste que le jeune héros, alter ego du réalisateur, réservé et observateur, est assez touchant.

Comédie dramatique franco-italienne (2017) de Abdellatif Kechiche, libre adaptation de François Bégaudeau, avec Shaïn Boumedine (Amin), Ophélie Bau (Ophélie), Salim Kechiouche (Tony), Alexia Chardard (Charlotte), Hafsia Herzi (3h). (Adultes avec des éléments nocifs) Sortie le 21 mars 2018.

The Captain – L’usurpateur

En avril 1945, Willi Herold, un jeune soldat déserteur, découvre un uniforme de capitaine, qu’il endosse sans hésiter.

Tourné en noir et blanc (pour éviter l’horreur de la vision du sang !), ce film impressionnant retrace la lente dérive d’un homme ordinaire, qui, peu à peu, pour sauver sa vie, va sombrer dans la barbarie la plus affreuse. Une analyse puissante des mécanismes qui ont fait le succès du nazisme. Car cette histoire atroce, qui plonge dans les méandres les plus noirs de l’âme humaine, est d’autant plus effrayante qu’elle retrace une histoire authentique. Le jeune Max Hubacher fait revivre, avec beaucoup de réalisme, la noirceur humaine de son triste héros.

Drame franco-germano-polonais en NB (2017) de Robert Schwentke, avec Max Hubacher (Willi Herold), Milan Peschel (Freytag), Frederick Lau (Kipinski), Bernd Hölscher (Schütte) (1h58). (Grands adolescents) Sortie le 21 mars 2018.


Le chiffre de la semaine

237

C’est le nombre de personnes tuées dans un accident de la route en février 2018, selon les chiffres de l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR). Pour la seule métropole, le nombre de tués (517) équivaut à une hausse de 5,9% par rapport au mois de février 2017 (18 décès supplémentaires).

Cependant, si le nombre de décès augmente, celui des accidents diminue à 3 379 contre 3 880 en février 2017. De même, le bombre de blessés baisse à 599 blessés en moins (-157 pour les DOM-TOM). Enfin l’ONISR souligne la baisse des hospitalisations dans les 24 heures suivant l’accident : 1 423 personnes contre 1 678 en février 2017. Pour les DOM-TOM, le chiffre passe de 149 à 67.


D’un jour à l’autre

France

Emploi

L’économie française a créé, en net, 268 800 emplois en 2017, quand 2012-2014 s’étaient soldées par des destructions nettes d’emplois. La ministre du Travail Muriel Pénicaud a commenté ces chiffres de l’Insee, publiés le 13 mars, en précisant que même l’industrie avait « recréé des emplois au 4e trimestre 2017 pour la première fois depuis 2001 ». Cependant, dans tous les secteurs, les entreprises peinent à recruter.

Armement

Airbus Helicopters a annoncé, le 14 mars, la vente de 28 hélicoptères de combat NH90 au Qatar, pour un montant de plus de 2,4 milliards d’euros.

LRM 

Martin Bohmert, 29 ans, a été élu, le 18 mars, délégué général des Jeunes avec Macron (JAM) lors de leur première convention en présence d’une dizaine de ministres et d’Édouard Philippe.

Socialistes

Président du groupe PS à l’Assemblée nationale, Olivier Faure, 49 ans, a été choisi le 15 mars par environ 40 000 adhérents sur 102 000 revendiqués (49 % des voix), premier secrétaire du Parti socialiste, devant Stéphane Le Foll (25 %) qui s’est retiré de la course. Olivier Faure sera définitivement élu le 29 mars et entrera en fonction pour le congrès d’Aubervilliers les 7 et 8 avril.

Information

La ministre de la Culture Françoise Nyssen a détaillé, le 15 mars, lors des assises du journalisme à Tours, le projet de loi contre les fausses nouvelles (fake news). Elle a fait l’éloge des journalistes hostiles au projet de loi en les désignant comme « vigies de la démocratie » car ils apportent une « information sourcée, vérifiée, hiérarchisée ». Seules les plateformes numériques seraient concernées par la loi « avec obligation de transparence sur les contenus sponsorisés (identité et montant) ».

Transports

Pour lutter contre la réforme de la SNCF, les syndicats annoncent des grèves de deux jours par semaine environ, à partir du 3 avril et jusqu’à fin juin au moins. L’intersyndicale des pilotes d’Air France a annoncé une grève longue à partir du 23 mars pour obtenir des revalorisations de salaire.

Délinquance

Les gendarmes du Gard ont interpellé récemment vingt membres d’un réseau de Roms serbes qui a utilisé des centaines de très jeunes filles achetées à leurs familles pour commettre de nombreux cambriolages dans le sud de la France, dont les produits étaient écoulés en Belgique.

Justice

Le 15 mars, le tribunal de Nanterre a renvoyé au 30 mars l’examen des demandes des enfants de Johnny Haliday, Laura et David, contre sa veuve, légatrice universelle.

