L’événement-1
par Serge Plenier
L’Europe au risque de la Grèce
La victoire de Syriza aux législatives grecques anticipées du 25 janvier est devenue le cauchemar de l’Union européenne. Déjà, certains voient la Grèce annuler sa dette unilatéralement et se retirer de la zone euro. D’autres au contraire, à la gauche de la gauche, se réjouissent par avance de la victoire d’un adversaire de la politique d’austérité imposée par les institutions européennes. Pourtant, la panique des uns n’est guère plus justifiée que l’enthousiasme des autres.
Il faudrait d’abord en effet que Syriza gagne les élections, ce qui, à deux semaines du scrutin n’est pas si évident que cela. Une chose est d’arriver en tête aux élections européennes, une autre est d’obtenir une majorité permettant de constituer un gouvernement. Rappelons que, s’il donne une prime de 50 sièges au parti arrivé en tête, le scrutin législatif grec demeure proportionnel. Une courte victoire ne ferait que compliquer les choses pour le parti d’Alexis Tsipras (leader du parti) et affaiblirait sa position face aux négociateurs européens.
A cela s’ajoutent les faiblesses propres de Syriza. Le jeune parti de gauche radicale manque cruellement de cadres capables d’exercer des responsabilités gouvernementales. Pire, la culture de gouvernement fait gravement défaut à cet appareil fondamentalement protestataire et qui vient à peine de sortir de la marginalité. On ne s’improvise pas ministre, et encore moins négociateur. Quand viendra l’heure des discussions avec Bruxelles, ces failles se feront cruellement ressentir.
Du reste, Alexis Tsipras a pleinement conscience de ces manques. C’est ainsi qu’il a d’ores et déjà infléchi son discours. Alors qu’il y a deux ans, Syriza prônait un effacement unilatéral de la dette grecque, il n’est plus aujourd’hui question que d’une restructuration négociée accompagnée d’une politique sociale-démocrate somme toute classique, censée en finir avec la politique d’austérité. Précisons tout de même que la restructuration en question vise à supprimer la moitié de la dette.
Reste que de telles orientations risquent fort de se heurter à l’intransigeance de Bruxelles. L’éventuel gouvernement de gauche radicale n’aura guère que le choix entre le renoncement et une épreuve de force, de toute façon risquée. Dans ce dernier cas, ce serait sans doute un saut dans l’inconnu aux conséquences imprévisibles.
La victoire éventuelle de Syriza n’engendrerait peut-être pas un cataclysme, mais elle constituerait à coup sûr un véritable défi pour l’Europe.
Politiques
par Alice Tulle
Perspectives électorales
L’année 2015 sera marquée par deux scrutins locaux – et surtout par le début de la campagne pour la présidentielle de 2017 qui se présente sous un jour nouveau.
Nous voici à nouveau en période électorale. Les élections départementales — les anciennes cantonales — se dérouleront les 22 et 29 mars et les élections régionales auront lieu en décembre. Point trop de surprises à attendre : la gauche sera une nouvelle fois étrillée. Mais la perspective de deux nouvelles défaites ne trouble pas François Hollande : l’important pour lui est de remporter l’élection présidentielle de 2017 et c’est donc surtout en futur candidat à sa propre succession qu’il se comportera désormais.
Même si François Hollande affrontait Nicolas Sarkozy, cette compétition ne serait pas une réplique de celle de 2012. Après l’affrontement atypique entre Georges Pompidou et Alain Poher en 1969, toutes les campagnes présidentielles ont été caractérisées par un affrontement entre la gauche et la droite classiques au deuxième tour — sauf en 2002 où Jacques Chirac a facilement triomphé de Jean-Marie Le Pen après l’élimination de Lionel Jospin au premier tour.
Pour l’élection de 2017, c’est le premier tour qui se présente d’emblée comme déterminant parce que tous les observateurs politiques considèrent que Marine Le Pen sera de toute évidence qualifiée pour le second tour. Il est donc capital que le candidat de la gauche élimine le candidat de la droite classique au premier tour — et réciproquement — pour pouvoir affronter la candidate du Front national dans une campagne qui se fera, à droite et à gauche, « contre l’extrême droite » et en tablant sur le fait que, pour les Français, le Front national, s’il remplit la « fonction tribunitienne » autrefois dévolue au Parti communiste, n’est pas un parti de gouvernement.