Banque

Un collectif des salariés du Crédit Mutuel Arkéa (Bretagne, Sud-Ouest et Massif central…) manifestera à Paris le 5 avril pour réclamer le droit de quitter la confédération nationale du Crédit mutuel accusé de centralisme.

Armement

Les ventes d’armes de la France ont augmenté de 27 % sur la période 2013-2017 par rapport à la période 2008-2012. Elle serait le troisième marchand d’armes au monde, derrière les États-Unis et la Russie et devant l’Allemagne et la Chine. Ces cinq pays représentent près des trois quarts des ventes. ACAT France et Amnesty International France ont présenté le 20 mars une étude juridique qui conteste la légalité d’armes françaises à l’Arabie saoudite en guerre au Yémen.

Monde

États-Unis

Donald Trump a limogé son secrétaire d’État Rex Tillerson, le 13 mars. Celui-ci est remplacé, alors que les États-Unis doivent dire le 12 mai s’ils sortent de l’accord nucléaire avec l’Iran et peu avant le sommet Trump-Kim Jong-un, par le directeur de la CIA, Mike Pompeo. Gina Haspel devient directrice de la CIA et la première femme à la tête de l’agence.

Japon

Selon les médias japonais, une rencontre est à l’étude entre le Premier ministre Shinzo Abe et le leader nord-coréen Kim Jong-un.

Syrie

Le 18 mars, les chars turcs (achetés à l’Allemagne) ont pris le contrôle de la ville d’Afrin au nord-ouest de la Syrie. 250 000 personnes avaient pu fuir, les quatre jours précédents, par un corridor au sud de la ville vers les zones tenues par les milices kurdes ou les forces de Damas.
Dans la Ghouta orientale en voie d’être reconquise par Damas 68000 civils ont pu sortir sous protection russe, dont 20 000 sur la seule journée du 18 mars.

Disparition

Stephen Hawking, 76 ans, s’est éteint le 14 mars. Atteint de la maladie de Charcot, le brillant scientifique s’était rendu mondialement célèbre en 1988 en publiant Une brève histoire du temps.

Allemagne

Angela Merkel a été réélue par le Bundestag, le 14 mars, au poste de chancelière pour la quatrième fois d’affilée. Son élection ne s’est faite qu’avec neuf voix d’avance car elle n’a pas fait le plein des voix de son parti, la CDU-CSU, ni de son allié le SPD. Ce vote intervient après six mois de tractations depuis les dernières législatives.

Kosovo

Alors que Bruxelles exige que la Serbie reconnaisse l’indépendance de son ancienne province, le Kosovo, comme préalable pour rejoindre l’UE, le président serbe Aleksandar Vusic s’est dit prêt à « discuter de possibles compromis ». 120 000 Serbes vivent encore au Kosovo.

Russie

Vladimir Poutine a été réélu président de la Russie, le 18 mars, avec 78 % des voix. Le candidat communiste Pavel Groudinine a obtenu 11,2 % devant le nationaliste Vladimir Jirinovski (6,7 %).

Philippines

Le président Duterte a annoncé, le 15 mars, le retrait de son pays de la Cour pénale internationale (CPI). Sa campagne contre les trafics de drogue aurait entraîné 12 000 exécutions extrajudiciaires depuis 2016.

Grande-Bretagne

Après l’empoisonnement de l’ancien agent double Sergueï Skripal et de sa fille Ioulia, par un agent innervant de conception soviétique, le Premier ministre britannique a annoncé le 14 mars l’expulsion de 23 diplomates russes et le gel des relations bilatérales. En rétorsion, la Russie a décidé, le 17 mars, l’expulsion de 23 diplomates de l’ambassade britannique, la fermeture du consulat britannique de Saint-Pétersbourg et la fin des activités en Russie du British Council, l’organisme international britannique pour les relations culturelles et l’éducation.

Le Sunday Mirror, après une enquête de 18 mois, donne de nouvelles informations sur l’exploitation sexuelle de plusieurs milliers de jeunes filles de milieux défavorisés par des gangs en général d’origine pakistanaise, dans les villes de Rochdale, Rotherham et Tedford notamment, sans que la police ni les services sociaux ne prennent la mesure du drame ni que la justice ne sévisse sérieusement. L’affaire avait été révélée dès 2011 par le Times, mais continue à susciter des doutes dans des médias qui soupçonnent des accusations racistes.


Sports

Rugby

L’Irlande a remporté le grand chelem du Tournoi des Six nations en battant l’Angleterre par 23 à 15. La France, elle, a dû s’incliner devant le Pays de Galles (14 à 13).

Jeux paralympiques
 
 

Les athlètes français ont remporté vingt médailles, dont sept en or, aux Jeux paralympiques de PyeongChang.