Dans ce combat décisif du premier tour, la droite et la gauche doivent commencer par rassembler leur camp. Comment ? Les candidats ont intérêt à ne pas trop insister sur les questions économiques car la droite et la gauche ont beaucoup déçu sur ce point ; il leur faut donc lancer ou relancer des thèmes relatifs à la société : immigration, islam, défense des valeurs… et mettre en scène leur personnalité. Bien entendu, le candidat de droite ou de gauche qui sera déclaré vainqueur au deuxième tour de 2017 reprendra immédiatement ses habitudes passées : selon la logique du quinquennat, il sera beaucoup plus Premier ministre que président de la République, il donnera la priorité aux enjeux économiques (réduction de la dette publique, équilibre budgétaire) et sa communication visera les objectifs qui sont ceux de toute gouvernance moderne : rassurer la population afin de pouvoir différer les promesses qu’on ne peut ou ne veut pas tenir.
Est-ce du cynisme ? Plutôt de la résignation. Ceux qui dirigent en alternance le pays depuis 25 ans sont convaincus, avec quelques raisons d’expérience, que leurs « marges de manœuvre sont très faibles » pour reprendre l’expression consacrée. Ils estiment que les principales décisions se prennent ailleurs : à Bruxelles et à Berlin quant au budget, sur les marchés pour ce qui concerne le taux de change et le cours des matières premières.
Ainsi, François Hollande et Manuel Valls se réjouissent-ils de la baisse de l’euro et de la chute des cours du pétrole — bonnes pour l’économie française dans la période actuelle — mais ils ne pourraient pas empêcher des mouvements de hausse. Ils ne semblent pas plus capables de profiter de l’aubaine que d’éviter un éventuel futur grand plongeon. Quand les événements vous échappent, reste à feindre de les avoir organisés.
Monde
par Yves La Marck
Au royaume de Kandy
Le Pape arrivera au Sri-Lanka le 14 janvier, au lendemain d’une élection présidentielle disputée le 8 janvier. Sa mission de réconciliation sera d’autant plus importante.
Le président sortant, Mahinda Rajapaksa, est candidat à un troisième mandat alors que la Constitution limite à deux le nombre de mandats. Or cela ne semble pas le concerner mais seulement son successeur. D’autre part il a subitement décidé d’avancer la date du scrutin alors que son mandat ne se termine qu’en novembre 2015. Pourquoi ? Pour tirer un avantage électoral de la visite papale ou au contraire pour en prévenir l’impact éventuel en faveur de l’opposition ?
L’annonce de la visite du pape François au Sri Lanka — sur la route des Philippines — datait du 29 juillet dernier, la confirmation officielle du mois d’octobre et la publication du programme du 14 novembre alors qu’il n’était encore pas question d’élections à cette date. La décision du président Rajapaksa lui est-elle liée ?
Ce serait original dans un pays à 75 % bouddhiste, où les catholiques ne sont que 7 %, les musulmans 9 % et les hindouistes à peu près autant. Ce serait oublier que le problème du Sri Lanka n’est pas d’abord religieux mais ethnique entre la majorité cinghalaise et la minorité tamoule au nord qui se sont affrontées dans une terrible guerre de plus d’un quart de siècle terminée dans un bain de sang en mai 2009. Les Tamouls sont majoritairement hindouistes ; les musulmans, géographiquement à leur contact, leur sont liés par la langue et la culture ; les catholiques sont à peu près également partagés entre Tamouls et non Tamouls. Le conflit a laissé des traces profondes au sein de l’Église, ce qui justifie à soi seul le déplacement du Saint-Père pour la réconciliation entre Cinghalais et Tamouls à commencer par les communautés locales. C’est ainsi qu’il n’a pas hésité à se rendre en plein cœur du pays tamoul dans la jungle pour bénir le site de Notre-Dame de Madhu.
Le président Rajapaksa avait été réélu en 2010 à une majorité de 57 % sur le thème du retour à la paix quoiqu’il en ait coûté (140 000 morts dans la dernière période !). Quatre ans plus tard, le bilan est moins net. Les critiques sont plus fortes. Le principal opposant, Maithripala Sirisena, était jusqu’au 21 novembre le secrétaire général du parti du président et son ministre de la Santé. Il n’est donc pas sur une ligne très différente par rapport au thème de la domination cinghalaise. Il bénéficie d’ailleurs de l’appui d’un des deux mouvements politiques bouddhistes qui revendiquent tous deux l’instauration d’un État bouddhique, le parti de « l’héritage de l’ethnie cinghalaise » (JHU), créé en 2004, l’autre mouvement, le Bodu Bala Sena (BBS) ou « l’armée du pouvoir bouddhiste », plus violent, fondé en 2012 dans la mouvance du clan du président sortant. Les minorités (25 % de l’électorat) n’ont guère d’autre choix que de soutenir ce candidat contre le pouvoir en place, mais la décision dépendra en dernier ressort de l’électorat cinghalais.
La contestation ne porte pas tellement sur l’économie, qui ne se porte pas mal, que sur le mode de gouvernement de plus en plus autoritaire et concentré dans le pouvoir familial des Rajapaksa (quatre frères : Président, ministre de l’Économie, de la Défense, président de l’Assemblée). On lui prête une prétention à restaurer une sorte de pouvoir dynastique issu d’un royaume du Sud (contrairement au royaume de Kandy, l’ancienne capitale au centre du pays, qui était hindouiste !). Son bouddhisme affiché est d’une forme très particulière, fortement mâtinée d’astrologie et de superstitions diverses, quasi fétichiste. Le choix de la date des élections aurait en réalité été dicté par l’astrologue du président. Après tout, pourquoi l’un des mages (magi) de l’Épiphanie ne serait-il pas venu de l’île de Ceylan ? En retour, le « Prince de la Paix » présidera à la mission du pape François au Sri Lanka bien au-delà de l’épisode électoral.
Environnement
par Fabrice de Chanceuil
2015 année écologique
L’année 2015 qui vient de commencer sera une année écologique. C’est en tout cas ce que veut affirmer François Hollande, dont le premier invité de l’année au Palais de l’Élysée a été, le 2 janvier dernier, Nicolas Hulot, envoyé spécial du Président de la République pour la protection de la planète. En ligne de mire, bien sûr, la 21ème Conférence des parties de la Convention-cadre des Nations Unies sur le changement climatique qui se tiendra à Paris en décembre prochain et qui va mobiliser la diplomatie française ainsi qu’une bonne partie de la société civile.
En fait, le coup d’envoi de cette année a été donnée lors de la 3ème Conférence environnementale organisée pour la première fois à l’Élysée les 27 et 28 novembre derniers en introduction de laquelle le Président de la République avait appelé à l’union nationale pour la lutte contre le changement climatique qui, selon Ségolène Royal, pourrait être déclarée grande cause nationale, et la préparation de la Conférence de Paris. Trois thèmes de travail avaient été identifiés: les enjeux du climat et de la biodiversité, les transports et la mobilité durables et l’environnement et la santé.
Sur tous ces sujets, la France se doit d’être en pointe afin d’être à la hauteur de l’honneur qui lui est fait d’être la nation hôte de la Conférence des parties.
Sur le climat, la France pourra mettre en avant la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte en cours de discussion au Parlement. Attendue dans le courant de l’année, la loi a l’ambition de changer le modèle énergétique en misant sur de nouvelles sources d’énergie, en encourageant les économies d’énergie et en favorisant les initiatives locales.
Sur la biodiversité, une autre loi doit être votée sur le sujet cette année: ne voulant pas se limiter à des mesures de protection figées, le texte veut appréhender la biodiversité comme une dynamique globale interagissant avec la vie humaine.
Sur les transports et la mobilité durables, les choses pourraient être un peu plus compliquées car la future loi pour l’activité et la croissance peut poser question en matière environnementale, notamment en assurant la promotion des autocars. Face aux critiques des écologistes, la ministre de l’écologie est venue au secours de son collègue de l’économie en indiquant que ce moyen de transport pourrait, à l’avenir, utiliser d’autres sources d’énergie moins polluantes comme les bio-carburants ou l’électricité.
Enfin, pour le volet santé et environnement, vient d’entrer en vigueur le 3ème plan national santé environnement pour la période 2015-2019 avec l’ambition de réduire fortement les impacts environnementaux sur la santé.
Pour autant, en accueillant la Conférence de Paris, la France n’engage pas qu’elle-même mais aussi et sinon plus l’Europe. Certes, celle-ci est parvenue à adopter un nouveau paquet climat-énergie à l’horizon 2030 équilibrée et volontariste mais, outre le fait qu’elle pèse peu au niveau mondial dans les émissions de gaz à effet de serre, l’Europe conserve une forte dépendance énergétique qui s’est même accrue, passant en dix ans de 43 à 53%, atteignant même 85% s’agissant du pétrole. Cela coûte bien cher alors même que les économies européennes sont exsangues. Il est donc indispensable de bâtir, à l’échelle du contient, une économie décarbonée tant pour des raisons écologiques que pour des raisons économiques. Cela passe, notamment, par de nouveaux modes de transports, pas forcément ceux encouragés par Emmanuel Macron, et par un juste prix du carbone qui n’est manifestement pas assez dissuasif aujourd’hui pour rendre inéluctable une réelle mutation énergétique.
Les onze mois qui nous séparent de l’échéance de Paris ne suffiront sans doute pas pour imposer cet indispensable basculement.
Tribune
par Joël Broquet
2015 : des métropoles contre la république jacobine ?
Il y a quelques mois une brochette de présidents socialistes de Conseil régionaux (parmi lesquels Jean-Paul Huchon et Alain Rousset, respectivement présidents d’Ile de France et d’Aquitaine) avait ouvertement appelé à la constitution d’un « modèle fédéral » pour la France ; ce qui illustre la profonde fracture idéologique qui traverse la gauche socialiste. Et c’est dans cette perspective qu’on peut lire la « Métropolisation » annoncée pour 2015. Pour la première fois une réforme territoriale n’est pas marquée au fer rouge de l’idéologie jacobine mais plutôt au coin d’une régionalisation taillée pour l’Europe et même le monde. La mini révolte du mini PRG aura été le baroud final des départementalistes purs et durs.
Et certains de voir dans la métropolisation/régionalisation de 2015 le parachèvement de cette politique de recomposition (ou de déstructuration : c’est selon) qui après avoir été sociale et sociétale devient territoriale. Le livre de Christophe Guilluy « la France périphérique » montre que le clivage fondamental n’est plus droite/gauche mais celui tracé par la mutation sociétale, multiculturelle et cosmopolite. Vue ainsi la régionalisation/métropolisation de Hollande peut se lire comme l’affrontement programmé de métropoles melting pot et high tech (les anglicismes sont de mises ! et la quasi totalité des « marques » dont se dotent les métropoles sont en langue anglaise !) avec des périphéries et zones rurales vouées à la déshérence économique, démographique et culturelle. Avec les mutations partisanes qui vont avec !
Cette métropolisation/régionalisation s’enracine dans une vision planétaire et technocratique qui doit assez peu à la tradition française ce qui n’étonnera pas de la part de ce gouvernement ; mais l’essentiel est ailleurs : la conséquence de cette approche sera de déchirer une fois pour toutes la tunique de Nessus tissée en 1793 et qui continue d’étouffer le territoire. Au profit de la mondialisation ? C’est à considérer mais qui peut croire que cet Etat là en protège ?
Le critique du centralisme, toujours recommencée, jamais aboutie, peut trouver un nouveau souffle et permettre d’esquiver une lutte de front rarement profitable aux « Girondins » en donnant une prime au pragmatisme. Ainsi pourra-t-on applaudir l’unification de la Normandie (1) et condamner la menace « assimilatrice » qui plane sur l’Alsace ou le refus de rendre Nantes à la Bretagne ! Et qui peut dénier à Bordeaux, Lille ou Toulouse le rôle de grandes capitales régionales, historiques, à vocations mondiales sans véritables rivales locales ? Aurai-t-on enfin répondu à la question posée il y trente sous le nom de la recherche des fameuses métropoles d’équilibre ?
Et restera posée, plus encore qu’avant la réforme, la question des instances infra régionales de proximité qui verra peut-être renaitre les « pays » voulu par la loi Pasqua et consciencieusement enterré par les partis politiques. Même si le mythe de la volonté générale continue d’interdire une véritable décentralisation reconnaissant la légitimité sui generis des instances infra nationales, prenons acte de la réforme Hollande, qui, comme le diable, porte pierre.
Le 19 janvier 2015 à Rouen un colloque traitera des perspectives de la Normandie dans le cadre de la réforme territoriale. Renseignements : Contact presse : François Henriot – tél. 06 60 41 43 19 – contact-presse@normandie-axe-seine.com
Clefs
par Jean Etèvenaux
La France de Solutré à Louis XV
Pour mieux connaître le passé de notre pays, voici quelques titres allant de la préhistoire au XVIIIe siècle. Ils permettent, par le déroulement chronologique, de mieux voir l’évolution de la France, quitte à remettre en cause certaines approches. Commençons donc par proposer l’intéressante étude d’Yves Barde, Les grandes batailles qui ont fait l’histoire de France. Vérité, récupération, manipulation (Rennes, Ouest-France, 2013, 166 pages).
Les périodes plus anciennes demeurent les plus méconnues ou, plus exactement, celles sur lesquelles beaucoup de découvertes ont été opérées. Ainsi Émilie Reix-Jorand fait revivre “Solutré. L’histoire d’un grand site préhistorique“ (in Archéologia, n° 512, juillet-Août 2013, pp. 12-19). Quant aux Gaulois, c’est tout le n° 497, mars 2012, d’Archéologia qui leur a été consacré. On complètera par l’ouvrage de Michel Reddé sur Alésia (Paris / Arles, Éditions Errance / Actes Sud, 2012, 210 pages) et, pour une vision plus partisane, par celui de Jacques Berger sur Alésia. Chaux-des-Crotenay (Montigny-le-Bretonneux, Association Lemme et Saine d’Intérêt archéologique, 2004, 132 pages). De son côté, Marie Pinsard fait revivre Nos ancêtres les Francs (Rennes, Ouest-France, 2013, 128 pages), tandis que Bruno Dumézil expose comment Servir l’État barbare dans la Gaule franque. Du fonctionnaire antique à la noblesse médiévale (Paris, Tallandier, 2013, 512 pages).
Nous voilà donc entrés dans le Moyen Âge. Dominique Barthélemy détaille La féodalité de Charlemagne à la guerre de Cent Ans dans le n° 8 095, septembre-octobre 2013, de la Documentation photographique. Pierre Bouet et François Neveux déroulent La tapisserie de Bayeux. Révélations et mystères d’une broderie du Moyen Âge (Rennes, Ouest-France, 2013, 236 pages). Il revenait à Pierre Riché de mettre en exergue Les lumières de l’an mille (Paris, Cnrs Éditions, 2013, 232 pages). Olivier Renaudeau peint Chevaliers, piétons et hommes d’armes (Rennes, Ouest-France, 2013, 32 pages). On retrouve avec plaisir, de Régine Pernoud, Les hommes de la Croisade (Paris, Tallandier, 2013 [1ère édition : 1982], 352 pages). Louis Bériot montre Saint Louis. L’aigle aux yeux de colombe (Paris, Robert Laffont, 2014, 656 pages). Son petit-fils est décrit par Jean Favier : Philippe le Bel (Paris, Tallandier, 2013 [1ère édition : Fayard, 1978], 596 pages). Juste après, Olivier Renaudeau raconte La guerre de Cent Ans (Rennes, Ouest-France, 2012, 128 pages) et Nicole Lazzarini s’attarde sur La belle histoire de Jeanne d’Arc (Rennes, Ouest-France, 2013, 62 pages).
Une autre page s’ouvre avec Max Gallo brossant le tableau de François Ier, roi de France, roi-chevalier, prince de la Renaissance française 1494-1547 (Paris, XO Éditions, 2014, 384 pages). À la fin du même siècle, grâce à Nicolas Milovanovic, arrive Henri IV. L’unité de la France (Rennes, Ouest-France, 2012, 128 pages). Puis, avec Michel Carmona, s’avance Richelieu (Paris, Tallandier, 2013 [1ère édition : Fayard, 1983], 1036 pages). Lui succèdent, sous la plume de Lucien Bély, Les secrets de Louis XIV. Mystères d’État et pouvoir absolu (Paris, Tallandier, 2013, 688 pages), complétés par Simone Bertière et Le procès Fouquet (Paris, Éditions de Fallois, 2013, 336 pages) et par Bernard Crochet et Vauban et l’invention du pré carré français (Rennes, Ouest-France, 2013, 128 pages). Advient ensuite Jean-Christian Petitfils, qui propose Louis XV (Paris, Perrin, 2014, 880 pages), cependant qu’on relira avec profit le classique de Pierre Gaxotte sur Le siècle de Louis XV (Paris, Tallandier, 2013 [1ère édition : Fayard, 1933], 490 pages). Deux fresques achèveront le tableau : celle d’Alain Berbouche retraçant l’Histoire de la Royale. La Marine française et la politique au Siècle des Lumières 1715-1789 (Saint-Malo, Pascal Galodé éditeurs, 2012, 704 pages) et celle montrant La Chine à Versailles. Art et diplomatie au XVIIIe siècle (Paris / Versailles, Somogy / Château de Versailles, 2014, 48 pages).
Humeur
par Erwan Violin
Honorabilité
L’économiste Thomas Piketty a refusé la Légion d’honneur en affirmant « je ne pense pas que ce soit le rôle d’un gouvernement de décider qui est honorable ». Admettons. Il faut remarquer toutefois que l’Etat et le gouvernement décident depuis toujours, par le biais de la loi ce qui n’est pas honorable. Comme le disait le fameux Vidocq, bagnard devenu chef de la Sûreté, si cette loi « punit celui qui viole un des articles du pacte social, pourquoi ne récompense-t-elle point celui qui les observe tous religieusement ? ».
Thomas Piketty a décidément une curieuse conception du rôle d’un gouvernement.
Livres
par Catherine Pauchet
Romans
Quand j’étais vivant
Ils sont quatre : Harrison, le Blanc, fils d’un propriétaire terrien et organisateur de safaris, N’Dilo, le Noir, fils d’une domestique, Juma, l’albinos manchot, et Pearl, l’éléphante. Ils sont nés et vivent sur cette belle terre d’Afrique. Belle, jusqu’à quand ? Car un fléau s’étend d’année en année : le braconnage. A présent, ce sont des troupeaux entiers d’éléphants qui sont massacrés pour fournir le trafic d’ivoire. Entre les braconniers et les fermiers, la guerre est déclarée. Amitié et trahison, amour et mort sont au cœur de ce roman d’Estelle Nollet qui traverse la brousse africaine.
« Quand j’étais vivant », Estelle Nollet, Albin Michel, 280 p., 19 €.
Raphaël et les rebelles
Un mois de vacances en France, Raphaël Derambert, obstétricien, 36 ans, en rêvait depuis longtemps. Le voilà de retour d’Argentine avec, à son bras, Eugenia, sa jeune épouse enceinte, qu’il veut présenter aux siens. Le couple s’installe à la Colibertière, la maison familiale, où tout irait pour le mieux s’il n’y avait… la famille : Rose, la grand-mère, bientôt centenaire, bon pied bon œil au grand désespoir des proches, Elizabeth, la mère, une soixante-huit attardée, dont le compagnon, Bertrand, très endetté, attend l’héritage (on parle d’un gros diamant) avec fébrilité. Matthieu Noli nous avait régalés avec son premier roman Quatre mariage et un enterrement. Il récidive avec cet insolent portrait de groupe où dominent « les rebelles », ces anciens de mai 68, beaux parleurs et fieffés égoïstes.
« Raphaël et les rebelles », Matthieu Noli, éditions de Fallois, 280 p, 18 €.
Reporters Sans Frontières
100 photos de National Geographic
En 1888 naît la National Geographic Society et, avec elle, le premier numéro de sa revue. Engagée dès ses débuts dans la défense de la nature, la NGS compte aujourd’hui plus d’un million de membres à travers le monde et son mensuel est devenu une référence en matière de photoreportages. Pour son nouvel album, l’association Reporters Sans Frontières publie les plus belles photos d’animaux parues dans le National Geographic. Les recettes financeront des actions en faveur de la liberté de la presse (bourses d’assistance, formations, prêt de gilet pare-balles pour les journalistes partant en zone de guerre…).
« 100 photos de National Geographic pour la liberté de la presse », Reporters Sans Frontières, 148 p., 9,90 €. En kiosque et en librairie.
Revue
Le judaïsme
Géo histoire consacre son premier numéro de l’année au judaïsme et, à travers lui, à la naissance du Dieu unique. Parmi les sujets traités : aux sources de l’Ancien Testament, Moïse, les codes alimentaires du cacherout, Jérusalem au temps d’Hérode, Flavius Josèphe, les fêtes et les rites… La revue est vendue seule ou accompagnée d’un DVD, un documentaire sur le Talmud présenté par Arte.
« Le judaïsme », Géo Histoire, janvier 2015, revue + DVD, 11,80 €. En kiosque.
Cinéma
par Marie-Christine Renaud d’André
Invincible
Fils cadet d’une famille d’immigrés italiens, Louis Zamperini aurait pu devenir un voyou, s’il n’avait été doué pour la course à pied. À 19 ans, il est sélectionné pour les Jeux olympiques de Berlin de 1936, avant de s’engager dans l’armée de l’Air. En 1943, son avion s’écrase en pleine mer. Avec deux soldats rescapés, il dérive sur un canot… pendant 47 jours avant d’être fait prisonnier par les Japonais.
Le scénario de cette histoire authentique a été coécrit par Joel et Ethan Coen, et l’on sent bien leur influence dans cette aventure étonnante, qui montre la force de l’instinct de survie d’un homme.
Après l’épreuve du canot à la dérive, vient celle de la confrontation avec un officier japonais sadique.
Tourné en Australie, le film bénéficie d’une mise en scène ample (les scènes de combats aériens sont très réussies) et d’une photographie lumineuse. La mise en scène assez classique fait, parfois, penser à Clint Eastwood, ce qui est un joli compliment.
Jack O’Connell est sensationnel en héros qui subit, avec un courage extraordinaire, l’incroyable succession d’épreuves qui s’abat sur lui, tandis que Miyavi, célèbre chanteur au Japon, est très crédible en geôlier sadique. Dommage qu’il y ait quelques longueurs, et que la musique soit un peu envahissante.
Même si cela n’apparaît qu’à la fin, le pardon est au cœur de cette histoire magnifique. Pardon qui a permis au héros de se reconstruire et de se débarrasser de ses cauchemars. La dimension spirituelle est bien présente dans cette histoire exemplaire. La violence, souvent pénible, montre que l’homme peut se montrer, parfois, d’une terrifiante cruauté.
Drame américain (2014) de Angelina Jolie, d’après le livre de Laura Hillenbrand, avec Jack O’Connell (Louis Zamperini), Domhnall Gleeson (Phil), Garrett Hedlund (Fitzgerald), Miyavi (Watanabe), Finn Wittrock (Mac), Jai Courtney (Cup) (2h18). (Grands adolescents). Sortie le 7 janvier 2015.
Queen and Country
En 1952, Bill Rohan, 18 ans, est enrôlé dans l’armée pour son service militaire.
Après Hope and Glory (1987), qui décrivait son enfance à Londres, pendant la guerre, John Boorman raconte ses années de service militaire. Malgré sa longueur excessive, ce film fait revivre, avec réalisme, les années 50. Entre nostalgie et humour, le réalisateur retrace ses souvenirs d’adolescence avec légèreté. Certes, l’humour est, parfois, un peu potache, et la satire de l’armée assez rude, mais l’ensemble est aussi rafraîchissant que distrayant. Quant à la fin, elle montre la naissance d’une belle vocation… de cinéaste.
Cette œuvre est un hymne à l’amitié. Une brève scène sensuelle.
Comédie dramatique britannico-irlando-franco-roumaine (2013) de John Boorman, avec Callum Turner (Bill Rohan), Caleb Landry Jones (Percy Hapgood), David Thewlis (le sergent major Bradley), Tamsin Egerton (1h55). (Grands adolescents) Sortie le 7 janvier 2015.
La rançon de la gloire
En 1977, deux amis décident d’enlever le cercueil de Charlie Chaplin, récemment décédé, pour réclamer une rançon.
Après le magnifique Des hommes et des dieux, Xavier Beauvois avait, sans doute, envie de se changer les idées, avec cette comédie inspirée d’une histoire vraie. Malheureusement, on rit rarement avec cette histoire qui montre un duo de pieds-nickelés (des charlots) s’attaquant à Charlot. Pourtant, le sujet était en or, mais on sent que le réalisateur peine à passer de l’humour à l’émotion. La remarquable plaidoirie finale de l’avocat de la défense donne une idée de ce qu’aurait pu être le film.
Comédie française (2013) de Xavier Beauvois, avec Benoît Poelvoorde (Eddy Ricaart), Roschdy Zem (Osman Bricha), Séli Gmach (Samira), Chiara Mastroianni (Rosa), Peter Coyote (John Crooker), Dolorès Chaplin, Eugène Chaplin (1h54).(Adolescents) Sortie le 7 janvier 2015.
Captives
Enlevée enfant huit ans auparavant, Cassandra est peut-être encore vivante. Du moins, c’est ce que pense la police.
Au début, le spectateur est complètement perdu par ce film qui va et vient entre présent et passé. Puis, les choses s’éclairent un peu, et l’on admire la beauté formelle de cette œuvre poignante qui parle d’un sujet terrible : les réseaux d’enlèvement d’enfants. Devant des paysages enneigés superbes (qui rappellent un peu ceux de « De beaux lendemains »), Atom Egoyan signe une œuvre d’une beauté saisissante, mais aussi glaçante. En s’attachant à chacun des personnages, il décrit la souffrance qui les habite, mais aussi l’espoir qui les fait vivre.
Thriller canadien (2014) de Atom Egoyan, avec Ryan Reynolds (Matthew Lane), Rosario Dawson (Nicole Dunlop), Scott Speedman (Jeffrey Cornwall), Bruce Greenwood (Vince), Mireille Enos (Tina Lane) (1h53). (Grands adolescents) Sortie le 7 janvier 2015.
LE CHIFFRE DE LA SEMAINE
636,1 millions
C’est, en euros, le montant de la fraude sociale par les organismes de Sécurité sociale pour l’année 2013. Ce chiffre équivaut à une progression de 13% par rapport à l’année 2012, selon les calculs publiés dans le rapport annuel de la délégation nationale à la lutte contre la fraude. Sur le montant global, 327,3 millions concernent la fraude aux prestations (maladie, retraite et famille), et 308,8 millions la fraude aux cotisations de l’URSSAF et le travail illégal. Pour la seule assurance maladie, la fraude a représenté 174,64 millions d’euros, soit une progression de 12% en un an. Ces chiffres sont bien entendu des minima puisqu’ils ne rendent compte que de la fraude détectée.
Par comparaison, le coût de la fraude fiscale est estimé au minimum à 60 milliards d’euros par an.
D’un jour à l’autre
France
Politique
François Hollande est intervenu le 5 janvier sur France Inter. Lors d’une longue interview, le chef de l’Etat a affirmé qu’il s’attendait à une reprise de la croissance pour 2015. Il a également annoncé une reprise du projet de taxe européenne sur les transactions financières ; Enfin, évoquant le projet d’aéroport de Notre-Dame des Landes, François Hollande a déclaré que les travaux commenceraient dès que les derniers recours seraient épuisés.
Cécile Duflot, ancienne ministre de l’Environnement, a violemment critiqué le projet de loi Macron sur la croissance et l’activité. La responsable d’Europe Ecologie-Les Verts, a qualifié le texte de « grand bond en arrière ».
Vandalisme
Selon le ministère de l’Intérieur, 940 voitures ont été brûlées en France pendant la nuit de la Saint-Sylvestre. Ce serait 12% de moins que l’an passé.
Roms
Le corps de la petite Maria Francesca, un bébé rom décédé à l’âge de deux mois et demi, a été enterré à Wissous. La mairie de Champlan, dans l’Essonne, (où vivaient les parents) avait refusé l’inhumation dans le cimetière municipal. Le maire de Champlan a parlé d’une erreur administrative. Une information judiciaire a été ouverte et le défenseur des droits s’est emparé de l’affaire.
Économie
Thomas Piketty, économiste antilibéral de gauche, auteur du best-seller Le Capital au XXIe siècle, a refusé la légion d’honneur que lui proposait Geneviève Fioraso, secrétaire d’État à l’Enseignement supérieur.
Trains
La SNCF a annoncé des hausses de tarifs de 2,6 en moyenne au 1er janvier. Cet annonce a été vivement critiquée par Ségolène Royal, ministre de l’Environnement, laquelle a demandé à la SNCF de renoncer à cette augmentation.
Assurance maladie
Les syndicats de médecins hostiles au projet de loi Santé, ont appelé à une grève administrative de la carte vitale.
Migrants
Le navire, l’Ezadeen, qui bat pavillon sierra-léonais et est parti de Chypre, a été abandonné par son équipage le 1er anvier à 100 km des côtes italiennes, avec 450 migrants à bord. Deux jours auparavant le Blue Sky M., battant pavillon moldave, avait été abandonné en mère Adriatique, avec 900 réfugiés, essentiellement syriens. 156 migrants africains sont parvenus à passer la barrière grillagée qui sépare l’enclave espagnole de Melilla du Maroc, le 31 décembre. Ils ont été 4700 à prendre le même chemin au cours de 2014.
Adoptions
Le nombre d’adoptions à l’international par des couples français en 2014 sera d’environ 1 000 enfants. C’est quatre fois moins qu’il y a dix ans.
Entreprises
Le chinois Fosun va racheter la majorité des actions du Club Med globalement valorisé à 939 millions d’euros. L’actionnaire italien Andrea Bonomi a renoncé à surenchérir et va toucher une confortable plus value sur les parts de capital qu’il détient dans l’entreprise française.
Informatique
Un site associé de TF1 a été récemment piraté et les données personnelles de deux millions d’inscrits auraient été volées.
Monde
Libye
20 Égyptiens coptes ont été enlevés ces derniers jours par la milice Ansar Asharia à Syrte.
Transport aérien
La carcasse de l’Airbus A320-200 de la compagnie AirAsia, disparu des écrans radar le 28 décembre entre l’Indo-nésie et Singapour, a été retrouvée le 30 décembre dans la mer de Java. Il y avait 162 personnes à bord dont un copilote français.
Niger
Le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian a réveillonné avec les soldats français au Tchad, puis a effectué une visite surprise le 1er janvier au fort de Madama dans l’extrême nord du Niger près de la frontière libyenne où les Français aménagent une nouvelle piste d’atterrissage.
Belgique
Un violeur assassin, incarcéré depuis 30 ans, devait être euthanasié le 11 janvier à Bruges.
Grande-Bretagne
Le Premier ministre britannique conservateur David Cameron a déclaré le 14 janvier que, s’il remporte les législatives de mai prochain, le référendum sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne aura lieu le plus tôt possible et, de toute manière, avant 2017.
Australie
13 000 hectares de broussailles et de terres agricoles dans le sud du pays ont été détruits par de gigantesques incendies.
Nigeria
Quarante garçons de 10 à 23 ans ont été enlevés par Boko Haram le 31 décembre dans le village de Malari dans l’État de Borno (Nord-Est du pays). Boko Haram s’est emparé le 3 janvier, dans le même État, d’une base militaire interafricaine sur les rives du lac Tchad. De nombreux Nigérians se sont réfugiés au Tchad.
Sport
Football
Les clubs de Ligue 1 ont été à la peine lors des 32èmes de finale de la coupe de France. C’est ainsi que Lorient, Nice et Lille ont été éliminés. Lorient a été battu (1 à 0) par Avranches (National), tandis que Valenciennes (L2) a éliminé Nice et que Lille a reçu une sévère correction de Bastia (2 à 0).

